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24 juin 2019 1 24 /06 /juin /2019 17:35

Le titre du film provient de l'Apocalypse selon Jean, chapitre 8: "Et lorsque l'agneau ouvrit le septième sceau, il se fit un silence dans le ciel, environ une demi-heure. Et je vis les sept anges qui se tiennent devant Dieu; on leur remit sept trompettes." Un parrainage approprié pour la dangereuse évolution d'un chevalier, son page, et un certain nombre de personnes plus ou moins sous leur protection, dans des terres et villages infestés par la peste, en plein Moyen-âge... Une autre source importante du film est Albertus Pictor, un peintre médiéval Suédois du quinzième siècle, qui peignait des scènes qui mélangeaient habilement le profane et le religieux sur les murs des bâtiments religieux... Il est représenté dans le film, au cours d'une scène. Mais son principal lien avec le film reste bien sûr une de ses oeuvres, dans laquelle il représente la Mort jouer aux échecs avec un mortel aux riches vêtements.

Le chevalier Antonius Block (Max Von Sydow) et son page Jöns (Gunnar Björnstrand) rentrent des Croisades, en hommes changés. Le premier a tellement vu lors des combats qu'il s'est rendu compte de l'absurdité de son éducation religieuse, et il se pose incessamment des questions sur l'existence de Dieu. Le deuxième ne s'en pose plus, devenu totalement pragmatique et fermement attaché à une philosophie privée et totalement profane, dans laquelle la religion n'a pas plus de place que la morale. Ils viennent d'arriver dans une région où la Peste décime allègrement la population, livrant le pays et ses petites gens aux fanatismes de tout poil, et aux brûleurs de sorcières. Après le réveil des deux hommes sur une plage, Block est abordé par la Mort (Bengt Ekerot) qui accepte de lui accorder un délai, le temps d'une partie d'échecs...

On sait bien que la mort triche, donc on ne se fait pas trop d'illusion sur l'issue de la partie! mais il convient aujourd'hui de revoir ce film, qui a beaucoup souffert de l'ironie de ceux qui ne l'ont pas vu. Il a la réputation d'être une ouvre austère, philosophique et vaguement hautaine, alors qu'il s'agit d'un des films les plus ironiques de son réalisateur! Celui-ci, pour reprendre les conclusions de l'historien Peter Cowie, se mettait dans tous ses personnages, et ce film ne fait pas exception à cette règle. Dans Le septième sceau, on a le doute de Bergman le fils de pasteur à travers ce chevalier qui en vient à essayer de questionner tout son héritage religieux, mais aussi les aspects plus modernes du réalisateur à travers le personnage formidable de Jöns. Björnstrand est d'ailleurs le premier au générique, et il est vrai que la stratégie du personnage face à tout événement, est de parler, parler sans cesse pour se réapproprier la situation! Avec eux, on croise un certain nombre de personnages qui sont autant d'anecdotes qui tournent autour des deux hommes: le forgeron et sa femme volage, une servante muette ou presque (Gunnel Lindblom) que Jöns a persuadée de le suivre, et un couple avec enfants, des acteurs qui essaient tant bien que mal de traverser la folie hostile qui les entoure. Cette présence des métiers du spectacle est soulignée par le fait peu étonnant quand on connaît le rôle de l'art dans la carrière de Bergman, qu'ils seront les seuls rescapés...

Sinon, on suit ce petit monde dans un voyage glauque et drôlatique, ironique et foncièrement profond, dans lequel le Moyen-âge sert de toile de fond; et le moins qu'on puisse dire, c'est que le réalisateur partage avec Benjamin Christensen (dont le Häxan, bien que tourné au Danemark en 1922, était une production Suédoise) une envie de représenter la période médiévale sans filtre, à grande distance de la façon dont Hollywood traitait à l'époque cette ère de chevaliers et gentes dames. Dans le film de Bergman, on se saoule, on fornique, on pète et on périt dans d'atroces souffrances... Et il y a même des gags: mon préféré reste celui de l'acteur qui vient de faire semblant de mourir et qui réalise soudain que la Mort est en train de scier l'arbre sur lequel il a trouvé, dans les hautes branches, un refuge sûr... Du moins le croyait-il. 

Avec son Moyen-Âge radicalement différent des habitudes, mais si certainement authentique, son clair-obscur très travaillé, sa galerie de portraits riche et complexe, le film est sans aucun doute le chef d'oeuvre du metteur en scène, ce qui n'est pas rien quand même...Il nous présente le voyage crépusculaire et futile de deux hommes qui ont fait le tour de toutes les questions philosophiques, et continuent tant bien que mal à s'accrocher à leurs carcasses respectives, au point d'essayer de tricher avec l'Ankou! Et ça, il ne faut pas faire. Ce n'est pas à des vieux singes qu'on apprend à faire des grimaces...

 

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Published by François Massarelli - dans Ingmar Bergman Criterion
22 juin 2015 1 22 /06 /juin /2015 18:13

Bergman a-t-il fait exprès de raconter à qui voulait l'entendre, à l'occasion de la sortie de ce long film, qu'il faisait ses adieux au cinéma? peut-être, peut-être pas, il était aussi menteur qu'affabulateur. Et c'est aussi l'un des sujets de Fanny et Alexandre, justement. Et puis il y a les correspondances troublantes entre ce film-somme et sa propre vie... Tant de films de Bergman tournent autour de la nécessité du théâtre, ou des arts qui s'y réfèrent. Justement, la famille Ekdahl est une famille liée au théâtre depuis belle lurette, et lorsque le film commence, ils fêtent Noël, en bons Suédois, même si on n'imagine pas qu'ils aient passé un temps très constructif à l'église.

On est fort large d'esprit dans cette famille, où l'une des belles-filles de Mme Helena Ekdahl, la tendre grand-mère qui mène tout ce beau monde a pris l'habitude (Comme le faisait Helena en son temps du reste) de tolérer les aventures nombreuses de son mari, parfois menées sous ses yeux... Les enfants Ekdahl ont pris l'habitude de fêtes joyeuses, durant lesquelles les adultes s'intéressaient parfois à eux, pour une séance de théâtre de marionnettes, parfois pour un feu d'artifice fait de flatulences... Mais pour Oscar Ekdahl, le directeur du théâtre familial, c'est la fin de la route. Il décède quelques jours après, sur scène, laissant une veuve, Emilie, et deux enfants, Alexandre et la petite Fanny. Après quelques semaines, Emilie annonce à ses enfants qu'elle va se remarier avec l'évêque Vergerus (Jan Malsmjo), qui s'est si bien occupé d'elle depuis les funérailles qui ont été l'occasion de leur rencontre. Vergerus est dur, strict, sévère, fanatique et austère, mais il ne sait pas encore qu'avec Alexandre, il va avoir du mal...

Je me suis toujours demandé pourquoi la petite Fanny était ainsi invitée à partager le titre, tant la présence d'Alexandre (Bertil Guve) sur le film était écrasante. Par bien des égards, il est avec Helena Ekdahl (Gunn Walgren) le principal point de vue dans ce film riche en péripéties... Celles-ci sont très proches de la vie de Bergman, qui me semble ici régler ses comptes avec son propre père. Bien sûr la vie riche et réjouissante des Ekdahl, des gens qu'on ne peut absolument pas accuser d'austérité, ne correspond pas à l'enfance qu'a vécu Ingmar Bergman, peut-être sont-ils par contre la famille idéale que ce grand amateur d'arts narratifs, depuis toujours passionné par les planches s'est a posteriori inventé... Né en 1918, Bergman n'a pu connaître la même vie que le jeune Alexandre, né sans doute environ en 1895, mais la maison de Vergerus se rapproche sans doute de ce qu'a connu le cinéaste chez son père, qui était pasteur protestant, et dont les mémoires de son fils ont révélé qu'il était un soutien du nazisme!

Une trace de cet aspect se retrouve à travers la présence d'Isak Jacobi, un ami d'Helena (Et sans doute un ancien amant), traité lors d'un épisode de "Sale juif au nez crochu" par Vergerus, alors qu'Isak venait chez l'évêque pour tenter de récupérer les enfants. Le choix d'ancrer son film sur un début avec fête familiale, Noël qui plus est, permet à Bergman de donner à voir tout le sel d'une enfance, en une soirée marquée par tous les petits détails familiaux qui refont surface lors de ces interminables repas, dont les enfants sont les premiers à s'absenter pour vivre, tout simplement, dans le moment, et en jouir afin d'emmagasiner un maximum de souvenir pour plus tard! Et quel contraste entre la maison Ekdahl, ses pièces innombrables, ses escaliers, ses couleurs, et l'austérité blanchâtre du "Palais Vergerus", avec ses barreaux aux fenêtres...

Le film est long, et doublement: d'une part, la version internationale, sortie en salles en 1983, contient ses 189 minutes bien pesées, mais surtout, Bergman l'avait aussi monté pour la télévision en une version de 312 minutes, soit plus de cinq heures... Pourtant cette chronique familiale riche et bigarrée, qui permet bien sûr à Bergman de montrer en Alexandre un double convaincant (Passionné par l'art, le mensonge, et bien sûr hanté par les fantômes comme un héros Shakespearien), un gamin à la vie intérieure effrayante, est sans doute le film le plus grand public de son auteur.

 

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Published by François Massarelli - dans Scandinavie Criterion Ingmar Bergman