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6 décembre 2025 6 06 /12 /décembre /2025 16:07

On a retrouvé ce film de Lois Weber il y a moins de dix ans, et si on passe sur le côté spectaculaire de retrouver aujourd'hui un film en copie nitrate qui est plus que centenaire, on peut aussi se réjouir: c'est le plus ancien des films de Lois Weber dont nous disposions. Pour résumer l'importance de Lois Weber, on va se contenter de dire que la dame était à une certaine époque (couvrant à peu près toutes les années 10) la principale réalisatrice-productrice (ou plutôt la principale personne, peu importe son genre, à ce poste-clé de réalisateur ou -trice) de la Universal, et qu'elle avait une carte blanche enviable. Mais ça va plus loin: elle a été la première personne à faire preuve d'ambition dans la firme. En gros, elle a montré la voie à un studio, montrant l'exemple à, par exemple, Eric Von Stroheim ou Rex Ingram...

On ne verra pas tout ça, bien sûr, dans On the brink: le film est une courte et unique bobine, dans laquelle Lois Weber nous raconte une histoire simple et relativement naturaliste... Dans un village de pêcheurs, une jeune femme (Lois Weber) qui vit avec son frère handicapé mental (Phillips Smalley), rencontre un homme (Charles DeForrest) qui prend la défense de son frère, et elle tombe amoureuse de lui. Mais il est un peu trop prompt à se porter volontaire pour aider les jeunes femmes de la bourgeoisie qui viennent visiter le village pour s'encanailler... Et le drame couve lorsqu'elle se cache dans une chambre froide pour l'épier...

Les principales qualités du film sont la beauté de la photographie, majoritairement en extérieurs, et embellie par les teintes qui ont été conservées depuis cent ans. Et si Phillips Smalley n'y va pas avec le dos de la cuillère, au moins l'idée d'amener dans l'intrigue une personne qu'en d'autre temps, on aurait traité de "fou du village", mais qui va sauver sa soeur (occasionnant un belle scène de suspense assez sadique), débouche-t-elle sur de beaux développements. Quatre ans avant Hypocrites, Weber était déjà une excentrique qui se refusait à se réfugier dans les pires clichés, et trouvait des moyens intéressants de raconter une histoire à sa façon. 

Reste un mystère: quel a été sur ce film l'apport du vétéran Edwin Porter (auprès duquel Weber et Smalley ont effectivement été employé, en tant que scénaristes, acteurs et parfois assistants)? Les historiens tendent à minimiser son rôle.

 

 

 

 

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Published by François Massarelli - dans Muet Lois Weber
11 avril 2022 1 11 /04 /avril /2022 15:53

Ce film est basé sur un opéra de 1829, La muette de Portici, composé par Daniel-François-Esprit Auber, sur un livret d'Eugène Scribe et Germain Delavigne. Et le principal atout du film est sa star, la grande ballerine Anna Pavlova pour une unique apparition au cinéma. Et le film diffère profondément du reste de l'oeuvre connue de Lois Weber: aux drames sociaux et psychologiques modernes et urbains de longueur modeste, se substitue ici une intrigue en costumes, haute en couleurs et en émotion grandiloquente, qui s'étale sur près de deux heures; un film muet basé, c'est un paradoxe, sur un opéra... On peut émettre deux hypothèses pour en expliquer la production: d'une part, Lois Weber voulait sans doute en faire une démonstration de force en même temps qu'une façon de faire concurrence au spectaculaire Birth of a nation de Griffith; ensuite, la Paramount venait de lancer la cantatrice Geraldine Farrar, dans Carmen de Cecil B. DeMille, et s'apprêtait à la mettre en valeur dans Joan the woman, du même auteur. Weber, elle, avait la Pavlova...

Dans une région Italienne qui est soumise à une gouvernance Espagnole, les paysans attendent de moins en moins patiemment l'occasion de se révolter. Une occasion va être fournie par un petit drame de pas grand chose: Fenella (Anna Pavlova), la soeur du plus remonté des pêcheurs locaux, Masaniello (Rupert Julian), est séduite par un noble de la cour (Douglas Gerrard). La suite va être une vengeance en forme de révolution avec tout ce que peut ça peut amener comme chaos...

Je parlais de The Birth of a nation tout à l'heure, mais on pourra penser à une autre production spectaculaire de Griffith: Intolerance était-elle dans tous les esprits à cette époque? Il y a un peu de son souffle épique dans ce film: déjà, Weber a engagé une armée de figurants, dont elle utilise la force décorative assez souvent. Elle a mobilisé toute une partie du littoral pour y construire une ville, un palais, et un village de pêcheurs; enfin elle utilise la danse pour exprimer de nombreuses choses: la joie simple des pêcheurs sur la plage; la concupiscence d'un noble, dans une scène qui fait quand même sérieusement bouche-trou (un certain nombre de préludes dansés sont sans doute placés pour faire écho au spectacle original); elle oppose d'un côté la richesse et l'oisiveté des nobles Espagnols, et la pauvreté absolue des Italiens; enfin bien sûr une large part du film (environ un quart) est consacrée à la révolte, qui sera longue, sanglante et pleine de débordements. On pourra aussi assister pour finir à l'inévitable défoulement de la populace dans une orgie de boisson et de nourriture qui ressemble à un ballet (filmé avec un mouvement à la Cabiria, quand je vous dis que Griffith et sa Babylone ne sont pas loin!)...

De la danse, quand la vedette s'appelle Pavlova, quoi de plus normal? L'héroïne, muette comme nous indique le titre, s'exprime de fait avec le corps, mais elle est un peu noyée dans la masse de figurants durant la première moitié. Le jeu histrionique généralisé n'arrange pas les choses, non plus, dans toute l'exposition du drame. Quand le film s'emballe, son jeu étrange et totalement corporel devient intéressant, culminant dans une scène sans ambiguité où elle se donne à son amoureux: c'est par la danse qu'elle commence la parade. Mais le film devient formidable dans sa deuxième partie, quand Weber nous montre le déchaînement de la révolution dans une série de scènes de chaos particulièrement maîtrisées. Tout y passe: destructions, tortures, tentations de viol (on en connaît les codes dans le film muet), brutalités diverses, invasions de pièces occupées par des nobles, etc... La mise en scène fait feu de tout bois ici, et on comprend enfin dans ce déferlement de violence cinématographique ce qui a attiré la réalisatrice (et son mari, l'inévitablement crédité Phillips Smalley) dans cette entreprise étonnante.

Le film a été sauvegardé dans un certain nombre de copies, dans un certain nombre de formats aussi, et a du être reconstitué à partir de toutes ces sources disparates, ce qui n'arrange pas le confort de visionnage... Mais c'est une grande date à sa façon: pour Lois Weber bien sûr, qui commence en beauté sa période Universal qui sera très importante pour sa carrière; pour Pavlova, sans aucun doute; et surtout, pour la petite compagnie Universal, qui peut enfin commencer à sortir des films d'envergure...

 

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Published by François Massarelli - dans Muet 1916 Lois Weber **
25 septembre 2021 6 25 /09 /septembre /2021 11:03

The Marriage Clause est l’un des derniers films de Lois Weber, le premier qu’elle ait réalisé après le hiatus de 1923: elle revenait à la Universal, mais son statut n’était décidément plus du tout le même qu’avant, en particulier durant les années 10…

Barry Townsend (Francis X. Bushman) repère une aspirante actrice, Sylvia (Billie Dove) dont il tombe amoureux : il fait d’elle une star, et en dépit de l’ombre que cela projette sur leur relation, il accepte qu’elle donne une réponse favorable à une offre très lucrative d’un autre impresario, Max Ravenal (Warner Oland). Mais le contrat avec ce dernier contient une clause qui interdit à la jeune femme de se marier… elle va devoir se séparer de son fiancé, et en dépit du succès phénoménal qui est le sien, va peu à peu perdre toute envie de vivre…

Le film n’existe plus que sous la forme d’un fragment réduit à 20 minutes, contre environ 80 au départ, et ça se sent : chaque étape importante de l’intrigue est réduite à la portion la plus congrue qui soit… Et pourtant on obtient, de ce fantôme de film, une image qui est sans doute en accord avec ce qu’il était : une œuvre de transition, à la fois versée dans des clichés du mélo (le grand méchant impresario contre l’amour pur, par exemple) et tournée vers des thèmes sensibles et différents, qui ont fait la réputation de la réalisatrice : notamment le fait non seulement de représenter une femme qui devient la principale source de revenus d’un couple, mais aussi la souffrance « sociale » d’un homme qui en finit par ne plus vouloir sortir de chez lui. Cette tendance, probablement prudente, à vouloir couvrir tous les aspects d’un sujet polémique en ménageant une porte de sortie objective, avait fait les grandes heures de la carrière de Weber. Par-dessus le marché, la photo semble ouvragée, et l’interprétation est splendide… Pour autant qu'on puisse en juger, du moins.

 

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Published by François Massarelli - dans Lois Weber Muet 1926 **
24 avril 2021 6 24 /04 /avril /2021 16:13

Lois Weber est l'une des pionnières et pionniers qui ont construit Hollywood, et tout a sans doute été trop vite: ses films, productions indépendantes, ont défrayé la chronique dans les années 10 à cause de (Où grâce à, c'est selon) leurs sujets polémiques (le contrôle des naissances dans l'étrange Where are my children), ou leur traitement osé (La présence d'une représentation symbolique de la Vérité sous le déguisement d'une femme nue, image récurrente qui a beaucoup fait pour le succès du film, dans Hypocrites). Les années 20 l'ont vue s'embarquer dans la production de semi-comédies ou de chroniques de la vie contemporaine, qui observaient avec subtilité la société Américaine, et on peut citer les films Too wise wives, ou The blot, qui font d'elle une cinéaste proche des frères DeMille... Donc pas n'importe qui, mais en prime une cinéaste dotée d'une vraie originalité et d'une thématique propre: à la fois observatrice et partie d'une société réformatrice inspirée des préceptes fondateurs du protestantisme, à la fois juge et partie de la société Américaine.

C'est de la fin précipitée de sa carrière qu'elle a réalisé ce film, pour Universal, qui lui a permis de continuer son oeuvre à sa guise... On y conte la rencontre inattendue entre un pasteur progressiste et pas encore marié (Raymond Bloomer), avec la plus scandaleuse de ses paroissiennes... potentielles (Billie Dove), car elle ne vient pas beaucoup à l'église. Ils vont tomber amoureux l'un de l'autre, mais elle va sacrifier cet amour, afin de le préserver... avant que la situation ne s'inverse pour elle lors d'une tempête qui la voit faire littéralement naufrage. 

D'un côté, Weber s'amuse à nous montrer une jeunesse qui tend à s'évader des préceptes religieux et chercher à jouir à tout prix de la liberté que leur confère un statut social élevé. Les principaux coupables sont le père Hagen (Un riche oisif interprété par Phillips Smalley, l'ex-mari de Weber) et sa fille Luena dite Egypt (Billie Dove). Le premier boit plus que de raison dans des bouges, et la deuxième va de fête en fête, de beuverie en beuverie, à la recherche de sensations fortes et faciles... 

Et pourtant...

La cible de Weber était probablement plus les vieilles commères de la paroisse que la belle flapper, qui est jouée à l'écart des clichés par Billie Dove. Cette dernière est la vedette en titre, et le principal atout du film, mais Weber enfonce souvent le clou d'une société plus préoccupée des apparences  que de ses valeurs. Dans ces conditions, la sceptique à la recherche du plaisir en lieu et place d'un sens à sa vie devient une proie facile pour ces gens qui passent du temps sur leur terrasse à épier les voisins. Et quand le pasteur commence à recevoir (en tout bien tout honneur pourtant) la pécheresse chez lui, on s'émeut et on lui envoie l'évêque! Bref, avec son intrusion dans une petite communauté qui entre avec réticences dans le XXe siècle, avec 27 années de retard, Lois Weber a encore une fois réalisé un film passionnant. Son avant-dernier film muet, et le dernier qu'on ait conservé, hélas... Enfin disponible chez Kino dans une version manifestement intégrale.

 

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Published by François Massarelli - dans Muet 1927 Lois Weber **
24 avril 2021 6 24 /04 /avril /2021 11:40

Une petite fille, Jewel (Jane Mercer) vient vivre chez son grand-père (Claude Gillingwater) pour une courte période, après avoir été ignorée (le père et l'aïeul sont fâchés) pendant des années. Dans la maisonnée, tout le monde se déteste: le grand-père vit en effet avec sa bru, une femme remariée dont la fille ne trouve absolument pas sa place, jusqu'à la gouvernante qui hait tellement les deux femmes qu'elle souhaite les voir décamper... Quand la petite Jewel arrive, pourtant, elle va révolutionner son monde en les aimant en dépit de tout...

C'est un remake de Jewel, une autre adaptation par Weber du même roman, sortie en 1915. Weber avait aussi écrit le script d'un court métrage de deux bobines, The discontent, qui racontait l'arrivée inopinée dans une famille d'un vieil homme qui finissait par séduire son monde en dépit de son côté bourru. Le film, bien sûr, prend le contrepied avec ce personnage de petite fille angélique, qui vient au monde avec une certaine naïveté, même si elle n'a pas sa langue dans sa poche.

Weber en 1923 est plus que rompue à l'exercice de style qui consiste à familiariser les spectateurs avec les personnages qui cohabitent dans un environnement bien défini, et elle est très à son aise, même si on sera un peu plus impatient face à des intertitres qui alourdissent inutilement le début en mettant un point d'honneur à nous détailler absolument tout des éléments de l'intrigue, ce qui fait qu'on lit, plus qu'on ne regarde, la première bobine... Elle a recours, aussi, à un symbolisme qui renvoie un peu à son célèbre Hypocrites de 1915, à travers un court insert, qui représente la musique jouée par un personnage, sous la forme d'une danseuse drapée d'un voile diaphane... Une fantaisie qui a du trouver un écho dans une scène ultérieure, mais l'insert en a été coupé.

C'est l'un des derniers films de la réalisatrice, qui voyait le travail se faire de plus en plus rare. S'il n'apporte sans doute pas énormément, c'est un style très personnel, une façon de montrer les personnages, et des préoccupations émotionnelles (liées à la Christian Science, comme souvent) qui sont particulièrement singulières dans le cinéma Américain.

 

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Published by François Massarelli - dans Lois Weber 1923 Muet Comédie **
5 décembre 2018 3 05 /12 /décembre /2018 15:20

C'est en 1921, soit la même année que ses deux superbes films Too wise wives et The blot, que Lois Weber a réalisé pour sa propre compagnie ce film, qui est sans aucun doute son chant du cygne: après What do men want?, pour Lois Weber, plus rien ne sera comme avant, et pour cause: ce film qui étudiait avec un ton acide, les moeurs des couples mariés en usant d'un certain réalisme, franchissait un certain nombre de limites qui n'étaient auparavant pas infranchissables, mais en fin 1921, après les affaires de moeurs qui avaient entaché Hollywood, c'en était fini. Paramount a donc refusé de distribuer le film, Weber s'est retrouvée plus ou moins black-listée. Du coup, on a au moins envie de voir le film par lequel le scandale est arrivé.

Deux femmes ont des parcours différents: l'une, Hallie, se marie avec son petit ami, et ils ont tout pour être heureux: il est aisé, il est beau, il a des idées et de la ressource. Elle est belle, évidemment. L'autre est plus mal lotie, son petit ami n'est pas sûr de ses sentiments, et il n'a pas autant de ressource. Elle va donc commettre une bêtise, le genre qui a des conséquences, avec lui, et... il va partir pour fuir la médiocrité de sa vie. Du coup, l'infortunée Bertha se jette dans le lac... Mais la réflexion que se fait Hallie (Claire Windsor) devant l'indifférence de plus en plus appuyée de son mari, c'est que l'une comme l'autre ont raté leur vie... 

C'est dur, et Lois Weber n'a pas son pareil pour peindre avec talent la petitesse tranquille de l'existence, en deux ou trois touches, dans un cadre si simplement proche de la vie. Et pourtant tout tient à une façon d'explorer le détail, le geste de l'un ou l'autre des protagonistes, et de lier les anecdotes entre elles par un thème. Ici, c'est vraiment le questionnement sur la motivation des hommes dans leur commerce avec les femmes: les posséder un soir, ou tout une vie? Les laisser refléter une jeunesse hypothétique, ou les laisser vous accompagner jusqu'au bout? Certains commentateurs de l'époque ont parlé à propos de ce film d'un prêchi-prêcha insupportable, mais bon: c'étaient des hommes, aussi! Et je ne peux pas plus parler du film, dont seules trois bobines sur six ont survécu (les deux premières et la dernière ont disparu!), si ce n'est en disant qu'une fois de plus on est confronté à une justesse de ton (Claire Windsor est magnifique de bout en bout), à une morale visuelle, et à un sens cinématographique uniques en leur genre.

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Published by François Massarelli - dans 1921 Lois Weber Muet **
2 décembre 2018 7 02 /12 /décembre /2018 16:54

Ca devient une habitude, mais je vais encore commencer par dire que ce film a beaucoup souffert des vicissitudes du temps qui passe et de la négligence calculée des ayant droit... Donc il ne subsiste aucune copie en bon état, encore moins complète, de Scandal, ou de Scandal mongers (le titre utilisé lors de la ressortie de 1918). Mais au moins on a une assez bonne idée, à travers deux copies qui rassemblent des fragments 35mm qui étaient en voie de décomposition quand ils ont été localisés, de ce que le film était... 

Pour commencer, Scandal est situé à un tournant: c'est après un contrat de quelques films (Dont le fameux Hypocrites) pour Hobart Bosworth, que Lois Weber qui a ainsi pu passer au long métrage, est revenue au bercail de la Universal avec une certaine tranquillité quant à sa liberté de choisir les sujets de ses films. Elle a donc décidé de continuer à creuser le même sillon, et de tourner en priorité des films à caractère social. Le premier est justement Scandal, consacré à la façon dont la communauté peut utiliser n'importe quel prétexte pour se tourner vers un de ses membres, avec ou sans raison objective. Le film est moraliste au même titre que Hypocrites, et plus basé sur le constat d'un fait que la recherche d'une réponse aux questions qui se posent: une habitude chez Weber qui aime à faire bouillir son public.

Tout se passe bien dans la petite communauté banlieusarde: tous les matins, les gens se rendent à leur travail; Mr Wright (Phillips Smalley) quitte son foyer, salue ses voisins, son épouse se félicite de la réponse positive de son père à leur demande de prêt. Daisy Dean (Lois Weber), sa secrétaire-sténographe, quitte la maison où elle vit avec sa mère, suivie du regard par l'un des voisins (Rupert Julian), un célibataire qui aimerait bien l'approcher pour la demander en mariage. Ce que sa soeur (Adele Farrington) désapprouve, car la jeune femme n'est pas de son goût! Bref, tout va bien, jusqu'à ce que la secrétaire ait un accident en sortant du bureau. Son patron ayant proposé de la reconduire, c'est la goutte d'eau qui va faire déborder le vase des ragots... Et les répercussions seront terribles...

Comme elle l'avait fait avec le mannequin Margaret Edwards qui parcourait les dernières bobines de Hypocrites dans le plus simple appareil en jouant "la vérité", Weber a choisi pour représenter les ragots un personnage hirsute sorti (selon elle, mais on demande à voir!) de l'imagination du dessinateur Winsor McCay, ce qui est pour le moins étrange, mais en phase avec les tendances allégoriques de l'époque. Mais surtout elle situe son drame dans l'intimité des consciences, et chaque personne se révèle en fonction de sa jalousie, de sa facilité à suivre le troupeau bêlant des commères... ou tout simplement comme Wright à deux reprises en fonction de sa gentillesse et de son altruisme. En choisissant d'incarner l'infortunée Daisy, Lois Weber donne à voir une nouvelle héroïne qui souffre parce qu'elle est mise au ban de son entourage...

Le film ne fait pas dans la dentelle, mais il prouve au moins que grâce à des metteurs en scène comme Weber, aucun sujet ne semble résister à la cinématographie... et on retrouvera avec The blot (que Miss Weber écrira et tournera pour la Paramount en 1921) une autre façon de traiter le stigmate social, avec une maîtrise confondante cette fois...

 

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Published by François Massarelli - dans 1915 Lois Weber Muet **
16 février 2018 5 16 /02 /février /2018 13:05

Avec ce film, l'une des ses premières oeuvres maîtresses, Lois Weber s'éloigne de la convention mélodramatique, fut-elle évangélique, polémique et militante (Hypocrites), et des grosses machines obligées et convenues (une adaptation du Marchand de Venise, qui est par ailleurs au rang des films perdus de la réalisatrice), pour donner à voir une exploration de l'étude de moeurs sociales, doublée d'une réflexion féministe, à travers le point de vue d'une jeune femme interprétée avec brio par la comédienne Mary McLaren.

Celle-ci est donc une jeune vendeuse dans un magasin, pour laquelle les fins de mois sont difficiles: elle est la seule à travailler à la maison, puisque son père doit se faire prier pour sortir; la mère essaie bien de faire des économies, mais rien n'y fait, et les deux jeunes soeurs sont des fripouilles, pas encore en âge de penser à être économes. Celle sur laquelle cette situation de relative misère pèse le plus est l'héroïne, dont les chaussures, comme une sorte de signe extérieur de sa détresse, sont tellement élimées qu'il est évident qu'une nouvelle paire s'impose.

Mais ça coûte cher. Très cher...

Exit le symbolisme un peu lourdingue de Hypocrites, place à l'observation sociale. Weber place Mary McLaren au milieu de la vie, et tourne avec une grande efficacité son film dans des décors quotidiens et convaincants. Elle évite les pièges didactiques: ni militantisme social misérabiliste, ni leçon forcée et conservatrice. Si le père nous apparaît un peu comme le "méchant" dans l'intrigue, c'est parce que du point de vue de la jeune femme c'est son immobilisme qui est la principale source de maux. mais il n'est pas diabolisé pour autant. De même que la figure du gandin aperçu dans quelques scènes, qui sera l'ultime recours à la fin du film: un bellâtre qui a bien l'intention de séduire la jeune femme et grâce auquel elle pourra enfin se payer une paire de chaussures neuves. Et la vie pourra continuer...

Mais en attendant, Lois Weber peaufine son style fait d'une grande clarté narrative, jamais trop dépendante du texte, toujours des acteurs et du cadre. Elle se repose beaucoup sur le visage de Mary McLaren, qu'elle nous montre dans un miroir brisé dans une image célèbre de la publicité pour ce film: la jeune femme vient de prendre sa décision, qui est de se laisser séduire, de littéralement vendre son corps pour des chaussures, comme nous a prévenu un intertitre en exergue du film. Et dans le miroir qui la coupe en deux, son regard est arrivé au delà du désespoir. Lois Weber, par sa science du point de vue, son refus de la simplicité, son envie d'explorer avec génie les petits moments apparemment si insignifiants, mais si significatifs, renouvelait le mélodrame et le drame social, et Shoes est un chef d'oeuvre qui en annonce d'autres, The blot pour commencer, qui ira encore plus loin...

 

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Published by François Massarelli - dans Muet Lois Weber 1916 **
15 février 2018 4 15 /02 /février /2018 07:39

Ce film est incomplet: on ne va pas revenir sur la tragédie récurrente dans les années 30, qui a consisté à laisser pourrir les films, à ignorer leur destin aussi, à partir du moment où leur vie commerciale était finie, ou même plus simplement parce qu'ils étaient muets... Mais dans ce cas c'est d'autant plus embêtant qu'on manque de renseignements sur le film, et comme il manque la deuxième moitié, il ne nous reste qu'à nous perdre en conjectures sur le sens de l'oeuvre.

Parce qu'en plus, ce long métrage de la réalisatrice de Hypocrites et Shoes est particulièrement original, contenant une mise en abyme inattendue, en forme de clin d'oeil appuyé: les personnages qui au départ ne sont pas nécessairement liés entre eux, sont tous unis par le fait qu'ils se rendent au cinéma, voir un film dont on nous présente des extraits choisis: un mélodrame social intitulé "Life's mirror", réalisé par Lois Weber! Elle y utilise un casting qui est proche de celui de Shoes, et le type d'intrigue chorale qu'on retrouve justement dans Idle wives, avec la réunion d'un certain nombre de destins...

Des "types" de personnes nous sont présentés: un couple qui est arrivé au point de non-retour dans la déchirure de sa relation (On reconnaît d'ailleurs l'intrigant visage de Maude George, qui 6 années plus tard illuminera de vitriol le film Foolish Wives d'Erich Von Stroheim); une famille pauvre qui se déchire, notamment au sujet du destin de l'une des filles qui souhaite être indépendante mais qui doit se dévouer à sa famille; une jeune femme qui est tentée par la séduction d'un inconnu, un moins que rien. Devant le film, certains de ces spectateurs se retrouvent devant des situations qu'ils connaissent, ou qu'ils redoutent: ce sont leurs vies qui sont mises en abyme...

Tout fait que quand on arrive à la 29e minute et que le film s'arrête faute de bobines supplémentaires, la frustration est immense... Mais les qualités de cette production, ainsi soyons justes qu'un certain défaut de clarté, apparaissent au moins de manière suffisamment évidente pour qu'on n'ait aucun doute sur son importance.

 

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Published by François Massarelli - dans Muet Lois Weber 1916 **
31 mai 2017 3 31 /05 /mai /2017 17:17

C'est en 1921 que Lois Weber a réalisé son dernier film indépendant, que certains considèrent comme son meilleur... Pour ma part, je pense qu'en effet c'est le meilleur de ceux que j'ai vus. Pour bien se faire une idée, disons simplement que le film est de l'importance d'oeuvres, disons, comme Greed, Sunrise, Seventh Heaven, The Kid, Wings ou The last command. Ca calme! Mais soyons sérieux, laissons la distribution inutile de hochets aux nombreux pince-fesses estivaux et annuels, et concentrons-nous sur ce film essentiel, splendide, qui comme si souvent chez Weber, pose les problèmes sans faire semblant de les résoudre, et utilise pour cela le point de vue des meilleurs parmi les êtres humains: les femmes. Et plus particulièrement trois d'entre elles...

Pourtant, c'est paradoxal: elle fait semblant de commencer son film, qui explore les liens sociaux entre les membres d'une même communauté unis par des liens aussi ténus que l'éducation et le voisinage, avec une vision des hommes! Un intertitre, joliment décoré comme le sont beaucoup de cartons des copies en existence, nous dit que les hommes, finalement, ne sont que des garçons, qui ont grandi. Il précède la première séquence, assez cruelle, qui nous montre des étudiants qui ont tendance à chahuter leur professeur, surtout trois sales gosses de riches, qui contrairement à leur professeur mal payé, ont tout ce qu'ils veulent. Nous allons surtout nous intéresser à Phil West (Louis Calhern), un dandy, fils à papa, oisif notoire et coureur de jupons... Mais il y a un lien pourtant entre lui et son professeur, l'auguste M. Griggs (Philip Hubbard): celui-ci est le père de la très jolie Amelia (Claire Windsor), qui travaille à la bibliothèque, un lieu désormais fréquenté chaque jour par Phil, ce qui le change du reste beaucoup... En fréquentant la jeune femme, Phil remarque le dénuement de la famille Griggs, mais aussi le sacrifice d'Amelia qui doit travailler pour compléter la paie de son père. Il va aussi être amené à rencontrer son rival pour les affections de la jeune femme, le pasteur local. Il ne paie pas de mine, mais Phil est très étonné de trouver sa compagnie agréable: c'est que tous les deux ont un bon coup de crayon! Ils seront rivaux, tout en devenant amis. Et le pasteur va apprendre à Phil qu'on est plus heureux en donnant qu'en recevant... Une phrase qui sera cruciale dans la transformation du jeune homme en un adulte bien différent... Pour commencer, il viendra en aide à la famille Griggs.

Mais j'avais parlé de trois femmes. On pourrait en réalité en compter quatre, voire cinq si on compte les chats. Parmi les jeunes oisifs que fréquente Phil lors de soirées arrosées et bien fournies en nourritures chères, la belle Juanita Claredon est une fausse piste: elle est "l'autre femme", celle qui attendrait de devenir Mrs West, mais qui ne le sera pas. Les trois protagonistes importantes sont, outre Amelia, sa mère: Mrs Griggs (Margaret McWade), une femme austère et angoissée devant les difficultés financières, mais à la fierté inébranlable... Ou presque. Elle ne voit pas d'un mauvais oeil le riche West fréquenter sa fille, mais angoisse que leur statut social ne soit trop voyant. Sa seule frivolité est un beau chat, une femelle toujours flanquée de ses deux petits, qu'elle nourrit en fouillant... dans la poubelle du voisin. Et enfin, la troisième est Mrs Olsen, la voisine: son mari est devenu riche en confectionnant des souliers pour dames. Du coup, ils viennent d'acheter une voiture. Mais Mrs Olsen a un ressentiment très fort à l'égard de ses voisins, qu'elle accuse de la prendre de haut parce qu'elle n'est qu'une immigrante. Du coup, elle voit rouge quand un poulet a disparu: elle l'avait mis à la fenêtre dans le seul but d'être désagréable à sa voisine dont elle a deviné les ennuis d'argent. Donc, pour elle, ça ne fait aucun doute: le poulet a été volé par Mrs Griggs.

Le problème, c'est que c'est exactement ce qui est arrivé: sa fille étant malade, l'épouse du professeur d'université a été obligée de céder à cette tentation parce qu'elle craint qu'Amelia n'aggrave son cas. Nous l'avons donc vue voler le poulet, et nous ne sommes pas les seuls, car Amelia l'a vue elle aussi...

Le décor est planté, et comme dans d'autres films de Lois Weber, il s'agit des maisons plus ou moins bourgeoises de la banlieue d'une ville Américaine jamais nommée. Elle fait jouer avec bonheur les acteurs dans des rôles qui se jouent des stéréotypes: Louis Calhern aurait joué le même rôle comme un salaud dans tant de films, qu'on se prend à s'attacher à ce grand nigaud de fils de riche qui apprend à faire le bien sans le crier sur les toits. Et si la rude Mme Olsen a un tel ressentiment à l'égard des Griggs, d'une part elle semble avoir un vécu à cet égard, qui pourrait expliquer cela. Weber évite le piège pourtant si facile de la xénophobie ordinaire, et nous montre d'ailleurs son mari qui lui est ému parce qu'il a vu Mrs Griggs nourrir son chat à partir des poubelles. La mise en scène passe par un sens du détail, car chaque objet, geste, regard, décor, cadrage, comptent. A cet égard Weber est très proche de Stroheim qui ne gâchait aucun endroit de ses plans! Mais elle utilise aussi un symbolisme pédestre, pour inventer une expression! Les personnages mesurent parfois leur fatigue, leur statut social par le biais de leurs chaussures. Un détail qui comptait déjà dans Too wise wives, mais qui renvoie aussi à Shoes, un long métrage de 1916. Et n'oublions pas que M. Olsen fait dans la chaussure! Cet attribut domestique devient donc la mesure de l'état des finances: Amelia porte des souliers éculés, alors que le dernier né des Olsen joue avec des chaussures du stock de papa... C'est aussi un moyen de mesurer le rayonnement: le pasteur constate que ses souliers sont ternes, comparés à ceux de Phil West. Il cherche du cirage, mais n'en trouve pas... Il va appliquer de la graisse d'oie, avant de se rendre chez Amelia... Où une scène Chaplinienne se déroule, durant laquelle le pasteur essaie de garder son sérieux alors qu'un chaton veut absolument lui lécher les bottines!

Et puis Weber utilise avec bonheur le montage et le point de vue, en particulier quand il s'agit de montrer de quelle façon les voisins sont constamment en train de s'épier, qu'il s'en rendent compte ou non; c'est ainsi que nous verrons Amelia à sa fenêtre, puis sa mère s'approchant du poulet, et le prenant, et enfin la réaction horrifiée d'Amelia, qui s'éloigne de la fenêtre avant de quitter la pièce d'où elle a vu cette scène humiliante. Cette scène aura un écho: Amelia désirera s'excuser auprès de Mme Olsen, et la scène est traitée en champ (Amelia, qui craque et pleure) et contrechamp (Madame Olsen, d'abord hautaine et dure, puis adoucie et même transformée par l'aveu... auquel elle va ne pas prêter attention). Le film progresse avec toutes ces petites touches humaines, qui en 90 minutes le rendent si complet...

Phil West gagnera, et le pasteur, ainsi que le jeune Olsen, qui lui aussi en pinçait pour Amelia, seront relégués au second plan. La façon dont les gens se sont rapprochés est traitée humainement, avec chaleur. On voit même West se lancer dans une croisade auprès de son père pour le persuader d'influer sur l'administration de l'université, car il estime que les enseignants doivent être payés à leur juste valeur. C'est cette cause qui retient l'attention dans la dernière bobine, renvoyant aux films à message des années 10; ça me semble être plus une précaution oratoire qu'autre chose, Weber ayant surtout pris soin de se plonger, et nous avec, dans le quotidien de quelques Américains amenés à cohabiter, et qui trouvent de façon inattendue, des affinités et des terrais d'entente... Amelia a trouvé l'amour, le professeur la reconnaissance de ses élèves, et Mme Olsen et Mme Griggs sont devenues complices. Mais les deux hommes qui sont laissés sur le carreau peuvent en témoigner: il y a encore du chemin à parcourir, sans doute.

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Published by François Massarelli - dans Muet Lois Weber 1921 **