Dans ce film anthologique, on a droit à une succession de quatre histoires différentes, dues à quatre réalisateurs différents. Ce segment, le troisième, est sans doute le plus extrême, le plus intrigant aussi... C'est un remake d'un épisode de la série originale de Rod Serling, intitulé It's a good life et diffusé en 1961.
Helen Foley (Kathleen Quinlan) est une jeune femme libre qui a décidé de partir à l'aventure. En chemin, elle provoque sans intention aucune un accident mineur, roulant sur le vélo d'un jeune garçon. Elle le ramène chez lui, et d'emblée, dans cette grande maison délirante envahie de téléviseurs qui diffusent des courts métrages mythiques des Looney Tunes, elle remarque qu'il y a quelque chose qui ne va pas. Sous le discours volontiers positif du petit Anthony, qui répète à l'envi que "tout va bien", que sa vie est merveilleuse et que sa famille est heureuse, Helen s'aperçoit très vite qu'Anthony est tellement gâté que c'en est très louche. Elle voit aussi que ceux qu'il présente comme sa "famille" sont en réalité terrifiés par lui...
L'idée de génie, qu'il nous faut donc attribuer à Rod Serling, le créateur original de la série Twilight zone initiale, est d'avoir fait d'un enfant la menace ultime, celle qui rend tout son environnement veule, obéissant à l'extrème, et peu solidaire: en cas de pépin, toujours accuser un autre. C'est terrible, terrifiant ou hilarant selon les cas... La conclusion adoucit la donne, mais quand même: le constat est sans appel, les enfants des années 50 et 60 étaient bien les rois.
On sent que Joe Dante, qui navigue constamment entre l'horreur décalée et la comédie dérangeante dans ces quelques 20 minutes, s'est particulièrement fait plaisir en s'appropriant ce petit film...
La série Amazing stories, dans les années 80, était une tentative de transcrire le "style Spielberg" dans l'univers d'une série d'anthologie, menée par un ensemble étonnant de réalisateurs, certains plutôt connus pour leur affiliation dans le monde de la télévision (Lesli Linka Glatter en particulier), d'autres plus identifiables pour leur importance dans le cinéma américain (Clint Eastwood, Paul Bartel, Martin Scorsese et Steven Spielberg lui-même...). Donc, autant de courts et moyens métrages fantastiques, pour toute la famille, et qui plus est soignés... Mais pour lesquels les auteurs ont sans doute joué leur propre partition...
C'est le cas de l'inévitable Joe Dante: celui-ci a toujours refusé de différencier réellement son travail de réalisateur pour la télévision ou pour le cinéma. En résulte une oeuvre abondante, mais dont le morcellement la rend parfois difficile à appréhender en entier. Ce film de 24 minutes, un épisode sympathiue, mais sans aucun doute l'un des moins intéressants de la série, nous montre que décidément, Dante sera toujours un trublion...
Il imagine une famille, les Tucker, qui ont toujours vécu dans une maison dont ils savent qu'elle est hantée, mais n'ont jamais vraiment admis que c'était le cas... Car il faut dire que ces fantômes (Eddie Bracken et Evelyn Keyes), attentifs à la vie de leurs charmants hôtes vivants, sont gentils et bienveillants... Mais pas envers les nouveaux locataires: les deux affreux acheteurs de la maison sont deux cinglés, vulgaires à souhait, lui producteur de porno, et elle actrice... pour les hanter, il faut se lever de bonne heure.
Dante a toujours été à son aise dans la satire banlieusarde, le film fonctionne donc très bien. Le format court sied bien à l'histoire qui est pour ainsi dire minuscule, mais Dante se trouve généralement plus inspiré quand il peut prendre son temps. Cela dit, il s'est fait plaisir avec Sheena (Wendy Schall) et son mari Tony (Robert Picardo), deux acteurs familiers de ses films...
A San Francisco, Tuck Pendleton (Dennis Quaid), pilote d'avion quelque peu lessivé, a signé avec un laboratoire qui cherchait un volontaire pour une mission délirante: se faire miniaturiser avec un petit vaisseau, pour naviguer à l'intérieur d'un... Lapin. Mais lors de l'expérience, le labo est attaqué par un groupe hostile, qui cherche à voler le matériel... Le professeur responsable a juste le temps, pour éviter que Tuck ne tombe entre leurs mains, de l'injecter à l'intérieur d'un... Humain.
Ce dernier, Jack Putter (Martin Short), est un vendeur de supermarché hypochondriaque, et si effectivement il me semble qu'il n'existe pas de possibilité pour qu'un humain puisse être préparé à une telle éventualité, il faut dire que Jack est sans doute l'une des pires options pour accueillir un pionnier miniaturisé...
Dans les années 60, Richard Fleischer avait réalisé pour la Fox le célèbre Fantastic Voyage, un film de science-fiction parfaitement premier degré, un classique. Techniquement, ce nouveau film n'est en aucun cas un remake, même s'il repose sur le même principe: amener un être humain dans un simili-vaisseau spatial, dans le corps d'un autre humain, et le confronter à ce qui se passe à l'intérieur: le flot sanguin, les réactions de l'hôte et leurs conséquences corporelles... Mais cette fois, dans le cadre d'une comédie. On ne s'étonnera donc pas que derrière l'accomplissement de ce long métrage, on trouve le nom de Steven Spielberg, dont la compagnie Amblin Entertainment était déjà en 1984 derrière Gremlins, du même Joe Dante...
D'une part, Dante, qui n'avait pas encore gâché ses chances avec Gremlins 2, the new batch (ce serait pour 1990), est un metteur en scène doué aussi bien pour le film de science-fction, que pour l'horreur, que pour la comédie, et le fait de mélanger les genres ne l'a jamais gêné: il le prouve avec brio du début à la fin de ce film, où comme pour tant d'autres de ses oeuvres il trouve d'emblée le ton et le rythme...
D'autre part, Martin Short et Dennis Quaid, dans ce film, fonctionnent comme un duo parfait, l'un à l'intérieur (Tuck, le héros sans barrière ni limite, qui a fait de son hyperactivité un fonctionnement par défaut), l'autre à l'extérieur (Jack, le vendeur timide, effacé, lent et complètement obsédé par sa santé). On ne pouvait rêver deux héros plus dissemblables, et ils sont admirablement complétés (on est dans les années 80, les actrices sont encore secondaires, hélas!) par Meg Ryan, qui interprète Lydia, une journaliste qui devient le seul lien de Tuck avec la "surface", à travers son association avec Jack.
Tel qu'il est, le film renverse le postulat du film de Fleischer: d'une sorte d'ode à la science toute-puissante, qui va vers le sublime même quand elle va trop loin, Dante en fait un complément à d'autres de ses films: une plongée dans le n'importe quoi, provoquée par des humains pas forcément incompétents, juste trop peu concentrés, et/ou trop avides... Mais surtout, il fournit de la comédie, totalement irrésistible, en même temps qu'une jolie capsule temporelle des années 80, déjà passées au travers de l'oeil de Dante (qui s'amuse beaucoup à placer ses acteurs fétiches, l'inévitable Dick Miller (de tous ses films depuis Hollywood Boulevard), Henry Gibson, Kevin McCarthy, et la cerise sur le gâteau, Robert Picardo dans le rôle hilarant du "cowboy", un bandit complètement imbu de lui-même, qui se déguise en permanence avec des habits western... et, petit rappel qu'on est dans les années 80, une scène voit Jack parler à Tuck, à l'intérieur de sa tête, quand il est aux toilettes, ce qui lui occasionne une réplique d'un voisin de pissotière: "Jouez avec, mais ne lui parlez pas..."
...Mais les myriades d'idées qui font ce film comptent aussi l'une des surprises les plus poétiques de toutes les années 80, un retournement de situation fantastique, qui nous rappelle que quand on a Meg Ryan sous la main, on ne se contente pas, finalement d'en faire une potiche!
Une famille (la maman seule avec ses deux fils, un lycéen et un beaucoup plus jeune) déménage: ils ont quitté Brooklyn pour s'sinstaller dans un tout petit patelin, et bien sûr, le grand fils Dane (Chris Massoglia) est frustré d'avoir dû laisser derrière lui toute sa vie. Lucas, le petit frère (Nathan Gamble) est nettement plus positif; c'est lui par exemple qui montre la voie à son aîné en allant saluer la fille (lycéenne elle aussi) qui vit à côté... Les deux frères trouvent et montrent à Julie (Haley Bennett) la trappe dissimulée sous un tapis dans leur nouveau garage: immense, froide, sans fond... Une fois ouverte, la trappe semble avoir précipité la vie des trois jeunes gens dans le chaos et la terreur: des apparitions, des phénomènes inexpliqués commencent à se produire autour d'eux...
C'est un tout petit film, avec probablement un budget ridicule, réalisé pour un petit producteur indépendant par un des réalisateurs géniaux des années 80... Je sais, Joe Dante est probablement un personnage excessif, et il est sans doute exagéré de vouloir impérativement faire de l'auteur de Piranha et de Gremlins une sorte de Eric Von Stroheim des années 2000!
...Pourtant c'est troublant de voir à quel point il a été amené à renoncer, après avoir été l'un des plus appréciés des metteurs en scènes Américains, sous la houlette de Steven Spielberg. La façon dont un film et un seul (Gremlins 2) l'a amené à devenir un paria est exemplaire d'une certaine vision industrielle du cinéma, qu'il accepte... Mais qui ne l'a jamais empêché d'être un artiste, ni de le revendiquer. Sa force est d'avoir le cinéma dans le sang... Comme Hitchcock, Coppola, Lucas... Ou Spielberg.
Cantonné aux séries TV (Masters of horror), aux films d'anthologie (Trapped ashes, un navet sans âme), aux pilotes sans avenir, et aux contrats d'un film sous haute surveillance (Looney Tunes back in action), il s'est donc trouvé, de moins en moins, aux commandes de quelques films depuis le début du XXIe siècle. Celui-ci est sans doute le meilleur, le plus représentatif, le plus personnel et définitivement le plus réussi...
En route donc pour un vrai petit film d'horreur sans prétentions, centré sur le spleen si particulier des adolescents Américains confrontés dans leurs banlieues si délicieusement sans âme, à un imaginaire qui revient leur mordre les fesses et leur chatouiller les pieds. Dante l'a si souvent prouvé (Piranha, The Howling, Gremlins, Innerspace, The Burbs, Matinée): il sait parfaitement mélanger le léger et le gothique, le lumineux et le sombre: donnez-lui une histoire improbable de fantômes dans un garage avec quelques personnages d'ados, et il sera de toute façon dans son élément... La preuve. L'atout principal de son cinéma? Simple: il a de l'humour, beaucoup d'humour. Mais quand il vous montre quelque chose, il ne fait jamais semblant... Et sous les tourments si risibles de deux ados et demie, tout un monde de frustration, d'ennui... et une imagination sans limite.
En 1997, à travers la chaîne HBO, Joe Dante et le scénariste Martyn Burke posaient la question suivante: que se passerait-il si le gouverneur de l'Idaho (Beau Bridges), dopé par sa victoire aux élections sur une plateforme anti-immigration xénophobe et ultra-extrémiste, et par sa rupture avec sa maîtresse (Elizabeth Pena, une journaliste d'origine... Mexicaine, comme quoi), décidait d'un seul coup de fermer ses frontières, avec l'appui de tous les porteurs d'armes, voire carrément de faire sécession? C'est qu'une organisation non-gouvernementale, qui accompagne des enfants réfugiés du Pakistan, a obtenu l'autorisation fédérale de se poser et d'envoyer un certain nombre de quotas d'enfants dans certains états, dont l'Idaho.
Par la même occasion, on apprend incidemment que les américains sont plus obsédés que jamais par ce qu'ils considèrent comme les excès du communautarisme; on entendra, de la part des "braves gens de l'Idaho", énormément d'arguments purement xénophobes, sur "les étrangers qui prennent nos jobs", ce qui était encore un peu caricatural en 1997... De fait, les réfugiés du Pakistan (dans le film, l'Inde a lâché une bombe sur son voisin) deviennent essentiellement une pomme de discorde, plus que des êtres humains...
Au pays du 2nd amendement, celui qui garantit non seulement le droit de port d'armes (avec des variantes d'état en état) mais aussi et surtout le droit des états de faire justice et de se défendre en cas de menace, la Guerre Civile de 1860 n'était finalement pas autre chose.
Mais la situation exposée dans ce film a ceci de particulier qu'en 1997, les médias étaiet déjà omniprésents, et le film explore avec brio la façon dont la crise se joue: en Idaho, d'une part, où le gouverneur, même avec le soutien de sa population, cherche parfois à réévaluer la situation une fois ses rodomontades effectuées; à la Maison Blanche, où le président (Phil Hartman) tente de gérer la crise, avec un certain nombre de ses conseillers (James Coburn, Kevin McCarthy); et enfin dans un grand centre de médias, où les journalistes tentent de gérer à leur façon les nouvelles (Dan Hedaya, Ron Perlman...), pendant qu'ils voient les nouvelles arriver de tous les états où l'armée est stationnée: clairement, l'armée américaine, pendant que le gouvernement tergiverse, est prête à envahir l'Idaho...
C'est une petite tradition saine chez HBO: des films politiques irrévérencieux, extrêmes, piquants et formidablement bien faits. Jay Roach, depuis quelques années, en a fait une marque de fabrique... Mais ici c'est Joe Dante, réalisateur de contrebande s'il en est, rompu à tous les aléas de tournage depuis ses jours auprès de Roger Corman (qui, au même titre que l'inévitable Dick Miller, apparaît dans ce film comme dans tous les précédents): c'est un brûlot, et je le dis sans tenir compte de la situation actuelle des Etats-Unis, où le pays entier est aux mains d'un autocrate qui est rompu à l'idée de n'en faire qu'à sa tête, qu'importe si les idées idiotes qui lui traversent l'esprit sont anticonstitutionnelles...
En attendant qu'un futur film se charge de tailler plus d'un costard à l'ère Trump, vivement, on a droit avec ce film à un jeu de massacre, dans lequel la preuve est faite: s'il suffit en 1997 d'un état qui décide d'aller dans le sens contraire pour démanteler les Etats-Unis, que penser d'une version des Etats-Unis dont le président envisage de cesser de s'occuper des Etats où on n'a pas voté pour lui?
Ca commence, vraiment, n'importe comment: en lieu et place du logo Warner attendu, c'est une reprise de celui qui était utilisé our les Looney Tunes, dont on sait à quel point Joe Dante est un fan! Il a d'ailleurs souvent rappelé à quel point il estimait avoir une dette envers Chuck Jones, qu'il a engagé pour un petit rôle dans Gremlins. Et les segments des Looney tunes sont justement une occasion pour Jones de retourner à l'animation: le film commence donc par une courte tentative de prise de pouvoir de Daffy Duck sur Bugs Bunny. Sans aucun rapport, évidemment, avec les Gremlins... C'est en revanche totalement en phase avec l'anarchie totale du long métrage...
Spielberg, en confiant ce film au réalisateur du premier Gremlins (1984), savait-il que celui-ci allait se permettre tout ce qui lui passerait par la tête? En tout cas, le film a un semblant de scénario: alors que la boutique du vieux Wang est incendiée par des partenaires véreux qui travaillent pour l'affreux M. Clamp (Un autocrate multi-millionnaire vaguement mafieux, amoureux de son nom au point de le mettre partout, et d'ailleurs son nom se finit par mp, bref un salaud fasciste, quoi), les deux jeunes héros de Gremlins sont désormais des employés du gros business New-Yorkais... Donc de Clamp.
Billy est sérieusement mis sous pression par sa supérieure, sa petite amie Kate travaille à l'accueil des établissements Clamp et sinon le mogwai Gismo a été recueilli dans un laboratoire de recherche qui appartient à Clamp...
A partir de là, on se doute qu'il y aura les catastrophes habituelles, mais la décision de Dante a été de ne se fixer aucune limite... Il n'hésite jamais à soulignerà gros traits les incohérences forcées, et nous livre très très vite les conditions de son chaos infernal orchestré par les Gremlins, pires que dans le premier film... Et son mauvais esprit s'en prend allègrement à la maladie des années 80 qui sont en train de passer à la décennie suivante, celle du profit, du libéralisme sauvage et emrpeint de mauvais goût... sachant que sa cible est inspirée de Donald Trump, on ne peut évidemment que lui donner raison.
De toute façon, Gremlins 2 devient très vite une sorte de parodie de parodie, un film impossible à prendre au sérieux, dans lequel toute l'énergie se concentre sur le sabotage, à tel point que les Gremlins, créatures douées voire surdouées pour le sabotage total, prennent le pouvoir sur le tissu filmique, au point de sortir de l'écran pour envahir les salles de montage. Deux versions existent, une pour le cinéma, et une pour la télévision, dans lesquelles le film est parasité par d'autres médias (dont les Looney Tunes, donc, voir plus haut: finalement cette ouverture avait un sens)... Une habitude pour Dante, mais rarement avec autant d'énergie destructrice. Et pourtant il n'est pas trop difficile d'aimer le film, qui a le bon goût de ne jamais cacher ce qu'il est, c'est à dire presque un accident industriel, une suite inutile d'un classique inattendu, un film qui n'aurait jamais du exister...
Inutile de dire que les rapports entre Dante et Spielberg ont du sérieusement souffrir en conséquence de ce film saboté. La carrière du metteur en scène est d'ailleurs passée dans le rouge à partir de cette période, et il ne s'en est jamais vraiment remis, acceptant des films de plus en plus rarement proposés, et de moins en moins intéressants...
Un inventeur, Randall Pelzer, se promène à Chinatown, à New York: il cherche un cadeau original, tout en cherchant à placer certaines de ses inventions... désastreuses. On lui présente une créature particulière, un "Mogwai"... Il est immédiatement séduit par la bestiole et malgré le refus du propriétaire souhaite l'acheter. Le petit-fils du boutiquier de son côté, le lui vend, mais lui donne trois règles à respecter de façon absolue: ne pas exposer le mogwai à la lumière, celle du soleil en particulier, qui pourrait le tuer; ne pas le mettre au contact de l'eau, qu'il la boive ou s'en imprègne; et surtout, ne pas le nourrir après minuit.
Trois règles dont on se doute au moment où on les rappelle au personnage, qu'elles seront enfreintes les unes après les autres...
Quoi qu'il en soit, le père va offrir le mogwai à son fils, un ado assez moyen... et ce sera le début du chaos...
Une banlieue, cette fois plutôt vers l'Est (d'où la neige dans les premières scènes), des personnages avec une petite vie aussi tranquille que farfelue: des traites à payer, des voitures à réparer, un chien à nourrir, et un gamin qui ambitionne de devenir illustrateur de bande dessinée (Chuck Jones, dans un snack, lui dit de continuer, il doit donc être doué)... Les personnages ont tous accès au cinéma, qu'ils consomment soit sous forme de programme télévisé (on voit un moment le film It's a wonderful life de Frank Capra qui passe à la télévision... Et pour cause, c'est Noël; mais d'autres films, et non des moindres, sont dffusés occasionnellement: on reconnaitra notamment Invasion of the body snatchers de Don Siegel), soit au drive-in. Un univers simple mais constamment poétique, dans lequel les aspirations des jeunes sont assez peu ambitieuses, et même plutôt raisonnables: par exemple Billy Pelzer, le fils de Randall, travaille à la naque en tant que guichetier, et sa petite amie aussi. Les gens méchants ne sont pas plus: une dame qui en veut au chien de Billy est juste une promotrice immobilière riche... Par contre, la petite amie de Billy doit assurer deux jobs pour pouvoir s'en sortir.
C'est dans ce petit monde aseptisé, gentiment caricatural, que Joe Dante va lâcher des créatures complètement incontrôlables: les Gremlins, qui sont l'émanation diabolique des mogwais. Leur "Mr Hyde", en quelque sorte. Derrière l'intrigue hautement improbable de conte de fées caricatural, Dante se fait plaisir et divise le monde en deux, prenant modèle, typiquement, sur deux films: d'un côté, It's a wonderful life déjà cité; Billy a un peu de James Stewart en lui... de l'autre The Wizard of Oz, et la méchante promotrice-sorcière mentionnée plus haut sert allègrement de substitut de méchante aux deux intrigues!
C'est un conte assumé, visible sans souci au premier degré, celui du merveilleux... Aucune mièvrerie dans la gentillesse de cette famille qui apprécie tant l'arrivée du petit mogwai, baptisé Gizmo. Leur simplicité, leur absence totale de cynisme, nous les rend immédiatement attachants... Et dès le départ le talent de Dante pour aller droit à l'essentiel, en étant tout le temps du côté de ses personnages, fait merveille. Mais il le fait tout en nous réservant constamment de dévier quand il le décidera vers... l'horreur.
Au passage, le terme de Gremlins vient a priori de 2 courts métrages de Bob Clampett, dans lesquels des petites créatures faisaient leur apparition: dans Falling hare, Bugs Bunny est confronté à des gremlins saboteurs, qui en veulent aux avions de l'Oncle Sam; et dans Russian Rhapsody, les Gremlins travaillent pour la Russie...
Oh, bien sûr, les Gremlins, ce sont des représentants de l'horreur pour rire, mais il n'empêche. Comme les Piranhas du films du même nom, les bestioles diaboliques (qui sont nées d'un si mignon, si gentil mogwai) sont une source d'ennuis, et de méchanceté sans limite. Et si le metteur en scène s'adresse ici à toute la famille, il en profite d'une part pour nous montrer une Amérique en proie à une mutation (les gens sans emploi, les difficultés des petites gens) et d'autre part il nous rappelle que son point fort, c'est le film d'horreur, dont il a déjà été l'une des figures avec Piranha et The Howling... En s'adaptant à un public plus large, il n'en perd pas son mordant.
Une fois de plus Joe Dante a créé les conditions du chaos, du désastre et de la destruction, dans le cadre pourtant si rassurant de la banlieue Américaine, qu'il aimait tant brocarder à sa façon. Et il le fait sous ses propres conditions (Spielberg, producteur, n'a eu qu'une seule suggestion, qui était plutôt bienvenue: que Gizmo le gentil mogwai ne se transforme pas lui-même en Gremlin, mais qu'il les "enfante", en quelque sorte...), avec ses acteurs fétiches (On retrouve Dick Miller, Belinda Balaski, et Corey Feldman qui sera bientôt à son tour un habitué), ses écrans allumés constamment, il nous présente sa vision d'une Amérique constamment tiraillée entre sa bienveillance, son inventivité, et sa capacité phénoménale à l'auto-destruction. Joe Dante , qui va décriocher un succès considérable avec ce film, conforte sa place en dauphin de Spielberg... Pour quelques temps encore.
Les metteurs en scène (ils s'y sont mis à cinq, quand même) qui ont signé cette anthologie de parodies ont sans doute passé une partie de leur jeunesse à regarder des films à la télévision, le plus souvent dans des copies moches comme tout, et entrecoupées de généreuses tranches de publicité. Du coup, cette oeuvre collective se veut un clin d'oeil à cette expérience très particulière...
Admettons d'ailleurs qu'aussi bien John Landis que Joe Dante ont déjà copieusement servi ce genre de démarche en se permettant, pour le premier, de laisser l'esprit parodique infecter gentiment la plupart de ses films, pour le second de mettre en scène un grand nombre de ces geeks du cinéma qui consommaient des tonnes de télévision dans ses longs métrages.
Mais bon! Sans doute y avait-il pour Landis la nostalgie de cette époque dorée durant laquelle, ne respectant rien (surtout pas le bon goût) il commettait avec les Zucker et Abrahams le curieux film Kentucky fried movie... Qui était, par moments seulement, drôle.
Pas ce film, ou alors si peu. Au moins un segment, mais trop long, fera un peu rire les fans des films d'horreur Universal, avec The son of the invisible man. Sinon, le premier sketch est extrêmement drôle. C'est le seul.
D'un côté, il y a le fait que ces films sans queue ni tête qui tournent autour de la cohabitation entre humains et personnages de cartoons, depuis Who framed Roger Rabbit, ne parviennent pas à renouveler l'apport essentiel du film de Zemeckis, qui reste la référence du genre, et ne devrait pas avoir à subir de concurrence.
Sans parler du fait que le plus souvent, l'intrigue n'est qu'un prétexte et ne vaut pas tripette, et qu'en plus on a le sentiment que les acteurs qui jouent das ces films ont été punis...
Alors je ne parlerai pas de l'intrigue, je me contenterai de dire qu'elle est un énième prétexte à virer Daffy Duck, à afficher sa tendance à être jaloux de Bugs Bunny, et sinon, qu'on y voir Steven Martin dans ce qui est sans doute son rôle le plus atroce. Même si cette fois, en revanche, c'est volontaire...
Mais c'est un film de Joe Dante, l'enfant terrible déchu, qui a accepté le défi, non seulement parce qu'il fait bien vivre, mais aussi parce qu'il lui permettait de rendre un hommage vibrant à Chuck Jones. Après tout, pourquoi pas? Mais qu'il est loin, le temps de Matinée, de The howling, ou de The Burbs.
Dans un studio vide, six touristes (En fait tous habitant à Hollywood) visitent une étrange maison, qui est en fait le décor d'un film mythique. Comme dans le film en question, ils se retrouvent, en compagnie de leur guide (Henry Gibson), coincés, condamnés à raconter des histoires horrifiques afin d'avoir le "droit" de sortir. Ils s'exécutent, et si ce qui précède, à savoir la portion du film réalisée par Joe Dante (On aperçoit ce bon vieux Dick Miller en gardien taciturne), est sans aucun intérêt, ce qui suit est pire: quatre histoires minables, ridicules, réalisées par des metteurs en scène, dont certains excusez du peu ont quand même un statut légendaires, mais qui là, franchement, se sont vomi dessus. C'est tout simplement mauvais, ridicule, à fuir, et en un mot, complètement con.
Sans parler du fait qu'un film qui annonce "5 tales of terror", c'est supposé faire peur.