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20 ans séparent Red Dust (de Victor Fleming) et Mogambo: tous deux produits par la MGM racontent la même histoire: deux femmes se disputent le même homme, un aventurier rugueux interprété par Clark Gable. L'une est à la dérive, et l'autre, plus jeune, plus fragile et plus respectable, est mariée à un brave homme. L'attraction entre l'épouse et l'aventurier est la plus forte mais les problèmes moraux et pratiques, sans parler la jalousie féroce entre les deux femmes, compliquent tout. Dans les deux films, on est dans un environnement exotique, donc hostile...
Si Red Dust est situé en Cochinchine, Mogambo pour sa part est situé en Afrique, et Gable joue cette fois le rôle de Victor Marswell, un chasseur qui collecte des animaux pour les zoos, organise des safaris, ou apporte sa coopération à des expéditions scientifiques. Il es secondé à nouveau par deux hommes, John Brown-Pryce (Philip Stainton), un Anglais, et Leon Boltchak, (Erik Pohlmann), un Européen de l'Est (sans plus de précisions) qui tend à aimer un peu trop la boisson. Eloise Kelly, une jeune femme qui cherche à joindre un maharajah qui passait du temps avec eux, est interprétée par Ava Gardner et est pour Marswell l'occasion de passer une nuit en galante compagnie, mais une seule. Au moment de partir, elle croise deux nouveaux arrivants, les Nordley (Grace Kelly, Donald Sinden), un couple de jeunes Britanniques venus pour observer les gorilles. Alors qu'Eloise reste finalement, Vicor commence à s'intéresser de très près à Linda Nordley.
Que reste-t-il de l'érotisme 'pre-code' de Red Dust, dans le film de 1952? ma foi, cette fois le code est en vigueur, ce que rappelle un échange certainement pas innocent: lorsque le jeune couple arrive, Marswell leur demande s'ils ne préfèrent pas deux lits jumeaux, cette commodité imposée par le code de production afin d'éviter au spectateur toute pensée malsaine... Ils déclinent sainement l'offre. Le film est plus bavard (Il dure aussi 30 minutes de plus, ce qui explique cela) et accumule les échanges à double sens, de façon parfois irritante. La couleur locale est bien plus présente aussi, parfois avec un côté carte postale, parfois avec des soucis techniques indignes: des images mal assorties, comme une séquence de confrontation avec les gorilles qui mêlent le 16 mm (Gorilles) et le 35 mm (acteurs)...
Pourtant le film a bien été tourné, au moins partiellement, sur place. Le film est un honnête film d'aventures, sans plus... Reste à déterminer l'apport de John Ford! Celui-ci était depuis 1946 son propre producteur, alternant projets proposés et projets personnels, et avait besoin par moments de montrer patte blanche à tel ou tel studio s'il voulait ensuite monter ses propres films. C'est sans doute ce qui explique qu'il se soit lancé dans cette aventure, au grand détriment de certains acteurs qui ont parait-il eu à souffrir de son comportement. Le vieux lion a semble-t-il fait son travail sans vraiment s'impliquer, à part peut-être dans quelques scènes: une rencontre des héros, en safari, avec un missionnaire Catholique, en soutane blanche, et filmé de façon révérencieuse par un Ford qui gardait une adhésion sans bornes à la religion, tranche par son ton solennel, et une scène sensuelle entre Gable et Gardner, située au début, montre une rare adéquation entre le décor, l'ambiance et les personnages: on ressent alors l'urgence des corps, la nécessité de laisser parler les sens, le tout avec très peu de moyens: un dosage de la lumière et de l'ombre, une caméra à parfaite distance...
Si le film garde des points communs avec Red Dust, à commencer par sa star, il y a aussi des similitudes don on se serai passé: à la phrase odieuse de Mary Astor, entourée d'indigènes, et demandant à Gable si la présence de gens ne lui manque pas, on oppose dans Mogambo l'impression durable que tous les indigènes autour d"eux font partie de la faune... Bref, le film est un pur reflet d'un colonialisme dont on aimerait à croire que le racisme est condamné à disparaître. Mais on aura beau dire, si pour un film de John Ford est plus que léger, si Red Dust est un de ces fantastiques films dits 'pré-codes', période dorée et fabuleuse d'Hollywood, les deux sont de toute façon les reflets respectables d'un cinéma suranné auquel les cinéphiles feront toujours fête. Des classiques, quoi.
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Le plus ancien film conservé de John Ford fait partie d'un ensemble de westerns, produits par Universal. A la base, l'idée était de tourner des films vite faits avec Harry Carey en vedette, d'utiliser les décors (Ceux des studios Universal, mais aussi des paysages aussi naturels que possible) au maximum, et d'assembler deux bobines; mais pour ce film, Ford a été plus loin, et a obtenu un certain succès avec le résultat final, qui emmène les aventures du cowboy joué par Carey vers des hauteurs qu'on ne soupçonnait peut-être pas à l'époque. Cheyenne Harry (Carey) est un hors-la-loi engagé par un gros propriétaire, pour exproprier par la force une famille de fermiers. Harry est prêt à accomplir la mission, mais venant pour menacer, voire tuer ses cibles, il les surprend en pleine cérémonie: ils viennent d'enterrer l'un d'eux, le fils du vieux fermier, abattu de dos. Harry décide de passer de l'autre côté, et va les aider à lutter, puis à ameuter d'autres fermiers pour se défendre.


