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30 juin 2019 7 30 /06 /juin /2019 13:42

C'est avec ce film que Lubitsch va prendre congé de la Paramount où depuis 1928, et à deux exceptions près (Eternal Love en 1929 et The merry Widow en 1934) il a dirigé des films importants tout en étant souvent considéré de façon plus ou moins officieuse comme le directeur général du studio... Un studio où à n'en pas douter il devait faire grincer quelques dents chez les DeMille et consorts. Mais peu importe: les années 30 n(ont été qu'une suite de films brillants pour lui, et il a imposé sa marque, et quasiment créé un genre à lui tout seul, repris avec bonheur par d'autres, en non des moindres... Car à sa suite, Hawks, Preston Sturges et Mitchell Leisen ont offert leurs variations de la Screwball comedy, et bientôt Billy Wilder suivra.

Puisqu'on en parle, justement, c'est un moment important aussi dans la carrière de ce dernier puisqu'avec ce film, il commence à travailler pour celui dont il prendra plus ou moins la suite. Remake d'un film de Sam Wood en 1923, adaptation d'une pièce Française, Bluebeard's eighth wife est aussi un script de Charles Brackett et Billy Wilder, et c'est le premier d'une longue lignée, dans laquelle suivront Midnight, Ninotchka et Ball of fire, puis bien sûr les propres films de Wilder. Tout ça pour dire qu'on est un peu face à un important passage de relais...

Dans un magasin de la Côte d'Azur, le richissime Américain Michael Brandon (Gary Cooper) vient faire un achat revendicatif: il souhaite en effet acheter une veste de pyjama sans pour autant s'encombrer d'un pantalon qu'il ne mettra de toute façon pas. Il y rencontre la belle Nicole de Loiselle (Claudette Colbert) qui vient justement acheter un pantalon de pyjama pour son papa, un noble désargenté. Le dit père, le Marquis de Loiselle (Edward Everett Horton), est justement en contact avec Brandon, dont il espère le soutien pour une invention. Brandon décide d'épouser la jeune femme, mais il commet deux erreurs: d'une part, il l'a choisie sans vraiment la consulter, ce qui n'est pas (trop) grave puisqu'elle s'avère consentante; mais surtout il a négligé de lui confesser qu'il avait déjà été marié... sept fois, et divorcé six: l'une de ses épouses est décédée. Du coup, Nicole décide de lui mener une vie infernale...

Tout film ressortissant de ce style qu'on appelle la screwball comedy est très dépendant de ses vedettes, et on peut se réjouir du fait que Gary Cooper et Claudette Colbert soient associés. L'actrice a même priorité sur l'acteur au générique, et les deux personnages, deux fortes têtes, sont à égalité. La satire du mariage, émaillée de saillies ironiques à l'égard de l'institution, est datée mais fonctionne toujours aussi bien grâce à la vivacité du script. Mais le film agit aussi en distillant un humour féroce et gonflé, qui multiplie les petits jeux de cache-cache avec le code de bonne conduite édicté par les ligues de décence... Bref, on le savait déjà, mais le film le confirme et promet des beaux jours: on ne peut pas museler Ernst Lubitsch.

Et celui-ci, qui tourne un film souvent pétillant, est à la fête avec cette histoire risquée de mari frustré, au régime affectif sec et qui fait des efforts surhumains pour essayer de conquérir son épouse. Une épouse acquise, mais qui a décidé de faire une affaire de principe de s'imposer à son mari sur ses propres termes... C'est sans doute cet aspect un peu abstrait qui gène les commentateurs du film, qui considèrent souvent le film comme un exercice plaisant mais mineur dans la carrière de Lubitsch. Le fait est qu'on ne s'y ennuie jamais, et que les nombreuses marques de la "touche Lubitsch" s'y succèdent comme à la parade: variations sur un même thème (le pyjama, qui sert à la fois de "petit caillou" en permettant à Brandon de reconnaître Loiselle au premier regard, mais qui sert aussi de cri de ralliement masculin, quand on voit par exemple le patron du magasin sortir de son lit sans pantalon pour répondre au téléphone, sans parler des nombreux quiproquos et "double-entendres" apportés par ces histoires de veste sans pantalon!), situations basées sur la hiérarchie, vieil héritage Berlinois, partagé entre le Berlinois Lubitsch et le Berlinois d'adoption Wilder (Quand un problème touche les sous-fifres du magasin, ils se rendent chez le vice-président, qui dans un plan muet décide illico... d'appeler le président! On retrouve cette montée ironique et fulgurante dans l'échelle sociale, dans le sketch tourné par Lubitsch pour l'anthologie If I had a million), raccourcis cinglants (quand Claudette Colbert échoue à entrer dans la maison de repos où est Michael, un institut tenu par un spécialiste des cas extrêmes et notamment des gens qui se prennent pour des animaux, le père va sonner, et quand l'infirmière l'entend aboyer elle le laisse entrer derechef!) et bien sûr gags essentiellement visuels (ici, une séquence nous montre Michael prendre en exemple les comportements décrits par Shakespeare dans The taming of the shrew, dans une séquence très drôle dont le seul mot sera d'ailleurs "Shakespeare")... Bref: tout y est!

Et l'univers de Lubitsch est en prolongement de celui qu'il  exploré depuis les années 20, avec un personnage secondaire de secrétaire timoré interprété par David Niven: non seulement il est excellent, mais il confirme cette tendance déjà explorée avec bonheur par le metteur en scène dans The marriage circle et dans One hour with you: quand un homme sent qu'il a un rival pour l'affection de sa femme, c'est déjà terrible. Mais si en plus c'est un minable, alors là rien ne va plus! 

 

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Published by François Massarelli - dans Ernst Lubitsch Billy Wilder Comédie Edward Everett Horton Gary Cooper
16 juin 2019 7 16 /06 /juin /2019 11:08

On va le dire tout de suite, ce film est un remake de Objective Burma, mais transposé dans l'Amérique de 1840, il nous raconte un épisode probablement glorieusement faux de la guerre contre les Seminoles, une peuplade Indienne qui refusait la re-localisation que le gouvernement des Etats-Unis imposait aux tribus locales à chaque fois qu'on remodelait les cartes... C'est le futur président Zachary Taylor qui était à la manoeuvre lors des événements racontés dans le film, mais le militaire en charge des troupes dans le film, qui doivent rejoindre comme Errol Flynn et ses hommes dans le film de 1945, un point de ralliement mais risquent de se faire massacrer à tous moments, est le capitaine Quincy Wyatt (Gary Cooper), qui connaît bien la région de Floride où l'action se passe, puisqu'il y habite...

Côté pile, c'est un spectacle en Technicolor, débarrassé du message d'urgence du premier film tourné alors que la guerre du Pacifique continuait. Ici, c'est le plaisir qui est visé, celui du spectateur bien sûr auquel on offre des aventures dépaysantes, romancées, et vaguement crédibles. Wyatt est un personnage ombrageux mais valeureux, miné par la mort de son épouse Creek (oui, c'est un homme doté d'une ouverture d'esprit importante), et qui élève son fils, un tout petit Indien, à la dure mais avec amour. On lui a flanqué un "love-interest" assez bidon, en la personne de Mari Alden, qui n'est absolument pas Virginia Mayo... Et les notations sur la vie entre garçons dans la jungle, disparaissent au profit d'un côté boy-scout distrayant...

Mais côté face, ça reste un film mineur, distrayant certes, mais surtout réduit à ses passages obligés. Maintenant une vision de ce film à un âge tendre m'a sans doute donné envie de vivre ce genre d'aventures lacustres et aquatiques, mais je ne suis pas un grand fan de l'opportunité de me faire bouffer par un caïman... Bref: si ce presque western (pas de chevaux, et une action située fermement à l'Est) est plaisant, il confirme que Walsh commence à tourner en rond à la Warner à cette époque...

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Published by François Massarelli - dans Raoul Walsh Western Gary Cooper
28 avril 2018 6 28 /04 /avril /2018 17:30

En 1763, une jeune femme (Paulette Goddard) condamnée à mort choisit l'exil pour éviter l'échafaud. Elle est donc déportée aux Amériques, pour y être vendue comme esclave. Durant la traversée elle tombe entre les mains de l'odieux traître Garth (Howard Da Silva) mais secourue par le militaire Chris Holden (Gary Cooper): la lutte à mort entre les deux hommes pour la jolie immigrante a commencé...

Côté pile, ce film est du pur DeMille, qui obéit à tous les commandements du metteur en scène:

I: L'Histoire, tu simplifieras, en te débrouillant pour qu'on ait un camp du bien et un camp du mal. Les Indiens font partie du décor, il n'appartiendront ni à l'un ni à l'autre.

II: Haut en couleurs, le film sera: en Technicolor, si possible, et tous les costumes seront l'occasion de convoquer l'une ou l'autre des trois couleurs primaires. Ca fera joli avec le vert des forêts.

III: "Malédiction!" tu diras: Les dialogues seront crétins au possible.

IV: Ici tu te tiendras en t'enroulant dans ta cape: la composition de l'image n'a pas besoin d'être plus élaborée que celle d'un film de 1916.

V: Tes copains tu placeras: comme d'habitude on trouvera bien un rôle pour Julia Faye, Henry Wilcoxon, etc... 

VI: Gary Cooper, en valeur tu mettras, car les foules viendront.

VII: L'ouverture du film, tu commenteras, car un film DeMille doit porter la marque du Professeur DeMille. Lyrique tu seras, y compris en parlant de Pittsburgh.

VIII: Un brin de sadisme réglementaire tu mobiliseras, car on veut du frisson. ...Les Indiens, peut-être?

IX: Paulette Goddard, en danger tu mettras. ...Les indiens, peut-être?

X: Paulette Goddard, dans la mesure du possible si on tient compte de la censure, deux ou trois fois tu déshabilleras.

Côté face, on a un film d'aventures qui ne tient évidemment pas debout, mais qui fait tout un tas de détours possibles pour amener ses héros (Goddard et Cooper, qui sont forcés de cohabiter avant quel'amour ne s'installe) d'un point à un autre. Et en chemin: Boris Karloff en chef Indien, du Technicolor rutilant, des rivières traîtresses, des montagnes grandioses, des rapides meurtriers, et des cascades inquiétantes, plus des Indiens qui effectuent le siège d'une garnison, et de multiples dangers pour la jeune femme. Le tout en courant dans le bois... C'est un genre à part entière, on l'appelle le "pré-western", et ma foi ça se laisser regarder... Quand on n'a pas un John Ford sous la main.

 

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Published by François Massarelli - dans Cecil B. DeMille Gary Cooper
18 octobre 2017 3 18 /10 /octobre /2017 17:56

Non seulement ce film de Hawks est pour Gary Cooper l'occasion de gagner un Oscar du meilleur acteur, ce qu'il méritait amplement, mais c'est aussi, en 1941, un film paradoxal: interventionniste à l'heure de l'indécision, ce film de prestige a été mis en chantier d'abord comme la célébration d'un héros qui ne voulait absolument pas qu'on parle de ses exploits militaires, et devait justement ne parler que de sa vie pacifiste afin de persuader les Etats-Unis... de ne pas participer au conflit!

Alvin York (Gary Cooper) est un jeune homme du Tennessee, beaucoup plus intéressé par la vie facile, la rigolade et la boisson, que par l'austérité d'une vie paysanne et les congrégations religieuses. Pourtant, le pasteur local (Walter Brennan), sa mère, sa famille et surtout la petite Gracie (Joan Leslie) vont finir par le remettre dans le droit chemin. Revenu à la vie en tant que chrétien rigoriste, York se destine à une vie de fermier, tranquille et sans histoires. Mais on est en 1917, et il lui faut répondre à l'appel massif de la conscription. Ses demandes d'exemption en tant qu'objecteur de conscience resteront lettre morte, la congrégation à laquelle il appartient n'étant pas reconnue. York devra se battre...

Mais lors de sa préparation militaire le jeune soldat quasi inculte étonne tous ses camarades et ses sous-officiers par son exceptionnel talent de tireur... On lui propose alors de devenir caporal instructeur afin de ne pas perdre son talent; Après réflexion, York accepte; peu de temps après, il est envoyé en France...

Alvin York (1887 - 1964) est en effet ce héros malgré lui, un objecteur de conscience qui est parti en France en 1918 et lors d'une action d'éclat totalement improvisée, s'est retrouvé à faire prisonniers plus de 130 soldat Allemands. L'épisode est dans le film, et fait partie des moments les plus franchement réjouissants du film, Hawks et Cooper ayant inversé la situation habituelle en montrant York en débrouillard totalement inconscient de l'extraordinaire exploit qu'il accomplit. Sa motivation est claire dès le départ: en tuant quinze à vingt hommes (Quand York tire, il fait mouche, c'est très clair), il empêchera la mort de centaines d'autres. Comme il le dit dans le film, "je voulais arrêter les armes de tirer"... Le film est réussi justement parce que nous assistons essentiellement à un travail à faire, une action d'éclat qui est d'abord et avant tout affaire de compétences: le savoir-faire, le travail, la valeur d'un homme, bref la thématique essentielle d'un film de Howard Hawks...

Bien sûr, étant à la fois une quasi-oeuvre de propagande (Des mois avant Pearl Harbor, la Warner poussait clairement avec ce film vers l'interventionnisme des Etats-Unis) et un film de prestige qui célèbre un héros Américain, Sergeant York est très long: deux heures et quatorze minutes, c'est encore assez exceptionnel. Pourtant il ne me semble pas trop long, et la première partie de plus d'une heure qui installe personnage et nous donne à voir sa lente transformation de bon à rien en un brave homme rigoriste et à l'avenir tout tracé, est un concentré de film rural Américain, pas trop éloigné des oeuvres de Capra! Il y a du Deeds et du Willoughby (Meet John Doe) dans ce grand gaillard gauche mais sûr de ses convictions qui peut plier à sa volonté plusieurs bataillons armés jusqu'aux dents... Et qui a besoin qu'on l'amène par la main à prendre la bonne décision, parce que le patriotisme aveugle n'explique pas tout. Le film, en réalité, est superbement construit, et ne nous amène pas jusqu'à l'acte d'héroïsme pour qu'on finisse sur des flonflons et des médailles en chocolat: Alvin York n'accomplit son destin que lorsqu'on l'accompagne jusque chez lui après la guerre et les honneurs, pour qu'enfin sa vie commence.

Et justement, Jesse Lasky a mis environ 20 ans à obtenir l'accord de York pour faire un film! Et encore, il a fallu batailler ferme pour qu'il accepte qu'on y parle de son action d'éclat et de son temps de guerre (Qui a été relativement court, environ un mois). Mais reconnaissons que so on avait suivi l'idée du héros, qui était de montrer sa vie après la guerre uniquement, à des fins didactiques, ça aurait probablement été un film d'une aberrante nullité. Tel qu'il est, il a tout: la ferveur, le mouvement chronologique typique des films de Hawks, ce mélange de savoir-faire et de simplicité dans la mise en scène et ce mélange de modestie et d'héroïsme, plus une musique de Max Steiner et un casting premier choix. Et Hawks dirige en expert des scènes de bataille particulièrement impressionnantes.

...Et cette fois, Walter Brennan a le droit de garder ses dents.

 

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Published by François Massarelli - dans Première guerre mondiale Howard Hawks Gary Cooper
2 août 2017 3 02 /08 /août /2017 17:59

Un milliardaire impétueux et excentrique qui va mourir bientôt fait poireauter son entourage avec des revirements constants par rapport au testament qu'il entend laisser. Il ne veut ni le laisser à ses employés qu'il déteste, ni à sa famille qui n'attend rien d'autre que son décès pour faire main basse sur le pactole! Il choisit, tant qu'il est à peu près sain d'esprit, et encore en capacité de le faire lui-même, d'adresser dix chèques, chacun d'un million de Dollars, à huit personnes prises au hasard... Chaque segment du film racontera ainsi le devenir de chaque chèque.

Les sept metteurs en scène se répartissent les portions de la façon suivante: Taurog est en charge du prologue et de l'épilogue, les autres films ayant été tournés indépendamment. Roberts et McLeod ont chacun deux segments à leur charge, et Lubitsch, Humberstone, Cruze et Seiter ont tous un sketch. Le ton est globalement à la comédie, sauf pour l'histoire de Cruze, qui est atroce, et (volontairement ou non?) dramatique: un condamné à mort reçoit le chèque et ne parvient pas à digérer la nouvelle. Certaines des vignettes tombent dans la comédie sans grâce, comme l'histoire de William Seiter avec W.C. Fields: un couple de forains dépensent leurs millions en voitures à casser, et c'est épouvantablement répétitif. J'ai un faible pour les deux premiers sketchs, l'un tourné par McLeod avec Charlie Ruggles en employé timoré d'une boutique de porcelaine qui est en plus étouffé par son épouse acariâtre, et l'autre tourné par Roberts, avec Wynne Gibson en prostituée surbookée qui va avoir une idée très précise de ce que son million lui permet d'acheter...

Et puis il y a Lubitsch: c'est intéressant de constater que ce film lui est souvent attribué en entier, alors qu'il en a réalisé le segment le plus court, mais aussi le plus fort et le plus percutant. Il l'a aussi écrit et en a confié l'interprétation à Charles Laughton... C'est une merveille. 

Pour le reste, aucun des metteurs en scène n'arrive à sa cheville, bien sur, donc il ne faut pas s'attendre à du grandiose. Juste à un film malin qui se saisit, en 1932, d'une préoccupation réelle, qui n'a rien à voir finalement avec le rêve Américain, mais plus avec l'idée de survivre, car comme chacun sait après 1929 les temps sont durs. Et le film nous montre l'Amérique (Blanche, il ne faut pas trop en demander), dans sa relative diversité sociale: on pourra juger que ce film nous montre une belle brochette d'égoïstes. On pourra aussi se dire que cette comédie tape gentiment là où ça fait toujours mal, tout en ayant le bon goût de vouloir faire rire...

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Published by François Massarelli - dans Comédie Ernst Lubitsch Pre-code James Cruze William Seiter Gary Cooper
18 juillet 2017 2 18 /07 /juillet /2017 16:47

Dans le Montana, en 1873, le Dr Joe Frail (Gary Cooper) vient s'installer dans un petit village minier: dans ce territoire qui n'allait devenir un état qu'en 1889, on vit encore une situation précaire. Une ville n'existe que le temps qu'on trouve de l'or dans les parages, et le Docteur a déjà bourlingué, il sait qu'il lui faudra probablement encore voyager. Mais il a de toute façon quelque chose à fuir, semble-t-il, et les gens locaux le savent bien.

Le turbulent, impulsif Frenchy Plante (Karl Malden) est un mineur, un filou qui aimerait bien trouver à s'associer pour poser un "claim", parce qu'il n'a pas assez d'argent. Mais personne ne lui fait vraiment confiance, donc il est bien obligé de travailler pour les autres. C'est dans ces conditions qu'il est amené à tirer sur un voleur, un jour... Plus pour le plaisir de tuer, semble-t-il...

Mais l'homme (Ben Piazza) n'est pas mort, et se réfugie chez le médecin, qui le guérit, et l'emploie. Rune, le jeune homme, est intrigué par le médecin, son mélange d'humanisme, de rigueur morale, de froideur, et... de secrets inavouables. Mais comme lui aussi a un secret, et qu'il ne souhaite pas qu'on le reconnaisse comme étant le mystérieux voleur, il se tait...

Le dernier personnage a faire irruption dans le drame est une femme: Elizabeth Mahler (Maria Schell) est une immigrante suisse, seule rescapée de l'attaque d'une diligence. Elle a l'infortune d'avoir eu la vie sauvée par Frenchy, qui ne manquera ni une occasion de lui rappeler, ni de tentatives de se faire récompenser en nature, ce qu'il ne parviendra jamais à obtenir. Retrouvée en plein soleil, presque aveugle, la jeune femme sera ramenée à la vie et à la vue par le Docteur Frail, dont elle seule aura, sans doute, vu la vraie nature... Mais lui ne veut pas de son affection.

Et surtout, il a peur pour elle, car il sait qu'une femme seule dans ce coin abandonné de la morale et de la loi, ne fait pas long feu. 

Frail est mal vu par la population, qui le considère comme un mal nécessaire. Mais ces pionniers chauffés au mauvais alcool son assez prompts à écouter ceux qu'ils ne devraient pas laisser parler, notamment un prédicateur-rebouteux de la pire espèce (George C. Scott avec beaucoup de cheveux). Mais ils n'ont pas besoin de lui: les dames de la ville, celle dont les maris représentent un embryon de notabilité, sont assez rapides à condamner à vue celle qui vient d'ailleurs, et celui qui a osé l'accueillir chez lui, pour faire quoi, je vous demande un peu?

Le film s'appelle The hanging tree (La colline des potences en Français), et c'est une indication de la façon dont le drame, qui monte inlassablement dans ce film, va se dénouer... sans jeu de mots.

Bref, Delmer Daves rejoue la partition Shakespearienne comme il l'avait déjà fait avec Jubal, et le fait dans un décor sublime, avec des acteurs qui sont tous excellents. Y compris bien sur Gary Cooper, et ce n'était pas gagné: il était déjà très malade, et sérieusement diminué. Je pense que le personnage de Rune a été créé justement pour pallier à cette absence physique d'un héros dont le film avait besoin. C'est tout bénéfice, car Frail a deux personnes autour de lui, qui vont toutes deux voir des facettes différentes: l'une la masculinité douce, l'autre la figure paternelle. Quant à Malden, il est absolument génial de bout en bout. 

En raison des limitations de Cooper et du fait qu'il a fallu adapter le film, je pense que ce film (Le dernier western de Daves) n'est sans doute pas à la même hauteur que 3:10 to Yuma ou Cow-boy. Mais à cette altitude, ça n'a guère d'importance!

 

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Published by François Massarelli - dans Western Delmer Daves Gary Cooper
4 janvier 2017 3 04 /01 /janvier /2017 18:58

 

Mais pourquoi ce film admirable n'est-il pas parmi les classiques révérés du muet, les Metropolis, The General, Napoléon, Sunrise, The Iron Horse, ou Safety last? C'est un western, il possède une séquence spectaculaire, il  été conservé dans des copies de première génération en parfait état, et en prime, il fait le lie avec le parlant, non seulement par la carrière de son metteur en scène (Henry King n'est quand même pas n'importe qui, même si ses films ultérieurs ne soulève généralement pas mon enthousiasme de par leur académisme trop prononcé), mais aussi, surtout par le fait qu'il est interprété par deux stars, et quelles stars! Ronald Colman, et Gary Cooper!

Il faudrait ajouter Vilma Banky, bien sur: d'autant qu'elle est l'interprète de Barbara Worth, la personne qui donne son titre au film. Elle est aussi un lien symbolique de la résistance humaine et de la résilience sur l'ensemble de l'intrigue: enfant trouvée dans le désert lors d'une tempête de sable, ses parents venant de mourir, elle a été adoptée par le brave Jefferson Worth, un homme qui s'est installé dans le désert comme on part évangéliser sur un coup de tête! Entouré d'une authentique famille, son acharnement vont lui permettre de vivre tranquille, avec un rêve: un jour, irriguer la rude et aride vallée au bord de laquelle il s'est installé. Ce sera chose faite lorsque, quinze années après la découverte de la petite Barbara, viennent s'installer le banquier James Greenfield et son fils adoptif Willard Holmes (Ronald Colman). Greenfield vient avec les moyens financiers d'installer un système d'irrigation, et Holmes est son ingénieur. Mais les deux hommes n'ont pas la même conception du progrès. Pour Holmes, c'est un moyen de faire avancer l'humanité. Pour Greenfied, un moyen de s'enrichir. a ce conflit entre les deux philosophies vont bientôt s'ajouter deux autres problèmes: d'une part, Worth n'accepte pas la colonisation de son pays par Greenfield et ses méthodes; d'autre part, le jeune Abe Lee, le fils d'un des collaborateurs de Worth, apprécie très peu la venue de Holmes, qui se pose vite en rival pour les affections de Miss Worth... Qui va donc gagner le coeur de la belle?

L'amour de l'homme de l'Ouest (Cooper) et de l'homme de l'Est (Colman) pour la même femme cache un conflit de civilisations, dans lequel King se refuse à trancher: si la belle blonde représente bien sur une terre à dompter, une civilisation à installer là ou il n'y  rien, c'est de l'alliance entre les deux que naîtra le salut. Entre la destinée manifeste combinée au progrès, et la recherche romantique d'une certaine tranquillité fragile, il y a moyen de s'entendre. Tout un portrait de l'Ouest, en somme. Pourtant, ce western qui se termine dans les années 20 est plutôt une histoire contemporaine au moment où il est filmé, mais la beauté des paysages, tournés en plein désert, et le don de la composition phénoménal de King trouvent dans ces lieux désolés un lyrisme à tomber à la renverse... Ajoutons que les acteurs sont dirigés avec tact, et leur jeu nous rappelle bien sur les autres chefs d'oeuvre de King dans les années 20: Tol'able david (1921), The White sister (1923) et Stella Dallas (1925). La retenue de Colman et Banky, le naturel de Cooper sont exemplaires. 

...Et il y a la scène de l'inondation! Prouesse de montage, en une dizaine de minutes, la description de la fuite d'une population éberluée, en plein désert, à laquelle on annonce l'arrivée d'un raz de marée qui va dévaster leur ville, filmée à grands renforts de figurants, et fourmillant de détails superbes, est digne de figurer aux côtés de l'inondation de Metropolis (1926), la ruée vers le Dakota dans Three bad men (1926), la traversée de la Mer Rouge dans The ten commandments (1923) ou la course de chars dans Ben Hur (1925). A une époque où c'est en découvrant des effets spéciaux que les studios (En particulier la MGM: voir The torrent (1925) et son inondation, ou The temptress en 1926 et ses destructions de barrage très convenues) se mettent à banaliser et affadir le spectaculaire cinématographique, King se sort de l'exercice avec les honneurs. Il fait même plus encore: en combinant le volontarisme rigoureux de Tol'able David, le spectaculaire religieux (Vu ici sous un angle profane) de White sister, et le mélodrame habité de Stella Dallas, il réussit un authentique chef d'oeuvre, le sien, mais aussi un des très grands westerns. Voilà.

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Published by François Massarelli - dans Muet Western 1926 * Gary Cooper
23 décembre 2016 5 23 /12 /décembre /2016 18:28

Trois enfants Américains, tous trois de parents divorcés, jouent ensemble à Paris. Les deux filles, Kitty et Jean, ont été placées dans un couvent pour enfant de divorcés aisés par leurs ères volages, et le jeune garçon Ted ronge son frein en attendant de quitter sa famille, excédé par le comportement déluré de son père divorcé... Mais en grandissant, Kitty (Clara Bow) et Ted (Gary Cooper), qui sont voisins aux Etats-Unis, sont devenus assez proche des styles de viee de leurs parents. Quand Jean (Esther Ralston) les rejoint, Ted et elle tombent amoureux l'un de l'autre. Mais Jean explique à Ted que le mariage ne sera possible que s'il travaille. Il trouve assez facilement un emploi, mais Kitty très attaché à son style de vie oisif vient l'empêcher de mener à bien sa mission, et un matin, il se réveille à ses côtés, n'ayant aucun souvenir de leur nuit, durant laquelle ils se sont mariés... Pour Ted et Jean, c'est une catastrophe: faut-il un nouveau divorce qui risque de gâcher la vie de Kitty, ou faut-il lui laisser sa chance, bien que Ted ne l'aime pas?

On fait grand cas de la participation de Josef Von Sternberg à ce film, qui a certainement bénéficié de retakes, ou d'embellissements de la part du metteur en scène génial... mais ce serait injuste de ne pas d'abord le considérer comme ce qu'il est: l'un des meilleurs films du très conservateur cinéaste qu'était Frank Lloyd. Il se surpasse globalement, même si le message anti-divorce est aujourd'hui complètement vide de sens, au moins le film se permet-il d'explorer avec un oeil volontiers critique (Et un brin trop vertueux) la vie dissolue des gens de la haute société. N'empêche que Clara Bow se jette à corps perdu dans un rôle taillé pour elle, sans arrière-pensées... Le film a de plus le bon goût, en plus de nous donner à voir Cooper et Bow ensemble, de ne pas durer très longtemps, et du coup il n'y a pas la moindre redondance. Compte tenu de son sujet, c'est un plaisir coupable, mais on ne dira rien...

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Published by François Massarelli - dans Frank Lloyd Muet Clara Bow 1927 ** Gary Cooper
10 octobre 2016 1 10 /10 /octobre /2016 17:13

La boule de feu, autant le dire, c'est Barbara Stanwyck! Et avec cette histoire gentiment loufoque, on n'est pas très loin de Blanche-neige et les sept nains, mais la figure de prince charmant serait en fait un huitième nain... Je m'explique: dans cette histoire de Brackett et Wilder, les scénaristes qui étaient sur le point de lancer leur propre production pour la Paramount, un groupe de huit scientifiques, tous vieux et barbus sauf un, se sont lancés huit années auparavant dans la rédaction d'une encyclopédie définitive. Ils ne touchent pas encore au but et on sent bien poindre derrière certaines vieilles barbes, comme une certaine lassitude. Sauf chez le plus jeune, le professeur Bertram Potts (Gary Cooper): celui-ci s'est dédié corps et âmes à la langue anglaise, et ne voit pas ce qui pourrait empêcher leur tâche de s'accomplir! Mais il fait un jour un constat alarmant: ayant vécu à l'écart du monde toutes ces années, il se rend compte que sa connaissance de l'argot est limitée, et dépassée. Il se rend donc en quête de gens, pour assembler un panel de spécialistes. Parmi les perles rares, une jeune femme, la belle chanteuse Sugarpuss O'Shea (Barbara Stanwyck) le trouble d'autant plus qu'elle refuse de participer à ses recherches. Mais lorsque le petit ami de celle ci (Dana Andrews) est arrêté, elle est recherchée et doit se réfugier, pourquoi pas, dans la gentilhommière des professeurs, dont les sept plus vieux se réjouissent: elle leur rend la jeunesse... Bertram Potts tente vaillamment de résister...

C'est donc, quatre années après Bringing up baby, un retour de Hawks à la comédie et à sa critique railleuse de l'intellectualisme. Mais derrière le loufoque déballage d'obsédés en tout genre, mathématiques, biologie, langage ou histoire, il y a malgré tout une certaine tendresse qui s'affiche pour ces professeurs décalés, déphasés, qui sont tout à coup confrontés à une époque dont ils ne connaissent rien. Hawks, lui, la connait et on a droit à Gene Krupa et son big band, et à la conga, dont Stanwyck fait une rapide démonstration. Et puis il y a le monde du crime, et des dialogues marqués par un usage effréné de l'argot! Cela étant dit, sans faire la fine bouche, le film prend son temps, et ne laisse pas derrière lui la même dévastation loufoque de toute raison que Bringing up baby, et on est loin ici de l'abattage meurtrier de Twentieth century. le genre était en pleine mutation, et même si Gary Cooper est à son plus vulnérable et que les sept "crânes d'oeuf" sont adorables, Hawks, décidément, n'est pas Lubitsch. Donc on passera du bon temps, dans l'ensemble... Hawks aussi, puisque il "refera" le film avec A song is born en 1948, un film musical qui n'est pas souvent visible, et qui a assez mauvaise réputation. Quant à Wilder et Brackett, qu'on n'ait pas la moindre inquiétude pour eux, ils s'en sont très bien sortis...

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Published by François Massarelli - dans Comédie Howard Hawks Billy Wilder Barbara Stanwyck Gary Cooper
26 août 2016 5 26 /08 /août /2016 17:53

Les Philippines, au début du XXe siècle. Des troubles locaux menacent la population, et une troupe de bandits s'en prennent à la paix trop fragiles. Les Américains, prêts à partir de la région, dépêchent des hommes d'armes pour aller former une vraie armée de Philippins, mais dès leur arrivée, leur colonel est tué. Pour les hommes qui restent, ça va être difficile d'autant que leur nouvel officier est dur, très dur... Et bien qu'il ne l'admette pas, il est en passe de devenir aveugle. Le docteur Cavanan (Gary Cooper) va prendre les choses en mains...

Cette production Goldwyn a tout du petit film: conflit aussi nébuleux que possible, intérêts rabaissés (Le mal contre le bien), lecture assez gentiment ethno-centriste, héros invincible et dur (C'est Gary Cooper, pas le genre à caresser les gens dans le sens du poil)... Bref on est dans du classique, de l'éprouvé. Ca n'apporte pas grand chose à la gloire de "Coop", et ça prolonge (Pour ne pas dire "copie") The lives of a bengal lancer. C'est un film criminel? Non, bien sûr.

Ca se laisse regarder? Bien sûr!

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