Les souris Mexicaines en ont plus qu'assez de voir Speedy Gonzales rafler toutes leurs petites amies potentielles et lui tendent un piège en faisant venir "el gringo pussycat", soit le chat Sylvester. Comme d'habitude, la lutte sera inégale...
Et comme d'habitude la formule, immuable, joue en plein. On pourra au moins apprécier de quelles façons, une fois de plus, Friz Freleng montre un animal plus imposant, en lequel il s'identifie pleinement, se faire rouler dans la farine par un être minuscule et décidément plus fort que lui. C'est certes un peu mécanique, mais de toutes façons, depuis l'avènement des aventures du Coyote, ce type de conflit épisodique était la règle pour les Looney Tunes, quel qu'en soit le réalisateur...
C'est l'un des grands films de Freleng, basé sur une situation forte et clairement identifiée pour le spectateur, dans laquelle il prend le parti et le point de vue d'un personnage fort mais qui sera victime des événements: c'est la formule qui a été à la base de tant de ses films, notamment avec Sylvester (et l'autre, là, l'oiseau) le chat. Et justement, ce dernier est dans la maison au moment où il entend ses maîtres partir pour des vacances en Californie. Ben oui, mais ils ont oublié de sortir le chat... Et le chat c'est lui.
Bien sûr, pas de lait, et personne pour le nourrir... Il trouve bien la réserve de nourriture, avec un grand nombre de boîtes (thon et saumon). Mais pas l'ouvre-boîte: celui-ci est en possession d'une souris qui va beaucoup s'amuser...
C'est enlevé, très drôle et la situation minimaliste est exploitée à bon escient jusqu'au bout. Comme de juste, dans un film qui ferait presque penser à ceux de Chuck Jones avec le coyote tant la situation est proche, le chat va souffrir, et l'absurde et la violence vont subir une escalade notable.
Le parcours largement teinté de rose d'une jeune chanteuse (Doris Day), veuve de guerre, flanquée de son fils et d'un agent (Jack Carson)prêt à tout pour placer sa protégée, mais qui joue de malchance: le grand manitou des programmes radiophoniques qui fait la pluie et le beau temps dans le domaine de la chanson légère est complètement aveuglé par l'admiration que sa femme porte pour le chanteur Gary Mitchell...
Les efforts portés à l'écran font l'essentiel d'une intrigue ô combien légère, mais le film est rythmé sans un seul temps mort, les personnages sont hautement sympathiques (sauf un) et comme on est à la Warner, on a demandé à Friz Freleng de participer à la fête et de laisser Bugs Bunny donner la réplique à Doris Day, sans doute en réponse à la fameuse rencontre entre Gene Kelly et la souris Jerry à la MGM! Michael Curtiz, qui était en quelque sorte l'agent de Doris Day (c'est lui qui l'a découverte), y raconte un peu une histoire proche de leur parcours...
Et il le fait avec le sens phénoménal de la mise en scène qui est le sien, paradoxal en diable dans ce contexte de comédie musicale, il se débrouille pour que toutes les chansons soient en situation plausible, sauf une (voir plus haut!), et s'ingénie à placer la caméra, et donc le public, au coeur de l'action. C'est donc une pause dans la noirceur de son oeuvre, mais cette parenthèse rose bonbon se laisse consommer avec gourmandise...
Ce qui caractérise les films de Friz Freleng dans la série des dessins animés Warner, ce n'est pas tant une situation précise, que les personnages d'un côté, et l'acharnement de l'un d'entre eux, de l'autre: Daffy Duck, Yosemite Sam, et Sylvester restent ses plus grandes victimes, qu'il s'agisse de faire concurrence à Bugs Bunny, ou à Tweety, ou à Speedy Gonzales. Et cet acharnement, forcément, est voué à l'échec. D'une certaine façon, c'est la même formule que celle que Chuck Jones a considérablement raffiné pour les lamentables aventures du Coyote...
Donc dans ce film, Sylvester cherche à manger Tweety Bird, et n'y parviendra pas parce que l'oiseau est dans une cage, elle-même située dans une fourrière où une centaine de bouledogues aux dents acérées attendent que le chat ne fasse qu'un seul geste en direction de la palissade qui les sépare de lui, pour se précipiter sur lui et le tondre des pattes aux oreilles... Avec des situations comme celle-ci, Freleng fait, méthodiquement et efficacement, son job.
...Tout en faisant un clin d'oeil aux copains, car un héros de Chuck Jones se cache dans ce film. Il faut dire que l'une des idées saugrenues du chat est de se déguiser en putois. Alors...
Trois années après sa création pour le film Mexicali Shmoes, celui qui n'a failli exister que pour précipiter la fin d'un dessin animé s'est retrouvé à sa façon la star d'un autre film: car une fois qu'on a vu le cousin de Speedy Gonzales, le tristement bien nommé Slowpoke Rodriguez, il est impossible de le chasser de son esprit.
Grâce à ce nouveau film dans lequel il vient s'installer chez son cousin au mépris du danger (et le danger, c'est Silvero Gato, soit le chat Sylvestre, principale victime de Speedy Gonzales à travers les années), on va en apprendre un peu plus sur lui: d'une part il chante La cucaracha, mais tellement lentement et tellement mal que c'en est une torture. Ensuite, il est lent, mais quelle fourchette! Il a faim. Tout le temps... Enfin... mais non, je ne peux pas vous révéler ça!
Certes, ce n'est pas la période la plus glorieuse de la filmographie des Looney tunes, et certes Freleng n'est pas Bob Clampett. Mais le vieux renard avait des idées à revendre et y compris lorsque son style est essentiellement devenu la répétition de vieilles formules et automatismes (tout comme Jones et Avery, remarquez...), il a su nous charmer. Speedy Gonzales et les clichés des hispaniques, qui ont tant embarrassé la Warner, ont la réputation d'avoir au contraire charmé bien des Mexicains parce qu'il est difficile de prendre au sérieux ces aventures, d'une part, et parce qu'ils ont apprécié de voir une sorte de super-héros typiquement Mexicain... Ou supposé tel.
J'ai un faible pour celui-ci, pour lequel Freleng cède à la tentation de faire de José et Manuel, deux chats particulièrement lents d'esprit, les personnages centraux: toujours cette conception selon laquelle le "méchant" est nettement plus intéressant que le héros. Et puis il y a ici la toute première apparition, laconique mais hilarante, d'un personnage dont la gloire ne tient qu'à deux films, pas un de plus: Slowpoke Rodriguez.
Des affiches publicitaires et les personnages qui y figurent s'animent, et entrent en interaction avec leur environnement: Eddie Camphor chante une chanson, et un poussin qui a une sérieuse envie de voir le monde affronte un ver vindicatif et un chat gourmand...
Billboard frolics est intéressant pour deux raisons essentiellement: d'une part, il semble établir un précédent riche en possibilités, qui se concrétiseront souvent, que ce soit sous la responsabilité de Tex Avery, ou sur celle plus féconde de Bob Clampett qui adorait l'exercice: un monde qui s'anime et devient prétexte aux jeux de mots, aux chansons allusives de la culture populaire, etc... L'autre raison de se pencher sur ce petit film, c'est bien sûr la musique: comme son nom l'indiquait, la série des Merrie Melodies était souvent le prétexte à revisiter une chanson qui était la propriété de la Warner. Ici, la bande-son de l'intégralité du film est Merrily we roll along, qui deviendra précisément l'air entendu au début de tous les Merrie Melodies, y compris une fois que la série fusionnera avec les Looney Tunes...
Pour le reste, bien sûr le film est assez moyen voire routinier, Freleng se réfugiant un peu vite dans le mignon Disneyien.
Le film commence par une introduction qui me rappelle à la fois A corny concerto (de Bob Clampett, sorti vers la fin de la même année) et son grand modèle, le film Fantasia... et justement, comme souvent avec les films de Freleng, ce Pigs in a polka est très musical: il est d'ailleurs soutenu du début à la fin par un recours de Carl Stalling aux Danses Hongroises de Johannes Brahms. En quelque sorte, on peut considérer le film comme une parodie (bon-enfant) de deux films Disney: Fantasia, même si l'animation y utilise beaucoup moins le vitriol que A Corny Concerto, et The three little pigs, dont on a ici toutes les traditions établies: I'll huff and I'll puff, les différences entre les trois cochons, et un loup menaçant mais essentiellement cartoonesque.
...Si ce n'est que c'est le loup qui effectue l'introduction, et qui présente les trois porcins comme ses faire-valoir. Une façon comme une autre pour Freleng, qui adorait ses "méchants", de signer un peu plus un film très tonique et plaisant.
Porky Pig, producteur de music-hall, aimerait aller déjeuner, mais... il doit affronter une tempête: l'impresario Daffy Duck venu lui présenter son poulain, un très très jeune canard qui ne cesse pratiquement jamais de téter une sucette géante, sagement et passivement assis sur un fauteuil. Sage et passif, deux adjectifs qui en revanche ne vont pas pouvoir être utilisés pour une description de Daffy Duck, qui dans son numéro classique de dynamo vivante, vante les mérites supposés de son poulain...
Freleng dans ses oeuvres, en fait: avant que le personnage de Daffy Duck ne s'affadisse, il en reprend la folie totale et profondément indomptable, qu'il oppose à la normalité affichée de Porky. L'idée d'un personnage raisonnable, confronté à la folie dangereuse et impossible à arrêter d'un perturbateur, c'est aussi le contexte de Back alley oproar, chef d'oeuvre du réalisateur.
Conçu à l'automne 1941, le film est sorti e janvier 1942, une année charnière dans l'histoire du studio de Leon Schlesinger, puisque c'est la période durant laquelle les premiers Looney Tunes en couleurs sortiront. Porky's pastry pirates est donc l'un des derniers Porky en noir et blanc, et met le cochon devenu pâtissier aux prises avec des pirates d'un genre nouveau: des insectes...
Une mouche famélique, qui rêve en soupirant devant la vitrine de la pâtisserie, rencontre une guêpe (ou une abeille selon les dialogues, mais bon le doute est permis), qui lui suggère d'aller se servir. Mais le diptère peureux ne veut pas, Porky ayant la tapette facile... L'autre lui fait donc une démonstration de ce que la menace d'un dard peut faire au plus dur des pâtissiers...
C'est amusant, sans plus, si ce n'est un gag affectueux: la guêpe parle avec la voix de James Cagney, parfaitement imitée, ce qui la situe immédiatement du mauvais côté de la loi...