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23 juin 2016 4 23 /06 /juin /2016 17:52
The lives of a Bengal lancer (Henry Hathaway, 1935)

C'est dans les années 30 que ce genre a explosé, avec aussi bien des films de Michael Curtiz (The charge of the light brigade), de Alexander Korda (The four feathers) que celui-ci, la version Paramount de la chose, avec Gary Cooper en vedette... Difficile de ne pas sourire devant le type d'intrigue qui nous est conté; d'une part, il est beaucoup question ici de la préservation de l'empire britannique contre les hordes barbares, et d'autre part, les trois soldats qui sont les principaux protagonistes parlent avec un accent Américain prononcé, ce qui oir deux d'entre eux est expliqué par des éléments de leur histoire: McGregor (Cooper) est Canadien, et le jeune Lieutenant Stone est passé par des écoles Américaines... L'intrigue concerne essentiellement l'arrivée de deux nouveaux soldats sur la "frontière", dans le 41e régiment des lanciers du Bengale. Le lieutenant Alan McGregor doit veiller à l'intégration du jeune aspirant lieutenant Donald Stone (Richard Cromwell), qui souffre d'être le fils du commandant (Guy Standing), celui-ci étant obligé par le protocole à garder ses distances avec son fils; par ailleurs, en même temps que Stone, un autre nouveau sous-officier est arrivé, le lieutenant Forsythe (Franchot Tone) qui lui a déjà vécu, et s'oppose dans un premier temps à McGregor, mais va rapidement développer une amitié virile de on aloi avec lui...

Oublions un instant que ce film (Parfois accusé de fascisme, suite à une remarque favorable de HItler qui aimait la façon dont, disait-il, on y montrait l'importance pour les Européens d'agit en race maîtresse!!!) situe son intrigue à un temps reculé, de façon d'ailleurs beaucoup plus romantique que militante. C'est un film d'aventures, pas autre chose. Cooper y trouve comme souvent matière à exprimer son dandysme légendaire, tout en y pêchant une occasion impeccable de dévoiler son engagement romantique. Hathaway filme comme il savait le faire à hauteur d'homme, avec un style sur et qui ne s'encombre jamais d'effets inutiles, loin des envolées baroques de Curtiz, il tourne à l'économie, et ne perd rien en efficacité... Ca ne révolutionne pas l'histoire du cinéma, mais on passe du bon temps!

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Published by François Massarelli - dans Henry Hathaway Gary Cooper
21 juin 2016 2 21 /06 /juin /2016 08:08
Now and forever (Henry Hathaway, 1934)

Ceci est loin d'être le premier film de Hathaway, bien qu'il ait été réalisé dans la troisième année de sa carrière, mais il est notable à plus d'un titre: d'abord, c'est le premier de ses films avec Gary Cooper, avec lequel il allait développer un partenariat plus que privilégié (The lives of a Bengal lancer, Peter Ibbetson, Souls at sea, Garden of evil...); ensuite, c'est l'un des premiers films sortis sous le nouveau code de production de 1934, et enfin c'est l'un des premiers rôles de Shirley Temple. Elle est impeccable, du reste...

L'intrigue commence dans la comédie, avec un couple formé de Gary Cooper et de Carole Lombard. Ils se sont mariés, mais il semble que ce soit pour le pire et le pire: il ne souhaite pas travailler et fait des escroqueries à la petite semaine, et elle s'accommode tant bien que mal de cette philosophie à la petite semaine. Mais Jerry a une idée en or: il va négocier auprès de son beau-frère les droits parentaux qui le lient à sa fille unique, dont il ne connait même pas l'âge! Toni, son épouse, le voit faire les premiers pas dans ce sens avec un certain dégoût, avant de constater que Jerry semble finalement s'attacher à sa fille. Pourrait-elle enfin le changer?

Ce qui est formidable avec Gary Cooper, c'est sa capacité à tout jouer, y compris une fripouille. Le genre de rôle que James Stewart ne tenterait pas avant les années 50, par exemple, mais Cooper les a lui joués dès les années 30: flic ou gangster, escroc ou Longfellow Deeds... Dans ce film, c'est justement à un mélange entre toutes ces tendances qu'on assiste, et Cooper y est touchant en père qui n'a pas l'habitude de la responsabilité, et qui découvre ce que ce terme veut dire. C'est mignon et distrayant, et ça nous rappelle aussi qu'Hathaway, réalisateur de westerns et de films d'aventures, était quant à lui tout aussi versatile... Le film, commencé comme une comédie, vire de façon inattendue au drame.

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Published by François Massarelli - dans Henry Hathaway Gary Cooper
1 mai 2016 7 01 /05 /mai /2016 16:05

En 1918, sur le front Français, une auberge sert de QG et de dortoir à une escadrille de la RAF. Jeannie, la patronne (Colleen Moore), est comme une vraie mère pour les jeunes pilotes, et souffre de devoir aussi souvent en voir revenir moins nombreux de chaque patrouille. Un jour, le capitaine Blythe, beau comme Gary Cooper, vient s'installer, et bien sur, ils tombent amoureux. Le matin d'un départ de la patrouille, Jeannie a un affreux pressentiment, mais le sens du devoir l'emporte...

Bien construit, ce film a tout du mélodrame classique, et on se doute que le succès de Seventh Heaven, de Borzage, n'a pu qu'influencer la First National à se lancer à son tour dans le mélo sublimé, avec final quasi fantastique. mais George Fitzmaurice n'est pas Frank Borzage. Donc, si on apprécie de voir une première partie essentiellement composée de comédie, un passage qui rend bien l'évolution de ce qui devient vite une histoire d'amour, il manque la conviction, voire l'abandon de ses acteurs, et le film reste attachant certes, mais pas aussi absolu que pouvaient l'être les films Fox de Borzage. Colleen Moore et Gary Cooper, cela dit, sont deux raisons suffisantes de voir et d'apprécier le film. Cooper était un jeune qui montait à l'époque, mais sa (délicieuse) partenaire était l'une des stars du moment...

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Published by François Massarelli - dans Muet 1928 Première guerre mondiale Gary Cooper *
30 mai 2015 6 30 /05 /mai /2015 17:17

Avec Gary Cooper et Jean Arthur, dans les rôles de deux icônes du Western, Cecil B. DeMille et sa fidèle Jeanie McPherson ont sorti en 1937 ce fort distrayant film, qui préfigure d’un certain nombre d’aspects du western à une époque (Deux ans avant le triomphe de Stagecoach) ou le genre n’avait pas très bonne presse : Le Western, dans les années 30, ce sont les petits films de série B, parlants et chantants, ou des serials à la petite semaine. Les grosses productions prennent toujours des prétextes plus nobles; The Big Trail, Cimarron, Billy The Kid seront vendus comme des épopées, pas des westerns. Si DeMille a abdiqué à l’arrivée du parlant toute prétention à faire un cinéma noble, après l’échec de son chef d’œuvre The Godless Girl, la vision de ce western de 1937 est malgré tout l’occasion de s’intéresser à ce que fut la vision de l’histoire qu’avait l’auteur de Joan the Woman, de The Crusades, et d’autres films qui prennent pour prétexte une période ou l’autre de l’histoire humaine. Il permet également de le situer par rapport à d’autres, pionniers (Griffith) ou plus modernes réalisateurs contemporains (Ford) qui ont approché ces thèmes à de nombreuses occasions dans leur fructueuses carrières… Enfin, il nous autorise à tenter une définition du héros DeMillien, en passant par le traitement par DeMille et McPherson de quatre grands noms du Far West, à savoir Wild Bill Hickok, Calamity Jane, « Buffalo » Bill Cody et le Général Custer… Vaste programme !

Suite à la volonté de Lincoln d’ouvrir les territoires des Etats-Unis à la colonisation, et le mouvement de la Frontière vers l’Ouest, les aventuriers confrontent leurs méthodes, s’aident, s’entraident, se trahissent occasionnellement, et font parfois front commun pour faire avancer la civilisation Américaine dans le sens voulu par Lincoln, tout en tissant la légende. La vision des pionniers par DeMille est, confrontée à la réalité des faits, édifiante : on voit les choix et simplifications auxquels se sont livré les auteurs, notamment en choisissant les acteurs. Si les efforts déployés par Jean Arthur qui jure, boit, crache et plastronne en Calamity Jane, sont finalement codés, mais vaguement réussis (le personnage original est suffisamment flou pour autoriser les à-peu-près un tant soit peu romantiques), on constate que Wild Bill Hickok, finalement, est surtout Gary Cooper. La scène de la première partie de cartes, au cours de laquelle les spectateurs mentionnent le tableau de chasse de l’impitoyable tueur n’y feront rien: il reste Gary Cooper jusque au bout du canon. On pourrait très bien imaginer quelqu’un lui dressant la réputation d’un William Munny (Unforgiven, de Eastwood : « Il a tué des femmes et des enfants aussi »), qu’on l’aimerait encore, totalement envoûtés par la présence minérale du bonhomme, parce que, après tout, c’est Gary Cooper. Tout ceci augure assez mal de toute prétention historique, et du reste, les autres personnages sont encore plus mal lotis: Buffalo Bill, marié, gauche, éternel second derrière la stature de Cooper est un faire-valoir assez tarte, et Custer ne vaut pas mieux, réduit à la simple représentation de son physique (une apparence qui était, historiquement, très travaillée par Custer lui-même) et l’énoncé occasionnel de son nom.

Toute date a disparu, rendant le tout fort rapide: on situerait pourtant le début du film en 1865 (La fin de la guerre civile, le 5 avril, et l’assassinat de Lincoln, le 12), puis on va vers l’ouest, rencontrant un Hickok fraîchement démobilisé: il porte encore son uniforme de l’union. Les retrouvailles avec Bill Cody ont lieu immédiatement, suivies dans la foulée de la confession de Mme Cody a Calamity Jane : elle attend un enfant. Celui-ci naîtra plus tard dans le film, ce qui ne sera que mentionné: Cody avouera en effet à Wild Bill que sa femme est retournée vers l’Est pour avoir son enfant chez ses parents, loin de toute violence. A ce moment du film, la bataille de Little Big Horn, commentée mais à peine vue, a lieu. Nous sommes donc en 1876. On le voit, le temps, la véracité des faits, n’ont pas été la préoccupation principale des concepteurs du film. Ce qui a compté, c’est sans nul doute l’impression globale, le choix capital de reposer sur des noms fantasmés, résonnant de multiples possibilités d’aventures pour le public. Mais l’absence de certains morceaux de bravoure (Après tout, pourquoi l’appelait-on Buffalo Bill? Et pourquoi ne pas nous montrer plus la bataille de Little Big Horn?) finit par être étonnante, surtout lorsque le film se dirige tout entier, de partie de cartes en rencontres avec le futur tueur, vers la fin «historique» de wild Bill Hickok, tué d’une balle dans le dos lors d’une partie de cartes par le nommé Jack McCall. Il ressort de cette volonté de slalomer un sentiment de rendez-vous manqué qui dessert le film, même si la fin rachète partiellement ce manque. Si My Darling Clementine de Ford ne nous montre pas toute la carrière, ô combien controversée, de Wyatt Earp, il évite aussi l’éparpillement en centrant en permanence le film à Tombstone, et fait de son film un portrait en creux d’une époque, en multipliant les plans de wagons de pionniers qui arrivent, il utilise la petite histoire pour raconter la grande. Il en ressort une cohérence qui fait défaut à ce film de DeMille. Si Ford avait choisi de confier à Fonda le rôle d’une grande figure, tout comme les noms portés par les personnages de The Plainsman sont des noms historiques, chez Griffith, que ce soit dans Intolerance, Birth of a nation, America ou Orphans of the storm, on constatera que les héros de ces films ne sont jamais les grandes figures, mais qu’en marge des drames humains du couple de Intolerance, des sœurs Girard, des familles Nordistes et Sudistes ou de la famille de Nouvelle Angleterre de America, l’histoire se déroule et avance. Typiquement, chez Griffith, l’histoire sert de toile de fond, et on inverse finalement le procédé observé chez Ford: la grande histoire sert ici l’histoire privée, tout en permettant l’accomplissement d’une (Ré)vision toute personnelle de l’histoire.

DeMille enfin, et ce film n’est pas une exception dans son œuvre, utilise l’histoire comme un showman, ou comme un publiciste: il est, n’en doutons pas, un héritier de ce Buffalo Bill qui fut pratiquement l’inventeur du spectacle Western, dans lequel il suffisait de voir en chair et en os l’un de ces grand noms (Annie Oakley, Sitting Bull…) pour que la légende prenne vie, voire s’invente au fur et à mesure. Combien de ces figures légendaires le sont elles devenues après quelques mois de tournées auprès de Buffalo Bill ou de Barnum? Avec DeMille, et quoiqu’il en ait dit lui-même, l’histoire sert le spectacle, et celui-ci, dans le cas de The Plainsman, est d’assez bonne qualité… Mais on en est toujours à l'utilisation du cinéma à des fins de spectacle telle qu'elle avait été théorisée en prélude à la réalisation de The Squaw Man, en 1914...

Un doute demeure sur le titre. Si la présence de Gary Cooper en figure tutélaire peut nous laisser penser que l’ « Homme des plaines » dont il est question est bien Wild Bill, une réplique, tôt dans le film, nous éclaire le film d’un jour nouveau: il y est question du plainsman, de l’homme qui se doit d’aller vers l’ouest pour y conquérir de nouveaux territoires. Il s’agit, après tout, d’un personnage générique, symbolique, qui finit par achever tout crédit à apporter aux héros, pantins d’une peinture plus vaste qu’il y parait. Et si on peut, en comparant ces personnages avec ce que l’on sait de la vérité, ou en faisant la même chose avec la Cléopatre de Claudette Colbert, on voit bien ici comment fonctionnent les héros des films parlants de DeMille: tels les figures de Pharaon et de son épouse (Ten Commandments), taillés dans le roc au cœur d’un très beau, mais très vain tableau vivant, les héros incarnent une possibilité publicitaire de raccrocher le film à une vague réminiscence historique, sont des pantins génériques, à défaut de tout autre sens. Si il est souvent reproché à Hickok d’être un tueur, jamais le fait n’est discuté, ni remis en question, ou en perspective : on n’en a pas le temps. On a juste demandé à Gary Cooper d’être Wild Bill Hickok, tout en restant Gary Cooper, et cela sert l’image du western telle que l’ont voulue les concepteurs du film. Bien sur, on préfère le Western selon Ford, que ce soit avec Stagecoach en 1939, avec The Searchers en 1956 ou avec The Iron Horse en 1924. Mais en faisant un Western en 1937, DeMille a malgré tout contribué à la survie d’un genre et de ses codes, et les passages de suspense du film(L’attaque de la cabane ou sont réfugiées Calamity Jane et Mrs Cody, ou encore la dernière partie de cartes), le lyrisme des décors, toujours plus vastes, et beaucoup plus variés que dans les Western post-Stagecoach, souvent situés dans le sud-ouest, le fourmillement DeMillien, prélude à l’action, comme dans The Crusades ou Unconquered, tous ces aspects contribuent au spectacle. Deux ans avant le très bondissant Pacific Express, un film curieux, fondamentalement regardable, et que je qualifierais volontiers de film le plus Hickokien de son auteur.

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Published by François Massarelli - dans Cecil B. DeMille Western Gary Cooper
19 novembre 2012 1 19 /11 /novembre /2012 09:59

Dans la première moitié du XIXe siècle, un petit garçon orphelin de son père Français grandit à Paris, avec sa maman d'origine Anglaise, et auprès d'une autre famille Franco-Anglaise. Le petit Gogo (Pierre) est donc le compagnon de jeu de la petite Mimsey (Mary), jusqu'au jour ou la mort de sa mère provoque l'arivée d'un oncle (Douglas Dumbrille) sévère et sec, qui le ramène manu militari en Grande-Bretagne, le rebaptise Peter Ibbetson du nom de sa mère. Adulte (Gary Cooper),  il va devenir architecte. Il n'est pas spécialement attiré par les femmes, obsédé par la petite fille qu'il a quitté étant enfant. Lors d'un séjour à paris, il a une aventure avec une jeune Anglaise (Ida Lupino), mais ne peut se résoudre à oublier Mimsey; il se rend d'ailleurs sur les lieux abandonnés de son enfance. de retour au pays, il doit honorer une commande, le cabinet d'architecte devant remettre à neuf des écuries pour le compte du duc et de la duchesse de Towers (Ann Harding), dans le Yorkshire. Une fois sur place, il se dispute de façon répétée avec la maitresse de maison, sous la surveillance d'abord bienveillante du duc, mais ils réalisent bien vite tous les trois que la relation entre Mary et Peter a évolué vers un amour fou et impossible. D'autant que Mary est bien la petite fille de sa jeunesse...

 

On n'attendait pas vraiment le viril et musclé Henry Hathaway sur ce terrain... sur ces terrains devrait-on dire, car Peter Ibbetson est décidément un film riche, qui entremêle beaucoup de genres, et le fait bien. Film sentimental, sur l'amour fou, qui fit d'ailleurs délirer les surréalistes lors de la sortie Parisienne du film, évocation brillante et atmosphérique d'un passé lointain, film fantastique enfin lorsque les amants séparés par les circonstances commencent à se rejoindre pour de vrai en rêve... L'histoire de George du Maurier aurait pu dévier vers le n'importe quoi, au lieu de quoi la sensibilité manifestée par Hathaway et la confiance accordée aux acteurs (Cooper et Harding en tête, bien sur) vont l'emporter, accompagnés d'une photo d'une infinie délicatesse, dans laquelle la lumière sera le seul ingrédient utilisé pour départager la réalité (déja brumeuse) des séquences oniriques, abordées aussi frontalement que possible. Pourtant le metteur en scène prend constamment le soin de mettre une distance entre le public et l'action, de ne pas s'approcher de trop près, comme pour signifier l'absolue délicatesse de ce qui se trame sous nos yeux. L'effet est de nous persuader effectivement que ce qui se joue sous notre regard est bien une manifestation absolue d'amour fou... Peter Ibbetson est un film unique en son genre.

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Published by François Massarelli - dans Henry Hathaway Gary Cooper
6 juillet 2012 5 06 /07 /juillet /2012 07:18

Film réalisé durant le terne contrat de Borzage avec la Warner Bros, mais pour un autre studio, Desire est forcément marqué par l'équipe responsable de sa confection: Tourné pour la Paramount, réalisé par Borzage et produit par Lubitsch, avec Marlene Dietrich et Gary Cooper, Lubitsch ayant assuré le remplacement de Borzage sur certaines scènes, le film dont on voit bien quel pedirgree royal il avait, a par-dessus le marché partiellement bénéficié de scènes tournées en France et en Espagne... Donc, clairement une affaire de prestige, c'est aussi un mélange délicat de romance et de comédie, avec pour changer un peu un accent sur cette dernière...

 

Marlene Dietrich y est Madeleine de Beaupré, une voleuse de bijoux qui travaille avec deux escrocs, Carlos Margoli (John Halliday) et 'Tante Olga', le cerveau de la bande. Leur méthode est entièrement basée sur la classe de la jeune femme, qui s'introduit dans les bijouteries et sans grand effort, se fait passer pour une bourgeoise huppée dont le mari règlera plus tard l'achat de colliers particulièrement dispendieux... Elle fait la rencontre, alors qu'elle file vers l'Espagne pour y rejoindre Carlos, d'un américain, Tom Bradley (Cooper), un ingénieur employé par une marque d'automobiles, en vacances. Les bijoux passent de mains en mains et de poches en poches suite à divers quiproquos, et Tom et Madeleine se retrouvent plus ou moins forcés de cohabiter, le temps pour Madeleine de récupérer le collier de perles qui est situé dans le veston de l'Américain...

 

Le film est ambivalent: il n'y pas pas beaucoup ici de traces très tangibles de l'univers de Borzage, ces amoureux sont peu touchés par la grâce, et le coté direct et naïf de Cooper ne le prédispose ni à l'amour fou, ni à être touché par une certaine sorte d'épiphanie sacrée à l'instar de Chico par exemple... La comédie reste pétillante, légère, et si les protagonistes s'accordent bien entendu de tomber vraiment dans les bras l'un de l'autre, le sentiment qui domine, c'est qu'on est chez Lubitsch d'abord et avant tout. Les scènes Parisiennes, au début du film, portent totalement sa marque, avec l'exposé brillant de la façon dont opère Madeleine, se rendant d'abord chez le bijoutier pour négocier l'achat de perles au nom de son mari, un neurologue célèbre (Ce qui est évidemment faux) puis le rendez-vous avec le bijoutier chez le neurologue en question, auquel elle a prétendu qu'elle est l'épouse du bijoutier, celui-ci ayant la manie de distribuer des factres délirantes... La scène est jouée simplement, avec élégance, mais le résultat de cette construction sous-jouée est bien sur d'une drôlerie efficace et irrésistible... Le contraste ensuite entre la classe (Et la duplicité) de Madeleine et le coté boy-scout de Tom joue aussi à leur avantage. La façon dont, même en colère contre elle, Cooper s'écrase devant la jeune femme, est irrésistible. Reste, si on cherche à retrouver l'univers du metteur en scène en titre, ces moments de séduction, qui se terminent par une ellipse; on est en 1936, les grandes heures de franchise sexuelle des films pré-code sont passées, mais on jurerait que Cooper et Dietrich (Qui dorment dans des chambres séparées) ont passé la nuit ensemble; quand on les réveille l'un et l'autre, ils s'interpellent directement: "Yes, darling?", hébétés et encore sous le charme de leur séduction de la soirée précédente...

 

Bien meilleur que les films contemporains tournés à la Warner, Desire est donc le paradoxal fruit de la rencontre entre deux univers qu'on ne pensait pas compatibles... Lubitsch a dominé le film de son style, c'est une évidence, n'oublions pas qu'il était chez lui à la Paramount! A titre personnel, je ne regrette qu'une seule chose au sujet de ce film, c'est que fidèle à son habitude, Marlene Dietrich y chante: je ne supporte décidément pas sa voix! Fin de la digression... Desire est une comédie de grande classe, c'est bien ce qui compte...

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Published by François Massarelli - dans Frank Borzage Gary Cooper
11 février 2012 6 11 /02 /février /2012 16:56

Ce premier Oscar du meilleur film (Qu'il soit plus ou moins mérité que d'autres, comme Seventh Heaven ou Sunrise, importe peu) est une sacrée claque! Tourné en pleine fin de l'age d'or du muet, il est le dernier grand film spectaculaire avant longtemps, et reste encore aujourd'hui une très grande date dans la représentation de la première guerre mondiale au cinéma. La Paramount voulait d'ailleurs frapper un grand coup, en, confiant directement à un vétéran des forces aériennes la rude tâche de représenter le combat aérien, ce qui n'avait jamais été fait. Ce qu'en a fait Wellman est tout bonnement époustouflant, embarquant des caméras sur les avions pilotés par les acteurs eux-mêmes, et assurant avec le concours de l'armée Américaine une reconstitution minutieuse des combats, aussi bien aériens (Sur des ciels exclusivement nuageux, afin de voir les avions se détacher nettement) que terrestres, pour lesquels un terrain a été entièrement transformé en gruyère à coups d'explosifs...

 

1917: Jack Powell (Charles "Buddy" Rogers), jeune homme d'origine modeste et amoureux de la belle Sylvia (Jobyna Ralston), s'engage pour aller en europe. Il rêve de voler, et va donc profiter de l'aubaine. Avec lui, il retrouve son rival David Armstrong (Richard Arlen), le fils de la plus riche famille de la ville; les deux deviennent amis, mais David n'ose révéler à Jack que Sylvia l'a choisi lui, et préfère par amitié le laisser à ses illusions. Les deux jeunes hommes deviennent des pilotes, et la guerre se poursuit, mettant un jour en péril leur amitié...

Une intrigue franchement secondaire, mais qui a de l'importance pour la Paramount aussi bien que pour le public, nous permet de suivre les pas de Mary, l'amie d'enfance interprétée par Clara Bow, alors la plus grande star de la firme. Elle fait elle aussi une contribution à l'effort de guerre, en conduisant un camion de médicaments sur les routes de France. Elle croisera Jack, dont elle est amoureuse, lors d'une soirée un peu trop arrosée aux Folies bergères.

Au-delà d'une représentation très réaliste de la guerre, dont même l'excellent The big parade n'avait offert qu'une vision suggérée des conflits, le film est fascinant pour son refus du manichéisme. C'était déja le cas chez Vidor, mais on les voyait finalement très peu;  jamais ici les Allemands ne sont représentés comme autre chose que des combattants; on n'a pas, comme dans The four horsemen of the Apocalypse, ou Hearts of the world, voire dans J'accuse, l'impression que ce sont des brutes sanguinaires et inhumaines. D'ailleurs, les gestes de bravoure alternent en permanence avec des mains tendues, des moments ou des passerelles sont jetées entre les deux camps belligérants, par fair-play ou par simple humanité: un aviateur Allemand lâche un message au-dessus de l'aérodrome allié pour informer de la mort d'un américain, et Wellman montre à la fin du film une croix de fer sur laquelle un jeune soldat Allemand est allongé, mort... Symboliquement, le film est très clair: lorsque Jack, qui croit son ami mort, se venge sur tous les avions allemands qu'il trouve sur sa route, l'ironie veut qu'il abatte aussi son copain qui a réussi à fuir les lignes ennemies en subtilisant un appareil Allemand... ainsi, c'est une fois de plus frère contre frère, humains contre humains. Wellman sépare la croix de fer, symbole du militarisme allemand, et les soldats... Le parcours de Jack, qui est comme tous les ados américains au début du film, se clôt sur l'arrivée d'un homme, accessoirement d'un héros (Il ne rejette pas l'hommage comme le fait John Gilbert à la fin du film de Vidor, mais on sait qu'il en est embarrassé), qui a grandi en 18 mois bien plus qu'il ne l'aurait cru. La famille et la fiancée de David pleurent en silence, mais comme le dit Mme Armstrong à celui qui de fait est le responsable de la mort de son fils, on ne peut pas en vouloir éternellement aux gens... Dans ce film, il n'y a pas de méchant, juste un conflit. Même la conventionnelle rivalité amoureuse entre David et Jack pour le coeur de la belle Sylvia est basée sur une méprise, et la jolie fille riche a pitié de Jack, sans pour autant en rajouter dans la condescendance.

Wellman joue ici sa carrière, et si on peut croire son fils qui affirme qu'avant ce film le metteur en scène n'avait pas produit grand chose d'intéressant, le fait est que ce coup d'éclat va l'imposer. Beaucoup de producteurs malmenés vont s'en plaindre, mais tant pis: on assiste là à l'éclosion d'un immense cinéaste. Déjà, il étonne par sa capacité à composer en toute circonstance, par le talent dont lui et ses monteurs feront preuve devant la cohérence des scènes de bataille, certaines étant filmées aussi bien depuis les avions que depuis le sol, et il sait déjà donner du poids à certaines scènes en les esquivant: la mort de David, par exemple, vue symboliquement via une hélice d'avion qui s'arrête, ou encore la plus fameuse scène du film: celle avec Gary Cooper. Le cadet White, joué par Coop, est juste une silhouette au début du film. Les deux héros arrivent à leur centre d'entrainement, et s'installent dans leur tente qu'ils partagent avec ce grand gaillard; celui-ci s'en va pour voler, et ne reviendra pas. On assiste à l'accident par le biais de la vision des ombres de deux avions, des ambulances qui se précipitent, depuis la tente même. Déjà, Wellman fait preuve de ce culot devant les passages obligés, le résultat étant d'une force émotionnelle brute, qui implique fortement les personnages et le spectateur (Voire les spectateurs seuls, comme dans la fameuse fusillade de The public enemy, vue à travers la seule bande-son.) On peut éventuellement se plaindre de l'ajout d'une partie non-essentielle au film, avec une Clara Bow qui est là pour générer des entrées. Mais les romances un peu puériles entre David, Sylvia, Jack et Mary servent aussi à souligner les différences sociales qu'on croyait inéluctables entre les riches (David, Sylvia) et les Américains plus modestes (Jack, Mary). La guerre, qui fait de Jack et David des égaux, voire des frères, permet aux moins bien lotis de s'en sortir. L'Amérique se sort ainsi de ses conflits de classe. La scène de la visite de Jack aux parents de David nous fait penser que les parents riches du héros morts vivront tout le reste de leur vie sur des souvenirs ressassés... Une page est tournée, nous dit Wellman. Lui, il le savait, qui a fait cette guerre, en est revenu, et a rameuté tous ses copains pour jouer dans le film. Voilà, tout ça, ça fait un film qu'il était temps que la Paramount sorte du formol: il est superbe. Le seul regret que je puisse exprimer devant le Blu-ray sorti en ce début d'année, c'est que personne n'ait essayé de redonner vie à la version "Widescreen", en 65 mm, avec des passages en écran large. Pourtant celle-ci serait préservée. Dommage...

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8 janvier 2012 7 08 /01 /janvier /2012 19:07

Hitchcock disait, lorsqu'on lui demandait quelle était l'histoire parfaite pour le cinéma, que la meilleur façon de commencer était "boy meets girl". Avec ce film, Lubitsch ose boys meet girl.... George, un peintre sans le sou, et son copain Tom, un dramaturge jamais publié, rencontrent dans un train Gilda, une jeune femme en partance pour Paris. elle est mieux lotie qu'eux, bien qu'elle soit également artiste: elle travaille pour Max Plunkett, le publicitaire. Tout ce petit monde débarque dans la capitale, et vit alors une étrange histoire d'amours, puisque Gilda aime Tom et George, et elle trompe Tom avec George et George avec Tom. Jusqu'au jour ou les trois décident de mettre carte sur table, et de se concentrer sur le travail, à l'écart du sexe! Avec l'abstinence, Gilda devient selon sa propre formule "mère des arts", et aide ses compagnons d'infortune à percer. Le prremier à réussir, c'est Tom; mais lorsqu'il doit partir pour Londres, afin de donner toute sa chance à une pièce qui va triompher, l'inévitable arrive: George et Gilda sont seuls...

 

D'une pièce de Noel Coward certainement brillante, que je n'ai pas vue, Ernst Lubitsch a réussi, tout en maintenant avec la complicité du scénariste Ben Hecht la cohésion de la pièce initiale, à faire un film rigoureux, essentel, à la fois drôle et franchement impertinent, dans lequel toutes les possibilités de combinaison des alliances sont évoquées. Y compris, sous-entendue à la fin, un ménage à trois tumultueux... En pleine époque pré-code, c'est-à-dire avant le renforcement de le censure dans le cinéma Américain, le metteur en scène jongle avec les situations inconvenantes et les sous-entendus brillament amenés. On a d'abord la conversation au cours de laquelle Gilda avoue à ses deux amis qu'elle les a tous les deux trompés avec l'autre, avant de se décider pour un "gentleman's agreement". Puis cette situation au cours de laquelle Tom laisse ses deux amis seuls, et Gilda après une embrassade soudaine va sur un lit, se couche et dit doucement à tom: "We had a gentleman's agreement, but unfortunately, I'm no gentleman..." elle prend donc la responsibilité de la situation, mais ensuite, c'est l'arrivée de Tom à Paris qui va inverser la situation... Après la fuite de Gilda aux Etats-Unis, ou elle se marie avec Max Plunkett, on les voit tous deux, depuis la rue, à l'intérieur d'un magason de literie, venir mesurer un lit pour deux. Cette petite scène muette est très éloquente, d'autant qu'on la voit avant d'entendre parler du mariage. La fuite avec Max est pour Gilda une initiative visant à préserver l'amitié de ses deux amants, mais elle n'est pas sans contrepartie! Enfin, la fin est la aussi très claire: s'ils évoquent à nouveau le "gentleman's agreement", cette situation basée sur un accord mutuel qui implique qu'aucun des trois ne tente de revenir à une situation amoureuse, Tom et Gilda, puis Gilda et tom viennent d'échanger des baisers sans la moindre équivoque...

 

Lubitsch sera toujours le maitre du non dit, c'est une évidence, mais c'est aussi un champion du non-montré. Un gag de ce film admirable me reste à l'esprit: lorsque Tom et George se rendent chez Max et Gilda, dans le but de récupérer leur amie mais certainement aussi pour mettre un joyeux bazar dans la vie rangée du trop tiède M. Plunkett (Le grand edward Everett Horton, rien de moins), un nom revient sans cesse: M. Egelbauer est en effet l'invité d'honneur de la soirée organisée cette nuit-là chez les Plunkett, et c'est un industriel courtisé par Max, qui souhaite que sa femme soit aussi veule que lui. Sans dire un mot, on voit donc les deux amis se rendre au salon, alors que M. Egelbauer est en train de chanter d'une voix de baryton, et sans qu'on les suive, on entend tout à coup les deux hommes l'imiter en chantant son nom. Dans le vacarme qui s'ensuit, la caméra ne bouge toujours pas, et c'est depuis l'entrée que nous assistons à ce qui se passe, sans rien voir... Mais nous pouvons tout imaginer: Lubitsch partageait avec d'autres (Wellman, notamment) un sens de la mise ne scène si puissant qu'il pouvait se priver avec bonheur de la scène à faire! Ajoutons que George, c'est Gary Cooper, Tom Fredric March, et que Miriam Hopkins, alors en pleine gloire méritée, prête son joli minois propice aux arrières-pensées les moins religieuses à la belle Gilda. Elle compose un personnage étonnant et moderne de femme qui prend deux hommes sous son aile, et qui assume sans aucune honte ce qu'elle reconnait comme un trait plutôt masculin, le fait d'aimer deux hommes à égalité, sans envie de choisir... sans qu'on puisse la blâmer: Fredric March et Gary Cooper, quand même!!

 

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Published by François Massarelli - dans Ernst Lubitsch Pre-code Criterion Edward Everett Horton Gary Cooper
3 septembre 2011 6 03 /09 /septembre /2011 16:44

Hemingway reprochait à ce film adapté d'un roman qui lui tenait à coeur de s'éloigner de la réalité de la guerre, de ne pas s'y attarder. C'est sans doute vrai, on sait que Borzage n'aimait pas représenter la guerre, même s'il l'avait fait à plusieurs reprises, un peu (Humoresque, Lazybones, Seventh heaven, Lucky star), mais jamais en faisant de cette sacrée "grande guerre" le principal cadre d'un film. Avec celui-ci, c'est chose faite; mais le peintre de la marge qu'était Borzage a bien sur concentré ses efforts sur les personnages, soldats de l'arrière, infirmières, médecins... qui sont dans les coulisses du conflit. Celui-ci est à la fois omniprésent (Raids aériens, batailles dont on voit passer les blessés...) et constamment en retrait. de plus, Borzage, qui a tourné an Californie un film sensé se passer dans les Alpes Italiennes, s'est ingénié à tricher en permanence en représentant le conflit sous un angle symbolique, cette tendance culminant dans un montage muet admirable qui cède parfois à la tentation de s'inspirer des cadrages expressionnistes, et qui renvoie au souffle visuel admirable de ses grandes oeuvres de la fin du muet. Bref: Frank Borzage, sollicité par Paramount pour réaliser ce film de prestige, n'a pas fait les choses à moitié, et s'est entièrement approprié l'histoire, la situation et les personnages, et c'est tant mieux. Ce faisant, il retrouve son style et sa maîtrise de 1927-1929, et du même coup réalise un film essentiel, charnière, qui inaugure de la plus belle façon une nouvelle période d'indépendance de sa carrière, après le contrat Fox qui vient de se terminer...

Frederic Henry, un jeune étudiant architecte Américain engagé au coté des Italiens, et dont la fonction est de conduire une ambulance, fréquente beaucoup les bordels de l'arrière, voire les infirmières en compagnie de son copain le Major Rinaldi. Par le biais de celui-ci, il fait la connaissance de Catherine Barkley, une jeune infirmière Anglaise. Ils tombent amoureux, mais la hiérarchie militaire, méfiante à l'égard des idylles, les supérieures de l'infirmière, garantes de la morale, le major Rinaldi, qui n'a pas compris le sérieux de l'histoire d'amour, et finalement la guerre, vont s'acharner à les séparer...

Gary Cooper interprète le lieutenant, passant sans douleur de l'affreux séducteur sur de lui à un homme amoureux fou, qui va fuir ses responsabilités jusqu'à la désertion pour vivre son amour; face à lui, Helen Hayes se jette à corps perdu dans le drame. On sait à quel point Borzage avait besoin de croire en ce qu'il filmait, en jusqu'au-boutiste du mélodrame; nous en avons la démonstration, et l'actrice l'a suivi sur ce terrain. Enfin, troisième larron, qui joue un peu malgré lui les trouble-fêtes, le major Rinaldi est interprété par Adolphe Menjou. Hostile à l'aventure au départ, Rinaldi va se racheter au moment ou il découvrira la sincérité de l'amour des deux héros. Il est un peu la bonne fée tardive de ce film, permettant une ultime rencontre entre son ami et Catherine, au moment ou celle-ci meurt après avoir eu un enfant mort-né... Mais le film a d'autres références à Cendrillon, à commencer par cette rencontre inopinée, durant un raid aérien, entre un Gary Cooper saoul et armé de la chaussure d'une prostituée, et Helen Hayes pieds nus, et en chemise de nuit... 

Le changement de Frederic a lieu lors de la deuxième rencontre entre les deux héros. Ils se courtisent dans un premier temps dans les règles de l'art (Il souhait l'embrasser, elle refuse, puis après quelques minutes, lui demande de la faire), avant que le jeune homme ne brûle les étapes: il est clairement venu pour passer du bon temps, et la force; elle n'avait pas l'intention de coucher avec lui, mais elle l'aime déjà. La suite de la scène est sans ambiguités: il s'en veut de l'avoir brusquée, elle est sonnée, mais accepte son sort, car elle sait qu'ils sont désormais liés. De fait, si plus tard elle le soupçonne effectivement de vouloir la laisser de côté, lui revient blessé, dans une scène prise en caméra subjective (de la même façon que Dreyer filme de l'intérieur d'un cercueil la même année les rêveries de David -ou Allan- Gray dans Vampyr.), et il fixe le plafond décoré de peintures religieuses pendant la scène, jusqu'au moment ou Helen Hayes vient le voir, et l'embrasse. Cette séquence superbe et déroutante est le point de départ des retrouvailles du couple, qui va ensuite se marier comme on le fait dans les films de Frank Borzage: en contrebande. Un prêtre est venu visiter Frederic, en convalescence, et Catherine est là. Sans le leur demander, il prie, selon le rite de mariage Catholique, et les unit. Au fur et à mesure de la "cérémonie", Frederic désolé des circonstances rappelle à Catherine tout ce qui leur manque pour faire un vrai mariage, mais elle balaie toutes ses remarques: elle est heureuse.

Le sacrifice, c'est Catherine qui le fait; elle est enceinte, le sait, mais même après leur cérémonie symbolique de mariage, elle ne peut le lui annoncer, car elle ne veut pas qu'il se sente forcé par elle à rester avec elle. Elle l'assure en permanence qu'il n'est pas tenu de lui être fidèle tant qu'il n'en raconte rien, et il ne découvrira la vérité que trop tard: les circonstances les ont séparées, et Catherine est à l'hôpital pour y mourir... La dernière scène est connue, mais il est essentiel d'y passer, tant elle est cruciale autant pour le film que par rapport à l'oeuvre de Frank Borzage: Avec Frederic à son chevet qui vient enfin de la retrouver après une longue séparation, Catherine va mourir, c'est une évidence. elle le sent bien, et y fait même allusion, demandant à Frederic s'il l'aimera encore après sa mort. Elle panique soudain, a peur de mourir, et c'est désormais lui qui la rassure, la prend dans ses bras. Elle meurt après s'être calmée. Au dehors, les cloches sonnent, c'est l'armistice. Frederic prend le corps sans vie de Catherine dans ses bras, et la sort du lit, sa chemise de nuit comme une longue traine blanche. de dos, il s'adresse au ciel une dernière fois: "Peace"... (ou "please?", je ne sais pas!)  De Seventh Heaven et son miracle, on est passé à une vision pessimiste qui anticipe sur les fins admirables de deux futurs films, Three comrades et The mortal storm, un constat amer sur la sacrifice de la guerre, cette saleté. Les cloches de la paix, joie futile pour les amoureux désormais séparés par la vie et la mort, prennent une autre signification: ils sont, malgré tout, mariés pour l'éternité.

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Published by François Massarelli - dans Frank Borzage Première guerre mondiale Pre-code Gary Cooper
6 juillet 2011 3 06 /07 /juillet /2011 16:03

Voila un film devenu classique dont on n'a pas idée à quel point il est au coeur d'une polémique liée à de simples notions purement théoriques. Pourtant, le style de ce film, son montage, et aussi bien l'interprétation que la mise en scène entièrement basée sur la tension d'une journée particulière, sont finalement admirables.

Que lui reproche-t-on? La parole est à l'accusation: John Wayne et Howard Hawks, mais Wayne en particulier, ont été souvent cités par les historiens, reprochant à ce film son approche d'une communauté westernienne dans laquelle le marshall se trouve à aller vers les uns et les autres pour demander de l'aide; leur idée, c'était justement de faire valoir qu'un shériff, c'est précisément un homme payé par le denier public dans le but d'assurer la loi et l'ordre, il est donc absurde à leurs yeux de représenter un shériff (Surtout Gary Cooper) se trainer aux pieds de  ses concitoyens pour aller quémander leur aide. Leur réponse à tous deux, ce sera Rio Bravo, un film dans lequel Hawks comme Wayne insisteront sur l'idée d'une police professionnelle, et tous les gens qui demanderont à John T. Chance (John Wayne), le shériff de ce film de 1959, s'il veut leur aide, se verront envoyer sur les roses... Que Wayne, Hawks et d'autres, fièrement ancrés à droite, aient pu exprimer des doutes sur ce western produit par Stanley Kramer, et réalisé par Fred Zinnemann, c'est peu étonnant, ces derniers étant quant à eux marqués à gauche. On prète à High noon une allégorie anti-McCarthy, ce qu'il ne se contente pas d'être. Autant de prétextes pour que le film paraisse suspect... Pourtant, on peut le lire de différentes façons, et l'intrigue sied parfaitement à un western. Le montage très particulier a du influencer Sergio Leone, et la fin est on ne peut plus claire: dans la marche du temps, force est restée à la loi... malgré l'abandon de leur shériff par tous les citoyens.

Hadleyville, New Mexico. Le jour de son mariage avec une jolie Quaker (Grace Kelly, 1929-1955), le marshall Will Kane (Gary Cooper) apprend que le bandit qu'il a envoyé au bagne 5 ans auparavant est sorti de prison, et revient pour se venger. Il sera à la gare à midi pile... Il lui faut donc rester en ville (Alors qu'il partait pour de bon) afin de se défendre et par le même coup de défendre une dernière fois la ville contre un tueur et ses copains, particulièrement dangereux. Mais Amy Kane, la jeune épouse qui désapprouve la violence sous toutes ses formes, les citoyens de la ville qui pensent que Kane attire sur eux le danger en restant, les adjoints qui ont tous une bonne raison, tous refusent d'aider le shériff...

Un homme payé pour faire son boulot, le shériff? Oui, bien sur, mais il est souvent dit dans ce film à quel point Hadleyville a été un endroit dangereux. De fait, Kane et ses adjoints ont transformé la localité en un endroit vivable, dans lequel on ne craint plus de laisser vivre ses enfants. Symboliquement, le retour de Frank Miller, le bandit, est le retour du crime et de la violence qu'on avait crus éradiqués. Ensuite, cette entraide qui est demandée par le shériff est requise à ses deputies, ses adjoints d'abord, mais tous se défilent. Enfin, la vie sur la frontière est ce qu'elle est: le deuxième amendement à la constitution Américaine, pourtant érigé en 11e commandement divin par l'extrême droite Américaine, est très clair: en cas de problème, prenez la loi en mains, et si possible, formez une milice... C'est peu ou prou ce que propose Kane dans ce film. Il le fait avec insitance parce qu'il sait qu'il n'est pas suffisamment armé seul; d'autant qu'il reste la cible principale des quatre bandits; de plus, l'une des surprises du shériff, c'est d'entendre l'un de ses meilleurs amis, interprété par le grand Thomas Mitchell, lui dire de partir, tout simplement, afin de déplacer le problème... Mis au ban de la société il reste presque seul, juste aidé par Amy qui a fini par admettre qu'il était important de rester pour l'homme qu'elle aime.

Ce que dénonce le film, c'est aussi la mémoire courte. Hadleyville, au début du film, est une ville calme, propre, d'ailleurs le mariage qui a lieu au début fait que Cooper passe tout le film en costume de ville; la gare est flambant neuve, la ville est prospère; le chemin qui y mène est bordé de belles barrières... Bref, la civilisation a fait son travail, on n'est plus tout à fait la "frontière"... Mais celui auquel on doit ces changements est prié de partir afin d'attirer la violence après lui, mais ailleurs... Le confort dont sont jaloux les américains, nous dit le film en substance, ils ne l'ont pas acquis seuls, et l'histoire nous enseigne que ce type de comportement, depuis le traitement des vétérans de la première guerre mondiale jusqu'à la mise au placard des vétérans du Vietnam, est bien typique de la nation Américaine. A l'époque de la conception du film, la soudaine fureur anti-rouge qui saisit les Etats-unis ne pouvait manquer de résonner vis-à-vis de High Noon. Mais le considérer comme un brûlot communsite semble tout autant douteux, d'autant que le film se fait l'écho d'une unité nationale lorsque le Nord est fustigé dans le film pour avoir fait libérer Frank Miller... la rivalité entre états mine le bon fonctionnement de la justice.

Enfin, le grand aspect du film, c'est son urgence, le fait que dès le début, on plonge au coeur du drame, dont Zinnemann nous fait saisir les contours en proposant un découpage très serré, fait d'un montage qui alterne les moments pleins (les conciliabules et débats les plus divers) et les moments vides (L'attente du train par les bandits), puis en serrant au plus près des visages dans les moments de suspense. Ces 85 minutes de la vie d'un homme (A peu près) sont une période grande tension, donc, et évidemment la bataille finale est l'objet de la progression du film; bref... c'est un western!!!!!

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Published by François Massarelli - dans Western Gary Cooper