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  • : Allen John's attic
  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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18 mars 2026 3 18 /03 /mars /2026 22:08

D'emblée, se pose la question: peut-on vraiment faire comme tout le monde et considérer ce film, situé en Argentine, dans la pampa, comme un western? Certes, il y a des chevauchées, des vaches, des hommes armés, la cavalerie, une diligence et bien sûr des indiens... Mais un gaucho ce n'est pas un cow-boy! Et si on joue sur les mots, l'Argentine, c'est quand même au Sud-Est du continent Sud-Américain... Même pas à l'ouest, donc...

Qu'importe. Et Tourneur, qui a aussi beaucoup tourné dans des genres différents, a choisi sembl-t-il de faire de ce film un simili-western, dans lequel on suit les aventures de Martin (Rory Calhoun), un gaucho de la pampa, quise voit mis en prison suite à une affaire d'honneur qui tourne mal... On lui laisse le choix entre la prison et l'armée, et il est envoyé dans un bataillon de durs à cuire mené par le major Salinas (Richard Boone), qui lui-même est encore plus dur à cuire! Le Gaucho déserte à cause des mauvais traitements qu'il subit, et rencontre la belle Teresa (Gene Tierney)...

Totalement séduisant, ce film d'aventures est situé dans de beaux paysages, que souvent Tourneur avec son savoir-faire de réalisateur de films modestes a souvent trafiqué avec des transparences, mais si on se laisse aller on y croira... Son héros est un homme de traditions, celle des gauchos bien entendu, qui est situé en permanence entre ses loyautés (celle pour son ancien patron, et celle pour Teresa, mais aussi sa loyauté pour sa propre liberté et ses propres valeurs), qui est bien plus qu'un cowboy. Comme le Burt Lancaster de The flame and the arrow, Martin est un Robin des Bois qui a trouvé sa Lady Marian...

Et pourtant rien n'est vraiment facile, ni traditionnel ici: s'il adopte clairement le rôle du méchant, le Major est bien plus complexe, joué avec une retenue remarquable par Boone: c'est un homme de valeurs, lui aussi, il a une vision différente de celle de Martin des gauchos mais il comprend la constance, la franchise sans filtre de ce dernier, qui exerce une certaine fascination sur lui. Le principal protecteur de Martin est un brave homme, mais c'est un politicien dont les conceptions "modernistes" sont aux antipodes de celles de son protégé... Le romantisme du film est souvent souligné par l'amour de Teresa, et je dois dire que rarement Gene Tierney a été aussi juste...

Ce film sur une fuite en avant se dirige à son dernier acte vers la tragédie, celle du sacrifice d'un homme à des valeurs, une philosophie de liberté totale qui triomphe sans crier gare.

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Published by François Massarelli - dans Jacques Tourneur
14 mars 2026 6 14 /03 /mars /2026 09:35

C'est en voyageant, dans un compartment de train plus précisément, que le Docteur Hunt Bailey (George Brent) met le premier pas dans ce qui va être une bien curieuse expérience: il rencontre, en effet, une bien curieuse et un rien excentrique personne, Cissie Bedereaux (Olive Blakeney)... Mais quelques temps plus tard il apprend sa mort, ce qui l'intrigue. Il rencontre le frère de Cissie, Nick (Paul Lukas), et surtout son épouse, Allida (Hedy Lamarr), dont la beauté le fascine. Mais Nick lui annonce que son épouse est folle...

Tout concourt, au début du film, lors de ce voyage en train qui a demandé des efforts conséquents à la RKO, à donner l'impression que l'on va assister à un film fantastique, comme l'étaient les trois précédents films de Tourneur pour la compagnie... Il a fallu recréer de toutes pièces une tempête de neige qui semble nous indiquer, au-delà de la politesse et de la chaleur simple des échanges entre Brent et sa partenaire, que des forces obscures vont se manifester! Et le film entier, en réalité, fonctionne de cette façon.

Pourtant, rien dans ce film, au final, ne sera fantastique au sens propre. Une histoire de possession? Tout du moins un mari jaloux qui transcrit ses propres névroses dans la possession de son épouse, en lui refusant d'exister à part entière par la manipulation mentale. ...ce qui renvoie bien sûr à Gaslight, de Thorold Dickinson, et son remake Hollywoodien effectié à la MGM par George Cukor. Si ce dernier (Avec Joseph Cotten et Ingrid Bergman) sort la même année que ce film, la version Britannique date effectivement de 1940, et peut à mon sens avoir été à l'origine d'un certain nombre d'oeuvres sous influence, dont ce film! Après tout, même Suspicion, de Hitchcock, lui doit un peu quelque chose...

Cela reste quand même un film moindre: l'histoire est bien sûr prenante, les acteurs compétents, mais d'une part George Brent se fait écraser à plate couture par Paul Lukas, et l'ensemble de la mise en scène semble parfois se dissocier du film comme pour nous indiquer qu'il y avait d'autres choses à voir... Amusant de voir que ce qui semble le plus coller au film est ce qui le détache de la réalité: des passages filmés, joués mais muets, dans lesquels un narrateur semble donner du sens aux images, comme dans les splendides courts métrages semi-documentaires que le metteur en scène avait effectué à la MGM dans les années 30... Des choix de mise en scène qui placent parfois le film dans une sorte de baroque légèrement décalé, bien dans la manière de Tourneur... 

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Published by François Massarelli - dans Jacques Tourneur
25 février 2026 3 25 /02 /février /2026 14:55

En 1870, le gouvernement Américain doit encore payer des factures de citoyens qui ont donné de leur temps, et parfois de leurs moyens, pour aider la cause de l'Union lors de la guerre civile... Une des plaignantes, Anna Ella Carroll (Fay helm), affirme être à l'origine d'un plan de bataille qui a permis au Général Grant de renverser la situation alors que le Sud gagnait bataille sur bataille... 

Etrange film, qui fait un solide usage de sa durée de 10 minutes pour installer une énigme: Mrs Carroll était-elle, comme elle l'affirmait, la prcincipale responsable du retournement de situation de 1863, qui devait mener à la fameuse victoire de Gettysburg? On ne le saura pas... Mais il n'est justement pas question ici de le savoir ou de l'établir, simplement de démontrer que parfois des actions héroïques, décisives, peuvent avoir été commises dans le secret le plus absolu... Ou que l'histoire est faite d'énigmes obscures, qui sont souvent plus intéressantes que leur résolution!

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Published by François Massarelli - dans Jacques Tourneur
25 février 2026 3 25 /02 /février /2026 14:46

Dans un premier temps, le film pose une série d'énigmes: pourquoi un camionneur, en parfaite santé apparemment, a-t-il perdu le contrôle de son véhicule après avoir été comm aveuglé? Pourquoi une secrétaire particulièrement comptétente a-t-elle commis tant de bévues en peu de temp, qu'elle a été licenciée? Et pourquoi, alors qu'il est lui-même en parfaite santé, un jeune garçon doit-il marcher avec des béquilles parce que ses jambes refusent de le porter?

Puis on suit le quotidien du Dr Eijkmann (Stephen McNally), un chercheur confronté à une épidémie de béribéri sur l'île de Java. Après quelques temps, il finit par découvrir que le riz blanc utilisé dans l'alimentation est ce qui a causé la maladie...

L'alphabet "magique" dont parle le titre est tout simplement l'appellation des vitamines, ces éléments précisément découverts par Eijkmann à Java, et qui manquaient aux protagonistes des trois exemples cités plus haut... Ou comment donner un angle d'attaque particulièrement alléchant pour un petit film documentaire sur les vitamines!

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Published by François Massarelli - dans Jacques Tourneur
23 février 2026 1 23 /02 /février /2026 18:33

Rythmé en permanence par la voix sans finesse ni subtilité de Pete Smih, ce court métrage (nominé aux Oscars en 1938) détaille l'histoire de la découverte progressive du radium et de ses propriétés étranges, capables aussi bien de causer la maladie que de la soigner...

Le film garde évidemment une approche documentaire, mais comme tous les courts métrages de Tourneur à la MGM, il nous montre en recréant, et en faisant un usage admirable des images. Le narrateur y et utilisé pour détourner l'attention, et on oublie que les scènes qu'on voit à l'écran sont en réalité des recréations... Et la beauté du noir et blanc s'insère partout dans le film pour le doter de cette proverbiale étrangeté qui faisait le sel des films du réalisateur!

Enfin, notons que ce dernier, l'un des plus progressistes de tous les classiques d'Hollywood, a beau introduire Marie Curie comme 'l'assistante' de son mari Pierre, il nous montre la jeune femme prenant sans ambiguité la direction des opérations...

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Published by François Massarelli - dans Jacques Tourneur
5 mai 2024 7 05 /05 /mai /2024 10:05

Un bateau pirate, le Sheba Queen, vient à bout d'un vaisseau de la marine Anglaise. La seule personne à bord du bateau vaincu, ce sera Pierre François (Louis Jourdan), un énigmatique prisonnier, et la capitaine pirate, Anne Providence (Jean Peters) le trouve parfaitement à son goût... Ce qui n'est le cas ni des marins, représentés en particulier par Dougal (James Robertson Justice), ni du médecin de bord (Herbert Marshall), un déclassé alcoolique en mal de rédemption, et encoremoins du mentor d'Anne, le pirate Barbe-Noire (Thomas Gomez)... Ils ont raison: c'est un infiltré pour la couronne Britannique...

Ca sent évidemment le pitch: "un capitaine pirate qui est en réalité une femme"... Tourneur le prend pour ce qu'il est, et n'en profite pas pour, par exemple, installer un suspense suivi d'une révélation. D'une part, le titre annonce directement la couleur, d'autre part il préfère sans doute la voie inverse: montrer le capitaine Providence comme une pirate aussi impitoyable et dure que n'importe quel autre pirate, puis par petites touches, révéler la féminité qui se cache derrière cette carapace... N'oublions pas qu'on est en 1951, et que les conventions s'appliquent sans la moindre discussion. Mais dans le film, ces deux aspects du personnages entrent en conflit... Un phénomène qui évidemment renvoie à la carrière de Tourneur, et ces personnages déchirés entre la raison et le surnaturel, par exemple...

Tourneur, on le dit souvent, s'investissait dans un film jusqu'au moindre détail; il avait besoin de croire en ce qu'il montrait, et ce film n'est pas une exception... Mais il navigue (si j'ose dire) en des eaux bien plus conventionnelles que ses westerns, ses films noirs, et ses films fantastiques. Tout y est, les pirates soiffards, l'île de La Tortue, les perroquets, le marin avec le cache sur l'oeil, la Planche... Le Technicolor rutilant (Fairbanks avait raison, quand il disait qu'il était difficile de concevoir un film de pirates sans ces couleurs délirantes, ces rouges rouillés, ce bleu-gris des tableaux du XIXe siècle) ajoute à cette patine qui tend à enfermer le film dans une catégorie "samedi soir de pluie"... Peut-être le casting est-il en cause? Louis Jourdan ne sera jamais Gregory Peck, et il semble que Jean Peters ait été le deuxième choix après Susan Hayward... Si on ajoute la présence de l'éternellement mauvais James Robertson Justice, et les excès de Barbe-Noire, il n'y a guère que Herbert Marshall qui s'en sorte. D'ailleurs... Tourneur a adoré le personnage, il a une vie intérieure palpable. La vie compliquée de Marshall a joué un rôle là-dedans, à n'en pas douter...

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Published by François Massarelli - dans Jacques Tourneur
14 avril 2024 7 14 /04 /avril /2024 16:40

Un homme se trouve en pleine soiée, dans la rue: il est mal à l'aise et fuit la lumière... il va rencontrer une jeune femme, qui va malgré elle le mener à deux bandits... Les bandits, Jim (Aldo Ray) les connait: depuis qu'il les a rencontrés, sa vie est un cauchemar, et pourtant c'est un vétéran de la guerre du Pacifique! 

D'aller en retour, Jim va retrouver Marie (Anne Bancroft), et s'attacher à elle, essayant toujours plus ou moins d'échapper aux deux bandits, dont la présence va être expliquée au fur et à mesure. Il y aura aussi l'intervention d'un mystérieux inconnu (James Gregory), qui l'a déjà abordé: tout en maintenant un contact permanent avec son épouse, Ben Fraser surveille Jim. Pourquoi?

Bien sûr qu'il y aura des explications! Mais ce n'est pas forcément le but de Tourneur: il cherche justement à déstabiliser le spectateur autant qu'il peut le faire et y parvient souvent très bien. La vérité devient un puzzle dont on n'est jamais très sûr d'avoir vraiment toutes les pièces qui font sens... Et Tourneur, qui nous a forcé à le suivre, s'amuse beaucoup de cette situation instable dans laquelle les codes (gangsters, femme fatale, policiers, etc) vont de toute façon nous aider à nous repérer au moins au début... 

Et le miracle du film noir, c'est cette capacité d'un film à nous entrainer alors qu'on ne sait pas grand chose, quece qu'on finira par savoir ne nous sera raconté que par un personnage qui dit, ou pas, la vérité, et ce sera en flash-back, avec toujours l'impression qu'on se fait quand même avoir... Bref, c'est comme la vie.

 

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Published by François Massarelli - dans Jacques Tourneur Noir
30 septembre 2023 6 30 /09 /septembre /2023 23:18

Clay Douglas (Ray Millland), un américain, se rend en Grande-Bretagne pour enquêter sur la mort de son frère. Celui-ci a fait partie d'un commando en 1944 en compagnie de soldats Britanniques est est mort durant les événements du débarquement... Son but en se rendant au Royaume-Uni est d'éclaircir la situation car il semble bien que son petit frère ait été tué par un de ses frères d'armes... Durant l'enquête il va faire la connaissance d'Elspeth Graham (Patricia Roc), une Ecossaise qui va s'avérer très Américanophile...

Intéressant de demander à Ray Milland, l'un des plus britanniques des acteurs des années 30 à 60, d'interpréter un Américain, mais c'est une excellente idée en fait; il incarne à merveille le rôle du dur-à-cuire Américain qui vient se confronter à la vie si particulière de la Grande-Bretagne... Et l'enquête, qui aurait pu être menée efficacement, se perd très vite dans les digressions. Celles-ci sont de toute évidence le vrai sujet d'un film dans lequel un homme est confronté à un rythme de vie et des habitudes qui ne sont absolument pas les siens. Il y a un petit côté burlesque mais aussiun aspect baroque à cette investigation d'un Américain en Grande-Bretagne (du Pays de Galles en Ecosse, en passant par Londres, on couvre beaucoup de terrain...). 

Et on retrouve le vrai sujet de la plupart des films de Tourneur, la juxtaposition des univers, entraînant un dépaysement qui s'approche du danger, pour un protagoniste ballotté par les évéments. De fait, ce n'est sans doute pas le plus folichon des films du metteur en scène, mais il est souvent fascinant dans les à-côtés plus que dans ce qu'il raconte. Tourneur, français éduqué aux Etats-Unis à moins que ce ne soit le contraire, ne pouvait que se retrouver dans un tel personnage, et le ton gentiment badin du film est toujours plaisant... On apprécie aussi de retrouver des acteurs qu'on a vus chez Hitchcock (Naunton Wayne), ou Michael Powell (Marius Goring)...

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Published by François Massarelli - dans Jacques Tourneur Noir
21 mars 2020 6 21 /03 /mars /2020 15:57

1856, en Oregon, les chercheurs d'or commencent à se fédérer en agglomérations, et les liens sont assurés entre la "grosse ville" Portland et les petites installations comme Jacksonville. Les Indiens sont là eux aussi, dans les bois, mais la cohabitation s'effectue, sauf quand une tribu s'inquiète du fait que les colons commencent à construire un peu trop de cabanes... Nous suivons des protagonistes divers dans ce contexte fragile: les Dance, une famille de colons qui ont trouvé l'endroit où installer leur ferme, un peu à l'écart de la ville de Jacksonville; ils ont recueilli Caroline, une jeune femme venue avec ses parents et désireuse de s'installer pour de bon; George Camrose (Brian Donlevy) est un homme d'affaire avec une addiction au jeu, mais c'est aussi un brave homme: son ami et associé Logan Stuart (Dana Andrews) va d'ailleurs chercher sa fiancée Lucy (Susan Hayward) pour lui à Portland; enfin, dans la petite localité, le costaud Honey Bragg est un spectacle permanent pour la population, qui fait des paris sur les innombrables bagarres qu'il lance. Mais Stuart pense que Bragg est bien plus que ça, et le soupçonne de meurtre, dans ce camp fragile où tout le monde se promène avec de l'or sur soi...

Difficile de résumer un film qui se passe presque comme une chronique: ça ferait presque penser à Stars in my crown, la nostalgie en moins. Et deux autres aspects essentiels le différencient de cet autre film: Canyon passage est situé sur une très courte période là où Stars porte sur une dizaone d'années, et ce western-ci est d'une grande noirceur derrière le Technicolor et le volontarisme des héros... Car pour que "boy meets girl", à la fin, il y aura eu un grand nombre de morts violentes...

C'est l'esprit de la frontière, d'ailleurs, qui domine, en trois types de populations: les Dances et la tentation de s'arrêter et de s'installer; au contraire, Stuart, clairement identifié comme le héros, a la bougeotte, et en dépit du nombre de personnes qui lui signalent sa réussite (il est dépositaire de l'or de ses concitoyens, et il arrondit sérieusement ses fins de mois) il n'a qu'une seule envie: voyager, changer d'air, et surtout ne pas se fixer; enfin, George présenté comme un faible, montre les risques qu'on prend à s'engager sur la frontière à la légère... Dans le film, il sera une victime à la fois de ses démons (le jeu) et de la population qui le désigne assez vite comme un nuisible. De fait, il est accusé d'avoir tué un homme, et si nous ne l'avons jamais vu le faire nous avons suffisamment d'indices pour le confirmer! Tourneur enfin choisit d'incarner le mal absolu et insaisissable çà travers Honey Bragg, l'intenable fier-à-bras, brutal, méchant, et même assassin et violeur. Le metteur en scène fait un superbe usage de l'ellipse pour nous montrer à quel point le personnage est un élément disruptif de la nature même, à l'opposé des tribus indiennes...

C'est toujours empreint de lyrisme, souvent étonnant dans les choix de l'intrigue, tourné dans de magnifiques paysages (notons qu'on est loin ici des westerns habituels, et qu'en 1856, l'Oregon était un paysage de montagnes, de forêts et de lacs à perte de vue, donc on s'éloigne des clichés du western d'Arizona!). Tout ça fait un film irrésistible, riche, et surprenant dans lequel une fois de plus Tourneur oppose les individus à la foule, et une fois de plus cette dernière n'en sort pas grandie.

 

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Published by François Massarelli - dans Jacques Tourneur Western
12 janvier 2020 7 12 /01 /janvier /2020 09:35

Nouvelle-Angleterre, vers 1900: une petite officine de pompes funèbres est en train de sérieusement péricliter, au point que les deux personnes qui y travaillent économisent les cercueils: ils en ont un, et à la fin de chaque service de funérailles ils retirent le cadavre, l'enterrent et amènent la boîte à la maison. Pour Waldo Trunmbull (Vincent Price), le patron de l'entreprise, il faut trouver une idée, d'autant que le propriétaire (Basil Rathbone) de la maison occupée par l'entreprise réclame des loyers impayés. L'idée viendra fatalement à Trumbull: puisque les temps son durs, il décide, avec son employé le fidèle Gillie (Peter Lorre) de provoquer la mort de ses futurs clients plutôt que de l'attendre...

D'emblée, forcément, on est intrigué par le casting hallucinant: ajoutons pour faire bonne mesure le fait que le beau-père de Trumbull est joué par Boris Karloff, et on comprendra pourquoi le film intrigue touts ceux qui en ont entendu parler sans le voir... Mais la vérité est plus prosaïque: en 1963, tout ce petit monde est au bout du rouleau, sauf peut-être Price qui assume avec un certain aplomb les rôles gothiques qu'on lui confie chez Roger Corman. Lorre est lessivé, Karloff est au bout de ses capacités physiques (et ça se voit) et Rathbone n'est plus que l'ombre de ce flamboyant moustachu qui affrontait Erroll Flynn en duel... Et Tourneur tourne son avant-dernier long métrage pour le cinéma...

Etait-il d'ailleurs le meilleur pour tourner ce film? Il est arrivé sur le projet à la demande de Richard Matheson, le scénariste, qui n'a pas tari d'éloges sur lui. Mais il n'est pas à l'aise, d'autant que s'il savait presque tout faire, la comédie n'est pas vraiment son rayon... Et ça se voit. Ces aventures comiques saupoudrées d'humour conjugal de mauvais goût (Waldo Trumbull est marié à la fille de son vieil associé et se comporte de façon odieuse avec elle, qui de son côté porte des décolletés dangereux qui affolent Gillie), de cascades en accéléré où Lorre est systématiquement remplacé par un cascadeur qui porte un masque de Peter Lorre(!) et qui n'a pas la même corpulence, et on finit par se dire que le meilleur du film est représenté par ce chat, Rhubarb, qui se déplace de scène en scène, comme un clin d'oeil à la carrière plus prestigieuse de Tourneur...

Au moins le film s'emballe-t-il lorsqu'une sous-intrigue se met en place: Rathbone, qu'on a décidé de supprimer bien entendu, souffre de catalepsie, et va semer le chaos sur son passage rien qu'en étant APPAREMMENT mort...

 

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Published by François Massarelli - dans Comédie Jacques Tourneur