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10 février 2013 7 10 /02 /février /2013 17:05

John Ford avait quitté la cavalerie en 1950, sur un Rio Grande pas vraiment convaincant dont le principal avantage était d'offrir à la republic Pictures d'Herbert Yates un film vite fait à donner en pature au public, avant d'entamer un autre opus qui lui tenait tant à coeur, The quiet man. Ce petit film inspiré comme l'étaient Fort Apache et She wore a yellow ribbon des récits de james Warner Bellah terminait une trilogie aux résonnances internes nombreuses, et les histoires en étaient tellement proches qu'on irait facilement jusqu'à parler d'auto-plagiat si on ne se retenait pas. Mais avec The horse soldiers, le propos s'éloigne des trois films de 1948, 1949 et 1950: il y est cette fois question de guerre civile: John Wayne y est le colonel d'un bataillon de soldats de l'union qui doivent s'introduire en territoire sudiste afin de préparer une offensive musclée par des opérations chirurgicales de sabotage et de reconnaissance. Il est flanqué d'un médecin (William Holden) avec lequel il s'accroche très vite, pour un oui ou pour un non: les deux hommes n'ont pas la même vision des choses et la présence d'un gradé qui n'est pas vraiment un militaire a tendance à irriter le vieux soldat; alors lorsque ce petit monde se retrouve accompagné d'une femme, Hannah Hunter (Constance Towers), une "Southern Belle" qui les a accueillis le temps d'un bivouac et qui essaie par tous les moyens de leur nuire (Espionnage, évasion, etc), la rivalité entre les deux hommes s'exacerbe...

 

Ce film, situé dans la dernière partie de la carrière de Ford, est loin d'être son meilleur, c'est du reste une cause entendue. L'argument est inspiré du reste d'une anecdote authentique: le raid mené par le Colonel Grierson sur les chemins de fer du Mississippi, et le film se tient à l'écart de tout "westernisme" excessif, en situant l'essentiel de son action dans un sud rural, au plus près du fleuve, et avec une certaine logique géographique: pas de Monument valley cette fois-ci! Le point culminant de l'action concerne ici la deuxième moitié du film, lorsque le bataillon conduit par Marlowe (Wayne) se trouve à la gare de Newton et doit affronter une horde de sudistes appelés en renfort et qui ne sont finalement que de bien pouilleux soldats, et bien sur deux autres moments situés à la fin du film restent en mémoire: la bataille autour d'un pont, qui ne semble pas vraiment inspirer Ford, et surtout une pittoresque charge menée par des cadets d'une école militaire, sans doute le meilleur moment du film, tout en étant inspirée là encore d'un fait réel: des garçons de 8 à 16 ans en uniforme de parade s'attaquent aux troupes nordistes, qui préfèrent fuir plutôt que de risquer de  les tuer...

C'est d'ailleurs là que le bât blesse: on a souvent le sentiment que ce film, pour lequel on est prêt à avoir une grande indulgence, rate sa cible en prenant trop le parti de s'en foutre un peu... C'est lent, la première partie possède peu d'attraits, à part la constante bataille entre les deux héros, et l'impression qui domine est que Ford pousse un peu trop John Wayne à assumer un rôle de monolithique vieux bougon: Ethan Edwards (The searchers), lui, avait au moins une certaine carrure et des circonstances atténuantes.

Mais ce qui sauve finalement le film, c'est inévitablement son image. Non que le film soit d'une grande beauté visuelle; d'ailleurs certains plans apparaissent gâchés par les ombres mal placées, et une fois de plus on est sûr que Ford s'est systématiquement limité à une prise de chaque plan. Non, l'intérêt est ici dans la représentation réaliste, non-spectaculaire, de cette guerre de sous-bois qu'était la guerre de Sécession: les sources citées par Ford ne manquent pas: les tableaux de Kunstler et autres, qui représentent ces petits moments de la vie quotidienne sur le front (Par exemple un bivouac d'officiers nordistes, attablés autour d'un plan, déjà contaminés par la douceur du Tennessee); les photos de Mathew B. Brady, d'ailleurs présent nommément et physiquement dans le film; et enfin les courts métrages de David Wark Griffith, dont Ford cite le type de plan en réglant la première bataille du film en un plan parfaitement orchestré: au centre, un chemin, à droite, de la végétation, à gauche le fleuve. Les Nordistes s'engagent sur le chemin, mais des sudistes cachés dans la végétation les prennent par l'arrière. D'ailleurs le film est marqué par une économie légendaire qui fait mouche dans certains plans; de plus, le réalisme des uniformes (Réglementaires dans le nord, et de fortune dans le Sud, qui dépendait beaucoup des volontaires auto-proclamés aux habits bricolés) renvoie à l'image d'une guerre qui était rappelons-le vécue comme une agression par les citoyens des états du Sud.

Tout dépend donc, avant de voir ou revoir ce film, de ce qu'on en attend. On y passe gentiment le temps, on y voit un reflet relativement authentique de la guerre, mais... si le pittoresque surnage (Cette anecdote des cadets, bien sur, avec cette mère inquiète qui demande à ce que son fils soit exempté contre son gré, par exemple), l'impression qui domine est que tout ça c'est une guerre de gentlemen, qui font tout pour ne pas s'agresser, et on ne peut pas être plus loin de la vérité: tous les historiens s'accordent, et les archives le prouvent, c'était une boucherie sans limite, et le romantisme qu'on a attribué à cette guerre durant un siècle de fiction n'y changera rien... Et le plus embêtant, c'est quand même que le film se traîne!

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Published by François Massarelli - dans John Ford John Wayne
21 octobre 2012 7 21 /10 /octobre /2012 17:17

L'image d'Epinal de ce film, c'est bien sûr cette bêtise souvent répétée que Ford, supposé avoir tant massacré d'Indiens durant sa longue et fructueuse carrière de metteur en scène, aurait tenté de racheter son âme de vieil Irlandais en produisant et réalisant ce film pro-Indien au crépuscule de sa vie... C'est réducteur, pour ne pas dire faux: d'une part, Ford a depuis les années 20 toujours considéré les peuplades d'Américains natifs comme des civilisations à part entière, même s'il a occasionnellement sacrifié à quelques clichés (le bon sauvage tout juste évangélisé dans Drums along the Mohawks, les Apaches sanguinaires de Stagecoach, qui soit dit en passant sont surtout sanguinaires hors champ, etc); il a dès 1955, à travers The Searchers, opposé deux jusqu'au boutismes, celui des Comanches d'une part, maraudeurs, violeurs et assassins vus du point de vue de John Wayne, et celui d'Ethan Edwards et des autres Blancs racistes, qui vont jusqu'à étudier les us et coutumes des Indiens afin de profaner les dépouilles mortelles...

Cheyenne Autumn par ailleurs a beau prendre en effet fait et cause pour les Cheyennes et contre l'Armée, les éleveurs, les groupes Humains sous toutes leurs formes, et le gouvernement aveugle, il n'en reste pas moins un film bricolé à partir de nombreux évènements historiques compilés, dont en particulier la fameuse "trail of tears" (la piste des larmes) des années 1830, lorsque le gouvernement des Etats-Unis s'est approprié des territoires entiers de nations Indiennes, en déplaçant contre leur gré les tribus vers d'autres terres. Le film est également rempli de ces tricheries de convenance dont Ford s'est fait la spécialité, et une large part de l'errance des Cheyennes qui y est décrite prend place... à Monument Valley, comme d'habitude. Enfin, le film est interprété par des acteurs d'origine Hispanique (Dolores Del rio, Sal Mineo, Gilbert Roland) et par quelques acteurs de second plan d'origine Navajo (Dont on sait qu'une tribu a accueilli solennellement Ford en son sein)... Pas de Cheyennes dans le film! Je ne m'en plains pas, le cinéma, surtout classique, se satisfaisant pleinement de ces petits arrangements avec la vérité historique. Reste que le film n'est pas le mea culpa souvent décrit... juste une réactualisation liée à une atmosphère des années 60 propice à ce genre d'interogations...

1878: Un parti de Cheyennes attend depuis longtemps que des émissaires du gouvernement Américain les accompagnent vers de nouvelles terres, qu'ont promis au groupement de leurs tribus. Sauf que, d'un millier environ, les maladies ont fait baisser leur nombre à moins de 300. ils prennent donc la décision de partir vers leurs terres d'origine, contre l'avis du Capitaine Thomas Archer (Richard Widmark), le chef de la garnison qui les surveille, ainsi que l'avis d'une institutrice Quaker, Deborah Wright (Caroll Baker). Alors que les Indiens partent, la jeune enseignante les accompagne, alors qu'Archer part à leur poursuite. c'est le début d'un périple à travers de nombreux états, durant lequel les Cheyennes vont se diviser, et les Blancs vont globalement montrer surtout une indécrottable hostilité à leur égard...

En 1878, soit après Little Big Horn (la fameuse bataille durant laquelle une colaition de tribus de plaines a mis une pâtée bien méritée au 7e de cavalerie de George Armstrong Custer), la fin des guerres Indiennes est déjà là. Il reste surtout des escarmouches, et quelques petites échauffourées, mais l'essentiel est passé. Désormais, les "affaires indiennes" sont gérées au sein du gouvernement, et la préoccupation autour du "danger" représenté par les populations natives n'a plus lieu d'être. On assiste bien à une sorte de baroud d'honneur dans le film, mais généralement, dans ces épisodes, le point de vue est bien celui des Cheyennes.

Impossible en revanche de fédérer à partir de ce film une véritable conscience de l'Amérique Blanche: le gouvernement ne comprend rien, l'armée se réfugie derrière des ordres, aussi inhumains soient-ils (Ce qui débouche sur un massacre lors d'un épisode situé dans la deuxième partie du film); les cow-boys Texans rencontrés en chemin par deux Cheyennes affamés qui leur demandent à manger prennent du plaisir à en tuer, puis scalper un, avant de répandre le bruit d'une attaque imminente d'une tribu assoifée de sang; à ce titre, l'épisode situé à Dodge City tourne à la farce cruelle, avec James Stewart en Wyatt Earp obsédé par une partie de cartes inachevée: toute la ville se met à courir dans tous les sens, sans savoir vraiment quoi faire, sans qu'un seul Indien ait fait son apparition. Un soldat, le lieutenant Scott (Patrick Wayne), se laisse emporter par la vengeance contre les Indiens, au lieu de réfléchir humainement à leur condition... Les seuls à s'en tirer à bon compte sont ceux qui laissent leur conscience agir: Lorsque Archer, excédé devant le traitement réservé aux Cheyennes pour lesquels il a du respect, décide de désobéir et d'aller porter l'affaire devant le ministre des affaires Indiennes (Eward G. Robinson), celui-ci lui avoue d'ailleurs ne rien comprendre à l'affaire, et décide enfin de venir sur place afin de traiter la chose comme il convient... La seule personne a avoir toujours fait ce qu'il fallait est miss Wright. elle sera une inspiration pour Archer qui en est amoureux, mais un autre personnage sera déterminant: le sergent Wichowski (Mike Mazurki), originaire de Pologne, et qui dresse un parallèle frappant entre le traitement des Polonais sous l'occupation Russe, et celui des Indiens dans l'Amérique de 1878... Toujours cette conscience immigrante de l'Amérique, si chère à John Ford, qui a toujours trouvé le ton juste à ce niveau. 

Le film est long, très long: c'est le plus long de son auteur, et il bénéficie du traitement emphatique des Roadshows typiques aux années 60, avec prologue et entr'acte (il est donc ce que j'appelle un filmouth, espèce disparue des années 60). Il en existe des versions raccourcies, privées de la grosse comédie de Dodge City, ce qui n'enlève rien au propos du film; il est intéressant de noter qu'on y trouve quand même non seulement James Stewart (Un Wyatt Earp à contre-emploi de celui de son ami Henry Fonda dans My darling Clementine!), mais aussi Arthur Kennedy et John Carradine... Mais cet épisode est long, inutile, et un peu lourd, au regard de l'austérité de l'ensemble.

Ford, pour une fois, s'oblige (Ou a été forcé?) à utiliser le Panavision, en 70 mm, et de fait son sens de la composition n'a pas à en souffrir. Il en résulte une beauté picturale particulièrement marquée dans les épisodes situés à monument Valley, mais aussi une certaine lenteur, y compris pour un film de Ford. Mais la composition picturale, largement inspiré de toiles d'époques, et l'utilisation des décors, de la lumière, de la neige etc... Sont une fois de plus une source de plaisir Fordien. Cette nouvelle histoire d'un groupe humain en proie à une fuite en avant, participant ainsi de la geste Américaine chère à John Ford, est bien celle d'un groupe de Cheyennes, et non d'un groupe de blancs. Mais l'un des défauts majeurs du film, c'est d'avoir sans doute trop morcelé les intrigues. L'heure est, encore une fois, à une certaine dimension romanesque, et les sous-intrigues du film finissent par être trop nombreuses. Toutefois, l'une d'entre elles, celle du chef qui voit d'un mauvais oeil sa fille fricoter avec un jeune guerrier qui ne lui plait pas, ajoute une coda tragique au film, après la réconciliation d'usage... sage décision, tant on n'aurait pas compris que le film se termine sur une décision unilatérale du gouvernement Américain de traiter les peuplades indigènes avec humanisme, suivie d'effets. Ce n'aurait pas été très sage historiquement parlant...

La réputation du filmest mitigée, et on peut le comprendre. C'est un film de compromis, avec une surprenante modernité dans son humanisme, et une technique qui hasite entre le légendaire takent du metteur en scène pour la composition, et sa tout aussi légendaire tendance à bacler en faisant passer son refus de faire une deusième prie pour de l'efficacité. On tique donc devant une digression indigne (malgré James Stewart) et des transparences ratées dans les dernières séquences, mais l'intérêt réel du film, sa façon de donner enfin le point de vue de ceux qui ont toujours été traités en tant qu'antagonistes dans tant de films, continue paradoxalement à lui donner un statut particulier...

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Published by François Massarelli - dans John Ford Filmouth
26 septembre 2012 3 26 /09 /septembre /2012 13:44

Monument Valley, John Wayne, la cavalerie, la camaraderie virile, Ben Johnson et Harry Carey Jr, les soucis familiaux au milieu des conflits contre les Apaches, et Victor Mclaglen en Sergent quincannon alcoolique. Cet inventaire renvoie non seulement à ce film, mais aussi à Fort Apache et She wore a yellow ribbon, deux films remarqués parmi ceux que Ford a fait durant les années 50: plus traditionnels dans leur approche (par opposition à l'allégorie Westernienne de Three Godfathers, et à l'égarement d'une adaptation peu convaincante, pour rester poli, de Graham Greene: The fugitive), entièrement situés dans le cadre de la cavalerie à la fin des guerres Indiennes, sur la frontière, à chaque fois symbolisée par Monument Valley. Les trois films ont pour point commun d'être adaptés des nombreux écrits de James Warner Bellah surl'époque glorieuse de la cavalerie.

 

Wayne y est le Colonel Kirby Yorke, en pleine campagne contre les Apaches, qui se sont unis contre le poste frontière, et passent leur temps entre le nord du Rio Grande (Soit les Etats-Unis) et le sud du Rio Bravo (la même rivière, mais coté Mexicain); comme un malheur n'arrive jamais seul, il voit débarquer son fils, qu'il n'a pas vu depuis quinze ans, et qui s'est enrôlé dans la cavalerie suite à son exclusion de West Point. Ils arrivent très vite à un accord: afin de laisser au gamin la chance de faire ses preuves, toute mention du lien de parenté sera bannie, mais il ne faut pas qu'il s'attende en retour à la moindre démonstration d'affection de son père. Et puis, tant qu'à faire, l'épouse de Yorke, Kathleen, qui est séparée de lui depuis 15 ans, débarque à l'mproviste pour récupérer le fiston... Pendant ce temps, les Apaches s'affairent...

 

Il y aurait beaucoup à dire, comme toujours, sur la géographie menteuse de Ford: Monument Valley sur la frontière Mexicaine, il fallait l'oser. Mais le décor, ici permanent, puisque le fort est construit sur un flanc d'une de ces gigantesques Mesas, est un moyen pour Ford de rappeler la présence majestueuse de ces mastodontes de pierre qui continuent à défier le temps, et qui sont le territoire des Navajos. Une fois de plus, le réalisateur (Qui dérogera pourtant à cette règle dans The Searchers) fait d'ailleurs appel à des hommes du cru pour figurer ses trois tribus Apaches qui ont, exceptionnellement, partie liée dans le film. Mais le conflit avec les Indiens passe clairement au second plan, derrière la confrontation de la dernière chance entre Kathleen (Maureen O'Hara, une immense actrice comme chacun sait) son colonel de mari.

Sans doute un peu trop ouvertement conçu comme un galop d'essai pour le studio Republic pictures afin de leur fournir un succès facile avant d'aller en Irlande dépenser les sous du producteur Herbert Yates sur le tournage de The quiet man, le film souffre de baisses de régime, de ces multiples intermèdes de chansons folkloriques interprétées par les Sons of the pioneers, dont on se dit qu'ils ont du payer le réalisateur pour faire leur promotion tellement ils sont présents... Mais comme toujours avec Ford, le film est sans doute décevant, trop copié sur les deux films susmentionnés pour être vraiment intéressant, mais il y a des plans, des gestes, des compositions, qui au détour de chaque scène, rappellent que même en sommeil ou en service commandé, Ford reste l'un des plus grands. La scène ou Mrs Yorke vient rendre visite à son fils, et le temps s'arrête, sur les visages des amis de Jefferson Yorke, qui n'en croient pas leurs yeux d'une telle apparition, ou encore la tendresse lointaine et gauiche manifestée par Kirby Yorke à l'égard de son fils... On ne se refait pas.

 

La morale, c'est que non seulement le film aura un petit succès tranquille et engrangera les espèces espérées par Yates, et par ford qui souhaitait être totalement libre sur son film suivant, mais en prime The quiet man, auquel Ford tenait tant, s'est fait et bien fait. et le trio Wayne-O'Hara-McLaglen a pu s'y retrouver avec les résultats réjouissants que l'on sait...

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Published by Françoic Massarelli - dans John Ford Western John Wayne
17 août 2012 5 17 /08 /août /2012 18:28

How the west was won est un objet bien encombrant, dont il est difficile de savoir quoi faire; c'est un western, qui couvre un ensemble de sujets particulièrement spectaculaires (Les débuts des déplacements vers l'ouest des pionniers, la ruée vers l'or, l'implication des gens de l'Ouest dans le conflit Nord-Sud, l'expansion due à la construction du chemin de fer, et enfin la fin du banditisme et des guerres Indiennes), sans en approfondir aucun, une collection d'entrées et de sorties, d'allées et venues de stars (James Stewart, Henry Fonda, Richard Widmark, George Peppard, Debbie Reynolds, John Wayne...) et se pose comme l'histoire d'une famille depuis la rencontre sur une rivière entre Eve (Bien entendu) Prescott et Linus Rawlings, elle une fille de fermiers et lui un trappeur, rencontre symbolique entre l'esprit d'aventure et la volonté de bâtir en profondeur donc...

 

Confié à trois metteurs en scène (Ainsi qu'à Richard Thorpe pour quelques transitions), le film est surtout le prétexte à montrer des morceaux de bravoure en Cinerama, depuis la descente mortelle des rapides jusqu'à l'attaque du train en passant par le stampede fatal des bisons... Marshall a pour charge l'épisode durant lequel les incidents émaillent la progression de la construction du chemin de fer, Hathaway a pour sa part signé le plus gros du film: trois épisodes, dont le premier (le meilleur?) situé sur les rivières; Ford laisse sa marque de façon évidente sur l'épisode de la Guerre Civile: sentimental, marqué par la mort des deux protagonistes du premier épisode, le réalisateur semble nous indiquer à quel point le guerre civile entre les Etats de l'est a profondément changé les mentalités de tous les Américains, provoquant une rupture émotionnelle y compris dans l'Ouest... Il en profite aussi pour représenter un duo de généraux, Grant et Sherman dont l'éternel second laconique, qui suit le premier comme un petit chien, est interprété par John Wayne. Les commentaires sur l'alcoolisme invétéré de Grant sont ils une private joke sur Wayne et Ford? Pour le reste, on ne va pas faire trop grand cas de cette Guerre civile; c'est du Ford, mais on n'est pas devant The Searchers...

 

Pour conclure, si How the west was won n'a rien d'un grand western, la sortie de la version blu-ray présentant une recréation de l'effet original du cinerama, sous la forme d'un écran "Smilebox", rend le visionnage extrêmement plaisant: peu importe que le film ne soit qu'une succession de moments faciles, c'est un musée dont le parcours est une source de plaisir... coupable.

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Published by François Massarelli - dans John Ford Henry Hathaway Western Filmouth John Wayne
23 juillet 2012 1 23 /07 /juillet /2012 17:01

Tourné entre The blue eagle (1926) et le très étonnant Hangman's house (1928), Upstream a beaucoup fait parler de lui depuis 2009 et la découverte d'une copie dans une archive de Nouvelle-Zélande. Un Ford qui reparait, c'est bien sur un évènement, même si ce film n'est pas de l'importance de The iron horse, de Three bad men ou de Four sons, pour s'en tenir au muet. Il provient d'une période fabuleuse non seulement pour le metteur en scène, mais aussi et surtout pour le studio, qui avait ainsi en ses rangs les metteurs en scène Raoul Walsh, Howard Hawks, Friedrich W. Murnau et Frank Borzage en plus de Ford, et qui sous l'impulsion de William Fox avait décidé de réaliser des films de prestige, artistiquement novateurs et aux moyens luxueux (Seventh Heaven, Sunrise...). Du coup, un certain nombre de commentateurs se sont laisser aller à des spéculations sur ce film, et beaucoup se sont  hasardé à dire des bêtises. On a pu ainsi lire (Télérama, bien sur) que ce film était la seule incursion de Ford dans un style sous l'influence de Murnau, alors que c'est en réalité l'un des derniers films qui n'en ait pas énormément bénéficié: dès Hangman's house, Ford explorera des techniques largement inspirées du grand metteur en scène, auquel il continuera de rendre hommage des années durant, dans des films de tout genre (The searchers, The long voyage home, Four sons... tous les styles explorés par Ford seront pour lui l'occasion d'utiliser sa technique héritée de Murnau, et pas seulement dans un contexte, hum, "expressionniste"...). Donc, en attendant, Ford réalise une petite comédie, dans laquelle il se livre de façon discrète à de petites recherches photographiques et des essais de diffusion de la lumière...

Dans une pension d'artistes, les uns et les autres cohabitent tant bien que mal. Les fins de mois sont difficiles, mais il règne dans l'ensemble une certaine camaraderie. Un agent vient pourtant engager le pire des artistes du lieu: le dernier descendant, infâme acteur, d'une famille d'histrions célèbres, l'idée étant tout simplement d'utiliser la notoriété de son nom pour faire une grande publicité sur une production de Hamlet. Il part, et grâce à quelques conseils prodigués à la va-vite par l'un de ses voisins, va triompher... Et attraper la grosse tête. Lorsqu'il revient dans la pension, il va revenir en triomphateur, du moins le croit-il...

Il y a peu à dire sur ce film, une fois qu'on se sera réjoui qu'un film perdu ait pu être retrouvé... C'est une très charmante comédie qui se voit comme un rien, durant à peine une heure. On y retrouve une certaine tendresse de Ford pour ses personnages, avec ses types (Le charlatan interprété par un Francis Ford apparaissant plus jeune que le soiffard incorrigible que l'on voit habituellement), son humour ethnique (Les deux 'Callahan', qui répètent leur numéro de claquettes en permanence, sont en fait un Irlandais et un Juif, extrêmement complices) et son petit groupe humain en pleine dérive, dans lequel l'entraide finit, comme dans d'autres films plus prestigieux (Iron Horse, Three bad men, Stagecoach, Wagon Master), par aller de soi... Le sentimentalisme du metteur en scène est là et bien là, mais tempéré par une solide dose d'authentique joie de vivre...

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Published by François Massarelli - dans John Ford Muet 1927 Comédie *
23 juillet 2012 1 23 /07 /juillet /2012 16:54

Le Screen director's playhouse consistait en une série de courts métrages réalisés pour la télévision par des metteurs en scène de renom, certains en bout de course (Frank Borzage réalisera ainsi deux films durant sa traversée du désert) d'autres en pleine activité, et non des moindres: Ford, Dwan ou même Ida Lupino vont ainsi s'illustrer, dans des exercices soignés, dont ils auront le plus souvent choisi les scripts. Dans ce court métrage, Ford a choisi de s'intéresser à la légende et à la distortion nécessaire de la réalité... Ce qu'il a souvent fait par ailleurs, voir à ce sujet les deux longs métrages Fort Apache et The man who shot Liberty Valance. Mais il le fait ici hors du cadre westernien, même si le complice John Wayne est lui bien là: il interprète un journaliste sportif à la recherche d'un scoop pour améliorer sa situation et qui découvre qu'un joueur de base-ball, étoile montante, ressemble bien à un autre joueur mythique qui a disparu de la circulation après un scandale: faut-il le révéler, et menacer le bien-être du sportif, ou se taire par respect, et voir échapper le scoop?

Même mineur, un Ford peut être diablement séduisant, ce film en est la preuve. Autour de Wayne, il a convoqué Vera Miles qu'il va retrouver pour The searchers, mais aussi le vieux James Gleason, qui est excellent; ce film est un court métrage, certes, mais il est plus soigné que d'autres films longs du maitre...

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Published by François Massarelli - dans John Ford John Wayne
22 mai 2012 2 22 /05 /mai /2012 19:19

Un petit village, en Allemagne, qui vit au rythme de ses habitants. on voit le postier, un monsieur d'un certain age, tout fier de son nouvel uniforme. on voit l'instituteur, un homme bien et tout simple qui a le respect des livres et l'affection de la population. Et puis il y a des gens, des braves gens, des petites gens, des gens normaux, dont la petite Frau Bernle, et ses quatre fils. Le plus vieux, Joseph, rêve d'aller aux Etats-Unis, le plus jeune est encore étudiant... Un beau jour, Frau Bernle offre à son fils la possibilité d'acomplir son rêve et de partir s'installer à New York. Durant ces tranquilles journées de bonheur, c'est à peine si on remarque la garnison locale qui s'installe... C'est que le temps de la guerre est venu, et aucun des quatre frères n'y échappera... Seulement l'un d'entre eux ne combattra pas du même coté, c'est tout.

Le très beau film de John Ford est l'une des preuves les plus tangibles de l'influence de Murnau non seulement sur Ford, mais d'une manière générale sur la Fox, en cette superbe année 1928. Ford réutilise le décor du marais de Sunrise, pour obtenir une superbe scène de soldats qui marchent dans la brume, et une macabre découverte qui se transforme en tragédie familiale... La guerre, filmée du point de vue d'une famille dont les membres meurent les uns après les autres, est un mal symbolique qui sépare les gens, et dont mine de rien, l'un des rescapés est Américain... Mais il n'y a pas de message cocardier pour Ford ici, juste un récit poignant et tendre, sur une famille d'êtres humains. Si on n'est pas toujours loin de la caricature (Mais sous influence Allemande, puisque la vision du postier avec son bel uniforme tout penaud à l'idée de propager des mauvaises nouvelles avec ses lettres officielles  bordées de noir, renvoie directement au Dernier des hommes de Murnau...), c'est parce que le film bénéficie d'une tendance visuelle à l'allégorie, et se situe dans un décor (Européen) réinventé, une sorte de paradis perdu, un village reconstitué en studio, qui permet à la caméra étrangement mobile de Ford (par opposition à Three bad men, par exemple) de s'approprier l'espace d'une manière très efficace, sous l'influence décisive de son collègue Allemand. Mais s'il ne choisit pas délibérément de privilégier les USA  (Plus réalistes) sur l'Allemagne, il montre quand même des circonstances différentes: on voit les trains de l'extérieur, en Allemagne, mais on a droit à visiter un wagon de métro aux Etats-unis... L'Amérique reste le pays de l'avenir ou Joseph tente sa chance, et aura des enfants, alors que l'Europe est un peu l'endroit du passé. Ailleurs, Ford se permet une petite blague discrète à l'attention de ceux qui ont vu Die Nibelungen de Lang: lors de l'introduction de Johann (Charles Morton), le forgeron, il cite la scène d'ouverture du grand film très germanique...

Et puis dans ce film qui s'intitule Four sons, comment faire l'impasse sur la mère? Après Mother Machree, avant Pilgrimage, avant The grapes of wrath, cette mère Fordienne jouée par Margaret Mann est un personnage qui a toute la tendresse de Ford, et qui lui donne le rôle central, dans le film, mais aussi dans deux scènes composées autour d'elle: elle fête son anniversaire en compagnie de ses quatre fils, tous autour de la table. c'est un moment sacré. Au début du dernier acte, elle est seule, et les imagine tous autour d'elle, par la magie de la surimpression... Le dernier acte du film nous conte comment Joseph la fait enfin venir chez lui, et ce qui n'aurait du être qu'un simple happy ending devient une anecdote riche, celle d'une vieille dame accidentée par la vie qui est perdue dans une grande ville, ne parlant pas la même langue que les habitants...

Film essentiel, de Ford bien sur, mais aussi de la Fox (Au même titre que Sunrise, Seventh Heaven, Street Angel et A Girl in every port), Four sons est aussi l'un des grands films Américains de 1928, une année exceptionnelle... La perfection du muet!

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Published by François Massarelli - dans John Ford Muet 1928 Première guerre mondiale *
18 avril 2012 3 18 /04 /avril /2012 16:46

Lorsqu'en 1939, Stagecoach est sorti, le public a pu avoir le sentiment que Ford était en quelque sorte de retour chez lui, après avoir quitté le western en 1926 avec Three bad men.. Du reste, à la Fox entre 1920 et 1926, seul un autre western de Ford, vendu comme un film de prestige plutôt que sous le patronage de ce genre mal considéré, était sorti: The iron horse (1924). Donc, entre 1926 et 1939, Ford a tout fait ou presque: seuls trois genres ont échappé à son savoir-faire, le western donc, le musical et le film fantastique. Pour le reste, films d'aventure en tous genres (The black watch, The lost patrol, Air mail), évocations de l'après-guerre (Four sons, Pilgrimage), films dramatiques et historiques (Arrowsmith, The prisoner of Shark Island, Mary stuart), chroniques et drames Irlandais (The informer, The plough and the stars), films d'aventures exotiques (The hurricane), comédies (Judge priest, Steamboat round the bend), films de gangsters (Reckless, Up the river) et films de guerre (Seas beneath, Submarine patrol)... Mais si le réalisateur est surtout à l'aise dans le western, son savoir-faire est souvent intact, et certains de ces films, aussi mineurs soient-ils, valent la peine d'être vus, sans parler de ceux qui ont été établis à l'égal de ses chef d'oeuvres de l'ouest, notamment les trois films avec Will Rogers.

 

Four men and a prayer fait partie de la veine la plus légère de Ford; on y est loin de l'ouest et de la cavalerie, voire de l'Irlande. Cette histoire de famille unie qui cherche à laver l'honneur d'un homme mort trop tôt, en distribuant des baffes au passage, ne lui ressemble pas beaucoup, et le film a mauvaise réputation. C'est pourtant un spectacle souvent plaisant: quatre frères d'une noble famille Anglaise souhaitent laver l'affront fait à leur père, qui a été conduit à démissionner de l'armée suite à une manipulation. L'homme est mort, mais ses quatre fils ne croient pas à son suicide, et flanqués de la fiancée de l'un d'eux, les quatre fils enquêtent: George Sanders, Richard Greene, David Niven et William henry, assistés de Loretta Young: celle-ci se greffe sur l'équipée, mais se révèlera finalement intimement liée au drame, sans qu'elle en ait eu l'idée auparavant. Le scénario, prétexte à montrer les quatre frères aux prises avec le monde entier, ressemble souvent à un rève, dans lequel il ne faut chercher ni logique ni vraisemblance. Trois acteurs Fordiens récurrents ont des rôles plus ou moins importants: Barry Fitzgerald, qui déclenche une homérique bagarre dont je suis sur qu'elle n'était pas dans le script, John Carradine et Berton Churchill. Et les quatre frères sont des chamailleurs invétérés, les trois plus grands s'en prenant sans cesse au plus jeune pour un bizutage permanent que n'auraient renié ni Victor McLaglen, pour l'ensemble de son oeuvre, ni John Wayne en Ethan Edwards... Plaisant, donc, et terriblement distrayant.

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Published by François Massarelli - dans John Ford
23 mars 2012 5 23 /03 /mars /2012 18:01

Film assez emblématique de la position paradoxale de John Ford à la Fox dans les années 30, The prisoner of Shark Island est pourtant atypique sur un certain nombre de points. De par sa quête du grand sujet, il sent l'oeuvre de commande, tant Ford était plus à l'aise déja dans la miniature et l'intime, plutôt que dans les fresques. De plus, on y lit une critique à peine voilée du comportement limite fasciste de l'armée Nordiste à la sortie du conflit de la guerre civile, à la suite de  l'assassinat de Lincoln. Mais le traitement de l'histoire permet à Ford de dresser quelques portraits, mais aussi de montrer une communauté humaine en proie à une dérive figurée, à travers une épidémie de fièvre jaune qui décime une prison... Un film ambitieux, pour lequel le studio a dépêché le plus grand de ses metteurs en scène, même si celui-ci est en pleine indépendance et ne travaille plus exclusivement pour la Twentieth Century Fox (Au passage, en 1936, cette nouvelle appellation est toute récente...).

 

1865: Lincoln, qui ambitionne de réintégrer en douceur le Sud dans l'Union, après que le Nord ait vaincu la rebellion confédérée, se fait assassiner par John Wilkes Booth, qui a quelques complices. un homme, le dr Samuel Mudd, se fait arrêter pour avoir prodigué des soins sur Booth, qui s'était blessé durant l'attentat. Le médecin ne savait pas à qui il avait à faire, mais dans le doute, Mudd est condamné à la prison à vie. Son épouse va essayer de le sortir de cette prison, gardée par des requins qui infestenet les douves, d'autant que Mudd est la victime du mépris de tout le personnel de la prison à cause du crime qu'on lui attribue à tort...

 

L'histoire est authentique, même si on soupçonne bien sur la production d'en vaoir rajouté un peu en matière de romantisme, ce film est intéressant par le lien qu'il crée de filiation évidente entre l'oeuvre de Ford et celle de Griffith. Le procès, raconté de façon dramatique, avec des détails violents, est plein de l'indignation qu'aurait sans doute faite sienne le metteur en scène de Abraham Lincoln... La façon dont il met en préface du film l'anecdote de Lincoln faisant jouer Dixie (Chanson folklorique Sudiste) afin de montrer à la nation qu'il ne sera pas le président des uns contre les autres est bien dans la manière de Griffith également, mais on retrouve beaucoup dans ce film une sorte de mélange entre les deux inspirations de Ford, son gout pour des histoires solidement charpentées dans une tradition Américaine, et une préciosité contrôlée de l'image, sous l'influence des Allemands, Murnau en tête. Les images fantastiques de tempête, durant l'épisode de la ièvre jaune, sont à ce titre des moments flamboyants. mais le film, baigné dans un paternalisme d'un autre siècle, dans sa peinture des rapports entre Mudd et ses anciens esclaves, par exemple, est aussi irrémédiablement daté. Ce qui ne l'empêche en aucun cas d'être aussi toujours prenant dans sa dénonciation d'une erreur judiciare un peu trop facilement assumée...

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Published by François Massarelli - dans John Ford
17 mars 2012 6 17 /03 /mars /2012 17:25

Tourné après My darling Clementine, puis The Fugitive, et enfin The three Godfathers, soit une période durant laquelle certains accusent Ford (Lindsay Anderson en tête) de se laisser aller à la facilité, Fort Apache inaugure une trilogie de films sur la cavalerie qui seront tournés en trois ans: deux pour la RKO, celui-ci et She wore a yellow ribbon, et un pour la Republic (Rio Grande) en préparation d'un film plus important au coeur de Ford: The quiet man. Outre John Wayne et certains acteurs qui se retrouvent d'un film à l'autre (Comme d'habitude, dans des combinaisons diverses: Victor McLaglen, Ward Bond, l'insubmersible Jack Pennick et la discrète Mae Marsh), les trois films sont tous inspirés de l'oeuvre de James Warner Bellah sur la cavalerie, et se passent à l'époque des guerres Indiennes. Enfin, Wayne y incarne à chaque fois plus ou moins le même homme, à des ages variés, et avec des variations subtiles d'un film à l'autre: ici, il est Kirby York, dans le suivant il sera Nathan Brittles, enfin dans Rio Grande, il répond au nom de Kirby Yorke...

Quelques années après la Guerre Civile Américaine (Egalement connue sous le nom de Guerre de sécession), Thursday (Henry Fonda) un ambitieux ex-général, désormais réengagé sous le grade de colonel, se rend à son poste d'affectation, un fort perdu sur la frontière, en plein territoire Apache. Une fois arrivé, il essaie de mettre bon ordre à une organisation qui n'est pas de son gout, la communauté du fort vivant sous la responsabilité du capitaine Collingwood (George O'Brien) dans un relatif confort humain par trop affectif selon lui. Il s'oppose systématiquement à Kirby York (John Wayne), un subalterne avec une grande connaissance des Apaches, et va déclencher par son aveuglement des hostilités d'une façon irrémédiable, précipitant le bataillon dans le chaos. Par ailleurs, il va aussi combattre un jeune lieutenant s'origine Irlandaise et modeste (John Agar) qui courtise sa fille (Shirley temple)...

Si le meilleur des trois films, bénéficiant d'un scénario plus rigoureux, et de la couleur, sera She wore a yellow ribbon, on est avec ce Fort Apache devant un objet fascinant, un film de Ford sombre et lyrique, qui explore conjointement deux thèmes: d'une part, comme il le fera de façon plus accentuée encore dans les deux suivants, il montre la vie dans la communauté d'un fort, le quotidien militaire, avec humour, parfois peut-être trop d'indulgence aussi: de nombreuses anecdotes renvoient à la saoulographie des sergents Irlandais et consorts, emmenés par Victor McLaglen et Jack Pennick... d'autres intermèdes, notamment musicaux, rappellent que pour cette production Argosy, Ford était son propre maitre, et menait son film comme il le souhaitait: il ya donc une chanson sentimentale Irlandaise, et des passages de folklore dont on aurait peut-être pu se passer. 

Mais à coté de tout ce fatras sympathique, Ford réemploie la légende de George Armstrong Custer, héros de la guerre de Sécession, pour le Nord, et saisi par le virus politique après la guerre, mais qui a essuyé revers sur revers, au point de finir sa vie dans l'armée ou il souhaitait se refaire une réputation par un coup d'éclat. Il entendait en vérité mener une bataille décisive contre les Indiens (Dans son cas, une rare alliance de Sioux, et de Cheyennes), quelque fut leur nombre, en misant sur sa supériorité naturelle puisqu'il était blanc. Que Custer ait donc été massacré dans ce qui reste la seule vraie victoire militaire des Américains natifs, c'était inévitable, j'ai même tendance à penser que c'était totalement mérité. Mais c'est aussi de ce genre de stupidité assumée que sont faits les héros chez les mirlitaires... Thursday, insupportable baderne joué avec un plaisir évident par un Fonda qui rêvait d'échapper à son image de jeunôt un peu naïf, est donc un démarquage ambigu de Custer, dont Ford se garde bien de faire un monstre. Tout au plus le rend-il volontiers antipathique, hautain, pétri de préjugés de la bonne société de Nouvelle-Angleterre face à ces Irlandais qui croient pouvoir s'élever socialement, ignare en civilisations Indiennes, et aveugle à la tragédie dont il va se rendre coupable.

Comme il le fera dans The man who shot Liberty valance, Ford n'hésite pas à nous montrer que la légende prend systématiqueemnt le pas sur la réalité; si la folie du colonel Thursday a poussé les hommes qui lui ont survécu à changer leur vision de l'armée, c'est après tout un peu grâce à lui... "Print the legend": à la fin du film, des peintures glorieuses ont rendu Thursday célèbre jusqu'à Washington. Pour sa part, il a assuré sa descendance en évitant de sacrifier à ses côtés le jeune coq dont pourtant il ne voulait pas pour sa fille.... A coté, Ford retrouve avec plaisir Monument Valley pour la troisième fois, après Stagecoach (Dont il copie sans vergogne la fameuse attaque de la diligence), et My darling Clementine. Forcément, le film n'est est décidément que plus regardable encore...

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Published by François Massarelli - dans John Ford Western John Wayne