John Ford avait quitté la cavalerie en 1950, sur un Rio Grande pas vraiment convaincant dont le principal avantage était d'offrir à la republic Pictures d'Herbert Yates un film vite fait à donner en pature au public, avant d'entamer un autre opus qui lui tenait tant à coeur, The quiet man. Ce petit film inspiré comme l'étaient Fort Apache et She wore a yellow ribbon des récits de james Warner Bellah terminait une trilogie aux résonnances internes nombreuses, et les histoires en étaient tellement proches qu'on irait facilement jusqu'à parler d'auto-plagiat si on ne se retenait pas. Mais avec The horse soldiers, le propos s'éloigne des trois films de 1948, 1949 et 1950: il y est cette fois question de guerre civile: John Wayne y est le colonel d'un bataillon de soldats de l'union qui doivent s'introduire en territoire sudiste afin de préparer une offensive musclée par des opérations chirurgicales de sabotage et de reconnaissance. Il est flanqué d'un médecin (William Holden) avec lequel il s'accroche très vite, pour un oui ou pour un non: les deux hommes n'ont pas la même vision des choses et la présence d'un gradé qui n'est pas vraiment un militaire a tendance à irriter le vieux soldat; alors lorsque ce petit monde se retrouve accompagné d'une femme, Hannah Hunter (Constance Towers), une "Southern Belle" qui les a accueillis le temps d'un bivouac et qui essaie par tous les moyens de leur nuire (Espionnage, évasion, etc), la rivalité entre les deux hommes s'exacerbe...
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Ce film, situé dans la dernière partie de la carrière de Ford, est loin d'être son meilleur, c'est du reste une cause entendue. L'argument est inspiré du reste d'une anecdote authentique: le raid mené par le Colonel Grierson sur les chemins de fer du Mississippi, et le film se tient à l'écart de tout "westernisme" excessif, en situant l'essentiel de son action dans un sud rural, au plus près du fleuve, et avec une certaine logique géographique: pas de Monument valley cette fois-ci! Le point culminant de l'action concerne ici la deuxième moitié du film, lorsque le bataillon conduit par Marlowe (Wayne) se trouve à la gare de Newton et doit affronter une horde de sudistes appelés en renfort et qui ne sont finalement que de bien pouilleux soldats, et bien sur deux autres moments situés à la fin du film restent en mémoire: la bataille autour d'un pont, qui ne semble pas vraiment inspirer Ford, et surtout une pittoresque charge menée par des cadets d'une école militaire, sans doute le meilleur moment du film, tout en étant inspirée là encore d'un fait réel: des garçons de 8 à 16 ans en uniforme de parade s'attaquent aux troupes nordistes, qui préfèrent fuir plutôt que de risquer de les tuer...
C'est d'ailleurs là que le bât blesse: on a souvent le sentiment que ce film, pour lequel on est prêt à avoir une grande indulgence, rate sa cible en prenant trop le parti de s'en foutre un peu... C'est lent, la première partie possède peu d'attraits, à part la constante bataille entre les deux héros, et l'impression qui domine est que Ford pousse un peu trop John Wayne à assumer un rôle de monolithique vieux bougon: Ethan Edwards (The searchers), lui, avait au moins une certaine carrure et des circonstances atténuantes.
Mais ce qui sauve finalement le film, c'est inévitablement son image. Non que le film soit d'une grande beauté visuelle; d'ailleurs certains plans apparaissent gâchés par les ombres mal placées, et une fois de plus on est sûr que Ford s'est systématiquement limité à une prise de chaque plan. Non, l'intérêt est ici dans la représentation réaliste, non-spectaculaire, de cette guerre de sous-bois qu'était la guerre de Sécession: les sources citées par Ford ne manquent pas: les tableaux de Kunstler et autres, qui représentent ces petits moments de la vie quotidienne sur le front (Par exemple un bivouac d'officiers nordistes, attablés autour d'un plan, déjà contaminés par la douceur du Tennessee); les photos de Mathew B. Brady, d'ailleurs présent nommément et physiquement dans le film; et enfin les courts métrages de David Wark Griffith, dont Ford cite le type de plan en réglant la première bataille du film en un plan parfaitement orchestré: au centre, un chemin, à droite, de la végétation, à gauche le fleuve. Les Nordistes s'engagent sur le chemin, mais des sudistes cachés dans la végétation les prennent par l'arrière. D'ailleurs le film est marqué par une économie légendaire qui fait mouche dans certains plans; de plus, le réalisme des uniformes (Réglementaires dans le nord, et de fortune dans le Sud, qui dépendait beaucoup des volontaires auto-proclamés aux habits bricolés) renvoie à l'image d'une guerre qui était rappelons-le vécue comme une agression par les citoyens des états du Sud.
Tout dépend donc, avant de voir ou revoir ce film, de ce qu'on en attend. On y passe gentiment le temps, on y voit un reflet relativement authentique de la guerre, mais... si le pittoresque surnage (Cette anecdote des cadets, bien sur, avec cette mère inquiète qui demande à ce que son fils soit exempté contre son gré, par exemple), l'impression qui domine est que tout ça c'est une guerre de gentlemen, qui font tout pour ne pas s'agresser, et on ne peut pas être plus loin de la vérité: tous les historiens s'accordent, et les archives le prouvent, c'était une boucherie sans limite, et le romantisme qu'on a attribué à cette guerre durant un siècle de fiction n'y changera rien... Et le plus embêtant, c'est quand même que le film se traîne!
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Wayne y est le Colonel Kirby Yorke, en pleine campagne contre les Apaches, qui se sont unis contre le poste frontière, et passent leur temps entre le nord du Rio Grande (Soit les Etats-Unis) et le sud du Rio Bravo (la même rivière, mais coté Mexicain); comme un malheur n'arrive jamais seul, il voit débarquer son fils, qu'il n'a pas vu depuis quinze ans, et qui s'est enrôlé dans la cavalerie suite à son exclusion de West Point. Ils arrivent très vite à un accord: afin de laisser au gamin la chance de faire ses preuves, toute mention du lien de parenté sera bannie, mais il ne faut pas qu'il s'attende en retour à la moindre démonstration d'affection de son père. Et puis, tant qu'à faire, l'épouse de Yorke, Kathleen, qui est séparée de lui depuis 15 ans, débarque à l'mproviste pour récupérer le fiston... Pendant ce temps, les Apaches s'affairent...
marqué par la mort des deux protagonistes du premier épisode, le réalisateur semble nous indiquer à quel point le guerre civile entre les Etats de l'est a profondément changé les mentalités de tous les Américains, provoquant une rupture émotionnelle y compris dans l'Ouest... Il en profite aussi pour représenter un duo de généraux, Grant et Sherman dont l'éternel second laconique, qui suit le premier comme un petit chien, est interprété par John Wayne. Les commentaires sur l'alcoolisme invétéré de Grant sont ils une private joke sur Wayne et Ford? Pour le reste, on ne va pas faire trop grand cas de cette Guerre civile; c'est du Ford, mais on n'est pas devant The Searchers.../image%2F0994617%2F20220320%2Fob_cf758e_h7mndaf4imi6jcjhlqu2y4wlty.jpg)
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montante, ressemble bien à un autre joueur mythique qui a
disparu de la circulation après un scandale: faut-il le révéler, et menacer le bien-être du sportif, ou se taire par respect, et voir échapper le scoop?
Et puis dans ce film qui s'intitule Four sons, comment faire l'impasse sur la mère? Après Mother Machree, avant Pilgrimage, avant The grapes of wrath, cette mère Fordienne jouée par Margaret Mann est un personnage qui a toute la tendresse de Ford, et qui lui donne le rôle central, dans le film, mais aussi dans deux scènes composées autour d'elle: elle fête son anniversaire en compagnie de ses quatre fils, tous autour de la table. c'est un moment sacré. Au début du dernier acte, elle est seule, et les imagine tous autour d'elle, par la magie de la surimpression... Le dernier acte du film nous conte comment Joseph la fait enfin venir chez lui, et ce qui n'aurait du être qu'un simple happy ending devient une anecdote riche, celle d'une vieille dame accidentée par la vie qui est perdue dans une grande ville, ne parlant pas la même langue que les habitants...
Four men and a prayer fait partie de la veine la plus légère de Ford; on y est loin de l'ouest et de la cavalerie, voire de l'Irlande. Cette histoire de famille unie
qui cherche à laver l'honneur d'un homme mort trop tôt, en distribuant des baffes au passage, ne lui ressemble pas beaucoup, et le film a mauvaise réputation. C'est pourtant un spectacle souvent
plaisant: quatre frères d'une noble famille Anglaise souhaitent laver l'affront fait à leur père, qui a été conduit à démissionner de l'armée suite à une manipulation. L'homme est mort, mais ses
quatre fils ne croient pas à son suicide, et flanqués de la fiancée de l'un d'eux, les quatre fils enquêtent: George Sanders, Richard Greene, David Niven et William henry, assistés de
Loretta Young: celle-ci se greffe sur l'équipée, mais se révèlera finalement intimement liée au drame, sans qu'elle en ait eu l'idée auparavant. Le scénario, prétexte à montrer les quatre frères
aux prises avec le monde entier, ressemble souvent à un rève, dans lequel il ne faut chercher ni logique ni vraisemblance. Trois acteurs Fordiens récurrents ont des rôles plus ou moins
importants: Barry Fitzgerald, qui déclenche une homérique bagarre dont je suis sur qu'elle n'était pas dans le script, John Carradine et Berton Churchill. Et les quatre frères sont des
chamailleurs invétérés, les trois plus grands s'en prenant sans cesse au plus jeune pour un bizutage permanent que n'auraient renié ni Victor McLaglen, pour l'ensemble de son oeuvre, ni John
Wayne en Ethan Edwards... Plaisant, donc, et terriblement distrayant.
Film assez emblématique de la position paradoxale de John Ford à la Fox dans les
années 30, The prisoner of Shark Island est pourtant atypique sur un certain nombre de points. De par sa quête du grand sujet, il sent l'oeuvre de commande, tant Ford était plus
à l'aise déja dans la miniature et l'intime, plutôt que dans les fresques. De plus, on y lit une critique à peine voilée du comportement limite fasciste de l'armée Nordiste à la sortie du conflit
de la guerre civile, à la suite de l'assassinat de Lincoln. Mais le traitement de l'histoire permet à Ford de dresser quelques portraits, mais aussi de montrer une communauté humaine en
proie à une dérive figurée, à travers une épidémie de fièvre jaune qui décime une prison... Un film ambitieux, pour lequel le studio a dépêché le plus grand de ses metteurs en scène, même si
celui-ci est en pleine indépendance et ne travaille plus exclusivement pour la Twentieth Century Fox (Au passage, en 1936, cette nouvelle appellation est toute récente...).
Tourné après My darling Clementine, puis The Fugitive, et enfin The three Godfathers, soit une période durant laquelle certains accusent Ford (Lindsay Anderson en tête) de se laisser aller à la facilité, Fort Apache inaugure une trilogie de films sur la cavalerie qui seront tournés en trois ans: deux pour la RKO, celui-ci et She wore a yellow ribbon, et un pour la Republic (Rio Grande) en préparation d'un film plus important au coeur de Ford: The quiet man. Outre John Wayne et certains acteurs qui se retrouvent d'un film à l'autre (Comme d'habitude, dans des combinaisons diverses: Victor McLaglen, Ward Bond, l'insubmersible Jack Pennick et la discrète Mae Marsh), les trois films sont tous inspirés de l'oeuvre de James Warner Bellah sur la cavalerie, et se passent à l'époque des guerres Indiennes. Enfin, Wayne y incarne à chaque fois plus ou moins le même homme, à des ages variés, et avec des variations subtiles d'un film à l'autre: ici, il est Kirby York, dans le suivant il sera Nathan Brittles, enfin dans Rio Grande, il répond au nom de Kirby Yorke...