
Le titre du film provient de l'Apocalypse selon Jean, chapitre 8: "Et lorsque l'agneau ouvrit le septième sceau, il se fit un silence dans le ciel, environ une demi-heure. Et je vis les sept anges qui se tiennent devant Dieu; on leur remit sept trompettes." Un parrainage approprié pour la dangereuse évolution d'un chevalier, son page, et un certain nombre de personnes plus ou moins sous leur protection, dans des terres et villages infestés par la peste, en plein Moyen-âge... Une autre source importante du film est Albertus Pictor, un peintre médiéval Suédois du quinzième siècle, qui peignait des scènes qui mélangeaient habilement le profane et le religieux sur les murs des bâtiments religieux... Il est représenté dans le film, au cours d'une scène. Mais son principal lien avec le film reste bien sûr une de ses oeuvres, dans laquelle il représente la Mort jouer aux échecs avec un mortel aux riches vêtements.

Le chevalier Antonius Block (Max Von Sydow) et son page Jöns (Gunnar Björnstrand) rentrent des Croisades, en hommes changés. Le premier a tellement vu lors des combats qu'il s'est rendu compte de l'absurdité de son éducation religieuse, et il se pose incessamment des questions sur l'existence de Dieu. Le deuxième ne s'en pose plus, devenu totalement pragmatique et fermement attaché à une philosophie privée et totalement profane, dans laquelle la religion n'a pas plus de place que la morale. Ils viennent d'arriver dans une région où la Peste décime allègrement la population, livrant le pays et ses petites gens aux fanatismes de tout poil, et aux brûleurs de sorcières. Après le réveil des deux hommes sur une plage, Block est abordé par la Mort (Bengt Ekerot) qui accepte de lui accorder un délai, le temps d'une partie d'échecs...
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On sait bien que la mort triche, donc on ne se fait pas trop d'illusion sur l'issue de la partie! mais il convient aujourd'hui de revoir ce film, qui a beaucoup souffert de l'ironie de ceux qui ne l'ont pas vu. Il a la réputation d'être une ouvre austère, philosophique et vaguement hautaine, alors qu'il s'agit d'un des films les plus ironiques de son réalisateur! Celui-ci, pour reprendre les conclusions de l'historien Peter Cowie, se mettait dans tous ses personnages, et ce film ne fait pas exception à cette règle. Dans Le septième sceau, on a le doute de Bergman le fils de pasteur à travers ce chevalier qui en vient à essayer de questionner tout son héritage religieux, mais aussi les aspects plus modernes du réalisateur à travers le personnage formidable de Jöns. Björnstrand est d'ailleurs le premier au générique, et il est vrai que la stratégie du personnage face à tout événement, est de parler, parler sans cesse pour se réapproprier la situation! Avec eux, on croise un certain nombre de personnages qui sont autant d'anecdotes qui tournent autour des deux hommes: le forgeron et sa femme volage, une servante muette ou presque (Gunnel Lindblom) que Jöns a persuadée de le suivre, et un couple avec enfants, des acteurs qui essaient tant bien que mal de traverser la folie hostile qui les entoure. Cette présence des métiers du spectacle est soulignée par le fait peu étonnant quand on connaît le rôle de l'art dans la carrière de Bergman, qu'ils seront les seuls rescapés...
Sinon, on suit ce petit monde dans un voyage glauque et drôlatique, ironique et foncièrement profond, dans lequel le Moyen-âge sert de toile de fond; et le moins qu'on puisse dire, c'est que le réalisateur partage avec Benjamin Christensen (dont le Häxan, bien que tourné au Danemark en 1922, était une production Suédoise) une envie de représenter la période médiévale sans filtre, à grande distance de la façon dont Hollywood traitait à l'époque cette ère de chevaliers et gentes dames. Dans le film de Bergman, on se saoule, on fornique, on pète et on périt dans d'atroces souffrances... Et il y a même des gags: mon préféré reste celui de l'acteur qui vient de faire semblant de mourir et qui réalise soudain que la Mort est en train de scier l'arbre sur lequel il a trouvé, dans les hautes branches, un refuge sûr... Du moins le croyait-il.
Avec son Moyen-Âge radicalement différent des habitudes, mais si certainement authentique, son clair-obscur très travaillé, sa galerie de portraits riche et complexe, le film est sans aucun doute le chef d'oeuvre du metteur en scène, ce qui n'est pas rien quand même...Il nous présente le voyage crépusculaire et futile de deux hommes qui ont fait le tour de toutes les questions philosophiques, et continuent tant bien que mal à s'accrocher à leurs carcasses respectives, au point d'essayer de tricher avec l'Ankou! Et ça, il ne faut pas faire. Ce n'est pas à des vieux singes qu'on apprend à faire des grimaces...







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