Les raisons qui font que ce film de court métrage, dans lequel Laurel et Hardy sont employés dans une scierie, atteint la perfection sont sans doute nombreuses. Mais on peut tout simplement commencer en disant que, comme tous ceux qui les montrent au travail dans un environnement donné, ça ne pouvait que les inspirer. d'une part parce qu'ils ont quelque chose à accomplir donc quelque chose à saboter au-delà de toute espérance, ce qui inspirait toujours Stan Laurel. ensuite parce qu'entre la sciure, les colles, les accessoires tranchants, et les perspectives de destruction massive, sans parler de l'irascibilité des collègues (Tiny Sanford et Charlie Hall), il y avait de la matière.
On ne s'étonnera donc pas non plus que dans ce contexte où l'action se suffit à elle-même, ces deux bobines sont, majoritairement, muettes.
Et, j'allais oublier, il y a une Ford T, qui ne survivra pas au film.
Parce que MrsHardy(Mae Busch) se plaint de voir son mari s’associer constamment avec MrLaurel, ce dernier suggère à son ami d’adopter un enfant ; mais lorsque de retour à la maison avec un bébéHardyapprend que son épouse souhaite divorcer, il va donc devoir élever cet enfant seul, ou plutôt avecLaurel, ce qui est pire.
L’histoire ne tient pas debout, et par ailleurs, on remarquera la façon dont le bébé devient un objet pur et simple et bruyant. Quelques bons gags sauvent l’entreprise, avec en particulier le biberon queLaurelsort de sa chemise de nuit, comme s’il y était toujours caché, et diverses scènes de destruction dues à la rencontre inopinée entre la tête deHardyet les meubles. Pour le reste: la routine...
Convention city, réalisé par Archie Mayo, conte les exactions cocasses d’un groupe de participants à une convention sise à Atlantic City. C’est l’un des films perdus les plus emblématiques de la période dite pré-code; cette comédie avec Joan Blondell et Dick Powell serait, selon les sources, soit l’un des films les plus vulgaires jamais sorti par un studio, soit l’une des œuvres à l’avant-garde de ce qu’on ne doit ni montrer, ni aborder dans un film en 1933; et quoi qu’il arrive, puisqu’il est perdu, le film peut être interprété comme bon nous semble...
Le fait qu’il soit perdu ne fait que peu de doute: dans le collimateur du Breen Office, ce film était réputé insortable, tant et si bien que la Warner a fait procéder à la destruction de son négatif après que la décomposition l’ait de toutes façons rendu inutilisable-et dangereux. Le film porte donc le funeste honneur, d’une part d’avoir sans doute significativement contribué à un renforcement du code de censure en 1934, d’autre part d’être le dernier film Warner–First National perdu… Et le rapport avecLaureletHardy, c’est queConvention Citya triomphé à l’automne 1933, et en décembre 1933Sons of the desertsortait.
Sons of the desert, dont le nom glorieux a été repris par un club international dédié à célébrer la gloire de nos deux héros, est un film de long métrage absolument délicieux, totalement dans la lignée des courts métrages des deux vedettes: en alternance avec les pesants films musicaux (entreThe devil’s brotheretBabes in Toylandpour être précis), le duo joue pour ainsi dire à domicile: les garçons ont fait le serment de participer avec tous les membres de leur loge des « fils du désert », une société plus ou moins Maçonnique semble-t-il, à la convention de Chicago, un prétexte à faire la fête et à se comporter en célibataire. Le problème, c’est que MrsHardy(Mae Busch) ne veut pas. MrsLaurel(Dorothy Christie) a autorisé Stan à participer, mais celui-ci va être obligé de se mouiller dans les mensonges d'Oliver, afin d’aider celui-ci à participer quand même aux festivités; les deux hommes font appel à un vétérinaire (A l’origine,Hardyavait demandé à Stan de lui amener un docteur, mais bon) interprété par Lucien Littlefield afin de déclarerHardymalade, et de lui prescrire un voyage à Honolulu. Une fois le subterfuge réussi, les deux hommes rencontrent à Chicago un délégué du Texas, vulgaire, farceur et bruyant, interprété par Charley Chase, et dont le personnage s’avérera être en fait le beau-frère inconnu deHardy… Ouf ! Lorsque la convention s’achève, les deux épouses apprennent que le bateau censé ramener les deux hommes de Honolulu a coulé…
Au-delà de l’enjeu initial, le pari (réussi) de transcrire l’esprit des courts métrages deLaureletHardydans un long métrage, on appréciera les multiples petites touches qui donnent encore plus de vie à l’ensemble: les têtes des spectateurs d’un cinéma qui bougent en rythme dans la même direction en regardant une compétition sportive lors des actualités, le plan de Laurelet Hardysortant du taxi: le taxi s’arrête, le chauffeur court pour permettre àLaurel(Assis à l’arrière, à droite) de descendre, mais se prend la portière en pleine figure et tombe. Lorsqu’il se relève, il trébuche sur la valise que son passager à opportunément laissé là. Pas un mot pour nous distraire de la perfection du slapstick avant queHardyne remercie fort civilement le chauffeur sonné, à terre. Comme quoi tout en restant fidèle à l’esprit du duo, le film élargit le champ d’action de StanLaurelqui peut également nuire à autrui sans pour autant queHardyen souffre, ou en soit même conscient.
Reprenant la situation matrimoniale déjà explorée de diverses façons (We faw down,Be big !)le film donne un contexte qui n’a besoin que d’un seul plan: lorsque les deux hommes rentrent chez eux après la réunion de leur loge, ils ont parlé dans le taxi de l’importance pour un homme d’être le maître chez lui ; comme en écho à cette idée, on voit en gros plan la sonnette du 2220, Fairview Avenue : Mrs and MrLaurel, puis juste à coté, le 2222 :MrHardyand wife. Mais les apparences sont trompeuses, et on verra vite qu’à coté de Mae Busch (Désormais blonde, mais toujours aussi tonique) OliverHardyne peut rivaliser. Charley Chase, dans le rôle du gêneur de service, de l’odieux et excité farceur, ne ressemble pas tant à ce personnage qu’il a soigneusement composé dans ses courts métrages, mais ce n’est pas grave: il reste inoubliable, et il est d’autant plus précieux de le voir là que le comédien n’est pas apparu dans beaucoup de films de long métrage. Un autre intérêt de ce film est de situer dans une certaine continuité chez Roach, dont de nombreux comédiens étaient soit franc-maçons (LaureletHardy) soit membres d'organisations à laSons of the desert(Lloyd était un "Shriner"); mais dès 1917, dans un court métrage, Lloyd se moquait gentiment des rites de ces réunions. Ici, la moquerie passe par les farces de collégien auxquelles se livre Chase...
Voilà ce que l'on peut dire sur ce film très réussi et dont la vision redonne confiance en l’humanité : après tout, pour l’un des personnages, l’affaire se termine plutôt bien.
Et si, tout bien considéré, ceWay out westétait le meilleur long métrage deLaureletHardy? Connu, populaire, il regorge de moments de bonheur. Bien sûr, les coutures sont parfois apparentes, et la fin est expédiée, mais l'essentiel du film est plus que plaisant, bien plus qu'une bonne surprise, et se revoit toujours avec bonheur, comme beaucoup de leurs courts. on ne tranchera pas, et il me reste des films à revoir, ou même pour certains, à voir tout court, mais quand même... C'est tentant.
A nouveau, Roach confie symboliquement les rênes àLaureld'une "StanLaurelProduction" dont le metteur en scène est le toujours fiable James Horne, et le film bénéficie d'une équipe de scénaristes dans lesquels les noms de Charley Rogers et de James Parrott nous font aborder un tel film avec confiance: on est en famille. L'intrigue connue de ce film a beau être d'abord et avant tout un pastiche d'un genre archi-codifié, cela n'empêche nullement nos deux (Anti-) héros d'y être vraiment à leur aise: deux hommes se rendent dans l'ouest pour exécuter la dernière volonté d'un homme, chercheur d'or; avant de mourir, il a trouvé un filon, et sa fille, la jeune et fragile Mary Roberts, doit en hériter. celle-ci est exploitée par un couple, lui patron d'un hôtel-saloon mal famé (Finlayson), elle chanteuse dans le saloon en question. Finlayson et sa dame vont tout faire bien sur pour mettre la mains sur le magot.
A partir de là, le film coule tout seul, sans aucun accroc, et les gags bien placés se succèdent, pas à un rythme d'enfer bien sur, on est toujours dans unLaureletHardy, donc cela prend son temps... Au passage, on sait que les digressions burlesques ont été la seule consolation des fans sur certains films, mais elles sont ici bien représentées, moins chargées toutefois dans la mesure ou elles n'ont pas la pesanteur abominable d'un film à soutenir. On ne peut pas ne pas mentionner les deux grands moments musicaux du film, "At the ball, that's all", durant lequel les deux compères dansent à nouveau ensemble,Hardyvisité une fois de plus par la grâce, et le célèbre "Trail of the lonesome pine" durant lequelLaurelchante alternativement avec une voix de basse et une voix de soprano. D'autres passages désormais obligés s'intègrent sans problèmes à l'ensemble, notamment les nouveau gags physiques:Laurelet son pouce-briquet d'une part, et la scène au cours de laquelle la tète deHardy, coincée dans le plancher, est soumises à d'atroces contorsions. Enfin, l'interaction avec Finlayson est ici à son maximum, l'acteur étant très présent. Que demander de plus???
Par ailleurs, si le film n'est pas, loin de là, la première parodie de western due aux grands du burlesque (En vrac, tous les autres y sont passés, de StanLaurelen solo à Buster Keaton, en passant par Chase, Lloyd, et même Chaplin dans certaines séquences deThe pilgrim), il est un peu anachronique, le western n'étant plus ou pas encore le genre roi qu'il est devenu depuis:Gold is where you find it, de Curtiz, sorti l'année suivante, puisStagecoachde Ford,Destry rides againde George Marshall,Jesse Jamesde Henry King etDodge Cityde Curtiz (Tous en 1939) vont être parmi les films qui vont sortir le western de l'ornière des séries Z dans laquelle il était confiné depuis l'échec en 1930 deBilly the Kid(Vidor) etThe big Trail(Walsh). Alors, coïncidence, ou... merciLaureletHardy?
On a retrouvé en juin 2015 la bobine manquante de ce film qui en contenait deux; il ne subsistait donc de la pièce de résistance de The battle of the century, donc, que quatre minutes environ, sauvegardées d'une copie depuis longtemps disparue. On a un film à peu près complet, dont la fin de la première bobine seulement est encore manquante, une séquence qui devait durer à peu près 3 minutes dans laquelle Laurel et Hardy sont confrontés à Eugene Pallette.
Laurel est un boxeur minable, dont le manager Hardy a réussi à négocier un match avec un champion (Noah Young). Devant les problèmes financiers qui suivent l’inévitable nullité de sa prestation, ils conviennent avec un escroc (Eugene Pallette, dans la scène manquante) de récupérer de l’argent en concoctant une escroquerie à l’assurance. Laurel doit glisser sur une peau de banane, mais c’est un livreur de tartes à la crème qui subit l’accident à la place. Le camion sera vidé, et l’anarchie, en même temps que la crème, va s’installer à Roach City…
Remercions Robert Youngson, qui avait une copie du film à sa disposition lorsqu’il préparait une compilation dans les années 60: il a ainsi pu, sans le savoir, préserver cette séquence d’anthologie. La scène du combat (6 minutes) est belle aussi, surtout dans le jeu entre le savoir faire carnassier de Noah Young, et l'anarchie lamentable du jeu de Laurel. Mais privées de leur lien naturel, les deux parties s’enchaînaient mal.
Il faut voir cette impressionnante montée anarchique dans la rigueur de sa construction, le soin maniaque avec lequel les gens s’envoient furieux des projectiles crémeux dans la tête, le calme et la réflexion apporté à chaque lancer de projectile dans la tête, bref, cette bataille du siècle mérite bien son nom. De tous les courts métrages de Laurel et Hardy reposant sur l'accumulation anarchique virant au cauchemar, c'est sans doute le plus beau. Et maintenant que toute la bobine a été retrouvée, on a enfin cette rigueur, cette montée en puissance lente et inexorable du délire crémier, cette orgie pâtissière absolue, dans toute sa logique, avec les bottes secrètes de Laurel et Hardy: le "tit for tat", quand quelqu'un fait une bêtise, on le lui rend d'une manière ou d'une autre, mais aussi lentement et méthodiquement que possible... L'accumulation logique par influence colérique: deux hommes s'envoient des tartes à la figure, un troisième s'interpose. Non seulement il sera la victime de l'attentat sucré suivant; mais il sera un adversaire encore plus acharné dans les combats futurs. Après ça, il n'y a plus qu'à multiplier... Enfin, Laurel est toujours celui qui apporte, par son désordre personnel, de l'ordre dans le chaos; on le voit prendre la responsabilité de distribuer les tartes aux combattants.
...Tant que j’y pense, il y a une apparition sublime de la grande Anita Garvin, qui glisse sur une tarte, sa robe s’ouvrant en corolle, elle se trouve donc en contact quasi direct avec les restes pâtissiers répandus sur le trottoir, et au lieu de faire des bonds hystériques, elle prend son temps, semblant analyser la situation avec pragmatisme. Quand finalement elle se relève, et tourne au coin de la rue, elle a un geste discret de la jambe, pour se débarrasser de la crème. Sait-elle qu’il ne s’agit que de crème ? En tout cas, c’est de la pantomime de première classe : la crème de la crème!
Afin de calmer la grogne de StanLaurel, de plus en plus dubitatif face au traitement des films de LaureletHardypar Hal Roach, ce dernier lui a symboliquement créé un crédit “sur mesure”: le générique deOur relationscommence par la mention « A STANLAURELPRODUCTION ».
C’est pourtant une organisation imaginaire, même si il est clair que conformément aux vœux des deux comédiens, ce nouveau film se recentre intégralement sur eux, et même doublement puisqu’ils interprètent ici des frères jumeaux: Stan et Oliver sont mariés, amis, vivant à la fois leurs mariages respectifs et leur amitié dans la félicité la plus totale, jusqu’au jour où leurs frères jumeaux Bert (Hardy) & Alf (Laurel), deux marins qui ont mal tourné et que tout le monde croit morts, débarquent dans la ville. Non qu’ils retrouvent leurs frères, mais les quiproquos engendrés par la présence simultanée de tous ces Laurelet cesHardyprovoquent des situations qui mettent tout le monde en péril: d’une part, les deux marins tentent de draguer des jeunes femmes, qui vont les confondre avec leurs frères, provoquant une crise matrimoniale. D’autre part, Bert & Alf ont également été escroqués par un autre marin, qui n'est autre que James Finlayson, auquel ils ont confié leur argent. Enfin, le capitaine leur a confié un bijou qui excite toute les convoitises. Dans ce film au scénario volontiers embrouillé, les frères se croisent en permanence mais ne se voient qu’à la fin. Le seul à vraiment voir double, c’est le brave Arthur Housman, aussi éméché qu’à son habitude.
Une bonne portion de la fin du film a été exploitée en super 8 muet, sous le titreLes pieds dans le plat, et proposait hors contexte la scène dans laquelle des bandits "exécutent" Stan et Ollie en les lestant d'un grand bac de ciment aux pieds, avant de les précipiter d'un quai dans l'eau sale, d'où ils seront repérés par Bert et Alf.
Un film donc nettement supérieur aux précédents, sans être indispensable: Our relationsa au moins l’avantage de reposer sur un postulat digne de LaureletHardy, et de ne pas chercher à être une comédie musicale, ou de singer sans vraiment le parodier quelque genre que ce soit, ni de proposer des intermèdes romantiques en plomb : c’est donc, tout simplement, du burlesque. Encore heureux. Notons pour finir que le film est une réalisation de Harry Lachman, le metteur en scène Francophile de La belle marinière avec Jean Gabin.
Ce film est probablement la première des douze comédies effectuées, par Stan Laurel et le producteur Joe Rock pour le compte de Universal. Les avis sont partagés, mais le fait est qu'on y retrouve beaucoup de l'esprit de Laurel, dans une liberté qui m'a l'air à peu près totale, pour le meilleur, et sinon le pire, en tout cas le quelque peu embarrassant: il me suffira de dire que ce film est situé à Chinatown pour sa plus grande partie, pour qu'on entrevoie le fait qu'il est loin d'être politiquement correct!
Et ce dès le début: dans une famille d'Anglo-Saxons, le frère aîné supporte mal son petit frère (Stan Laurel) et pour se débarrasser de lui, le cache dans un paquet de linge sale... Qu'un blanchisseur Chinois vient chercher. Flash-forward vingt ans plus tard: Laurel, nommé Sum Sap ("Crétin lambda") est devenu un blanchisseur émérite. Le problème, c'est que parmi ses clients figure Sum Ting Wong (Hum!), le parrain local de la mafia Asiatique...
Mais que c'est idiot! Et tous les clichés les plus atroces y passent avec une telle régularité, une telle rigueur, que ça a quelque chose de grandiose! On notera que la production joue un jeu risqué: à la fin du film (Ne me demandez pas pourquoi), Laurel, donc un Anglo-Saxon camouflé en Chinois, va épouser Lili (Julie Leonard, semble-t-il), une jeune femme de Chinatown; selon le script, écrit par Tay Garnett, elle aussi est Anglo-Saxonne. Sauf que pas du tout, ou alors son maquillage est admirable... Non que je m'en émeuve personnellement, non: c'est juste que l'homo Americanus de 1924 est pointilleusement crétin sur un point: le mélange des races, qu'il appelle ça. Laurel, lui, n'a pas l'air très regardant: il a tout compris!
Bref, le film est un sommet de bêtise, dans lequel on retrouve de toute façon du début à la fin des gags qui sont du pur Laurel, et pour certains ils annoncent des grands moments de Brats, ou Berth marks, entre autres...
Ce film fait partie des derniers courts métrages de 1923-24 réalisés chez Roach avec laurel, Finlayson, Ena Gregory, etc... Et ce n'est pas le plus raisonnable, loin de là. C'est une parodie, une fois de plus, de tout un genre, avec une narration qui s'amuse autour des romans de Anthony Hope (Le générique annonce très sérieusement que le film est "une suite de Le prisonnier de Zebra"...). Mais on est bien loin de l'atmosphère digne du film de Rex Ingram sorti en 1922!
Stan Laurel interprète le double rôle du roi du pays imaginaire où ses passent ces fadaises, et de Rudolph Razz, un playboy amoureux de la Reine (Mae Laurel); James Finlayson est Rupert le conspirateur en chef (Rappel, dans The prisoner of Zenda, c'était... Ramon Novarro!). C'est profondément idiot, et les gags sont du pur Laurel: chaque situation est poussée au maximum, sans ménager les chevaux. On peut noter, une fois de plus, une série de vexations que doit souffrir Madame Laurel: ces deux-là avaient manifestement des comptes à régler...
Quand à "Percy" Pembroke, il est probable qu'il s'est convenablement entendu avec la star du film, pour le suivre dans sa prochaine aventure: en quittant Hal Roach, Laurel allait tourner une douzaine de films en vedette pour Joe Rock, dont plus de la moitié allaient être réalisés par Pembroke.
Ce film n'est pas une parodie, mais... une comédie postale! Une fois de plus le script est surtout un très très vague prétexte à déchaîner le feu du gag, et à dresser James Finlayson et Stan Laurel l'un contre l'autre... une fois de plus, les deux comédiens tiennent à peu près la même place dans ce court métrage, qui met Laurel, client de la poste (Qui en ces lointaines années semble couvrir un nombre impressionnant d'activités!), et Finlayson qui est "inspecteur des postes". Son rôle semble être de s'assurer que les clients d'un bureau de poste peuvent sans trop de problème penser à timbrer leurs lettres, et que la morale soit sauve dans le rayon "photographie" du lieu...
C'est très léger, pas toujours fin, et Laurel et Finlayson finissent par se poursuivre dans les trieuses de courrier. A ma connaissance, c'est un cas unique de ce genre de situation dans l'histoire du cinéma, mais je ne suis pas infaillible.
Pas besoin de trop y réfléchir: le titre de ce film nous dit assez clairement qu'il y sera question de sport... Plus précisément d'équitation. Laurel y est un jockey Anglais, la star de son employeur (James Finlayson). Pour participer à une compétition qui mettra le cheval Paprika aux prises avec Zeb, l'étoile montante du sport équestre, Donawho-Laurel doit s'entraîner, et se tenir à un régime très strict. Puis la deuxième bobine est consacrée à la course proprement dite...
Ce film est-il la parodie d'un genre, ou d'un film précis? Il m'est impossible de le dire, mais les autres films de la série de Stan Laurel Comedies produites par Roach en 1923 et 1924 sont généralement orientées vers une oeuvre. Probablement le film visé, n'a-t-il laissé aucune trace. Mais il y avait effectivement des films qui s'intéressaient à l'équitation: Ford, par exemple, en a tourné deux à la Fox (Kentucky pride et The Shamrock Handicap)...
Il n'y a pas de quoi se relever la nuit, mais les fans de Stan Laurel retrouveront cet esprit farceur, ce refus de s'interdire un gag, même idiot, et cet esprit de corps dont fait preuve l'équipe du film, la même dans tous ces courts métrages: Finlayson, Rowe, la jeune Ena Gregory... Ils sont tous là. Et Zeb Vs Paprika possède un atout inattendu, probablement imprévu: à un moment, Laurel mis au régime malgré lui se déguise en marmiton pour pouvoir manger à sa guise. Il va donc se grimer, en se dessinant une moustache et... c'est troublant: il devient Chaplin. Même moustache, presque le même regard, et même propension à roter comme un malpropre quand il finit sa volaille. Quand il éclate de rire, il ne fait plus du tout illusion, mais... un reste de chez Karno? C'est en tout cas très troublant...