Méliès, grimé en magicien, se tient sur une scène déguisée en intérieur bourgeois. Il fait apparaître une jeune femme, et s'amuse à intervertir sa place avec elle, de façon "magique" ou en utilisant des effets spéciaux bien ciblés...
Il n'en reste pas moins que le magicien a avec son assistante, sous couvert de la bonne marche d'un numéro d'illusionnisme, un rapport pour le moins tactile: il la porte jusqu'à une table, et même il la déshabille... Changement express de vêtements, merci la magie des effets spéciaux.
A partir d'un coffre, Méliès (en magicien, bien sûr) imagine une suite d'apparitions, de disparitions, et fait comme souvent intervenir des jolies femmes dans des poses de statues...
Le film est un étourdissant ballet d'effets spéciaux parfaitement intégrés, donc si on peut toujours se dire que Méliès, dans son inspiration, tourne en rond, il a au moins le mérite de le faire avec un style unique et inimitable...
De tous les films existants de Méliès, celui-ci est sans doute le plus court... par la force des choses, puisqu'il en reste uniquement une dizaine de secondes. On y voit un Méliès, déguisé et grimaçant, qui fume frénétiquement. On pourrait presque imaginer qu'il s'agit d'un effet spécial tiré d'un film inconnu, ou même un essai pour un insert, mais je ne sais pas dans quelle mesure Méliès, vu son rythme de tournage, faisait vraiment des essais...
Ce pourrait donc tout simplement être un fragment d'un film publicitaire, parce que ça, il a toujours pratiqué...
On a quitté Le Bourreau Turc coupé en morceaux par ses victimes auxquelles il avait pourtant coupé la tête, et on retrouve le Méliès perruqué (signe, généralement, qu'il revisite les canons de son passé d'illusionniste) qui joue avec une tête, un double de lui-même...
Dns ce film à trucs, basé sur un fond noir assez classique, le magicien continue ainsi sa filmographie en forme d'association d'idées permanente: à un film narratif sur la décapitation, vient répondre un film à trucs autour d'une tête privée de son corps!
Une variation par Méliès autour du personnage lunaire de Pierrot, combiné à la science désormais acquise du réalisateur en matières d'effets spéciaux!
L'occasion est trop belle pour la rater: la Lune, c'est bien sûr l'astre de Méliès, par excellence. Avec lui, si d'aucuns attrapent des coups de soleil (chez Méliès, on verrait des pages se promener alors avec un tube de Biafine géant!) on attrape en visionnant ses films de sérieux coups de lune... Une lune toujours délirante, personnifiée, et bien sûr habitée dans tous les sens du terme.
Ne cherchons pas de vraisemblance ni de réalisme dans ce film (et pas non plus dans l'ensemble des films de Méliès du reste!): ici, l'illusion du cinéma sert la magie, et le tout est basé sur des fantasmes bien courants à l'époque, quand il s'agissait d'exotisme...
En Turquie, donc, un bourreau exécute quatre condamnés à mort en les décapitant, puis met leur tête dans un tonneau! Alors que le bourreau ne regarde pas, une des têtes sort et se remet sur un corps, redonnant vie au condamné, qui sauve ensuite ses copains en reprenant les têtes là où elles sont! Mais le clou du spectacle est la vengeance de tous ces infortunés...
Une vengeance que je vous laisse découvrir, qui montre aussi un arrière-plan à la fois sadique et loufoque de Méliès, qui a joué sur trois tableaux ici: l'horreur, l'absurde et la surprise...
Dans ce remake d'un film de rêve (il y en a eu quelques-uns), Méliès recycle quelques idées, et bien sûr incarne ici le rêveur victime de ses danseuses...
Et justement, des danseuses, il y en a. Méliès utilisait parfois les danseuses de la troupe du Chatelet (dans Le voyage dans la lune, elles sont beaucoup utilisées), parce qu'il voulait une certaine discipline corporelle, et avec une troupe établie, c'était plus facile. Et souvent il leur faisait faire d'authentiques pas de danse, comme c'est le cas dans de nombreux films de la fin de 1903, ce sera de nouveau le cas dans le suivant de ceux qui nous sont parvenus...
Certains des décors de ce film, qui vire bien sûr au cauchemar, seront précisément utilisés de nouveau dans ce projet suivant, intitulé Faust aux Enfers...
Polichinelle (Méliès) et Pierrot construisent à partir d'éléments de carton-pâte une lanterne magique de fort belle taille, et projettent des images particulièrement vivantes sur un mur... Ils laissent sortir de la lampe des danseuses, un arlequin et Colombine. Puis les deux compères se disputent les faveurs d'une danseuse, provoquant l'intervention de la police...
Au-delà de l'anecdote assez banale, le film est intéressant sur quatre points... d'une part, il repose une fois de plus sur des trucages perfectionnés, et présente une innovation: une surimpression non pas sur fond noir, mais sur fond blanc, qui tranche radicalement avec l'habitude, en soulignant son côté artificiel.
Ensuite, Méliès a ici recours, comme souvent dans les films environnants, à une troupe de danseuses, et les avait probablement en contrat pour plusieurs, jours, rentabilisant son investissement dans plusieurs films, on les retrouvera d'ailleurs dans d'autres bandes effectuées en fin 1903.
Puis on remarquera que l'intervention de la police pour séparer les protagonistes indique en quelque sorte qu'on est dans un lieu public, et donc probablement, le Théâtre Robert-Houdin...
Et enfin, quand on y pense, Méliès réinventant la Lanterne Magique, l'ancêtre direct du cinéma, en substituant des images mouvantes aux images fixes, n'est-ce pas déjà une sorte de méta-film, un commentaire sur la magie du cinéma? Qui mieux que Méliès, d'ailleurs, pour le faire si tôt?
Continuant à expérimenter avec les sketches inspirés du music-hall, Méliès recycle aussi le schéma de ses films à trucs, avec un magicien doté d'un assistant (toujours le même, d'ailleurs!), ici affublé d'une barbe, et une foule d'enchaînements d'effets spéciaux des plus divers, évidemment accompagnés d'explosions.
Une bonne part du film repose sur l'illusion de transformer un mannequin en une jeune femme, et les variations en sont nombreuses et assez étourdissantes! Méliès s'amuse, au final, en poussant la logique de l'absurde jusqu'au bout, dans un gaga étonnant.
En utilisant le nom d'Alcofribas (très courant chez Méliès, si on en croit du moins les boniments qui nous sont parvenus pour l'accompagnement des films), le réalisateur-magicien se souvient de Rabelais, ce qui ne nous étonnera sans doute pas: non seulement le premier illusionniste du cinéma a des lettres, mais en plus, une oeuvre aussi foisonnante que foncièrement truculente et mal polie, ne pouvait que l'attirer...
L'enchanteur, donc, nous fait visiter son antre, et y fait la démonstration de ses talents, avec de multiples attractions toutes obtenues avec fonds noir, arrêt de caméra, et... un gros plan, celui d'une jeune femme qui contrairement à ce qu'on dit souvent n'est pas Jehanne d'Alcy, la compagne des vieux jours du metteur en scène.