Japon, fin du XVIe siècle... D'un côté, le seigneur Ukon Takayama (Yatsuya Nakadai), un noble qui a épousé la cause de la chrétienté, et qui a en retour été de plus en plus écarté de sa caste... De l'autre, Gin (Ineko Arima), fille d'un dignitaire, qui aime Ukon depuis toujours, et affiche sa pureté comme une provocation: si elle ne partage pas sa foi, elle la respecte. Elle sait aussi qu'il est marié... Pourtant il l'aime. Mais il ne peut pour lui être question de céder à la tentation. Entre un mariage arrangé (et Ukon, dans une suprème humiliation, prend lui-même sa part dans l'arrangement, en recommandant Gin pour qu'elle épouse un seigneur d'une mesquinerie sans fin), la mort de l'épouse d'Ukon, et le divorce de Gin, leurs amours contrariées se déroulent sur fond d'une guerre de religion de plus en plus claire...
C'est une déception. Comme La princesse errante quelques années plus tôt, ce film est à la fois ambitieux, extrêmement décoratif et souvent très ennuyeux. Pourtant c'était un projet plus qu'intéressant: Mademoiselle Ogin est une production d'un collectif d'actrices qui ont accueilli Kinuyo Tanaka parmi elles afin qu'une femme réalise ce film important (c'était l'adaptation d'un roman à succès), la réalisatrice s'enthousiasmait de rejoindre pour un nouveau film (il n'était pas prévu que ce puisse être son dernier) la caste des réalisateurs prestigieux ayant réalisé des Jidai-Geki, ou films en costumes... Il est vrai qu'elle avait elle-même tourné en tant qu'actrice L'intendant Sansho avec Mizoguchi!
Le point de vue qu'il nous est donné de voir, ici, est celui d'une femme, qui dans une scène, a des paroles très forte. A la rigueur presque aveugle d'Ukon, elle oppose tout simplement son désir, affirmé avec puissance et une forte émotion, lui affirmant refuser la croyance religieuse et souhaiter trouver le bonheur sur terre. C'est, à en croire Tanaka, elle qui aurait raison, puisqu'il se rangera à son avis... Mais bien tard.
Le film souffre du même problème que La Princesse Errante: une sorte d'académisme s'empare de l'ensemble, et même la beauté des couleurs, et la majesté du Scope, n'y peuvent quoi que ce soit! En dépit de l'indéniable beauté, la lenteur hypnotique se transforme parfois, souvent même, en pesanteur... Tatsuya Nakadai est excellent, ainsi qu'Ineka Irama, dont le personnage est particulièrement intéressant... Mais le film peine à décoller.
A la fin des années 50, le Japon est le théâtre d'une révolution: des lois anti-prostitution voient en effet le jour, qui tendent évidemment à pénaliser les femmes, premières concernées... Des institutions commencent à les accueillir pour tenter de les réinsérer. Kuniko Sugimoto (Chisako Hara) est l'une de ces femmes, recueillies par un établissement sous tutelle, qui tente de profiter d'une seconde chance dans la vie. Elle commence par se voir offrir une opportunité de travailler dans une épicerie tenue par une petite famille, mais dès que l'épicière apprend son passé, la situation devient intenable. Après avoir risqué de replonger, elle se voit offrir une nouvelle chance: elle est placée dans une pépinière, auprès d'une famille compréhensive, et rencontre même un homme qui est prêt à la comprendre... Mais le passé reste tenace.
Après l'évocation romanesque et aussi raide que décorative de La princesse errante, Kinuyo Tanaka retourne au Japon "actuel", au sujet duquel elle va ajouter sa propre pierre à l'édifice d'une cinématographie Nippone tourmentée par la prostitution: les films de Kenji Mizoguchi (Oyuki la vierge, Femmes de la nuit et Rue de la honte, entre autres), Mikio Naruse (Au gré du courant), et tant d'autres, l'éctrice passée à la réalisation va pouvoir donner une vision différente et novatrice: car en son temps elle aura vu la fin d'un système... Un système dont on nous dit sans ambage que les véritables responsables, à savoir des hommes bien sûr, auront peu à souffrir de cette pénalisation. Celles qui furent les victimes de la prostitution, les femmes, sont évidemment pointées du doigt de multiples façons.
Sans jamais avoir recours à une posture de faux documentaire, mais en maintenant pour autant l'urgence de l'évocation d'un pays en mutation, Tanaka donne à voir un film riche et informé, qui s'abstient évidemment de blamer la femme. Les mécanismes sont tous là, un à un: la façon dont les hommes qui apprennent que Kuniko a été une prostituée se comportent, par exemple, est claire: l'un d'entre eux lui dit même qu'il la respecte plus depuis qu'il sait d'où elle vient, mais c'est une phrase à double sens... Elle joue parfois elle-même le jeu de la séduction, mais en l'occurrence c'est presque poussée par les événements: avant de quitter une situation avantageuse mais où son passé va lui être reprochée, elle entraine avec elle le mari de sa patronne, qui n'attendait que ça!
Les épisodes du film sont conformes à la vision du cinéma de Tanaka comme une succession de scènes, souvent courtes, liées entre elles par une continuité et beaucoup d'ellipses. Elle n'a parfois besoin que de quelques secondes pour faire du sens, contrairement à Mizoguchi qui reposait si souvent sur les plans-séquences. Elle marie fort bien l'écran large du TohoScope, avec a vision citadine de son intrigue...
Contrairement au roman qu'elle adapte, elle a décidé que son film irait vers plus d'espoir, mais qu'on ne s'y trompe pas: le destin de ces femmes qu'on renverra immanquablement à leur condition passée, au risque de les pousser à retourner à la rue, n'est pas réglée pour autant une fois le film fini...
Ryuko (Machiko Kyo), fille d’une famille noble (elle a le titre de princesse, et ses parents sont importants à la cour) rêve d’un mariage princier… Elle sera exaucée, même si la réalité sera apparemment moins idyllique que dans les rêves d’une jeune fille… Elle va en effet être choisie par l’armée Japonaise d’occupation en Chine pour épouser le frère de l’empereur de Chine, Futetsu (Eiji Funakoshi)… Dans un premier temps l’histoire est belle. Mais très vite il apparaît que les deux époux sont pris dans l’engrenage de l’occupation et la politique coloniale, musclée, du Japon. Puis l’histoire avance, et elle n’est pas tendre pour les dignitaires fantoches…
Ce film a une longue gestation: les dirigeants de la firme Daiei souhaitaient adapter les mémoires de la Princesse Hiro Saga, qui fut mariée par l’empire Japonais au frère de l’empereur PuYi, «dernier empereur» du Japon et potentat fantoche de l’état de Mandchoukouo. Avec Machiko Kyo dans le rôle principal, le Scope et la couleur (la première fois pour Kinuyo Tanaka) ça ressemble un peu à un menu pour un film infaillible…
Et pourtant… Si Kinuyo Tanaka, qui avait déjà dirigé trois films et s'était vraiment affirmée en tant que portraitiste de femmes remarquables (Maternité éternelle), s’est très certainement intéressée à ce destin peu ordinaire d’une héroïne ballottée dans les événements, naviguant à vue à un poste (on peut difficilement considérer ce mariage arrangé comme autre chose!) qu’elle ne maîtrise pas ou peu, et devant louvoyer entre raison d’état(s), ressenti personnel, et l’hostilité très forte des Chinois de Mandchourie à l’égard des Japonais, c’est d’un ennui mortel. C’est beau, digne, lent, très lent même.
C'est aussi doté de couleurs absolument superbes. La réalisatrice continue à affirmer sa tranquille mais sûre maîtrise de l’espace filmique, avec recours à d’adroites utilisations de la profondeur de champ, mais pour le reste le film ne semble pas décoller, et n’acquiert jamais le souffle nécessaire à ce genre d’entreprise épique… surtout dans sa première partie.
Le dernier acte, consacré à l’exil et la marche forcée de Hiro Saga, gagne heureusement en dignité. Mais l’un des pires défauts est cette utilisation du Chinois, souvent, par des acteurs qui ne le parlent ni le comprennent, et… ça se voit.
Fumiko Shimojo (Yumeji Tsukioka), mariée à une brute épaisse, a deux enfants avec lui. Il est odieux: dictatorial, prenant n'importe quel prétexte ausi bien pour boire que pour lui reprocher tout ce qu'il peut, et il la trompe. Elle se réfugie dans la poésie, et elle fait partie d'un groupe de poêtes amateurs, qu'ele a rejoint pour y retrouver deux amis d'enfance, les Huri: Kuniko, institutrice (Yoko Sugi) et son mari Takashi (Masayuki Mori), pour lequel Fumiko a des sentiments... Une fois son divorce prononcé, elle sent sa vie basculer... Et c'est à ce moment qu'elle constate qu'elle a un problème à la poitrine. Atteinte d'un cancer, et malgré la perte de ses deux seins, elle apprend qu'elle va mourir, au moment même où, suite à l'initiative de Takashi Hori (qui est décédé entre temps), elle va être publiée. Son recueil de poèmes est un succès...
C'est une oeuvre formidable: d'une part, on n'a jamais autant pu s'intéresser au corps de la femme Japonaise avant ce film, qui accumule les transgressions et les audaces - pour 1955, s'entend. On suit en effet les tribulations d'une femme dont la première cause de souffrance est la façon dont son mari la traite (mais sa propre mère ne lui épargne jamais les remarques qui tendent à rappeler la règle du jeu en vigueur, entre les hommes et les femmes, au Japon: "rentre chez toi sinon ton mari va encore se plaindre"), qui découvre dans sa chair, alors qu'elle n'a qu'une trentaine d'années, une maladie qui risque bien de l'emporter... Elle le sait rapidement, mais le cancer va devenir le révélateur de sa féminité oppressée. Elle va presque en faire une arme, dans une situation où, n'ayant plus rien à perdre, elle se jette dans la poésie, mais aussi elle assume sa sexualité et son propre désir... A un journaliste qui vient la voir parce qu'elle a obtenu un succès non négligeable avec son recueil publié, elle répond en lui exprimant sans fards son besoin de se rapprocher de lui... Elle fait le mur de l'hôpital à chaque fois qu'elle le peut et va jusqu'à se rendre chez Kuniko pour y prendre un bain, parce que dit-elle, dans sa baignoire, son mari décédé a souvent lui-même pris des bains. Elle lui avoue sans détour son amour pour Takashi...
Dans la première partie, Fumiko est généralement habillée sans rcherche particulière, et on sent qu'elle est de toutes façons la domestique de son mari. Au fur et à mesure de l'évolution du film, et de son cancer, elle va d'un côté retrouver des tenues traditionnelles, des kimonos notamment, mais aussi elle va ouvrir ses vêtements à son corps. L'opération, qui vient d'ailleurs sans aucune préparation (le film accumule volontairement les ellipses), nous fera voir dans un plan qusi documentaire, les deux seins qui sont préparés avant d'être enlevés... C'est me semble-t-il une première dans l'histoire du cinéma Japonais... Tout comme les sentiments sans masque de la jeune femme, au moment où son mari quitte définitivement sa vie, avec leur fils, d'ailleurs, ou lrsque le journaliste vient la visiter et éveille son désir.
Kinuyo Tanaka a réalisé son troisième film comme un manifeste de sa volonté de s'intéresser à une femme, à une vie de femme, une affaire de femme, et bien sûr si l'intrigue est largement inspirée de la vie de la vraie Fumiko, telle qu'elle a été relatée par son amant, le journaliste qui dans le film vient la visiter, la réalisatrice a mis un point d'honneur à demander à la scénariste Sumie Tanaka (aucune relation), d'écrire le traitement de l'intrigue... Leur film ne se contente pas d'être un film de femmes, tire larmes (c'était un genre en soi), il est au sommet d'un art de la vie quotidienne, dont le maître était Mikio Naruse, mais ici le maître se fait largement dépasser par l'élève, dont le troisième long métrage brasse une thématique d'une richesse incroyable: la condition féminine y est vue à travers le poids des traditions, la domination masculine, l'oppression conjugale, et la censure du désir...
Le style souple de la réalisatrice, une fois de plus, se joue des lieux (les maisons, aussi bien la maison quasi paysanne du couple marié, que la demeure citadine (du côté de Hokkaïdo) de la mère avec ses panneaux de papier, les routes sous la pluie, les abords du lac de Toya, où se joue un final d'une immense délicatesse... Elle confirme l'impression de ses deux premiers films: qu'il s'agisse de scènes en studio ou d'extérieurs, elle maîtrise l'espace et la profondeur de champ (les scènes chez la mère, où trois pièces apparaissent dans un seul plan)... Et sa direction d'acteurs, qui se cale sur le point de vue, fait merveille, en enfilant les scènes inoubliables: l'une d'entre elles est la visite, cruelle, de Fumiko chez son amie, où la caméra se joue de la fuxtaposition de deux points de vue. C'est aussi l'une des scènes lors de laquelle on s'approche le plus de ce qu'on ne verra définitivement pas: la poitrine désormais plate, avec ses cicatrices.
Kinuko, en revanche, la voit, et elle ne s'en remettra pas...
Le public de ce film aura aussi du mal à oublier cette formidable promenade aux côtés d'une femme qui se prépare à mourir en essayant de vivre, son visage devenant presque toujours plus lumineux au fur et à mesure que sa vie la quitte.
Après le décès de son mari, Chizuru (Hisako Yamane) revient s'installer dans la maison de ses parents, une famille aisée: le père (Chisu Ryu) est veuf, et vit d'une manière tranquille et traditionnelle dans une maison cossue en pleine campagne à Nara. Outre Chizuru, il a deux filles: Ayako (Yoko Sugi) et Setsuko (Mie Kitahara), la plus jeune et la plus espiègle. Celle-ci a formé un lien d'amitié assez fort avec Shoji (Shoji Yasui), le frère du défunt mari de Chizuru. Il est traducteur, et recherche actuellement un boulot, il envisage de retourner à Tokyo; Setsuko et Shoji, un jour, ont une conversation avec un vieil ami d'enfance qui se trouble à l'évocation d'Ayako. Ils se mettent alors en tête de rapprocher le jeune homme, Amemiya (Ko Mishima), avec Ayako. Leurs plans otrdus finissent par occuper toutes la maisonnée...
Pour son deuxième film, Tanaka prend le contrepied du précédent sur de nombreux aspects: d'une part, on s'éloigne vraiment du tournage de guerila en pleine ville, qui occupait une grande part de Lettre d'amour; les acteurs, cette fois, sont essentiellement des inconnus, si on excepte Chisu Ryu, habitué d'Ozu, et Tanaka elle-même qui joue un rôle secondaire (c'était une exigence de la production, la réalisatrice restant associée dans l'oeil du public à sa grande carrière de star de stature internationale, suite au succès de Oharu, de Mizoguchi... Les acteurs sont donc des inconnus, ou de jeunes acteurs à la courte expérience (ce qui est absolument le cas de Mie Kitahara)...
Pour ce qui est du style, elle combine d'une certaine façon le style d'Ozu (le film est un scénario non tourné du grand metteur en scène, après tout, mais sans la rigueur quasi étouffante de ses compositions: elle garde une grande part de naturalisme dans ses plans, et laisse les acteurs assez libres de leurs mouvements... Tout en gardant la maîtrise du rythme, qui est plutôt soutenu. Elle obtient de ses acteurs un grand naturel, mais n'hésite pas dans certaines scènes à avoir recours à un jeu plus dynamique, en particulier dans les manigances de Setsuko et Shoji... Et contrairement à Ozu qui garde souvent ses distances en créant une intimité de communauté, celle d'une famille le plus souvent, Tanaka s'insère plus avant dans la vie de ses personnages féminins. On verra ici Ayuko se changer, d'un kimono traditionnel vers une tenue civile des années , ou encore Setsuko enlever négligemment ses bas... Des gestes intimes qui n'auraient pas leur place chez Ozu, voire chez Naruse.
Et puis un détail, qui aurait du être deux fois rien, laisse entrevoir de quelle façon la réalisatrice signe son film, avec ironie: quand Setsuko a besoin de l'aide d'une servante, pour ses manipulations de sa soeur et de son ami, elle fait appel à Yoneya (Kinuyo Tanaka), qu'elle dirige comme pour un film. Et pendant ce temps, Shoji et Setsuko encadrent Yoneya, qui fait bien attention à écouter les instructions. Non seulement il y a un renversement de rôles entre la star et sa réalisatrice, mais en prime cela souligne à quel point, dans le "couple" Setsuko / Shoji, c'est la jeune femme qui mène la barque. Et ça, ce n'est pas rien...
Reikichi (Masayuki Mori), un ancien marin qui a participé à la seconde guerre mondiale, survit vaguement en traduisant à droite et à gauche... C'est que son esprit est ailleurs, et comme son jeune frère Hiroshi (Juso Dozan) l'héberge, il peut passer ses journées en pensées sombres: son amour d'enfance, Michiko (Yoshiko Kuga), qu'il n'a jamais cessé d'aimer, en a épousé un autre, poussée par ses parents. Il souhaite, depuis 5 ans, la retrouver... Un ami, Naoto (Jukichi Uno), lui propose un travail lucratif: il traduit en anglais des lettres pour des jeunes femmes qui sont restées en contact épistolaire avec des soldats américains. Elles avaient été encouragées par les autorités japonaises, afin de faciliter la cohabitation d'après guerre, et certaines ont d'ailleurs eu des enfants. Un jour, Reikichi entend dans la boutique de Naoto la voix de Michiko...
C'est un scénario de Keinosuke Kinoshita, qui est tourné ici par Kinuyo Tanaka pour sa première réalisation, après quasiment trente ans de bons et loyaux services en tant qu'actrice, pour (entre autres) Naruse, Shimizu, Ozu et Mizoguchi... Que ce soit un premier film se voit, ô combien, à travers deux aspects du film: d'un côté, l'incroyable gourmandise de Tanaka qui clairement a retenu les leçons de ses nombreux mentors. Et une certaine gaucherie globale, dans un film qui peine parfois à trouver sa cohésion. Deux aspects, clairement, contradictoires!
Mais on retiendra le désir de tourner un film qui se situe dans un certain cadre naturaliste, tout en privilégiant (surtout dans la première partie) un style cinématographique sous une forte influence de la comédie, dans laquelle le jeu corporel des acteurs passe avant les dialogues... Mais le film, sous l'impulsion du personnage tragique de Reikichi, va devenir de plus en plus sombre. Curieusement, la rencontre attendue entre Reikichi et Michiko, cette dernière étant cachée à la caméra dans un premier temps, se situe en plein milieu du film, et... c'est un moment qui accuse la lourdeur du mélodrame. Ils se retrouvent pour mieux se déchirer, l'homme reprochant à la femme ce qu'il a appris: Michiko, l'amour de sa vie, la sainte, a couché avec un américain, et maintenant lui écrit pour qu'il l'aide financièrement...
Pourtant le film ne se situe pas dans une dénonciation misérabiliste de la moralité de ces femmes, car Kinuyo Tanaka a probablement retenu la leçon de Mizoguchi, le cinéaste à la réputation complexe... Elle se rappelle aussi de son voyage aux Etats-Unis, qui lui sera tant reproché par l'intelligentsia et le public. A travers Reikichi, c'est l'incompréhension de la société, représentée ironiquement par un homme, un héros déboussolé. C'est donc à Hirochi, un jeune homme entreprenant, que revient la difficile tâche de réconcilier les deux amants.
Peut-être y a-t-il trop d'idées, peut-être la gaucherie n'est-elle pas suffisamment contrebalancées par les éclairs de mise en scène (il y en a, de la scène des retrouvailles srur un quai de gare, joliment tournée, à une tentative nocturne de suicide, qui passe omme par bravade par de la comédie de moeurs avec trois prostituées truculentes)... On s'ennuie parfois, avec le vague sentiment de passer à côté de quelque chose...
Ce qui est sûr, c'est que Kinuyo tanaka a des choses à dire sur le Japon d'après-guerre, qu'elle a subliminalement peuplé d'Américains. On verra ce qu'elle fera par la suite...