C'est amusant de constater qu'alors que Mack Sennett avait offert à Chaplin l'opportunité de réaliser afin de le dégager des jambes de Mabel Normand, qui ne l'aimait pas, ils se se soient retrouvés co-réalisateurs et co-vedettes de ce film: un garçon de café séduit une bourgeoise en se faisant passer pour l'ambassadeur du Groenland (!) mais va devoir affronter la déception de celle-ci lorsqu'elle vient dans son café pour s'encanailler.
Bon, certes, on est encore dans un territoire propice aux coups de pieds aux fesses, mais Chaplin continue à faire évoluer son personnage, déjà physiquement très proche de ce que nous allons bientôt savourer. De plus, la multiplicité des décors, l'enjeu, une situation écrite plutôt qu'improvisée, nous éloigne des mauvaises manies de la Keystone. Le cinéma est en marche!
On attribue officiellement ces deux bobines à la seule Mabel Normand, et c'est vrai que la partie romantique porte totalement sa griffe, essentiellement dégagée des obligations habituelles de la Keystone: les gags y sont liés à la situation, les caractères y sont moins caricaturaux, et il y a une vraie intrigue. Mais de la même manière, les scènes dans le cabaret sont du pur Chaplin, avec l'utilisation austère mais précise de deux décors dans lesquels Chaplin et ses collègues s'activent. Et le comédien, qui a semble-t-il décidé d'explorer toutes les ressources de cet art nouveau qui le fascine, s'amuse joliment avec les ruptures de ton, dans son jeu, lorsque pris par l'émotion d'une chanson qu'il entend, son personnage est pris de sanglots... Une scène du plus haut tragi-comique.
En deux bobines, cette collaboration qui n'a pas du être de tout repos s'avère une étape essentielle dans la carrière des deux comédiens-cinéastes.
Lassé de jouer à contre-emploi dans les films des autres, Chaplin a détesté ce film, pourtant intéressant, puisque c'est le premier court métrage de plus d'une bobine dans lequel il jouera. Mais il n'avait pas totalement tort, ce personnage de séducteur autoritaire dans une vague histoire de courses de voiture n'est pas pour lui.
C'est un film qui est au confluent de deux, voire trois tendances de la Keystone: les films de Mabel Normand, qui tout en étant d'authentiques comédies, essaient de situer le débat autour d'un romantisme évident, fut-il grotesque; les films improvisés par Sennett sur des lieux de manifestations populaires et particulièrement sportives (ici, une course de bolides dans laquelle Sennett a placé ses acteurs, dont lui-même... Il est atroce); et enfin, les grosses comédies bien vulgaires qui étaient le plus souvent interprétées par Ford Sterling. Et celui-ci venait de quitter le studio.
C'est la raison pour laquelle Chaplin, ici, porte justement un costume qui renvoie à celui de Sterling, tout en étant une variation sur les habits de Chaplin dans Making a living et Cruel cruel love. L'interaction avec la star Mabel Normand aurait toutefois pu porter ses fruits. Mais d'une part, on ne demande pas à Chaplin de jouer la comédie, ici, plutôt de gesticuler et de vociférer en direction de la caméra... Quant à Mabel Normand, ça ne s'est pas bien passé cette fois-ci: elle n'avait que faire des comiques Anglais...
Un policier (Charles inslee) et sa voisine (Alice Davenport) désapprouvent totalement les projets de mariage de leurs enfants respectifs, Mabel (Normand) et Charles (Avery). Un jour, les deux parents se retrouvent coincés dans un placard, et Mabel qui a entendu du bruit, soupçonne l'intrusion d'un bandit et alerte la police (en mode Keystone rural...).
Cette intrigue est presque du pur Griffith... C'est bien évidemment assez peu subtil, pour utiliser un euphémisme, mais le principal intérêt de ce film longtemps perdu (Et retrouvé bien sûr en Nouvelle-Zélande il y a quelques années, en même temps que d'autres merveilles), est de nous faire voir Mabel Normand à ses débuts. pas l'actrice, non: la réalisatrice, dont ce Won in a closet est le deuxième film. Et si elle se conforme en tous points à l'orthodoxie de Sennett en matière de construction globale, de rythme et de mise en évidence du grotesque (sans parler de la joyeuse arrivée des forces de l'ordre), elle se ménage pourtant des moments plus subtils, et utilise même l'espace filmique dans des trouvailles inédites: en témoigne ce beau plan qui utilise le split-screen d'une façon nouvelle pour rapprocher les amoureux.
Tout le petit monde est en place, lorsque Sennett sort ses premiers films sous le label Keystone. Il est encore acteur et n'a pas encore délégué la place de réalisateur comme il le fera si souvent, et il est bien entouré: Ford Sterling est de la partie, et Mabel Normand aussi. Elle était indispensable, car dans les derniers Biograph réalisés par Sennett, elle était déjà identifiée par le public. Elle avait d'ailleurs une image de sportive, ce qui allait avoir des conséquences aussi bien sur ce film, que sur l'histoire des films Sennett...
L'intrigue est réduite à sa plus simple expression: Sennett joue un jeune homme amoureux qui s'apprête à présenter sa petite amie Mabel Normand à ses parents. je ne sais pas qui est la maman, mais le père est joué par Sterling et il vole la vedette à tout le monde... Il va à Coney Island, y perd de vue son épouse et en attendant son fils qui ne devrait pas tarder, il flirte avec une jolie fille qui semble largement poser en maillot de bain pour la caméra... Et bien sur c'est Mabel Normand.
Celle-ci est donc en maillot de bain 1912 pour une large partie du film (Tourné dans l'est, car Sennett n'avait pas encore relocalisé son studio dans l'ouest), et doit faire des démonstrations de plongeon, l'une de ses spécialités (même si la scène est filmée à une certaine distance et il est fort probable que ce n'est pas elle). Mais d'ici quelques années le studio allait surtout se concentrer sur le maillot de bain, et en faire un argument de vente imparable...
Il y a semble-t-il débat, pour savoir si oui ou non ce film est la naissance d'une immense légende, celle des "Keystone cops", ces policiers ineptes qui courent dans tous les sens en sautant en l'air. Et en fait, non, et puis c'est anecdotique. L'important, c'est de savoir que le studio de Mack Sennett tournait sans jamais s'arrêter des film dans lesquels la frénésie (la plupart des acteurs ici en fait) côtoyait parfois la grâce, situés dans un monde si souvent rural ou le grotesque (Fred Mace et sa barbiche improbable) n'était qu'un reflet à peine déformé de la vie, la vraie.
Après, si vous me demandez de résumer ces six minutes de comédie, je dois bien avouer en être incapable...