
Je ne pense pas que Lean ait conçu ce film comme un baroud d'honneur, un monumental anachronisme à l'époque de l'amour libre et de la contestation anti-Vietnam... Et pourtant, les critiques qui lui sont tombés dessus ne l'ont pas épargné: comme si le succès phénoménal des trois films qui avaient précédé (Kwai, Lawrence, Zhivago) devait impérativement être expié. Mais le temps n'a pas été beaucoup plus tendre avec ce qui devrait être considéré comme un classique, ne serait-ce qu'en raison de son appartenance à l'oeuvre d'un maître.
L'intrigue est simple, mais surtout ressemble de façon troublante à Mme Bovary. C'est absolument intentionnel... La transposition en Irlande de l'Ouest, en pleine première guerre mondiale (et donc en pleine occupation britannique du pays) a posé un nombre conséquent de problèmes: liés, essentiellement, au temps particulièrement capricieux, mais aussi au fait que les lieux étaient éloignés de tout et en rendaient pas la communication avec la MGM très facile!

Sur la péninsule de Dingle, la vie est organisée entre le village et la mer. Tom Ryan (Leo McKern) est le propriétaire du seul pub de la région, et il apprécie particulièrement cette position centrale. Les Anglais sont présents, un camp de soldats est situé en bordure du village, dont les habitants ne manquent pas une occasion de manifester leur hostilité. Rosy Ryan (Sarah Miles), la fille de Tom, est une jeune femme fantasque et sentimentale, qui rêve de passion et d'absolu, en s'imaginant devenir l'épouse de Charles Shaughnessy (Robert Mitchum), l'instituteur qui s'élève clairement au-dessus du village. En tout cas, elle souhaite clairement sortir d'une enfance qui a été marquée par une certaine complicité avec Michael (John Mills), qui est comme on disait alors "l'idiot du village". Celui-ci n'est pas prêt à comprendre pourquoi celle qu'il transportait sur son dos dix années auparavant lui refuse de se laisser approcher aujourd'hui... Charles et Rosy vont se marier, mais ce qui aurait été une perspective de bonheur à la fin d'un film, ressemble plutôt à un désenchantement sordide au début... Non que Shaughnessy soit un mauvais bougre... c'est juste qu'en termes mesurés, Rosy veut de la passion, de la vraie, pas un brave homme qui la borde avant les rapports...
Deux hommes vont arriver au village, qui vont avoir un impact singulier: Tim O'Leary (Barry Foster), chef local et légendaire des Républicains, qui va essayer de profiter de la situation géographique particulière du lieu, pour y passer des armes; et le Major Doryan (Christopher Jones), nouveau commandant de la base militaire, blessé en France. La rencontre entre le beau héros ennemi et la jeune femme en mal de passion ne va pas passer inaperçu. Du travail en perspective pour le père Hugh (Trevor Howard), le curé de la région...
C'est irrésistible: non seulement Lean a donné la pleine mesure à sa peinture d'un amour qui emporte tout sur son passage (Et se résout dans deux scènes d'amour physique assez franches, et qui sont assumées avec aplomb par Sarah Miles), mais il le fait sans négliger de nous livrer un contexte tumultueux. Je pense sincèrement qu'à ce niveau, Ryan's Daughter a plus d'efficacité que Dr Zhivago qui finissait par se perdre et perdre ses spectateurs dans le lyrisme. Ici, on ne perd jamais la situation de vue... Et on en prend plein les yeux: les paysages choisis (Irlande, bien sûr, mais aussi Afrique du Sud, car le temps y était plus gérable), l'écran large, le choix de tourner en 65mm, et bien sur LA scène spectaculaire par excellence: une tempête homérique...

Lean s'amuse même à s'auto-citer avec subtilité, comme lorsqu'il fait jouer son Major Anglais (Christopher Jones, au fait, sans doute l'acteur le plus faible du film... mais au moins on a échappé à Brando!) avec des allumettes à la façon de Lawrence! Et il nous livre dans une séquence d'imagination de Charles (Quant il visualise ce qu'a pu être la rencontre de Rosy et Doryan sur une plage) un hommage au cinéma d'antan, à travers une composition très 1910! Enfin il retrouve l'inspiration de Kwai, dans la scène de passion sensuelle entre Rosy et son amant, située en pleine nature en fête!
Alors, pourquoi bouder son plaisir? C'est qu'en 1970, des étudiants échauffés à la politique, des cinéphiles attirés par des révolutions formelles, des spectateurs blasés en mal d'expériences et de performance, n'avaient sans doute pas envie de rester 190 minutes en compagnie d'un film à l'ancienne, avec une histoire d'amour vouée à l'échec... Reste que le film s'inscrit dans la mémoire, et y restera longtemps. Il est regrettable que ce soit à cause de Ryan's daughter que Lean a été obligé de rester à l'écart des studios durant quatorze ans, d'une part, et qu'il ait du ravaler ses ambitions pour son film suivant, et ultime. Mais en attendant, quelle fête pour les yeux...
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Un homme meurt dans un accident de moto, sur une petite route de campagne. T.E. Lawrence (Peter O'Toole) vient de mourir, et un journaliste se rend à la sortie du service funéraire, apostrophe quelques compagnons de route. Tous semblent se défiler. Ironiquement, seul un quelconque sous-fifre semble favorablement répondre à la requête du journaliste... s'ensuit un long flash-back, mais ce début est trompeur: on ne reviendra pas à ce moment posthume de tout le film, et il ne s'agira pas de juger la mémoire du héros, ni d'en cerner tous les contours. Le film est simplement le récit de l'arrivée de T. E. Lawrence en Arabie, de son coup de foudre extraordinaire pour le désert et ses modes de vie, mais aussi de sa découverte d'un penchant sanguinaire pour la violence, qui va s'exacerber dans une suite de batailles toutes plus violentes et hasardeuses les unes que le autres... Lawrence, vite surnommé "d'Arabie", va participer en 1916-1918 aux profonds bouleversements qui agitent le moyen-Orient, d'Aqaba à Damas, et va accomplir un travail gigantesque. Il croyait pouvoir travailler pour l'unification des peuples Arabes, mais il va surtout faire le sale boulot pour la couronne Britannique.../image%2F0994617%2F20240305%2Fob_cf1c31_lawrence-3lg.jpg)
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