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6 juin 2018 3 06 /06 /juin /2018 21:56

Avec ce premier effort en deux bobines, totalisant 24 mn, Chaplin situe son personnage dans un cadre professionnel lié au spectacle, autant dire que le comédien est à la maison. On le sent beaucoup plus à l'aise qu'avec les courses poursuites à vocation extra-conjugales qui étaient de mise chez son employeur...

Si la présentation des coulisses d'un minable vaudeville ramène forcément Chaplin en arrière, au temps des planches avant la célébrité des années Karno, il convient de noter que le comédien interprète un accessoiriste, et laisse donc le cabotinage à d'autres. D'ailleurs un détail me frappe: exactement comme son personnage dans le film Mutual Behind the screen, en 1916, l'accessoiriste ici joué par Chaplin est entièrement grimé en Chaplin, à trois détails près: il a tombé la veste, ne porte pas systématiquement de chapeau, après tout on est en intérieurs, mais surtout il fume la pipe en permanence: Chaplin a senti le besoin d'établir une bonne fois pour toutes le coté sédentaire du personnage, et la pipe est un outil essentiel à cet effet.

Mais bien sûr, on est encore à la Keystone, et si le film se passe de catastrophe en catastrophe, toutes liées plus ou moins au fait que les comédiens et le théâtre qui les emploie sont minables, ce qu'on retiendra en particulier c'est l'extrême agressivité, de tout le monde en général, et de Chaplin en particulier: voilà le trait de caractère qu'il lui faudra éliminer une fois qu'il aura quitté l'usine à gags, celle ou on envoie des briques et des tartes à la crème plus vite que son ombre. Pour l'instant son personnage est campé, qu'il soit vagabond ou pas importe peu, mais il lui manque un soupçon d'humanité qu'il saura lui conférer bientôt.

 

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Published by François Massarelli - dans Muet Comédie Mack Sennett Charles Chaplin
26 mai 2018 6 26 /05 /mai /2018 17:26

Chaplin, en plein raffinage de son personnage, interprète un locataire d'une petite pension de famille, tenue par Minta Durfee. Celle-ci n'est pas spécialement tendre, sauf avec un de ses locataires: devinez lequel... Le fils de la dame va donc observer la maison, où tout le monde flirte avec tout le monde, et innocemment prendre des photos de toutes les situations scabreuses possibles et imaginables, pour la séance de lanterne magique de la veillée...

Il n'est pas difficile de deviner que la film se clôt sur une poursuite... A cette époque, Chaplin insiste pour réaliser ses films, ne se sentant pas à l'aise dans les courts métrages des autres. Il a raison: ce sujet ne lui convient qu'à moitié, même s'il rejouera 33 ans plus tard les verts galants dans M. Verdoux... En cause, le fait que le comédien ne soit qu'un des protagonistes de l'action, et qu'il doive s'intégrer à un ensemble dont l'homogénéité est loin d'être le point fort, sous la direction purement fonctionnelle de George Nichols.

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Published by François Massarelli - dans Muet Comédie Charles Chaplin Mack Sennett
25 mai 2018 5 25 /05 /mai /2018 18:57

Un bourgeois (Chaplin) veut se suicider en buvant du poison, car sa petite amie (Minta Durfee) lui interdit de venir chez elle, suite à un quiproquo: elle l'a surpris avec la bonne, et a pris une conversation innocente pour une tentative de séduction. Mais le poison est-il vraiment du poison?

...Non, c'est de l'eau. Chaplin est ici bien différent de son personnage de plus en plus fréquent, avec son costume de plus en plus reconnaissable. Sa moustache est effilée sur les côtés, il porte monocle, une redingote claire et un haut de forme, plus des guêtres, ce qui immédiatement l'identifie aux yeux du spectateur moyen de 1914 comme un homme de la bonne société.

Le film est un mélodrame jovialement crétin, particulièrement exagéré, qui me semble par bien des côtés comme une réponse parodique narquoise de la Keystone à la biograph. D'ailleurs, Chaplin ferait un Henry B. Walthall tout à fait acceptable, notamment dans la scène du poison, où l'acteur qui s'imagine mourir, se voit déjà en enfer... L'année précédente, Walthall avait joué le tourment d'un personnage de Poe dans The avenging conscience.

 

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Published by François Massarelli - dans Muet Comédie Mack Sennett Charles Chaplin
25 mai 2018 5 25 /05 /mai /2018 10:11

Voilà un film qui tranche non seulement sur les autres productions Keystone, mais plus encore sur l'ensemble de la carrière de Chaplin: c'est le seul de ses muets dans lesquels le comédien apparaît, du début à la fin, ou presque, au naturel: maquillé, certes, habillé bien sûr, mais surtout sans moustache. Et il n'est pas le seul du reste: Ford Sterling et Roscoe Arbuckle ont droit aussi d'abandonner les costumes ou postiches. Et ironiquement, l'essentiel de ce court métrage d'une bobine se situe sur le lieu d'un bal... costumé, où l'on remarquera que Chester Conklin est venu déguisé en Keystone cop!

Justifiant le titre, le tango était la danse scandaleuse à la mode, soit quelques années après l'Europe, quand même; mais il n'y a pas de tango dans la salle de bal qui est le lieu de l'action; juste un petit orchestre de danse dont Ford Sterling, cornettiste, est le chef, et Roscoe Arbuckle le clarinettiste. Et Chaplin, lui, est un danseur bien habillé, mais... saoul. Voilà pourquoi je disais plus haut qu'il apparaissait presque au naturel, car l'un des secrets de Chaplin a toujours été de fusionner costume et jeu d'acteur. Ainsi, en apparaissant en costume de ville mais feignant l'ébriété il est déguisé. On peut appliquer cette idée à l'apparition de Chaplin en Hitler dans The great dictator, ou à son interprétation fabuleuse d'un poulet plus vrai que nature dans The gold rush...

Le film ne nous laisse pourtant que peu de chances d'apprécier la subtilité du jeu de l'acteur, car le sujet de l'intrigue ne le permettra pas: le chef d'orchestre, le clarinettiste et le poivrot de la haute société ont tous en commun de trouver la même femme (Probablement interprétée par Sadie Lampe) à leur goût; étant des personnages d'un court métrage Keystone ils vont se résoudre à traiter l'affaire en se battant d'une manière particulièrement agressive (Ford Sterling, qui donne toujours l'impression d'improviser la sauvagerie, mord le nez de Chaplin à un moment): pas un concours de subtilité, vous vous en doutez. Néanmoins, à ce petit jeu, c'est quand même Chaplin qui gagne, et sur plusieurs niveaux: d'une part il est vraiment meilleur que Sterling, c'est évident. Mais surtout il est désormais amené à jouer aux côtés des vétérans, ceux qui attirent les foules, foules qui ne vont pas tarder à se mobiliser pour venir voir les films du nouveau comédien de la Keystone, en masse.

 

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Published by François Massarelli - dans Muet Comédie Charles Chaplin Mack Sennett Roscoe Arbuckle
10 juin 2017 6 10 /06 /juin /2017 11:33

On le sait bien, les gags se recyclent comme un rien dans le Hollywood burlesque. Un gag apparu chez Billy West dans les années 10 peut très bien se retrouver ensuite aussi bien chez Charley Chase, Max Linder, voire les frères Marx. C'est d'ailleurs précisément le cas... Mais il ne s'agit en rien d'un plagiat, juste d'un vaste bien commun, dans lequel puisent à volonté des gagmen qui doivent fournir, et qui bien souvent passent d'ailleurs d'un studio à l'autre. Mais les décors? Eh bien, et les travaux formidables de l'historien John Youngson sont là pour le prouver, oui, les décors se recyclent d'un film à l'autre... Ce film en fait la preuve.

Etant un film de Del Lord, on ne va s'attarder ni sur la finesse, ni sur l'intrigue. Mais ce qui me frappe en le voyant (Outre une énième occasion pour Madeline Hurlock de faire la démonstration de sa sexytude), c'est que les deux personnages principaux, interprétés par Andy Clyde et Billy Bevan, sont des livreurs de glace (D'où le titre), qui doivent monter et descendre en permanence un escalier très impressionnant, situé à flanc de colline...

En 1932, on y transportera un piano.

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Published by François Massarelli - dans Muet Comédie Mack Sennett Del Lord
10 juin 2017 6 10 /06 /juin /2017 11:22

Aller d 'un point à un autre, ou pas, un bon vieux ressort de la comédie, sachant qu'en route il peut arriver bien des déboires. Et comme en 1926, pour traverser tout le continent Américain d'est en ouest, on fera bien sur confiance à la voiture, ce qui attend Billy Bevan, entre les mains du spécialiste de la cascade automobile sera du plus haut burlesque...

Pas tant que ça, remarquez: pour une fois, Lord a poussé Bevan a créer un personnage, celui d'un insupportable boute-en-train. Il est tellement irritant, que son patron le mute sans lui demander son avis... en Californie. Ce qui peut paraître étrange si c'est une punition, mais je crois qu'il nous fait laisser toute lecture logique au vestiaire avant d'aborder un film comme celui-ci. Sur la route (qui passe, bien sur, par monts, vaux, marais et canyons, sinon ce ne serait pas du plus haut intérêt...), lui et sa famille (Epouse et belle-mère sont fournies avec le tacot) rencontrent en permanence une autre famille: un couple, dont l'irascible élément mâle est Vernon Dent. Et il va souffrir, toute la route durant, du sens de l'humour inapproprié de Bevan...

La chute sera prévisible et inévitable car après tout rappelons que le héros du film n'a jamais mis les pieds dans la branche Hollywoodienne de son entreprise, il ne connait donc pas encore son patron...

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Published by François Massarelli - dans Muet Comédie Mack Sennett Del Lord
7 juin 2017 3 07 /06 /juin /2017 16:02

C'est en une seule bobine que l'équipe de Del Lord a fait ce film, un cas d'école en matière de crétinisme total, en même temps qu'un film tellement bouffon qu'on ne peut que rendre les armes. L'intrigue est située dans une île des mers du Sud donc on peut dire qu'il y aura des gags liés à une vision noire de l'anthropologie... C'est exactement ce qui se passe: Andy Clyde et la troupe de Sennett y jouent une tribu locale. Clyde se contente d'un peu de maquillage, mais les autres possèdent... un T-shirt "noir" du plus étrange effet, et d'abominables perruques afro! Sur l'île, donc, la princesse (Madeline Hurlock, pas du tout maquillée, comprenne qui peut), a vu dans un magazine un portrait de Billy Bevan, et ne voudra pas d'autre homme. Vernon Dent, puni, a pour mission de le ramener, ce qu'il fait. 

Une fois Bevan arrivé, le film devient un peu plus surréaliste encore, et une bonne partie voit l'acteur plonger pour effectuer une épreuve d'admission: plonger au milieu des requins. Et il craque même une allumette sous l'eau, c'est dire! La dernière partie du film est consacrée à une rencontre de l'acteur avec une sirène. 

Et e pire, devant ce qui est un festival de n'importe quoi qui dure douze minutes, c'est qu'on a parfois le sentiment qu'il a pu être plus long, coupé soit par l'outrage des ans, soit par un monteur quand même un peu plus lucide que tout le reste de l'équipe!

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Published by François Massarelli - dans Muet Comédie Mack Sennett Del Lord
7 juin 2017 3 07 /06 /juin /2017 15:53

Dans ce court métrage de deux bobines, on voit bien la marque de l'économie Sennett: quand on fait un film, on essaie de différencier les deux bobines, afin de pouvoir éventuellement les transformer en deux films indépendants! Et par ailleurs, ce film assez médiocre dans l'ensemble bénéficie d'un statut de classique... Ca s'explique très facilement. Le film est axé autour d'une invention, qui justifie le titre (Sorte de mélange balourd entre argot 1925 et une invention de l'époque): le pilotage des voitures par radio. Du coup, la première bobine est un festival de cascades et poursuites liées à une accumulation (Parfois littérale, aussi bien horizontalement que verticalement) de ces tacots à vil prix, qu'on surnommait des "Lizzies". C'est la partie la plus connue de ce film qui par ailleurs met en scène Andy Clyde et Billy Bevan.

La deuxième bobine, quant à elle, est située en intérieurs, et concerne une offensive d'espionnage industriel, pour piquer à l'inventeur sa machine. C'est lent, répétitif, et notamment pollué par une série de gags racistes. Du coup, il est clair que le film est assez mal foutu...

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Published by François Massarelli - dans Muet Comédie Del Lord Mack Sennett
7 juin 2017 3 07 /06 /juin /2017 15:33

Dans Black Oxfords, le script repose sur un cliché éculé du mélodrame, qui a été repris des dizaines de fois par les scénaristes de Sennett: une mère et une fille font face à un propriétaire véreux, qui les menace d'éviction car elles ne peuvent payer le loyer, à moins que... la fille n'accepte d'épouser le propriétaire! Le fils, qui est en prison, s'évade afin de leur venir en aide... 

La fille, c'est Marceline Day, qui à 16 ans, joue son premier rôle dans un film! On la voit aux côtés de Sid Smith (Jack, le frère), et de Natalie Kingston dont le rôle (La fiancée de Jack venue d'un peu nulle part) est comme cela sera souvent le cas, purement décoratif! Il y a peu à dire sur ce film, qui installe en une bobine une situation assez basique, le prétexte à déchaîner les voitures sur une deuxième bobine entièrement construite sur des poursuites. Bref, on est chez Del Lord, qu'un historien a appelé le Mozart du cinéma burlesque mécanique!

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Published by François Massarelli - dans Muet Comédie Mack Sennett Del Lord
6 juin 2017 2 06 /06 /juin /2017 07:22

De tous les metteurs en scène de Sennett, il était le plus extrême, celui qui ne reculait devant aucun gag, aucune opportunité d'en rajouter: la filmographie de Del Lord est une suite fascinante de courts métrages surréalistes. Il a surtout tourné avec Sid Smith et Billy Bevan, mais au début de sa plus longue période pour le studio, il a aussi dirigé le comédien loucheur Ben Turpin, notamment dans ce classique de l'auto-dérision. C'est d'ailleurs l'un des nombreux films de Sennett dans lequel le lieu de l'action et le lieu du tournage se correspondent à 100%: le studio d'Edendale...

Harry Gribbon tourne un film chez Sennett, un western dont l'acteur principal (Sid Smith) est plutôt frileux quant aux cascades. Il faut trouver quelqu'un capable d'effectuer exactement les gestes compliqués qui sont requis par l'action! Arrive alors par hasard dans le studio un cow-boy inattendu, Joe Magee (Turpin), qui par un hasard extraordinaire fait exactement ce qui est demandé, mais par hasard. Il est engagé (Une scène dans laquelle il joue avec Madeline Hurlock l'a convaincu), et la vie ne va pas être des plus tranquilles...

Il y avait deux moyens de faire du métrage facile de pellicule chez Sennett, et ils sont tous les deux représentés abondamment dans ce film: d'une part, le fait de tourner dans le studio une histoire de tournage, comme dans The extra girl, le long métrage de F. richard Jones exactement contemporain avec Mabel Normand. C'est simple, ça permet de ne plus se soucier du cadrage, et le public adore... Et d'autre part, profiter de la vie, et filmer ce qui se passe dans les rues, comme un incendie qu'on se débrouillera ensuite pour incorporer dans n'importe quel film. C'est donc une suite de scènes dans lesquelles Turpin doit faire cascade idiote après cascade idiote, et c'est assez drôle. Mais on constate, d'une part, que le studio aime à s'auto-caricaturer en une espèce d'asile dans lequel se jouerait un concours du plus frénétique, et d'autre part que les cascades sont non seulement dangereuses dans l'histoire, mais qu'elles ont du occasionner plus d'un souci chez ces acteurs pourtant rompus à l'exercice. Et Del Lord, qui était auparavant en charge des cascades automobiles (Quiconque voit un de ses films le devinera très vite); ne se prive d'absolument rien.

...L'inconscient!

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Published by François Massarelli - dans Muet Comédie Del Lord Mack Sennett