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  • : Allen John's attic
  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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11 avril 2025 5 11 /04 /avril /2025 15:32

Interrogé sur ce film, Capra confessait facilement son affection profonde, en même temps qu'une sorte de fatalisme devant le destin des copies, qui n'ont jamais cessé d'être malmenées à partir de la sortie de 1937, et de l'insuccès notoire du projet. Il admettait aussi avoir considéré entreprendre un remake, mais avouait ne pas l'avoir fait car il ne l'envisageait pas sans Ronald Colman... Donc, avec un film mutilé, reconstruit tant bien que mal, et qui tranche apparemment de façon spectaculaire sur ce qu'est un film de Capra selon la sagesse populaire, on n'est pas loin d'imaginer avoir affaire à un chef d'oeuvre maudit... ou un vilain petit canard. En tout état de cause, nous voici face à un objet peu banal... Un objet qui se situe de par son histoire dans la droite ligne de la carrière de Capra à la Columbia, dont c'est le film le plus ambitieux. Le script du au complice Robert Riskin était adapté d'un roman de James Hilton paru en 1933. C'était un succès, contrairement au film.

En 1935, le diplomate Britannique Robert Conway (Ronald Colman) et son petit frère George (John Howard), sont stationnés en Chine et avant d'en partir sous la pression de révolutionnaires, se rendent à Baskul dans le but d'aider un maximum de ressortissants Européens et Américains (Nommément dans le film, des "blancs") à quitter le territoire devenu brûlant en raison des troubles politiques. Ils parviennent à sauver 90 personnes (En faisant un tri systématique entre "indigènes" et blancs, ce qui désole Conway), et prennent un avion en compagnie des trois derniers évacués, pour pouvoir rejoindre l'Europe. En chemin, les passagers s'aperçoivent qu'ils ont été acheminés vers l'Himalaya au lieu de s'en éloigner, et leur appareil se crashe en pleine montagne... où un groupe d'hommes très équipés, menés par Chang (H. B. Warner), un Chinois mystérieux qui parle un Anglais impeccable, vient les chercher pour les amener dans un endroit fantastique: Shangri-la, une vallée encaissée, épargnée des intempéries et qui possède un micro-climat positivement miraculeux. Très vite, Conway apprend que son arrivée dans cette vallée merveilleuse n'est absolument pas un miracle ni une coïncidence, et va apprendre surtout à se familiariser avec les lieux, une vallée auto-suffisante, un vrai paradis dont il lui paraîtra difficile de partir. Mais son frère, lui, n'apprécie pas la perspective d'être coincé pour le reste de ses jours dans cet endroit pour en préserver le secret...

J'ai laissé de côté trois points qui alourdiraient considérablement ce résumé, mais qu'il me semble nécessaire de préciser maintenant: d'une part, Shangri-La est dans le film une communauté vaguement oecuménique, fondée par un prêtre Belge deux cents ans auparavant, qui avait trouvé la vallée par hasard. Et ce prêtre (Sam Jaffe) est toujours vivant... Egalement présentes aux côtés du père Perrault, et de Chang, deux femmes vont refléter, chacune à sa façon, les convictions bien différentes des deux frères Conway. George va tromper son impatience en tombant amoureux de Marie (Margo), une femme Russe à l'âge mystérieux: elle paraît avoir vingt-cinq ans, et assure être jeune, mais Chang assure Conway du contraire. Ce dernier, pour sa part, apprend que Sondra (Jane Wyatt); une jeune Européenne qui est venue vivre à Shangri-la, a remué ciel et terre pour que lui, l'homme dont elle a lu les livres philosophiques avec passion, puisse venir vivre ses rêves à l'abri du monde. Ils vont, bien entendu, tomber amoureux l'un de l'autre. Enfin, les autres occidentaux venus avec les Conway sont tous bien différents: Glory (Isabel Jewell) est une ancienne prostituée condamnée par la médecine, qui tente de survivre en dépit d'une tuberculose carabinée; Barnard (Thomas Mitchell) est un industriel et financier recherché pour sa participation involontaire à un scandale; et le Britannique Alexander P. Lovett (Edward Everett Horton) est un paléontologue, totalement oublieux de tout ce qui n'est pas lui-même, et qui souhaite rentrer au plus vite à Londres afin d'y exposer sa découverte: une magnifique vertèbre de mégatherium, dont il est persuadé qu'elle va lui apporter la notoriété... Les trois personnages vont pourtant très rapidement succomber au charme de l'endroit. D'abord attiré par l'or qui semble être partout à fleur de rocher, puis soucieux d'aider Glory à surmonter son état, Barnard finit par se laisser aller aux charmes de Shangri-la, dont il décide de faire profiter de ses connaissances en matière d'infrastructure urbaine. Glory se sent revivre, et finit par guérir totalement, grâce en particulier à l'affection de Barnard. Et Lovett, tout simplement, s'ouvre et s'humanise... 

Le premier tiers du film est entièrement consacré aux aventures des Conway en Chine, qui sont excitantes, fort bien menées, et bénéficient de la mise en scène exceptionnelle de Capra. Ce dernier a fait aménager un hangar réfrigéré par la Columbia afin de pouvoir garder un certain réalisme en ayant de la buée authentique qui permette de rendre les conditions de vie en pleine montagne aussi véridiques que possible! le mystère est entier jusqu'à l'arrivée de Chang, et la référence qui s'impose à nous autres petits Européens, c'est bien sûr le Tintin des années 30, et cette atmosphère de roman feuilleton à cent à l'heure, qui domine cette portion du film. Nul doute que ça a joué en sa défaveur, car une fois arrivés à Shangri-la, les personnages auront moins de mauvaises surprises... On notera que chacun d'entre eux, excepté George bien sur, est confronté à des merveilles cependant; Et bien sûr celui qui aura le droit à un tour de grand huit complet n'est autre que Robert Conway! Mais le principal défaut du film réside justement dans des passages longs, très longs, qui ont pour la plupart été coupés au fur et à mesure des ressorties du film, dans les années 40 et 50: les deux rencontres avec le "Père Perrault", le grand lama fondateur de Shangri-la, sont l'occasion de monologues redondants, qui exposent la raison d'être du lieu, et par là même la fonction philosophique de cette histoire, pour Capra comme pour l'auteur du roman dont le film a été tiré: créer et maintenir un endroit à l'écart du monde, préservé du tumulte, et donc de la foule, qui permette à la sagesse de l'humanité de survivre aux folies guerrières.

On notera qu'il ne s'agit pas d'empêcher la guerre, juste de l'ignorer. Capra qui est souvent accusé par ses contempteurs d'être un incorrigible boy scout qui raconte des histoires de milliardaires qui se mettent à partager leur fortune, nous raconte ici plutôt que la sagesse consiste à se préserver du monde en le laissant aller à sa perte. Il nous expose un rêve privé, une échappatoire sélective en quelque sorte. Un rêve dangereux à l'heure des expériences fascistes... Pourtant ce n'est pas cet aspect d'utopie gênante qu'on retient du film, plutôt son identité de rêve éveillé, mis en valeur par les mystères de roman-feuilleton qui entourent les énigmes de l'âge des gens qui Shangri-la: ainsi, on apprend en même temps que Conway, auquel Chang a raconté l'étrange histoire de Perrault qui a perdu sa jambe dans son périple, que le "grand lama" qui est unijambiste n'est autre que le prêtre Belge vieux de plus de deux siècles. A partir de là nous sommes comme lui prêts à croire que la jolie Marie est en réalité une octogénaire. Mais, assure Chang, qu'elle fasse un pas à l'écart de Shangri-la, et elle sera aussitôt une petite vieille rabougrie qui sera incapable de résister aux intempéries de ce bon vieil Himalaya... Une convention qui vaut ce qu'elle vaut mais qui agit comme un révélateur intéressant, en même temps qu'un enjeu narratif sur le dernier tiers du film.

En attendant, le film a coûté cher, très cher: le résultat de cette dépense se voit à l'écran, la Columbia n'ayant sans doute jamais autant dépensé auparavant pour un seul film! Les décors de Shangri-la, les centaines de figurants, les scènes de panique en Chine, parfaitement intégrées à des vues documentaires, mais aussi la cérémonie funéraire de la fin, dont il existe de nombreuses chutes absolument magnifiques, tout concourt à démontrer que si Capra n'a ponctuellement rien perdu de son efficacité, il est en effet devenu pour ce film particulièrement dépensier. Ce n'est pas moi qui vais lui jeter la pierre, mais le fait est que si la Columbia, habituée à le voir enchaîner les succès depuis 1933 (Lady for a day, It happened one night, Mr Deeds goes to town) l'a laissé faire, et a même typiquement rajouté une couche dans les bande-annonces d'époque en mettant l'accent sur le luxe du film (L'anecdote de Foolish Wives et de son prétendu "million de dollars" en 1922 a semble-t-il été oubliée par tous les studios), ça lui a été reproché vertement une fois le manque de succès du film établi. 

Le destin "physique" du film, à cette époque durant laquelle il fallait de l'espace, du personnel et de la précaution pour conserver un film, et non des pixels et de la mémoire comme aujourd'hui, a été particulièrement contrarié: d'une part, la version souhaitée initialement par Capra, qui durait paraît-il près de trois heures, a été très critiquée par les spectateurs d'une preview, et n'a pas survécu à cette unique présentation en 1937. A la place, c'est un film à la durée notable (Pour la Columbia, décidément pas très fortunée à cette époque) de 130 minutes qui est sorti, réarrangé de la façon qu'on connaît aujourd'hui. Mais la guerre (Dont le film anticipe clairement la venue afin de justifier son message idéaliste) arrivant, une nouvelle version réadaptée a été concoctée, dans laquelle le message pacifiste de Perrault a été amoindri en taillant dans les séquences qui offraient des monologues à Sam Jaffe, parmi les plus difficiles à soutenir aujourd'hui il est vrai. Ont aussi été coupées des scènes, y compris de comédie, de la vie quotidienne à Shangri-la des principaux protagonistes: une scène dans laquelle Glory révélait à Chang son métier par exemple, mais aussi des séquences qui montraient Lovett et Barnard s'accoutumer à leur nouvel environnement. Le film avant sa reconstruction de 1972 avait perdu une vingtaine de minutes, ainsi que son vrai titre, désormais remplacé par son titre Britannique The lost horizons of Shangri-La, qui mettait finalement par la présence du lieu mythique, l'accent sur le côté conte de fées du film. C'est une trahison, car à tort ou à raison, je pense que Capra y croyait dur comme fer...

Quoi qu'il en soit la restauration de 1972, qui réassemble des séquences tirées de douzaines de copies autour d'une bande-son intégrale de la version d'exploitation, nous a restitué une version décente du film, même si incomplète. On notera qu'au moment de la numérisation du film, en 1999, une minute supplémentaire, tirée d'une copie 16mm, a été intégrée au métrage déjà assemblé en 1972.

Si on va au fond, le film est franchement plus que polémique, avec cette intrigue dans laquelle un idéaliste et une poignée de quidams perdus en plein Himalaya découvrent par hasard le paradis sur terre et abandonnent graduellement toute volonté de retourner chez eux alors que la guerre menace! Mais son sens de l'absolu, sa sincérité touchante et le soin maniaque apporté à la réalisation en font le chef d'oeuvre de Frank Capra... ou du moins celui de ses films que je préfère. Peut-être aussi à cause de sa fragilité assumée, de son improbabilité et de son fantastique mâtiné de conte, à cause de ses transgressions aussi, et puis, il y a l'impeccable Ronald  Colman, la ravissante Jane Wyatt, Edward Everett Horton... que voulez-vous?

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Published by François Massarelli - dans Frank Capra Edward Everett Horton
5 mai 2023 5 05 /05 /mai /2023 19:33

«Poker face», c'est le surnom corporatif de Jimmy Whitmore (Edward Everett Horton), un éxécutif d'une firme importante, qui est très propre sur lui, très comme il faut mais un rien timide. On lui a donné ce surnom à cause de sa tendance à réfugier l'embarras derrière une expression aussi neutre que possible. Son patron lui confie une mission importante, qui sera cruciale pour son avenir : prendre en charge un client et un dossier pour un contrat spectaculaire.

...Sauf que rien ne va plus chez les Whitmore: Jimmy ne veut pas crier victoire trop vite, et cache sa promotion potentielle à son épouse Betty (Laura La Plante). Celle-ci, agacée de devoir lire dans l'expression de son mari, prend les choses en main et va trouver un emploi. Quand son patron lui demande de passer un week-end avec son épouse en sa compagnie, et avec le client, Jimmy ne trouvant pas Betty est obligé de faire appel à une comédienne.

Bien sûr que tout va aller de travers: Jimmy se ridiculise auprès du client, et des quiproquos en cascade vont faire croire à ce dernier que le héros est un obsédé sexuel, Betty est engagée sous son nom de jeune fille par le patron de son mari et se retrouve nez à nez avec «Mrs Whitmore»! Le mari de la comédienne est irascible et boxeur, et le client est un dragueur doublé d'un gros brutal (George Siegmann) qui a définitivement Jimmy dans le nez... Bref, on est dans une comédie de l'embarras, pas si éloignée que ça de l'univers de Charley Chase, même si la comparaison ne s'étendra pas au style personnel des deux comédiens. Horton est tout à fait pertinent en employé efficace, en gentil mari, mais c'ests a réserve personnelle qui lui permettra d'avoir le succès, là où les héros de Hal Roach (de Lloyd à Chase) doivent se transformer en hommes d'action efficaces et agressifs dans les histoires qui les occupent.

La réalisation de Pollard, rompu aux comédies «modernes» de par son travail avec Reginald Denny, est au point, efficace sans jamais attirer l'attention sur elle. On imagine qu'un William Seiter, un Clyde Bruckman ou un Mal St Clair aurait fait pencher un peu plus vers le loufoque, mais on ne se plaindra pas...

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Published by François Massarelli - dans Edward Everett Horton Harry Pollard 1926 Muet **
31 mars 2023 5 31 /03 /mars /2023 18:17

Etant particulièrement lassé de lire dans des chroniques et autres articles sur l'oeuvre de James Whale "qu'exceptionnellement, le film qui nous occupe n'est ni un film d'horreur, ni un film fantastique", je vais le dire une fois pour toutes: le réalisateur de Waterloo bridge a en effet réalisé quatre films qui comptent parmi les joyau du cinéma d'épouvante ou les contes gothiques. Frankenstein (1931), The old dark house (1932), The invisible man (1933), et Bride of Frankenstein (1935) ne sauraient en aucun cas être minimisés... Mais il a réalisé 16 autres films, dans tous les genres (y compris l'improbable Port of seven seas, adaptation anglophone de Marius et Fanny de Pagnol)... Donc il serait temps qu'on considère ses quatre films fantastiques comme de brillantes exceptions, et qu'on s'intéresse aux autres sans les encombrer dès le départ d'un statut d'oeuvres secondaires, non?

Ceci étant dit, intéressons-nous à une rareté, un fiml probablement oublié de beaucoup, à commencer par ses propriétaires, à en croire l'état de la copie sélectionnée par Warner pour figurer en DVD dans la collection Warner Archive: David Garrick (1717 - 1779) était un acteur Anglais, célébré en son temps, qui a beaucoup fait pour faire du théâtre un art populaire, et un art du spectacle avant tout, s'attirant les foudres de certaines figures établies, en même temps que la méfiance agacée de certains auteurs. Le film nous narre une aventure probablement apocryphe du personnage, incarné par Brian Aherne...

Garrick annonce à ses fans son départ pour la France, où raconte-t-il la Comédie Française l'a invité, "afin de leur apprendre à jouer la comédie". Beaumarchais (Lionel Atwill), présent lors de cette rodomontade, décide d'en alerter l'auguste institution. le président de la Comédie Française (Melville Cooper) décide de lui tendre un piège: avec l'aide de toute la troupe, il attend Garrick dans une auberge qui lui a été conseillée, et chaque membre de l'auguste groupe de comédiens va assumer un rôle, et jouer une comédie qui assurent-ils va prouver à quel point ils sont bons... Garrick arrive, et peu de temps après lui une autre pensionnaires de l'auberge, une noble en fuite (Olivia de Havilland). si Garrick et son valet (Edward Everett Horton) ont tôt fait de voir que le personnel de l'auberge est une troupe de comédiens (et pas des plus doués, loin de là, ils ne repèrent pas la sincérité de la jeune femme, qui tombe amoureuse de l'acteur...

Les faux semblants, le rôle social à jouer, le faux et le mensonge  comme armure contre l'adversité,voilà des thèmes omniprésents chez Whale, qui lui-même se cachait en permanence, agacé de devoir "rester dans le placard" quand un Cukor, par exemple, affichait sans aucune réserve sa sexualité différente: oui mais voilà, Cukor était accepté par ses pairs, whale n'avait pas pu se laver d'avoir percé par de petits films fantastiques... Ce esrait trop facile de chercher absolument à relier toute l'oeuvre  l'homosexualité contrariée de l'auteur, mais ce serait absurde de totalement l'occulter. Et la façon dont les personnages mentent (Waterloo bridge), sont cachés (The invisible man, By candlelightThe man in the iron mask) ou sont amenés à vivre à l'écart (Bride of Frankenstein), est troublante.

...et pourtant ici, il est question de comédie, c'en est même très gonflé: un film en costumes, du XVIIIe siècle par-dessus le marché, dans lequel la finalité est la farce. Et même plus: la farce dans la farce, car la mauvaise blague des comédiens français, qui est immédiatement décodée par Garrick, se retourne contre eux dans une dimension quasi Shakespearienne (rappelons-nous Twelfth night et ses faux-semblants, ou les comédiens minables de A midsummer night's dream). Mais une autre dimension s'installe très vite, car si Garrick n'a aucun mal à repérer les insupportables histrions qui l'entourent en lieu et place d'honnêtes employés d'auberge, il est lui-même un adepte, dans le film, d'un jeu à l'excès, et d'une insupportable vanité et mauvaise foi. Non, la seule personne qui ne ment pas, ne prétend rien, et a un quelconque intérêt à rester dans la vérité, est la jeune comtesse incarnée par Olivia de Havilland... Ce qui lui donne parfois un rôle qui pourrait la faire passer pour le dindon de la farce, rejoignant tant d'héroïnes désirées par les personnages, mais sérieusement malmenées par le réalisateur!

En tout cas, cette mise en abyme constante est assez stimulante, et relevée par une mise en scène énergique, dans laquelle l'auteur de By candlelight (dans lequel tout le monde prétendait, et tout le monde se trompait sur les autres et leur identité) rappelle sa maîtrise du point de vue et du cadre, et rappelle aussi qu'avec Show boat il a a sa façon révolutionné le musical et l'art du spectacle, en le faisant revenir sur terre! Les personages-acteurs de The great Garrick ont peut-être la tête dans les étoiles et le nez sur les feux de la rampe, mais ils ont aussi, clairement, le coeur sur les planches. S'ils mentent, c'est parce que prétendre est leur métier... C'est là l'enjeu: il ne s'agit pas de vivre ou survivre, ici, juste de rappeler à quel point l'art est indispensable à l'artiste, et tant pis s'il provoque la vanité...

 

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Published by François Massarelli - dans James Whale Comédie Olivia de Havilland Edward Everett Horton
12 juin 2022 7 12 /06 /juin /2022 18:12

Le jeune et entreprenant Johnny Case (Cary Grant) a rencontré durant ses vacances une jeune femme, et c'est le coup de foudre: ce qu'il ne sait en revanche pas, c'est que Julia Seton (Doris Nolan) fait partie d'une des familles les plus établies de la haute finance New Yorkaise: pour être accepté dans la famille, il faudra non seulement vaincre les réticences face à sa basse extraction, mais il lui faudra sans doute aussi compromettre ses idéaux en devenant un gendre parfait, impliqué dans les affaires familiales... Johnny peut compter sur Linda (Katharine Hepburn), la grande soeur de Julia qui se définit elle-même comme le vilain petit canard de la troupe, pour l'aider à voir clair dans une situation complexe.

C'est le troisième des quatre films ensemble tournés par Hepburn et Grant, et le deuxième des trois d'entre eux qui soit une réalisation de George Cukor. ce dernier n'est pas le premier adaptateur de la pièce de Philip Barry, mais sa version est sans aucun doute définitive... En confiant les rôles aux deux comédiens qui étaient si naturellement complémentaires, les étincelles étaient garanties, même si on surnommait encore Hepburn "box-office poison" à l'époque! Cary Grant est présent dès le départ, mais l'arrivée de sa partenaire est retardé jusqu'à une scène d'anthologie: Johnny découvre, guidé par Julia, l'immense demeure de sa future belle-famille, et dans une des rares pièces à visage humain, il embrasse celle qu'il pense pouvoir bientôt épouser, quand une porte s'ouvre sur leurs ébats: c'est Linda. A partir de là, le feu d'artifice peut commencer...

La maison, extravagante de par sa taille et son luxe (des ascenseurs partout, d'immenses salons et des chambres qui doivent être aussi grandes que Grand Central Station), est un lieu parfait pour parler des vicissitudes de la mobilité sociale, certes l'un des thèmes du film (Julia est absolument persuadée, et pourtant totalement d'accord, que Johnny l'épouse pour son argent), mais il permet aussi à Cukor de différencier les espaces de la plus belle des manières, en définissant notamment l'univers partagé de Linda et de son frère Ned, celui qui a fini par sombrer dans l'alcoolisme pour échapper à la pression paternelle: une chambre remplie des souvenirs de leur vie d'enfants, et qui est un merveilleux endroits pour les gens différents: Linda, Ned, Johnny (qui adore faire des acrobaties de cirque, à la... Cary Grant), et les copains de ce dernier, interprétés par les merveilleux Jean Dixon et Edward Everett Horton y sont comme des poissons dans l'eau. Le père Seton, sa fille Julia, et toute la famille de sangsues de la Haute et Bonne Société, beaucoup moins...

En respectant la progression de la pièce, Cukor permet à ses acteurs, en particulier à Katharine Hepburn, de se placer dans une évolution émotionnelle qui fait parfois quitter radicalement la sphère de la "screwball comedy", le film réussissant sans problème à enchainer brillamment les ruptures de ton. Que le film ait été un flop me dépasse, mais il a, à tout prendre, fait une belle carrière de classique. Amplement méritée.

 

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Published by François Massarelli - dans Comédie George Cukor Criterion Cary Grant Edward Everett Horton
26 août 2021 4 26 /08 /août /2021 09:51

Eddie (Edward Everett Horton) et son épouse (Duane Thompson) vont partir en vacances: il a loué un bateau et ils ont hâte de pouvoir se retrouver seuls, en mer... Mais ce ne sera pas le cas, car Belle-maman (Aileen Manning) et le petit frère seront de la partie, au grand dam du héros qui semble ne pas avoir pour la mère de son épouse une très grande affection... On se demande bien pourquoi.

Non, on ne se le demande pas, car la belle-mère est ici représentée selon les règles en vigueur dans la comédie telle qu'elle était pratiquée chez Hal Roach et dans les films domestiques de Harold Lloyd. Ce dernier, bien que non crédité, est une fois de plus le producteur de ce film, et on y sent la trace de son univers, surtout des films domestiques, Hot water en tête...

Donc si la mission est de se rendre sur un bateau et que celui-ci est à portée de rame, ce ne sera pas facile, mais vraiment pas du tout...

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Published by François Massarelli - dans Edward Everett Horton Muet Comédie Harold Lloyd
26 août 2021 4 26 /08 /août /2021 09:42

La situation de base est claire: Eddie (Edward Everett Horton) est un jeune homme amoureux, qui a rendez-vous avec sa petite amie... Mais comme celle-ci est pensionnaire d'une respectable institution pour jeunes femmes, les choses se compliquent. Le film va donc tout faire pour qu'Eddie se retrouve dans l'école en question, mais dans la deuxième bobine seulement...

La première est l'occasion d'une course-poursuite pour gens civilisés, d'un genre déjà vu chez Stan Laurel: Eddie ne sait pas quel tramway prendre pour rejoindre sa petite amie, on lui conseille de suivre une voyageuse qui fait le même itinéraire: le voilà instantanément transformé en stalker aux yeux de l'infortunée dame, et de tous ceux qui les croiseront...

Sinon, bien sûr, l'arrivée du héros dans la respectable demeure, où incidemment la supérieure est... la dame suivie dans la première bobine, précisément car le monde est petit, est une classique mais savoureuse occasion de jouer au chat et à la souris pour le protagoniste avec la complicité de sa petite amie et de ses camarades: dissimulations, portes opportunes, déguisements, et toutes ces sortes de choses, bref du burlesque de très bonne facture.

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Published by François Massarelli - dans Muet Comédie Harold Lloyd Edward Everett Horton
24 août 2021 2 24 /08 /août /2021 17:35

Eddie (Edward Everett Horton) a prévu de se marier, mais la mère (Josephine Crowell) de sa petite amie (Ruth Dwyer) ne semble pas pressée. Mais son meilleur ami Billie, lui, a fait une demande inconsidérée (il était saoul) à une femme un rien vulgaire... Pour se débarrasser d'elle, Billie et Eddie imaginent un coup tordu: elle va se marier sur le champ, mais le mariage sera empêché par une intervention extérieure. Mais ça se complique: d'une part Laura refuse Billie et exige d'épouser Eddie, d'autre part, la maman de Billie a décidé de faire appel à deux amies pour assister au mariage: Ruth Dwyer et sa maman...

Ecrit comme ça, on en vient à se demander quelle obligation aurait Eddie d'épouser une autre femme, mais le film est bien fait, et dans sa continuité le truc passe tout seul. C'est un festival de quiproquos, de situations boulevardières limites mais toujours bien gérées... Edward Everett Horton face à Josephine Crowell, c'est toujours la rencontre entre deux géants de la comédie sophistiquée, et ce film, sur lequel l'ombre de Charley Chase plane, n'est pas une exception.

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Published by François Massarelli - dans Edward Everett Horton Harold Lloyd Comédie Muet
24 août 2021 2 24 /08 /août /2021 17:25

Dans une ferme où l'on élève des chevaux, une jeune femme (Nita Cavalier, la bien nommée) a invité son petit ami potentiel Eddie Hamilton (Edward Everett Horton) à participer à une chasse au renard. Il n'est pas, c'est le moins qu'on puisse le dire, un cavalier émérite, mais sentant le beau parti lui échapper, un chasseur de dot (William Gillespie) lui tend un piège: il fait passer Eddie pour un cavalier expérimenté, et prétend qu'il ne sera à l'aise qu'avec le cheval le plus dur...

Dès que le décor est planté, on sait que tout va se jouer entre Eddie et le cheval Keno, qui est présenté comme la pire bourrique de tous les temps. Une bonne part du film repose sur le fait que non seulement l'animal fait subir les pires avanies à Edward Everett Horton, mais aussi sur le fait que lorsqu'il tente de maîtriser la situation, ses acrobaties involontaires passent pour de la haute voltige... Un très bon court métrage, une fois de plus.

...Et il fait intervenir un animal qui a joué avec les plus grands, dont Buster Keaton, un petit mammifère qui ne paie pas de mine mais qui est rarement en odeur de sainteté.

 

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Published by François Massarelli - dans Edward Everett Horton Harold Lloyd Comédie Muet
23 août 2021 1 23 /08 /août /2021 16:50

Eddie (Edward Everett Horton) souhaite travailler dans un grand magasin, mais il lui faut ruser pour se faire embaucher car le chef de rayon lui est hostile. Une fois dans la place il se fait remarquer par ses méthodes de vente extrêmement personnelles, et par le fait que la fille du patron lui plait intensément. Mais il va aussi être confronté au fait que son supérieur hiérarchique qui était si peu enclin à l'engager est en fait de mèche avec des cambrioleurs...

C'est un formidable petit film de deux bobines, qui ne ressemble finalement à rien de connu: on ne plaquera pas ici de comparaison avec les autres comédiens, tant Horton semble avoir trouvé sa personnalité, tout en étant, bien sûr, plus dégourdi que ne le seront la plupart de ses personnages du parlant! Il y a quelque chose d'infiniment satisfaisant dans ce grand gaillard quadragénaire qui s'enthousiasme pour out ce qu'il est amené à vendre, et se met à faire le tour du magasin en mini-vélo pour prouver à un gosse que c'est le jouet idéal pour lui!

Le film est soigné de bout en bout et a en plus le bon goût d'intégrer (si j'ose dire) un acteur Afro-Américain (Oscar Smith) dans la scène du cambriolage en lui permettant de jouer l'inquiétude sans passer par les gros sabots habituels...

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Published by François Massarelli - dans Edward Everett Horton Comédie Harold Lloyd Muet
23 août 2021 1 23 /08 /août /2021 12:20

Une jeune femme (Sharon Lynn) insiste auprès de son père (Otis Harlan) pour que celui-ci rencontre son petit ami. Il accepte... Mais le prétendant (Edward Everett Horton) n'est pas dans un bon jour, car les éléments, la foule dans les rues, la police et le sort s'acharnent sur lui. Quand il arrive enfin au domicile de sa petite amie, il confond un homme costaud et irascible, avec lequel il a déjà eu des ennuis, avec son futur beau-père...

C'est assez simple: Horton a une mission, ici, et tous les éléments sont en effet contre lui. La rencontre avec un inconnu dérive naturellement en pugilat, Josephine Crowell, en cliente d'un grand magasin, devient quasiment sa Nemesis, et pour calmer le jeu, Otis Harlan joue un père bonhomme, qui se rend compte au premier coup d'oeil que le choix de sa fille est le bon, mais a décidé de s'amuser un peu avec lui...

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Published by François Massarelli - dans Harold Lloyd Comédie Muet Edward Everett Horton