Si les films produits à l'époque du muet par Mack Sennett sont reconnus comme les plus farfelus, à plus forte raison ceux tournés dans les années 20, alors il est peut-être temps de rappeler que de tous les metteurs en scène (Et non des moindres: Harry Edwards, Roy Del Ruth, Clarence Badger, Eddie Cline ou encore Clyde Bruckman font partie de la liste!) du studio, Del Lord était sans doute le plus doué parmi les spécialistes en matière de bouffonnerie. Bref ses films sont idiots, et ce volontairement: une sorte de pure synthèse parfaite de ce qui faisait le style Sennett: scripts qui prennent l'eau, situations imbéciles, acteurs en roue libre, le fameux cyclorama de Mack Sennett utilisé plein tubes, tournage à 12 images secondes pour être montré à 24, etc... Rien ne lui faisait peur, rien ne l'arrêtait, et le résultat, c'est que ses films sont glorieusement et définitivement crétins. Celui-ci ni plus, ni moins que les autres...
En Bullomania, on aime particulièrement les toreadors. Et du coup, la princesse Ernestine (Madeline Hurlock) ne pourra se marier qu'avec un de ces tueurs. Le chauffeur du roi, Adonis (Sid Smith) décide donc de le devenir. Parallèlement, le torero Manuel Risotto (Andy Clyde) kidnappe la jeune femme, ce qui occasionne une poursuite, dans laquelle la confusion s'installe: on croise en effet un inventeur qui vient de mettre la dernière main à la fusée qui l'amènera sur Mars... et le reste est indescriptible, défiant glorieusement toute tentative de critiquer quoi que ce soit. On notera aussi que contrairement à Mud and Sand, de Stan Laurel, ce film ne tente pas un seul instant de parodier, au delà du parallèle avec le titre, le film Blood and sand de Fred Niblo avec Rudolf Valentino. Quoi qu'il en soit, la stupidité militante, à ce niveau, devient purement et simplement de la beauté.




A la fin de la guerre, tous les soldats Américains sont revenus ou localisés... sauf un. Langdon est resté seul, ne réalisant pas que les hostilités sont finies. après quelques scènes liées à son ignorance, il fuit un terrain qu'il croit infesté d'ennemis, et arrivent sur les terres d'un royaume (la Bomanie) ou se joue un drame à la Zenda: il est le sosie du roi, un abominable soiffard, et va l'espace d'un instant régner afin de mettre un complot en échec, sans rien comprendre àvec qui lui arrive...
Fiddlesticks (1926) Pour son dernier court conservé, Langdon relève le niveau, avec une histoire de musicien tellement affligeant que son professeur lui a donné un diplôme
pour se débarrasser de lui. Le contraste entre l'enthousiasme juvénile du contrebassiste Harry et les envies de meurtre du public est très drôle, surtout lorsque sa famille le jette dehors sans
ménagement, et qu'il leur sourit, et leur dit: "C'est bien parce que c'est vous..." avant de s'en aller. Un film parfois Laurelien, avant la lettre...
Non, Arbuckle, vedette chez Sennett dès les années Keystone, et ce dès les premiers temps héroïques, n'est pas que l'homme du fameux scandale, ni le mentor des premières années de
Keaton au cinéma. Plus que rondouillard, doté d'un sens de l'humour méchant et d'un timing ravageur, il promène sa silhouette dans une impressionnante série de courts métrages aux prétentions
ouvertement et outrageusement boulevardières...

Avec Harry Langdon, Sennett a donc enfin trouvé un artiste qui est absolument insoluble dans le type d'humour favorisé par sa compagnie... et All night long est un bon exemple de cet état de fait. Capra datait à peu près de ce film, il est vrai classique, l'invention du personnage de Langdon, qu'il s'attribuait à 100%. Bon, sachant qu'il ne travaillait pas encore pour Sennett à l'époque, on sait quoi faire d'une telle affirmation... Non, la réussite de All night long est attribuable à deux hommes: d'une part, le réalisateur Harry Edwards, qui a su faire avec les moyens du bord et avec un patron attaché à "son" style, un film étonnant qui est beau à voir, particulièrement astucieux dans son déroulement (il y a un flashback très bien mené) et constamment drôle.
Ce film possède bien deux parties lui aussi, mais la deuxième ne fait pas toute la deuxième bobine: Langdon a réussi à imposer une structure plus souple, qui lui permet d'exploiter à fond toute la situtation de base: au matin de son mariage (Avec Marceline Day), Langdon se réveille avec une gueule de bois et.. marié à Madeline Hurlock. c'est embêtant, surtout lorsque Marceline et sa maman (Charlotte Mineau) se déplacent, ou lorsque la jeune femme se plaint à son père (Andy Clyde)... qui est justement chef de la police. Harry va donc en prison, faire des travaux d'intérêt général. Les cinq dernières minutes le voient s'évader, et devenir chauffeur de fiacre. Il conduit notamment des Chinois, qui fument de l'opium, et le film se casse un peu la figure. Mais les quinze premières minutes, entièrement centrées sur Harry et sa réalisation de la situation extrêmement délicate dans laquelle il est, sont tordantes.