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25 juin 2016 6 25 /06 /juin /2016 10:06

On peut imaginer pire, dans le déroulement d'une journée, que de regarder ce film... Mais il faut avoir conscience de son importance, tant pour la carrière de ses deux principaux protagonistes que pour l'histoire du genre dont il fait partie: avant Stagecoach, Ford a réalisé des films pendant 21 ans, et a fait son dernier western en 1926. Plus encore, on peut considérer qu'il ne tourne plus pour ce genre depuis son passage à la Fox en 1920; en effet, Cameo Kirby se passe dans le sud des Etats-Unis, The iron horse sera d'abord vendu pour ses aspects épiques et historiques, et Three bad men pouvait passer comme un film d'aventures classiques, même s'il mélangeait, plus efficacement que ne le faisait The iron horse les valeurs du western et celles de l'épopée historique. C'est donc un grand retour pour Ford, et en 1939, le western était motibond, confiné à part quelques rares films à la série B. Le résultat sera pourtant non seulement un énorme succès, tant critique que public, mais on peut aussi le considérer comme l'invention consciente du western moderne...

Ford y ménage bien son suspense, de façon magistrale, en jouant sur quatre enjeux: une diligence parcourt le pays en proie à la rébellion Apache, quand attaqueront-ils? Les passagers en réchappront-ils? Ringo Kid parviendra-t-il a assumer sa vengeance une fois arrivé à Lordsburg? Et enfin, quelle sera sa réaction lorsqu'il découvrira que Dallas, la femme dont il est tombé amoureux, est une prostituée? On peut ajouter un cinquième, voire un sixième enjeu, d'une part la façon de percevoir Dallas: quand va-t-elle être acceptée par les autres, et dans quelle mesure (On sait ce que le film doit à Boule de suif, de Maupassant)? Et enfin, le "major" Hatfield va-t-il trouver la rédemption dans le voyage, par le biais de l'amitié de la belle native de Virginie (qui n'est autre que la fille de l'homme sous les ordres duquel le jouer professionnel a jadis servi)? Autant de question qui trouveront à temps des réponses...

Purement Rooseveltien, avec ses luttes de classe dans une diligence, le film est aussi très Fordien, par sa symbolique construction d'une famille idéale, Américaine, faite de parias qui se rachètent (Le prisonnier évadé Ringo Kid, la prostituée Dallas, qui dorlote un nouveau-né pendant une bonne demi-heure, ce qui va faire changer d'avis toute la bonne société en ce qui la concerne). Ford attaque le mauvais esprit des conventions, opposant à la bigoterie et aux préjugés des "braves gens" (John Carradine, le "major", Berton Churchill, le corrompu banquier, Louise Platt l'oie blanche de Virginie) la simplicité et la véracité des sentiments humains du délinquant et de la femme déchue. On prend, une fois de plus, Ford en flagrant délit d'humanisme catholique! Par ailleurs, le réalisateur aimait à confronter un groupe communautaire en fuite à des forces négatives, on peut donc difficilement trouver meilleur exemple que cette diligence en proie à un groupe d'Apaches anonymes...

Et de nouveau confronté au western 13 années après Three bad men, Ford s'en donne à coeur joie: il installe ce sentiment d'urgence et de menace sur la frontière qui nous aggrippe dès l'ouverture du film, campe ses personnages les uns après les autres dans le cadre de la ville nouvelle dans laquelle la diligence va faire le plein de ses passagers, et laisse éclater son lyrisme dans les plans de Monument Valley... Où il orchestre une poursuite d'anthologie, ainsi qu'une charge de cavalerie de bon aloi. Le plan est célèbre, et mérite d'être rappelé: un panoramique tranquille, pris depuis les hauteurs d'une mesa, nous montre a diligence à vive allure... avant de brusquement se tourner vers la gauche: sur une hauteur, les Apaches que nous attendions depuis 75 minutes sont là, et ils vont enfin attaquer! Une autre scène va alimenter des centaines de westerns à venir: Luke Plummer, le bandit de Lordsburg, est prévenu que Ringo Kid est en ville. Il se met en chasse dans la ville obscurcie par la nuit. Ford nous rappele son influence expressonniste dans une scène paradoxale, puisque c'est le héros qui se fait cette fois attendre, et les trois bandits vont être ses proies. Après quelques minutes, Wayne, en silhouette, entre dans le champ par la gauche. On sait que les trois autres n'ont aucune chance. Quelques années plus tard, Ford tournera une variante de la scène pour l'un de ses ultimes chefs d'oeuvre... 

Mais il fait mieux encore: Revitalisant le western, John Ford en profite pour lui créer une star, vue dans le plus glorieux de ses moments dans le film: après 15 minutes passées à remplir une diligence, on se rendait bien compte qu'il y manquait quelqu'un: le bandit au grand coeur. Tout à coup, un homme arrête la diligence, et la caméra, comme prise par surprise, a du mal à faire le point. La Winchester virevolte, une voix dit "Oh, it's the Ringo kid!" A star is born. Magnifique plan!! Superbe film.

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Published by François Massarelli - dans John Ford Western John Wayne Criterion
27 janvier 2016 3 27 /01 /janvier /2016 17:08
The informer (John Ford, 1935)

Je considère ce film comme un malentendu. Sorte de chef d'oeuvre officiel pour compilateurs de questions destinées aux jeux télévisés, le film qu'on n'a pas vu mais qui est supposé synthétiser l'oeuvre entière, ou représenter l'ensemble de ce que John Ford a fait... Alors qu'un simple coup d'oeil à, disons 5 films de Ford, quels qu'ils soient, révélera un univers d'une richesse infinie, l'académie des Oscars, relayée par des critiques du monde entier, a décerné le certificat de Fordisme ultime à The Informer, au mépris de tant d'autres oeuvres tellement plus riches, complexes... et meilleures. Cela étant dit, ça ne doit en aucun cas nous empêcher de discerner des qualités réelles dans le film, et de fait il n'en est pas dénué...

L'intrigue provient du roman du même nom de Liam O'Flaherty, qui est situé à Dublin au début des années 20, durant ce que d'aucuns appelèrent l'insurrection, et d'autres la guerre d'indépendance. Tout est question, évidemment, de point de vue... Gypo Nolan, un bon à rien (Victor McLaglen), n'en peut plus d'être incapable de permettre à sa petite amie Katie (Heather Angel) de quitter sa vie de misère et la prostitution, pour se rendre en Amérique. Le voyage coûterait 10 livres, il en fait donc 20... Et 20 livres, c'est la somme précise que propose l'armée Britannique contre tout renseignement conduisant à la capture de Frankie McPhillip, un révolutionnaire de premier plan (Wallace Ford). Frankie est un copain de Gypo, mais la tentation est trop forte. Le problème, c'est ce qui va se passer après... Comment Gypo, qui avait été jeté à la porte de l'armée rebelle, va-t-il échapper à leur vengeance? Et comment va-t-il surmonter le sentiment de culpabilité, lui qui désormais est un Judas?

C'est précisément sur une allusion à l'apôtre préféré, celui qui au final allait trahir, que commence le film. On ne va pas attendre longtemps avant d'entrer dans le vif du sujet, mais ce qui est remarquable dans ces cinq premières minutes, c'est le silence dans lequel elles se déroulent. Plutôt que de silence, il faudrait sans doute parler d'absence de dialogues, d'ailleurs... Ford en se replongeant dans le style inspiré de l'expressionnisme, et du cinéma de Murnau, se replonge automatiquement dans sa période muette. Mais le dialogue va vite rompre le charme, dans un film bavard et surjoué, dont les fulgurances sont essentiellement question d'image et de rythme, ainsi la scène durant laquelle les "black and tans", les forces Anglaises, viennent chercher Frankie à son domicile, puis la violence de l'affrontement qui s'en suit. Dans une histoire qui passe par le crime de trahison, la culpabilité, le mensonge, l'oubli, le pardon, la rédemption puis la mort d'un homme, on suit beaucoup les égarements d'une brute épaisse qui tente par tous les moyens même les plus pathétiques de travestir la laideur de son geste, et c'est d'une infinie lourdeur. Et si, lors de la mort de Frankie, Ford et Joseph August placent la caméra du point de vue du révolutionnaire, montrant en quelque sorte de façon explicite de quel côté se situe la sympathie du metteur en scène, on peine à avoir envie de donner à tous les "rebelles" sentencieux et aveuglé par "la cause" la moindre circonstance atténuante. Ils portent la gabardine avec un peu trop d'aisance... Donc on a pitié pour ce gros sac à vin de Gypo, mais pas beaucoup plus. Je me risque à un dernier crime de lèse-majesté: Victor McLaglen, dirigé par Ford dans des prises qui sont sans doute rarement plus de deux, en fait des tonnes, vraiment des tonnes!

L'un des aspects les plus étonnants de ce film reste sans doute qu'il s'agissait d'un tout petit budget, pour Radio Pictures, filiale de RKO. Mais Ford et August ont su tirer partie des éléments les plus inattendus, convoquant un brouillard intense (Et métaphorique, à n'en pas douter!) pour cacher le carton-pâte de leurs décors, et ça marche plutôt bien. Car si le symbolisme lourdingue du film, le jeu empesé de tout ce petit monde, et la façon dont le personnage traîne sa culpabilité d'un bouge à l'autre sont hautement irritants, il n'en va pas ainsi de l'image, car comme d'habitude Ford est décidément l'un des plus grands metteurs en scène du monde, sachant instinctivement tirer partie de tous les environnements pour créer des images de toute beauté, et utiliser à la perfection l'ombre et la diffusion de la lumière, dans une histoire qui se déroule intégralement sur une nuit. Le travail au plus près des corps, les magnifiques gros plans de la séquence finale sur Una O'Connnor et McLaglen nous rappellent que derrière ce film bavard, il y a des artistes qui s'expriment... Et Max Steiner qui avait déjà travaillé sur The lost patrol, fait un boulot fantastique, comme d'habitude, pour accompagner comme il l'avait fait sur King Kong tous les mouvements de Gypo, et chaque émotion dans ce film, en ayant bien sur recours avec gourmandise à une véritable plongée dans le folklore! Donc on comprend, paradoxalement, que Ford ait eu au final un Oscar de la mise en scène pour son film, le seul problème c'est qu'on soupçonne du début à la fin que c'était précisément son but. Pourtant, si j'admets l'importance historique de l'attirance pour Ford des techniques héritées de Murnau et de son passage éclair à la Fox (un gout esthétique qu'il partageait d'ailleurs avec Hitchcock!), je pense que c'est d'une part à l'époque du muet, et d'autre part dans la diffusion de ces élans artistiques dans le reste de l'oeuvre que cet aspect de son style prend tout son sens.

Et quant à l'Irlande, ce pays rêvé par Ford, je la préfère cent fois de pacotille comme dans l'admirable film The Quiet Man, lui aussi traversé par la culpabilité d'un homme, mais qui ne devient pas en permanence le prétexte pour un metteur en scène aussi grand soit-il, à attirer l'attention de manière excessive, voire grossière...

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Published by François Massarelli - dans John Ford
23 janvier 2016 6 23 /01 /janvier /2016 08:55

Ceci est la première production indépendante de Ford pour la RKO, en collaboration avec son ami Merian C. Cooper et clairement les deux hommes y ont apposé leur marque... C'est un film d'hommes, d'une part parce qu'il n'y a pas une seule femme à l'horizon (Même si on parle d'elles parfois, en des termes d'ailleurs pas vraiment sacrés!), ensuite parce qu'il y est question d'aventures à l'ancienne, de situations dangereuses, et n'est-ce-pas, autres temps, autres moeurs... Le film commence bille en tête par la mort d'un homme: en uniforme colonial, un jeune officier à cheval s'avance dans les dunes, et soudain tombe: il a été frappé à mort par une balle. Un autre homme le rejoint et constate le décès, puis prend les commandes de la patrouille. Une dizaine d'hommes, jusqu'ici hors champ, les attendaient derrière. La situation est grave: l'officier était le seul au courant des données de la mission, et le sergent (Victor McLaglen) va devoir prendre la suite, sans rien savoir... Et les hommes, attaqués par des tireurs embusqués, vont se réfugier dans une oasis où ils vont se faire, les uns après les autres, tirer comme des lapins. Mais pas seulement: l'affrontement sera aussi interne, car le Sergent va devoir lutter aussi contre Sanders (Boris Karloff), un aumônier que le soleil a dangereusement transformé, et qui devient peu à peu un fou de Dieu irresponsable, qui va jusqu'à provoquer autour de lui la mort de ceux qu'il juge en permanence...

Filmé en Arizona et en Californie, le film est constamment situé en extérieurs, sous un soleil de plomb, dans des dunes dont on n'a aucune difficulté à admettre qu'elles sont authentiques. Sous le patronage de Cooper, Ford a tourné un film d'aventures qui est à des années lumières d'une honnête production ficelée en studio comme The black watch. Grâce à la collaboration avec RKO, Cooper a obtenu sans aucune difficulté la participation de Max Steiner, qui va d'ailleurs rafler un Oscar pour sa bande originale... Et le script signé Dudley Nichols, oppose avec adresse les caractères, en permettant bien sur les numéros d'acteurs. Outre les deux plus spectaculaires, on remarque une belle brochette d'acteurs Britanniques, Irlandais, Sud-Africains ou Australiens, Billy Bevan, Brandon Hurst, Reginald Denny et Wallace Ford... Mais la prestation de McLaglen cimente le film, il est, comme toujours, impressionnant, en homme qui à l'origine n'est pas taillé pour assumer la responsabilité complète d'un groupe d'hommes, en éternel sergent, mais qui va devoir quand même, avec rigueur et énergie, relever le défi. Et on est loin des sergents de pacotilles de ses apparitions dans les films de cavalerie!

Très court, et entièrement composé d'images d'une beauté et d'une rigueur impressionnante dans leur composition, The lost patrol ne sacrifie pas encore, comme le fera The informer l'année suivante, à la tendance post-expressionniste de Ford, à laquelle il revenait de temps à autre depuis Upstream et Hangman's house. Relativement anodin, le film est très distrayant, et la plongée en enfer de ces hommes livrés à leurs démons, incarnés par un ennemi qui restera invisible pour l'essentiel de la durée du film, est une de ces études des groupes humains en difficulté qui sera toujours un thème intéressant pour Ford. L'arrière-plan religieux est ici, comme on s'en doute pour le Catholique Ford, d'une grande importance. Il oppose d'ailleurs, on ne s'en étonnera pas, les Irlandais pragmatiques et portés sur la fraternité, ainsi que l'athée Brown, au rigoriste Protestant Sanders, qui s'enferme dans le mépris intolérant pour tous ses camarades, au fur et à mesure de la montée de sa folie ...Qu'il me soit toutefois permis de dire que Boris Karloff en fait trop dans son rôle, mais sa composition extrème est étrangement en phase avec la situation difficile dans laquelle ses camarades se retrouvent...

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Published by François Massarelli - dans John Ford Pre-code Reginald Denny
9 janvier 2016 6 09 /01 /janvier /2016 16:45

Difficile a priori de reconnaître la patte de John Ford, qui est engagé par la Goldwyn pour réaliser son unique film avec Ronald Colman. C'est un résultat passionnant, parfois ambigu, et profondément attachant. Colman y interprète le héros éponyme du roman de Sinclair Lewis, un médecin obsédé par la trace à laisser dans l'histoire de la science, et qui malgré lui revient toujours à découvrir avec stupéfaction en lui l'humanité d'un médecin généraliste... Une fois passé du côté de la science pure, Arrowsmith va avoir à sa disposition du pain sur la planche, à la faveur d'une épidémie de peste bubonique qui va tester sa résolution: faire avancer la science à tout prix et donc faire profiter l'humanité toute entière, au détriment des malades sil le faut, ou traiter les gens de manière à empêcher qu'ils meurent, sans pour autant faire avancer les choses... Arrowsmith, dès le début du film, fait une rencontre qui sera déterminante: Leora Tozer (Helen Hayes) va, en effet, devenir assez rapidement sa femme. Elle le soutiendra, et d'une certaine façon sera toujours par sa présence la garante de l'humanité du médecin. C'est précisément parce qu'il la laissera derrière lui lors de son expérience avec la peste que la situation va dégénérer.

Difficile de considérer Arrowsmith comme un héros Fordien, en effet. Il manque singulièrement d'humanité et laisse trop tardivement le doute s'installer en lui. Il a un côté Malthusien, dont toute l'empathie semble conditionnée à la présence de son épouse. Et on n'a pas l'habitude de voir Ford s'attacher à la vie d'un scientifique... Mais si le metteur en scène a en effet été greffé au projet sur le tard, le film a des qualités, d'abord plastiques: toujours surdoué pour la composition photographique, Ford avec la complicité d'un chef-opérateur Goldwyn, Ray June, s'amuse avec la brume, avec la lumière et profite des changements d'ambiance du film avec une certaine gourmandise; no passe, après tout, du Dakota à New York, de la neige à la mousson dans les caraïbes... Colman est Colman, c'est-à-dire qu'il est aussi impeccable que Britannique, et Helen Hayes, figure tragique, semble ici dirigée d'une main experte, elle qui avait parfois tendance à en faire sérieusement trop, fait ici connaissance avec la méthode Ford: si ce n'est pas mal à la première prise, pourquoi en faire une seconde?

Maintenant, si j'en crois les filmographies, le film est semble-t-il à 98 minutes incomplet, manquant sans doute 10 minutes. Une sous-intrigue pourrait bien avoir été sérieusement rabotée. Lors de son éloignement, Arrowsmith fait la rencontre d'une jeune femme qui lui décoche des regards d'autant plus langoureux qu'il s'agit de Myrna Loy. Le film en l'état ne nous montre pas leur idylle, mais il est probable qu'elle n'était pas que suggérée dans la version sortie avant le renforcement du code Hays. En attendant, la rencontre est, en un seul mouvement de caméra des pieds à la tête de l'actrice (C'est Myrna Loy!!! Je l'avais déjà dit?), l'un des moments les moins spirituels de toute la filmographie de Ford...

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Published by François Massarelli - dans John Ford Pre-code
7 janvier 2016 4 07 /01 /janvier /2016 07:22
The battle of Midway (John Ford, 1942)

Réalisé en 16 mm et en Technicolor, ce film de 18 minutes est sans doute le plus fameux des documentaires de John Ford effectués dans le cadre de l'effort de guerre. C'est, en dépit de tout ce qu'on pourrai penser, un passage important dans sa filmographie. Il est toujours fascinant à regarder, une fois admis les circonstances particulières de sa réalisation, et son ton ouvertement patriotique, qui n'a rien de forcé, du reste, la plupart des participants ayant milité pour le faire. C'est un compte-rendu commenté de la bataille, à laquelle Ford a effectivement participé à l'événement. Il tournait des images sur un porte avion lorsque l'aviation Japonaise a attaqué. Les images sont spectaculaires, et uniques, captées caméra au poing: Ford n'a pas son pareil pour composer de façon rigoureuse dans le feu de l'action! Et le montage semble ne rien laisser au hasard... C'est de son univers qu'il est question, il a tout capté, aussi bien l'effort, la sueur, que la camaraderie des hommes, le sentiment d'injustice devant les constats amers (La destruction par les avions Japonais d'un hôpital de la Croix rouge par exemple), et le film est complété par des commentaires dits par Donald Crisp, Jane Darwell (Interprétant, je vous le donne en mille, la Mère Américaine), et Henry Fonda et sa voix juvénile. De la propagande? Définitivement, mais pas n'importe laquelle: de luxe...

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Published by François Massarelli - dans John Ford Guerre
6 janvier 2016 3 06 /01 /janvier /2016 16:38
Born reckless (John Ford, 1930)

Ce film est l'histoire édifiante d'un gangster: en 1917, Louis Berretti (Edmund Lowe), un bon fils pour ses parents, est en réalité le chef d'un gang de truands spécialisés dans le cambriolage de bijouteries. IL mène son monde à sa guise, truand certes, mais exigeant quant à la moralité de sa soeur (Marguerite Churchill). Arrêté, il va être puni d'une façon inattendue: il est envoyé en Europe pour participer au conflit contre les Allemands. Il en revient couvert de gloire, et désireux de s'élever. Mais va-t-il pouvoir reprendre sa vie dans le quartier, sans retomber dans les ennuis?

Sorti juste avant Up the river, Born reckless prouve que Ford n'était plus, en 1930, aussi à l'aise pour y tourner des films selon son coeur qu'il n'avait été depuis 1920 à la Fox... Il y a bien sur plusieurs facteurs, certains ayant d'ailleurs été fort bien exposés dans le documentaire Murnau, Borzage and Fox de John Cork: essentiellement, la perte de contrôle de sa société par William Fox a amené les nouveaux décideurs à redistribuer leurs cartes, et d'ailleurs, Ford comme d'autres vont être amenés à céder une partie de leur contrôle sur leurs films à des co-réalisateurs sensés plus à même de s'adapter au son. Officiellement, celui-ci est un film de John Ford, mais il a en fait été co-dirigé par un certain Andrew Bennison. Il serait facile de lui attribuer le ratage du film, je ne me le permettrai pas. D'abord parce que Born Reckless est malgré tout une tentative par Ford de retrouver partiellement dans certaines scènes le style qu'il avait adopté, à l'imitation de Murnau, avec Upstream en 1927, et dont il avait encore usé dans Hangman's house, Mother Machree et une partie de Four sons en 1928. Ainsi ce nouveau film, plutôt orienté vers la peinture de la faune urbaine et de la pègre, est-il riche en scènes nocturnes, en recherches sur l'éclairage et l'ombre, qui parfois sortent le spectateur de sa léthargie. On retrouve même vers la fin du film un décor qui nous est familier, pour l'avoir vu filmé de plusieurs angles dans plusieurs films: un marécage embrumé vu dans Lucky star (Borzage, 1929), Four sons (Ford, 1928), et... Sunrise (Murnau, 1927)... L'autre raison qui nous pousserait à continuer à attribuer ce film surtout à Ford, c'est une direction d'acteurs parfois erratique, déjà vue dans le poussif Black watch (1929) et qu'on retrouvera dans l'ennuyeux Flesh en 1932!

Tout comme son style visuel, le film est un mélange un peu indigeste entre film de gangsters, comédie ethnique (Avec des conversations en Italien mêlant les acteurs qui le parlent et ceux qui le déchiffrent...) et même comédie de guerre: durant le passage consacré à la première guerre mondiale, c'est comme si la Fox se souvenait tout à coup avoir produit le film What price glory? de Raoul Walsh... Mais si Ford essaie de s'imposer un style parfois recherché, avec de belles compositions ça et là, l'ensemble est quand même torpillé par la lourdeur des acteurs et des dialogues. Sorti un an avant Public enemy et Little Caesar, Born Reckless ne leur arrive pas vraiment à la cheville.

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Published by François Massarelli - dans John Ford Pre-code
6 janvier 2016 3 06 /01 /janvier /2016 08:19
Up the river (John Ford, 1930)

Le parlant en était encore à ses balbutiements lorsque Ford a réalisé ce film, une comédie sans grande prétention qui témoigne au moins de sa capacité à s'adapter à la nouvelle donne cinématographique. S'il est un aspect du film qui nous pouse à nous y intéresser aujourd'hui, c'est bien sur la présence de jeunes acteurs venus du théâtre, et qui tranchaient sur les jeunes premiers favorisés par les studios en cette époque de tout-parlant et tout-chantant, par leur naturel et leur aura: Spencer Tracy et Humphrey Bogart. C'est d'ailleurs sans doute à Tracy, vedette en titre du film pour son tout premier rôle dans un long métrage, qu'on doit la présence de Bogart, les deux étant à l'époque très proches. Si Bogart est encore un peu vert, mal à l'aise dans un rôle qui tranche sur sa future personalité cinématographique (Sauf lorsque le personnage doit montrer les dents, sans surprise...), Tracy est déjà là et bien là... Pour le reste, cette comédie d'évasion et d eprison est largement, comme on dit, "sympathique":

On y asiste aux aventures de Saint Louis (Tracy), un professionnel de l'évasion carcérale, qui est une vedette confirmée dans toutes les prisons où il passe... Et ne fait que passer. Mais le film se concentre essentiellement sur une évasion qu'il va mettre à profit pour venir en aide à un ancien copain de prison, Steve Jordan (Bogart), d'une bonne famille de la Nouvelle Angleterre, dont l'image est menacée par un escroc qui menace de révéler son passé de taulard à sa famille. Saint Louis s'évade donc uniquement pour régler le problème, et promet de revenir...

Mineur dans la carrière de Ford qui en ces débuts du parlant attendait, un peu maussade, qu'on lui donne de vrais bons sujets à la Fox après ses oeuvres personnelles de 1924 à 1928, on pense en voyant ce film à un autre auteur: Ford considérait, disait-il jusque dans les années 60, le film Fox The honor system de son collègue Raoul Walsh (Sorti en 1917, et hélas perdu), comme le meilleur qu'il auit jamais vu. Le film exposait avec un style coup de poing la violence et la brutalité de la vie en prison, ainsi que les liens des prisonniers avec l'extérieur, généralement situés dans une ambiance d'uintimidation et de corruption politique... Au vu de ce qui est pour Ford son seul film "de prison", on se dit qu'il a laissé passer une belle occasion!

Néanmoins,le film reste quand même d'un niveau honnête, avec la diction rapide typique des films de prison, mais si on cherche ici un film coup de poing à la Big house, on sera déçu: la prison ressemble surtout à un endroit sympa, ou les hommes parlent fort, mais s'amusent à organiser des spectacles et des matchs de base-ball, avec la complicité du directeur de la prison, et tout ce petit monde reluque en permanence du côté de la prison pour femmes située juste à côté des bâtiments pour les hommes... C'est malgré tout le plus distrayant des trois films de 1930 (Les deux autres sont Born Reckless, et Men Without women, dont seule une copie partiellement parlante a survécu), en dépit de la qualité douteuse de la seule copie ayant survécu... On pourra toujours y chercher un lointain cousinage avec les scènes de camaraderie et de comédie des films de cavalerie des années 40-50, ou des ingrédients qui rattachent ce petit film du folklore des comédies Sudistes indolentes qui n'allaient pas tarder à raviver le petit univers de Ford, quelques années plus tard, toujours pour la Fox. Et à propos de l'univers Fordien, le film nous permet d'assister à la correction d'un grand barraqué qui s'en prend aux plus faibles, et qui est interprété par... Ward Bond.

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Published by François Massarelli - dans John Ford Pre-code Comédie
12 décembre 2015 6 12 /12 /décembre /2015 18:14
The hurricane (John Ford, 1937)

Il peut paraître surprenant de voir John Ford sacrifier au genre du film catastrophe, d'autant que ce n'était pas un genre très développé à cette époque lointaine. Tourné pour la Goldwyn, avec des moyens conséquents mais au prix d'une certaine frustration, The Hurricane est donc pour Ford l'occasion de mettre en scène une communauté en proie à une catastrophe, ce qui ne nous surprendra pas vraiment, tant le réalisateur a pris l'habitude de conter des aventures de groupes humains en proie à toutes sortes de périls, sur les routes de l'ouest (Wagon master, Stagecoach), les déserts (Three Godfathers, The lost patrol) ou même les jungles du Pacifique, perdues dans la guerre (They were expendable). Et Ford, amoureux de la mer et du Pacifique en particulier, devait prendre comme une bonne nouvelle la mission de tourner un film sur la Polynésie... mais dut le tourner en studio.

Sur une petite île de Polynésie Française, deux jeunes indigènes, Marama (Dorothy Lamour) et Terangi (Jon Hall) se marient. Au cours d'un voyge à Tahiti, Terangi va se battre contre un Français qui l'a insulté, et écope donc de six mois de prison. Ayant tenté de s'évader, il va voir sa peine prolongée. La troisième tentative sera pourtant la bonne, et il revient à Marama et à sa fille qu'il n'a pas encore connue. le gouverneur De Laage (Raymond Massey), un homme intransigeant, est déterminé à le retrouver, alors que Mme De Laage (Mary Astor) se fait la protectrice du couple et de la communauté indigène. Mais un ouragan menace...

Le film est contemporain de la menace de guerre, et l'historien Joseph McBride attribue à ce film une dimension métaphorique, voire prophétique, lorsque le drapeau Français flottant au dessus de Tahiti se fait déchirer par l'ouragan dévastateur... Il est possible qu'il y ait ici comme un petit commentaire symbolique, doublé par l'attitude profondément intolérante de Massey (Qui est, comme à son habitude, merveilleusement méchant!), mais je pense qu'il faut surtout y lire une critique violente du colonialisme, sous toutes ses formes, que les humanistes Ford et son scénariste Dudley Nichols, ne pouvaient pas supporter. Et le film se situe bien dans la peinture habituelle par Ford des destinées tragiques des groupes humains. Si on n'en fait pas plus de cas, bien que le film soit après tout fort distrayant et très bien réalisé, c'est sans doute parce que décidément, Ford n'a pas eu comme Murnau la chance de tourner "son" film Polynésien sur les lieux mêmes du drame, et qu'on est plutôt dans un tranquille savoir-faire Hollywoodien que dans Tabu...

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Published by François Massarelli - dans John Ford
8 novembre 2015 7 08 /11 /novembre /2015 18:00

Des êtres en errance, entre deux feux, entre par exemple la "frontière" et la paix (Stagecoach), entre une guerre ratée et le risque de se faire massacrer par des Comanches en révolte (The searchers), entre l'arrivée dans l'ouest et la lutte politique (The man who shot Liberty Valance)... Ford a passé sa vie et sa carrière à raconter ce genre d'histoires, finalement, alors comment s'étonner qu'avec une petite production personnelle comme ce film (Sous la bannière d'Argosy Pictures qu'il vient de créer avec Merian C. Cooper), il revienne à ce thème? Il en profite aussi pour montrer son attachement romantique à ces histoires de marins, tout en rendant un hommage aussi vibrant que d'habitude à "son" Irlande: le bateau où se situe l'action des trois quarts du film s'appelle le Glencairn, et Thomas Mitchell, Barry Fitzgerald et Arthur Shields y interprètent des marins Irlandais.

Le film oscille en permanence entre comédie picaresque et drame, et Ford a décidé d'adopter un style qui renvoie à ses années Fox au temps du muet, lorsque à partir d'Upstream le cinéaste avait suivi l'exemple de Murnau et intégré le Chiaroscuro dans son style pictural.Avec Gregg Toland à la caméra, le résultat est splendide, bien entendu, bien meilleur en tout cas que ne le sera le style de The fugitive lorsqu'il reviendra à cette tendance (Que certains critiquent fortement dans son oeuvre, Lindsay Anderson le premier). Adaptée de plusieurs pièces de Eugene O'Neill, l'intrigue est essentiellement basée autour des pérégrinations de quelques marins rassemblés sur le même bateau, chacun ayant son histoire. On remarquera en particulier Driscoll, l'Irlandais à forte tête (Thomas Mitchell), l'Américain Yank au destin triste (Ward Bond), l'alcoolique Britannique qui a fui sa famille (Ian Hunter), et enfin les deux marins Suédois John Qualen et John Wayne, ce dernier servant vaguement de fil rouge tant son désir de rentrer au pays est l'objet d'un petit suspense: y parviendra-t-il sans rempiler? John Wayne en marin Suédois (Avec accent, bien sur), c'est bien sur inattendu, et on sent vaguement comme une certaine farce du metteur en scène, qui ne traitera jamais Wayne comme une grande vedette, et lui jouera parfois des tours pendables...

S'il n'est pas un très grand film de John Ford, ce jolie effort au lyrisme parfois un peu pesant reste, au moins, un film totalement personnel, et l'auteur qui vient de triompher avec Stagecoach inaugurait là une série de productions indépendantes qui allaient enrichir son canon de façon intéressante. Tout en montrant avec une grande affection la vie de ces perdants, Ford n'oublie pas de manier l'ironie. Mais sans la moindre méchanceté, juste une forte pointe d'amertume...

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Published by François Massarelli - dans John Ford John Wayne
12 août 2015 3 12 /08 /août /2015 16:11
The wings of eagles (John Ford, 1956)

Des hauts et des bas... Dans les années 50, Ford n'a plus rien à prouver, d'où la profusion de films, certains bons voire exceptionnels, d'autres franchement médiocres... Celui-ci, tourné pour la MGM, ne fait partie ni des premiers, ni des autres: c'est un film personnel, d'autant qu'il s'agit de la biographie d'un copain et que Ford fait (presque) partie des personnages, et aussi parce que le rôle principal est tenu par John Wayne, marié à Maureen O'Hara... Le sujet, bien sur, est la vie de Frank 'Spig' Wead, un marin/aviateur qui a presque participé à la seconde guerre mondiale, inventé de façon sporadique des trucs intéressants pour moderniser l'utilisation des porte-avions, décroché quelques records non négligeables, écrit des romans, nouvelles, et bien sur quelques scénarios dont un certain nombre pour John Ford, appelé John Dodge (Ward Bons, saisissant de ressemblance)... Mais au final, à la fin de sa vie, il ressent surtout une frustration terrible, celle d'avoir été le bon homme, oui, mais au mauvais moment: trop jeune pour participer au premier conflit et servir son pays, trop vieux et trop abîmé par un spectaculaire accident qui l'a longtemps laissé paralysé, pour servir lors de la seconde guerre mondiale, pendant que ses copains montaient en grade ou mouraient en héros... Et trop attaché à sa vie militaire pour être le mari idéal, ce qui l'a forcé à sentir grandir ses deux filles à l'écart, sans parler de la mort traumatique de son fils, âgé de quelques mois seulement...

Ford est toujours à l'aise avec les sentiments, ce qui devient d'ailleurs facile de lui reprocher tellement il a tendance à s'y vautrer. C'est un peu le cas dans ce film qui tient à peu de choses et dont le relâchement certain quant à la chronologie des événements ajoute à son aspect joyeusement foutraque. Mais 'Spig' est bougrement attachant, et dans l'introduction de son double John Dodge, Ford semble lâcher l'une des clés de son propre personnage, ce côté si Irlandais, cette indéfectible nostalgie... En contant l'histoire de celui qui n'a pas assez vécu et se sent désormais mourir dans les regrets, Ford sent quant à lui l'effet du temps qui passe trop vite, à plus forte raison quand on a vécu intensément. Et s'il y a bien un metteur en scène qui a vécu intensément, c'est sans aucun doute John Ford... Ce portrait de Frank Wead est un portrait en creux de John Ford, le plus personnel sans doute. Alors avec ou sans défauts, tant pis, on prend! ... Et il y a Maureen O'Hara, alors...

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