C'est l'hiver... Une vieille dame qui passe les vacances en montagne apprend avant de rentrer à son chalet, que les routes sont barrées: elle s'inquiète pour ses deux animaux de compagnie, qui n'ont rien à manger... De leur côté, le chat (Sylvester) et le canari (Tweety Bird) sont pacifiquement installés, mais le chat se rend compte qu'il convoite l'oiseau... Pour couronner le tout, un autre animal a faim: une souris rendue folle par la famine et qui s'employer à tenter de manger... le chat.
Comme toujours dans un dessin animé, la faim est un excellent moyen de commencer une intrigue! Ce qui aurait pu n'être qu'un film très moyen, avec deux animaux affamés dont un prêt à manger l'autre, devient un conte noir et sordide avec deux actions en parallèle, manger... ou être mangé!
Red riding hood, c'est Le petit chaperon rouge. Ici, le nom est changé pour introduire un intraduisible jeu de mots, un de plus... Ce n'est pas la première fois que chez Warner on s'amuse avec le conte.
A la base, le petit Chaperon Rouge se rend chez sa grand-mère (qui va sortir de l'histoire occasionnellement, même si elle aura le dernier mot), avec comme cadeau un canari (Tweety Bird). En chemin elle croise le loup, qui bien sûr connait l'intrigue, même s'il a parfois des soucis de mémoire... Mais on va aussi croiser un chat (Sylvester), ce qui va occasionner un double conte, avec deux intrigues similaires en parallèle...
Ce qui est une fort belle idée, mais la réalisation, avec le style de plus en plus économique de la Warner en ces années 50, laisse à désirer. Et ces dessins animés avec les deux personnages ont tendance à se répéter, quand même...
Situation classique: Sylvester se tient devant la vitrine d'une animalerie, où Tweety est exposé. Le regard du chat est plein d'une convoitise qui n'est pas difficile à analyser... Mais quand l'oiseau est acheté, le chat tente de s'introduire dans la propriété de la nouvelle maîtresse de l'animal, et ce n'est pas facile: il y a 4257 chiens, tous plus féroces les uns que les autres...
Le contact entre les deux protagonistes, ici, est limité à sa plus simple expression, et Syvester, tel un Coyote, lutte dans un combat trop inégal. Mais le but de Freleng n'est évidemment pas de nous faire croire qu'il va parvenir à quoi que ce soit... Non, son plaisir est dans les variantes sur les horreurs qui arrivent au chat, qu'on ne voit pas, et les conséquences qu'on accepte de nous montrer. La réussite de ce film, c'est ce qui se passe en off, et la façon dont on le reconstitue.
Dans ce court métrage, la dynamique entre le chat (Sylvester) et l'oiseau (Tweety Bird) est tellement installée qu'on n'a besoin de Tweety que pour lancer l'intrigue! D'humeur enjouée, Sylvester aperçoit un cirque et décide d'y faire un tour. Car il adore le cirque... Mais parmi les animaux exposés il y a un canari et il adore encore plus les canaris!
Mais il y a surtout un lion, qui va dans ce court métrage incarner toutes les facettes de l'adversité. A un certain point, on finit par en oublier le principal enjeu, à savoir cet oiseau qui se comporte ici en tous points comme d'habitude: détaché, écervelé, vaguement ironique voire sadique.
A la fin, c'est en off que le chat succombera, sous l'ironie particulièrement noire soulignée par Tweety, mangé par une dizaine de lions et de tigres, carrément. Il n'empêche, le show et quasiment intégralement assuré par Sylvester...
Tweety est tranquillement occupé à prendre son bain, quand il repère qu'il est observé par des teux mal-intentionnés... Slvester, avec des jumelles, a vu l'oiseau. Il a aussi vu le bull-dog qui monte la garde... La partie sera rude.
...Et quasiment perdue d'avance pour le pauvre chat, décidément condamné à l'échec, ce que détaille ce film de très bonne qualité, sauf en ce qui concerne l'oiseau décidément profondément irritant. Notons que Sylvestre, s'il n'a pas recours contrairement à un coyote fort malchanceux à la firme Acme, bricole beaucoup dans ce film, ce qui devient d'ailleurs le fil rouge de l'intrigue...
A noter également, l'unique réplique drôle du canari, qui au lieu du sempiternel "I think I taw a puddy-tat", dit "I think I taw a peeping Tomcat", effectuant un jeu de mot entre Tomcat (matou) et Peeping Tom (voyeur)... Toujours beaucoup plus adulte qu'on ne croit...
Une petite fille qui détruit tous ses jouets (mais alors avec application) a le bonheur de voir entrer chez elle un chat qui fuit les bas instincts d'un bull-dog... Le pauvre animal va vite regretter d'avoir été sauvé de la poursuite.
Dès qu'on veut chanter les louanges de Chuck Jones, Bob Clampett ou Tex Avery, il est de bon ton de balancer sur Freleng, et d'en faire une sorte de parangon de la mièvrerie. C'est dommage, car c'est complètement faux. Non seulement ses courts métrages avec Tweety et Sylvester sont des monuments de sadisme (cet abominable canari n'est pas le héros, enfin!!!), mais il a souvent mis des infortunés personnages aux prises avec l'horreur.
C'est le cas ici, et une fois de plus, on constate que pour incarner l'ignomonie humaine, Freleng a choisi une adorable petite fille à laquelle on donnerait, selon l'expression consacrée, le bon Dieu sans confession... Les gags liés au mauvais traitement de ce pauvre chat (qui cette fois n'est pas doté de la parole ce qui le rend encore plus sympathique) se succèdent à froid, et c'est un bonheur...
Une petite fille, dans une nurserie, sort de son lit pour manger un morceau, et les personnages de son papier peint s'animent dans une version délirante et musicale de La Belle et la Bête... La Bête a très vaguement un visage inspiré de Jimmy Durante...
Les deux principaux intérêts de ce film, un court métrage assez typique de la série Merrie Melodies, n'ont pas grand chose à voir avec son intrigue très conenue... Pour un cartoon Warner, s'entend. Non, d'une part Beauty and the beast est une preuve éclatante de l'emprise de Disney et de ses Silly Symphonies sur le monde du dessin animé, et de la façon dont Leon Schlesinger modelait ses productions sur son concurrent principal. Le film est en couleurs, mais c'est le Cinecolor, un technicolor du pauvre, en deux filtres au lieu des trois pimpants affichés par Disney...
Et surtout, c'est le premier court métrage des Merrie Melodies qui soit dirigé par Friz Freleng, lui-même un transfuge de Disney... Il était revenu de ses premières expériences avec un savoir-faire impressionnant dans l'art de synchroniser animation et musique...
Yosemite sam, pirate de son état, se lance à l'assaut d'un vaisseau, dont tous les marins et passagers s'enfuient... Tous sauf un: c'est un lapin. La lutte sera inégale...
Ce film de 1954 tire son titre de l'épopée de Raoul Walsh, parue quelques années plus tôt, Captain Horatio Hornblower... Mais c'est malgré tout à un autre film qu'il fait penser: un peu à la façon de Chuck Jones avec sa fameuse trilogie autour de la chasse au canard, Friz Freleng s'amuse avec des variations infimes sur le premier film, reprenant certains gags en les gérant différemment, et en les prolongeant de façon inédite... L'énergie spécifique à la rencontre entre Yosemite Sam et Bugs Bunny, de toute façon, fait naturellement le reste...
Une cigogne fait son travail, qu'elle aime particulièrement: elle apporte bébé après bébé, et on lui fait un merveilleux accueil, avec un petit verre par-ci et un petit verre par là... Pendant ce temps, chez daffy Duck on attend justement un heureux événement. Du moins madame (Daphné, en l'occurrence), pas monsieur. Celui-ci est clairement décidé à empêcher la venue de l'oiseau de malheur...
Au-delà du fait que le film repose sur la croyance infantile plus qu'enfantine de la légende de la cigogne apportant les enfants à leurs parents, c'est noir, très noir même! Car Daffy Duck, prêt à tout, ne veut absolument pas d'un nouveau bébé, et le fait savoir... Sa détermination nous rappelle de quelle façon il accueillait (avec la plus sourde angoisse) l'idée d'aller servir son payx dans un court de Bob Clampett. Plutôt que lâche et minable, au moins on l'aime assez facilement quand il est aussi vindicatif. L'animation est très adéquate...
Et puis il y a des crocodiles dans la cave. On n'en discute même pas l'implacable logique...
Une jeune voiture, contre l'avis de sa mère, voudrait être un taxi... Il fait l'école buissonnière et se mesure à un train... Mais il a un accident.
Apparté: je hais le film Cars, de John Lasseter, mais pour une raison toute personnelle. Je ne parviens pas à accepter cette idée stupide, de proposer une vision du monde dans laquelle l'humanité est remplacée par la civilisation de la voiture... Dans ce film, c'est presque pareil. Je dois dire qu'il est assez repoussant, mais là encore, c'est vraiment MON impression.
Mais au-delà, le film souffre surtout de son étrange fin, qui semble vraiment enfoncer le clou! après un accident, le petit véhicule fait exactement la même bétise, sans que le film ne soit résolu. Avery donnera dans les années 50 sa version de ce genre d'histoire, et ce sera à peine meilleur...