Un incendie se déclare: on suit, pas à pas, les aventures d'une brigade de pompiers, dans une reconstitution minutieuse de leur intervention...
C'est un film célèbre, parce qu'il utilise la narration cinématographique d'une façon extrêmement novatrice. Porter avait déjà bouleversé à sa façon la paysage cinématographique d'un genre qui n'existait pas encore, le western, avec le célèbre The great train robbery, qui accumulait les plans, on disait des tableaux à l'époque afin de narrer chronologiquement un hold-up et la contre-attaque de la population et des forces de l'ordre. Mais ici, il taille dans la matière cinématographique même en incorporant non seulement des étapes de sens pour chacun des plans, mais surtout en établissant des liens entre les différentes parties de cette narration, soit un montage plus qu'une juxtaposition...
On notera toutefois que, même s'il a été trituré parfois dans certaines copies pour donner l'illusion qu'il inventait le montage parallèle complexe, le film de Porter dans sa version originale a la particularité de diviser le sauvetage même des potentielles victimes du feu sous deux points de vue: d'un côté, depuis la chambre même des deux personnes qui seront sauvée, puis à l'extérieur de la maison. Mais ces deux versions du sauvetage sont vues l'une après l'autre, in extenso...
Dans ce très court film, on retrouve la dialectique simpliste et dangereuse des opposants aux suffragettes des années 1900: un homme est laissé seul à la maison pour s'occuper des enfants, et il n'y arrive absolument pas. Un cadre, accroché au mur, entoure une maxime: a home is nothing without a mother, un foyer n'est rien sans une mère. D'où notre conclusion: si cet homme souffre, c'est parce qu'il fait un travail pour lequel il n'est pas taillé, le pauvre; c'est un homme...
Justement, l'épouse rentre et lui file une correction: nous devons comprendre que c'est Carrie Nation, une agitatrice des Temperance movements, ces groupements de femmes qui souhaitaient abolir la consommation et la vente d'alcool. Et le film du même coup sert une double cause: anti-prohibition, mais aussi contre les revendications des suffragettes, dans la mesure où tous ces agissements politiques éloignaient les dames de leur vraie place. C'est tout sauf élégant...
Porter est un nom important des premiers temps. Après tout, on lui doit (entre autres) les fameux films fondateurs The life of an American fireman, et bien sût The great train robbery, qui inaugure symboliquement le western. Comme d'autres pionniers, certains anonymes, le metteur en scène, seul ou accompagné, a participé à un genre qui a fleuri dans la première décennie de l'art cinématographique: les comédies anti-féministes.
On se souvient que dans les pays développés, les efforts pour reconnaître le droit de vote des femmes ont abouti entre 1918 et 1920 (je ne parle pas des pays primitifs où il a fallu attendre 1944),, mais ce fut au terme d'une lutte politique particulièrement intense, dans laquelle se jetèrent à corps perdus les femmes, les féministes, leurs soutiens nombreux... et leurs opposants, plus nombreux encore. Le cinéma, un art encore très conservateur, a surtout embrassé la cause de ces derniers, même pas par intérêt, non: plutôt parce que, comme pour les cartoons de presse qui n'étaient pas tendres avec les suffragettes comme on les appelait, les femmes agitatrices et parfois considérées comme extrémistes faisaient une proie facile pour la caricature.
En témoigne ce film, qui semble être sur un sujet différent, mais c'est une illusion: des hommes sont tranquillement dans un saloon, à boire en toute quiétude, quand des furies débarquent et cassent tout. une vision comique, en un plan, brutale et décadente, mais surtout un reflet brûlant de l'actualité: car les Suffragettes étaient le plus souvent aussi des réformatrices, attachées à installer dans un pays une véritable prohibition. Un point qui les rendait faciles à critiquer, du reste...
Dans cette courte comédie, un Français (on le reconnaît comme tel non seulement grâce au titre très explicite, mais aussi par sa barbiche à la Napoléon III) dépose une annonce dans un journal; si on veut se marier avec lui, qu'on le retrouve devant le parvis d'une église... Il attend, et une, puis deux, puis trois, puis... beaucoup de fiancées potentielles font leur apparition. La poursuite, impitoyable, est inévitable.
...Elle est aussi répétitive. Ce sont les débuts du cinéma "commercial", et même un géant (ce qu'il était pour l'époque, n'oublions pas qu'il avait tourné The life of an American fireman et The great train robbery, deux des films les plus influents de la décennie) comme Porter ne sait pas encore trop quoi faire avec ce film, à part une course poursuite débridée. On notera d'une part que le Français n'a pas le beau rôle, prêt à déposer une annonce pour trouver une épouse, n'importe laquelle.
On n'est pas dans une hypothèse contemporaine d'un sentiment anti-Français à la Trump, mais plutôt dans le bon vieux cliché du Fançais inadapté à la modernité, et vaguement consommateur de sexe plutôt que vraiment amoureux des femmes! Ensuite, une fois énoncé le point de départ du film (Mariage, plusieurs femmes, poursuite), rien de nouveau ne se passe, et il est pénible de constater qu'à chaque fois que le décor change, il nous faut passer par la vision de touts les femmes (Elles sont une dizaine) qui traversent l'écran.
Enfin, le film a un écho, réalisé 16 ans plus tard, mais ça, c'est un vrai chef d'oeuvre de la comédie: Seven chances, de Buster Keaton.