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D'emblée, se pose la question: peut-on vraiment faire comme tout le monde et considérer ce film, situé en Argentine, dans la pampa, comme un western? Certes, il y a des chevauchées, des vaches, des hommes armés, la cavalerie, une diligence et bien sûr des indiens... Mais un gaucho ce n'est pas un cow-boy! Et si on joue sur les mots, l'Argentine, c'est quand même au Sud-Est du continent Sud-Américain... Même pas à l'ouest, donc...
Qu'importe. Et Tourneur, qui a aussi beaucoup tourné dans des genres différents, a choisi sembl-t-il de faire de ce film un simili-western, dans lequel on suit les aventures de Martin (Rory Calhoun), un gaucho de la pampa, quise voit mis en prison suite à une affaire d'honneur qui tourne mal... On lui laisse le choix entre la prison et l'armée, et il est envoyé dans un bataillon de durs à cuire mené par le major Salinas (Richard Boone), qui lui-même est encore plus dur à cuire! Le Gaucho déserte à cause des mauvais traitements qu'il subit, et rencontre la belle Teresa (Gene Tierney)...
Totalement séduisant, ce film d'aventures est situé dans de beaux paysages, que souvent Tourneur avec son savoir-faire de réalisateur de films modestes a souvent trafiqué avec des transparences, mais si on se laisse aller on y croira... Son héros est un homme de traditions, celle des gauchos bien entendu, qui est situé en permanence entre ses loyautés (celle pour son ancien patron, et celle pour Teresa, mais aussi sa loyauté pour sa propre liberté et ses propres valeurs), qui est bien plus qu'un cowboy. Comme le Burt Lancaster de The flame and the arrow, Martin est un Robin des Bois qui a trouvé sa Lady Marian...
Et pourtant rien n'est vraiment facile, ni traditionnel ici: s'il adopte clairement le rôle du méchant, le Major est bien plus complexe, joué avec une retenue remarquable par Boone: c'est un homme de valeurs, lui aussi, il a une vision différente de celle de Martin des gauchos mais il comprend la constance, la franchise sans filtre de ce dernier, qui exerce une certaine fascination sur lui. Le principal protecteur de Martin est un brave homme, mais c'est un politicien dont les conceptions "modernistes" sont aux antipodes de celles de son protégé... Le romantisme du film est souvent souligné par l'amour de Teresa, et je dois dire que rarement Gene Tierney a été aussi juste...
Ce film sur une fuite en avant se dirige à son dernier acte vers la tragédie, celle du sacrifice d'un homme à des valeurs, une philosophie de liberté totale qui triomphe sans crier gare.
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