L'économie du studio de Leon Schlesinger était calculée pour empêcher les temps morts: quand une série de cartoons autour d'un personnage fonctionnait, et c'était notamment le cas pour Porky Pig dès ses débuts, deux unités au moins travaillaient au personnage. A cette époque reculée, ce sont Tex Avery (Qui débutait sa carrière mais s'imposait comme un modèle d'efficacité) et Jack King (Transfuge de chez Disney qui n'allait pas tarder à y retourner) qui se faisaient ainsi indirectement concurrence. Plus tard, Tashlin allait prendre le relais, puis Clampett... Du coup, les films se succèdent et la qualité varie ainsi que les styles.
Je l'ai déjà dit ailleurs, hanté par son travail chez Disney, King avait du mal à prendre ses marques chez Warner, et c'est particulièrement flagrant dans ce film plus que médiocre... Porky pèche, et il s'endort, puis fait un cauchemar sans grand intérêt dans lequel il est pêché par un poisson... Et franchement? On comprend que le film soit court: personne, ici, n'a rien à dire!
Porky Pig est tenté par l'aventure, donc il hésite: l'infanterie? La marine? Ou... l'armée de l'air? C'est finalement dans cette direction que le cochon bègue se lance, et il se rend doc au bureau de recrutement, où il passe par plusieurs étapes: par exemple il doit donner son nom, ce qui dans son cas est difficile: même quand on lui donne une ardoise pour l'écrire, il bégaie! Puis il doit effectuer des tests d'équilibre, et apprendre à tirer à la mitrailleuse. Enfin, "bon" pour le service, il est désigné comme cobaye pour tester l'efficacité d'un avion-robot, qui obéit à la voix. Mais suite à un quiproquo, il se retrouve seul dans un avion fou, qui reçoit les instructions contradictoires d'une foule de gens qui jouent avec un chiot à proximité du micro de commandes, laissé ouvert...
C'est simple mais efficace, et une fois de plus on peut être assez surpris par la rigueur avec laquelle Tex Avery reste concentré sur son intrigue, mais rappelons qu'il avait besoin de poser les éléments des histoires qu'il se plaisait ensuite à pervertir joyeusement. pas ici, toutefois: ça reste quand même bien sage...
Pour la troisième fois, Jack King dirige un film avec "Beans" et sa bande, et contrairement à Tex Avery, il néglige complètement le personnage de Porky pig, donnant au contraire le beau rôle à Beans, le chat valeureux, dans lequel on retrouve beaucoup de Mickey Mouse. Le sujet même du film est disneyien, racontant les mésaventures si totalement Américaines d'une caravane de pionniers qui ont maille à partir avec les Indiens lors d'un bivouac...
Et une fois de plus, tout renvoie au monde de Disney, l'animation très soignée mais un peu mécanique, les personnages: on y verra des Goofy à foison! Ce n'est pas un film que j'aurai envie de revoir de sitôt.
Tout vient à point... Porky Pig n'était auparavant qu'un faire-valoir, mais ce film le consacre en tant que héros. Héros paradoxal, bien entendu, celui d'un film dans lequel par ailleurs Tex Avery continue à faire la preuve de son talent inné pour... installer, maintenir et développer une histoire, mais oui: il commence dans la tradition des grands films Warner de la période, par montrer sans introduction préalable les exactions d'un poseur de bombes, puis assène quelques couvertures de journaux afin d'enfoncer le clou. Puis nous le suivons dans l'antre du monstre, qui prépare un attentat... C'est bien sur un terroriste de dessin animé, donc il a une cape et un chapeau noir et il rit comme un dément!
Mais nous rejoignons ensuite Porky Pig, nettement plus défini que dans Gold diggers of '49, qui bave d'envie devant des desserts glacés qu'il n'aura jamais les moyens de se payer. A moins qu'il ne trouve un stratagème, comme par exemple le fait d'aider les passants, qui en échange lui donnent des pièces. Suivant cette logique, il s'avise qu'un homme avec une cape noire a déposé une bombe devant un immeuble, et croyant que c'est un réveil il tente de la restituer à son propriétaire.
Jusqu'à ce moment, c'est impeccable mais sans ce grain de folie que nous avons pris l'habitude de chercher dans les films Warner du réalisateur... mais quand le poseur de bombes se retrouve systématiquement face à un cochon un peu simplet, qui lui rapporte sa bombe partout où il va, le précédant parfois, et bien sur doté du don d'ubiquité, on se retrouve devant la première incarnation d'un gag qui ne manquera pas d'être repris et raffiné... Déjà, Avery a envie de dynamiter son propre univers. Il ne tardera pas à le faire pour de vrai.
A nouveau animés par Jack King, les animaux de la bande à Beans sont confrontés à une situation particulièrement dramatique: ils font la guerre... Et Beans, le héros, a fort à faire pour redonner du courage à certains de ses camarades, dont Porky Pig qui est au bout du rouleau.
Il y a deux parties à ce film: dans la première, la meilleure, King multiplie les gags (d'assez mauvais goût quand on pense au contexte et au traumatisme de la "Grande Guerre") liés à la simple notion d'être dans les tranchées, et de devoir se battre. Certains vont d'ailleurs littéralement y rester, dans une flambée d'humour noir qui montre que King n'est plus chez Disney... dans la deuxième partie, la routine reprend ses droits et Beans, un héros sans aucun intérêt, commet une action d'éclat: bof! Par contre, l'animation, les décors, l'esthétique globale sont impeccables!
Depuis 1933, Jack King était l'un des réalisateurs (on disait "superviseur" à l'époque) de l'unité de Leon Schlesinger à la Warner Bros, mais ce n'était pas son premier poste loin de là: on le devine en voyant ce film, il avait fait ses premières armes chez Disney et c'est sans doute ce qu'on cherchait chez lui: le savoir faire du grand concurrent, et modèle... Donc il met aux prises des animaux (la bande à Beans, come d'habitude) dans une compétition de ski, aux prises avec un concurrent coriace qui ressemble particulièrement à... Pegleg Pete!
Mais si King était supposé apporter le savoir-faire Disney, ce qu'il fait d'ailleurs, le résultat est paradoxal: comparé à la vie intense et joliment absurde de Gold diggers of 49, ce film n'en finit pas d'être trop sage. Bon, ça oui. Mais si poli, si bien rangé...
Jouant allègrement sur le titre et sa proximité avec les célèbres comédies musicales de la Warner, ce film plonge le chat Beans et sa bande dans l'univers de la ruée vers l'or: par 49, il fallait bien sur comprendre 1849. Ce qui n'empêche pas le proto-Porky Pig obèse de conduire une Ford T! Le film commence par une exposition exemplaire, en un seul plan: la caméra nous montre, en panoramique, un paysage, dont des inserts nous disent l'essentiel: l'époque, le lieu, et... la fille: Little Kitty, le chat. Puis ça dégénère joyeusement, de gag absurde en anachronisme douteux, de gag ethnique douteux (Deux chinois couverts de poussière se transforment en noirs) en caractérisation à la truelle (Porky Pig avale des sandwiches gargantuesques).
Mais ce n'est pas grave: c'est déjà, our son tout premier film, l'univers de Tex Avery, qui avec l'aide de deux animateurs surdoués (Chuck Jones et Bob Clampett), fait des merveilles, dans un film qui n'est pas son meilleur bien sur, mais ce n'est pas grave: on appelle ça l'Histoire.
Un jour d'école, dans la classe de Miss Cud: les élèves vont se succéder dans des récitations, chansons et autres numéros de music-hall; nous assistons à plusieurs prestations de la bande de "Beans", le chat nois: Little Kitty, très nerveuse et qui doit quitter la salle précipitamment, Porky, le cochon obèse et bègue qui mime la dernière charge de Custer, et les deux chiens Ham et Ex qui dansent un duo parfait...
C'est toujours commode aujourd'hui de ranger les courts métrages d'animation de la WB sous la bannière des Looney Tunes... Mais concernant ce film c'est faux, il appartient à la série des Merrie Melodies, dont le titre louche du côté de Disney et de ses Silly Symphonies: des courts métrages en couleurs, soignée et très, disons, familiaux... Freleng connait déjà fort bien son métier et rend un travail sans génie mais impeccable, et comme toujours très musical. Quant à Porky Pig dont c'est la première apparition officielle, il n'est pour l'instant qu'un faire-valoir pittoresque, ce qu'il va rester avant d'avoir sa série bien à lui.
Bob Clampett? En fait, ce film, tout comme Crazy Cruise sorti la même année, recèle un petit mystère... Qui n'est pas sans solution, on le verra très vite; sans aucune histoire, c'est une promenade à travers l'univers rural, avec des gags liés à des jeux de mots infâmes, prétextes aux gags visuels les plus glorieusement lamentables, avec la voix posée, pédante et ultra-sérieuse d'un vulgarisateur, comme les "travelogues" ou les films didactiques d'un autre temps... Le genre de parodie qui anticipe de quelques années un style qui fera les grandes heures de Mad, ou Pilote par ici, et bien sur on pense à Goscinny, Kurtzmann...
...Et Tex Avery. Tiens, justement, ce type de films, Avery qui ne "sentait" aucun des héros de la WB, s'en était fait une spécialité précisément parce qu'ils lui permettaient de faire rigoureusement ce qu'il voulait: The isle of Pingo Pongo ou Cross country detour en sont de précieux exemples...
. Et justement: on ne reconnait pas la patte de Clampett dans ce film qui lui est pourtant clairement attribué... Les gags sont certes idiots et relatifs au monde des médias de l'époque, ce qu'il faisait couramment (Ici, on aura des allusions aujourd'hui mystérieuses à des émissions de radio, à Eddie Cantor, etc), mais Tex aussi! Et l'animation est d'une grande rigueur, sans ces embardées vers la folie furieuse qui caractérisaient déjà le travail de Clampett en noir et blanc. Donc si on sait que Clampett a effectivement repris l'unité d'Avery au départ de ce dernier, il se peut que Tex soit parti très très précipitamment, et que le travail initial de Clampett ait été justement de finir les films sur le feu. Dont celui-ci, et très probablement Crazy Cruise.
Maintenant, la bonne nouvelle, c'est que peu importe ici qui a été le marmiton: la soupe est bonne.
Attention, effort de guerre! Bugs Bunny est dans une caisse à la dérive, et n'est pas inquiet: dans ce genre de situation, il y a toujours une île où aborder... Dont acte: une fois trouvée l'île paradisiaque, Bugs va malgré tout déchanter car il va se trouver face à un nippon en uniforme, et pas des plus fins. Mais le lapin qui n'a fait qu'une bouchée de Hermann Goering en a vu d'autres...
Effort de guerre, donc: y'a-t-il une façon de pouvoir voir ce film sans pour autant tiquer devant la peinture ultra-caricaturale du Japon, de ses coutumes, de son langage?
Oui, après tout: c'est tellement une caricature, qu'il n'y a pas lieu de s'en inquiéter. Le film se déroule assez agréablement, mais Freleng et ses animateurs semblent, à la fin, nous donner un message subliminal: ce film n'est pas comme les autres. Afin de le souligner, ils donnent une lapine à Bugs Bunny, qui va décider, une fois un bataillon Japonais décimé, de rester. Et sa réaction est sans équivoque. De fait, on rejoint le territoire, plus adulte, des films de propagande de Private Snafu. Freleng savait très bien qu'on ne pourrait pas considérer ce petit film mineur, plaisant mais profondément politiquement incorrect comme autre chose qu'une halte, en dehors des sentiers battus.