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16 octobre 2022 7 16 /10 /octobre /2022 15:41

On a si souvent en tête les démons étranges et bondissants, les personnages et situations farfelues des films les plus connus de Méliès, qu'on est parfois surpris devant une inspiration changeante, variée, et qui se souciait d''explorer tous les genres de contes, histoires et autres narrations. Le meilleur exemple reste à n'en pas douter le film "militant" de L'affaire Dreyfus vue par un Georges Méliès indigné et qui avait des années avant la résolution de l'affaire, pris parti et donné sa version des faits en se basant sur les articles et l'actualité! 

Mais sans aller jusqu'à cet exemple célèbre entre tous, le conteur de Montreuil se faisait un plaisir de revisiter absolument tous les répertoires, et ses films colorés jouaient toujours une autre partition que le réalisme factuel, mais aussi souvent, s'éloignaient de la tendance au burlesque: c'est le cas notamment de cette Fée Carabosse qui commence comme un film à trucs: un troubadour vient consulter la fée (en réalité une vieille sorcière) qui lui prédit la rencontre d'une jeune et jolie femme prisonnière d'un château. Elle lui donne un talisman qui lui permettra de la sauver.. L'illusion passe par l'insert dans une séquence, de l'image de la jeune femme dans le cadre géant mais vide d'un tableau. Sauf que la séquence se termine par le départ du troubadour qui au moment de payer, n'a laissé à la sorcière qu'un sac rempli de sable, en lieu et place des espèces sonnantes et trébuchantes qu'elle attendait.

Ce qui pourrait déboucher sur une course poursuite à la Méliès va en fait prendre un autre chemin, le troubadour (suivi à une distance moyenne de la fée très en colère, bien entendu) se déplaçant dans des lieux extrêmement lugubres, dans lesquels on reconnaît une Bretagne légendaire et très glauque: des menhirs, des dolmens, mais aussi des abbayes désertes, des ruines inhospitalières... Dans ses moments les plus sombres, le film nous montre de façon toujours graphique (avec ces décors peints et ce mélange entre des murs en volume et d'autres peints, qui "font" l'esthétique des films Méliès) un univers finalement assez noir, dans lequel sur la fin Méliès acteur incarnera les forces du bien... Un film très curieux, en somme...

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Published by François Massarelli - dans Méliès Muet
16 octobre 2022 7 16 /10 /octobre /2022 15:39

Bien qu'il soit souvent présenté sous le titre L'Hallucination d'un alchimiste et daté à 1897, ce film en est un autre, et daté de 1906. Il est d'ailleurs très élaboré, même si ces deux minutes sont situées comme souvent dans un décor unique, elles font intervenir un grand nombre d'effets, d'illusions et de techniques visant à élargir le vocabulaire fantastique... Et surtout, il est en couleurs.

Un alchimiste s'endort près d'une cornue, et les sortilèges se multiplient; un serpent se matérialise puis se transforme en bouffon. D'autres fééries et personnages merveilleux ou inquiétants sont générés par la cornue...

Intéressant: pour ce film qui accumule les trésors d'invention (avec surimpression, fondu et autres arrêts de caméra), de constater qu'il nous montre un alchimiste, soit plus ou moins un magicien, qui s'endort et rêve de choses incroyables...

Mais le film reste notable pour cette petite énigme énervante que je signalais plus haut, qui nous donne en particulier à voir une erreur des restaurateurs: Lobster a sorti un coffret-somme des oeuvres de Méliès, dans lequel figurait ce film sous ce titre et attribué à 1906. Il était en noir et blanc, ce qui diminuait considérablement son intérêt, Méliès l'ayant clairement conçu pour la couleur. Lors de la parution en 2008 d'un DVD de complément, le film en couleurs a été inclus, mais sous le titre L'Hallucination d'un alchimiste, de 1897. Un film que nombre d'historiens considèrent aujourd'hui encore comme perdu... Comme quoi on peut être à la pointe des restaurations patrimoniales et faire des erreurs, mais c'est d'autant plus cocasse que Lobster a précisément sorti les "deux" films, sans manifestement se rendre compte de la méprise. On les pardonne, au vu du coffret monumental qu'ils nous ont donné...

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Published by François Massarelli - dans Méliès Muet
16 octobre 2022 7 16 /10 /octobre /2022 15:37

L'inventeur Crackford reçoit la visite d'un alchimiste, Alcofribas (George Méliès) qui lui vend des pilules qui lui permettront de voyager instantanément et sans effort... Mais le magicien mystérieux n'est autre que le Diable, et Crackford et son fidèle valet ne sont pas au bout de leurs surprises...

C'est un film assez long et ambitieux, surtout dans sa restauration la plus récente qui est basée sur une copie partiellement colorée, assemblée à partir de fragments dont beaucoup sont tirés de copies 35 mm. L'intrigue est essentiellement un prétexte à trucs et gags, qui se déroulent sur un certain nombre de tableaux et Méliès y recycle beaucoup de ses dispositifs théâtraux qu'il avait testés sur scène, et qu'il utilise pour nourrir ses illusions: à ce titre le film est spectaculaire, avec des scènes qui toutes passent par une construction similaire: Crackford et son valet arrivent dans un endroit, et tout se passe bien jusqu'à ce qu'un événement spectaculaire, loufoque ou burlesque ne vienne tout gâcher, et à partir de là tout devient n'importe quoi...

Pourtant, même si le film semble être un catalogue de délires à la Méliès, il est une adaptation d'une féerie de 1839, Les Pilules du diable. Et si le film, comme tant de Méliès longs, ne tient pas forcément la distance, il a au moins le mérite d'accumuler les changements de ton, et de montrer (surtout dans cette belle copie) le sens du détail qu'un examen parfois un peu trop distancié de l'oeuvre du maître nous fait oublier: la façon dont un détail de décor, une petite lune, semble tout à coup assumer une vie propre dans un plan compliqué qui a fait l'objet de plusieurs surimpressions, par exemple. Méliès demandait beaucoup à ses acteurs en troupe, ça n'empêchait pas des petites choses d'arriver, qui sont partie intégrante de son univers.

Et pour finir, le pauvre Crackford finit quand même littéralement sur la broche, et ça c'est quand même gonflé... La fin est le triomphe du mal dans toute sa splendeur, par un auteur qui a décidément envie de ne surtout pas faire comme tout le monde!

 

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Published by François Massarelli - dans Méliès Muet
16 octobre 2022 7 16 /10 /octobre /2022 15:28

La principale raison qui pousse Méliès à rester le plus souvent possible en studio est qu'il ne peut rien laisser au hasard, et les effets spéciaux qu'il utilise reposent en particulier sur une maîtrise absolue de l'espace. Ici, il a besoin de cet espace sombre au milieu du plan, qu'il va ensuite aménager au gré des tours de magie de l'illusionniste qui en est le principal protagoniste... Il va donc se servir de ce fond noir pour faire apparaître une femme spectrale, puis de part et d'autre des deux piédestaux, des "bulles" qui ne sont autres que des têtes de femmes...

Histoire de rester dans le ton, avant de disparaître, il va à son tour se changer en bulle de savon. Ca ne sort pas du thème...

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Published by François Massarelli - dans Méliès Muet
16 octobre 2022 7 16 /10 /octobre /2022 15:20

Confirmant une inspiration populaire et même assez vulgaire, ce film commence par l'arrivée d'un voyageur de commerce fin saoul à son hôtel, où le personnel a décidé de lui jouer un bon tour: profitant de ce qu'il est sorti de sa chambre pour aller se soulager, ce que le film rendrait presque explicite tant la gestuelle, et la présence d'une pancarte (WC à l'étage) sont clairs sur ce point, ils vont placer dans son lit un mannequin. A la fin, le pauvre homme est chahuté par tout l'hôtel, client(e)s comme personnel... Puis il explose.

Oui, il explose: peut-être que Méliès aussi, qui avait tourné un film entier sur du comique de situation... Donc en guise de résolution, la porte de sortie qu'il offre à son héros est un vieux truc coutumier de son cinéma, le fait de faire exploser le protagoniste, après tout, n'est rien dans la mesure où le bon goût a lui aussi explosé en vol!

Plus sérieusement, dans le film le champ est pour une fois coupé en deux dans le sens de la hauteur, avec un couloir de l'hôtel à gauche et la chambre à droite. Au fond du couloir, le fameux escalier qui mène aux commodités. A gauche, deux portes qui ne s'ouvriront que vers la fin, dont une qui laissera apparaître une jeune femme particulièrement court vêtue. Là encore, on sent ici comme une volonté de se situer dans la comédie à son versant le plus salace...

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Published by François Massarelli - dans Méliès Muet
16 octobre 2022 7 16 /10 /octobre /2022 10:08

Seules 25 secondes subsistent de ce film, dans lequel Méliès nous montre une séance de Guignol: voyez le photogramme ci-dessus, à gauche, le petit théâtre, à droite les enfants... En apparence, rien de plus, et si on tient compte de la disposition du proscénium, tout se passe comme si Méliès régressait e retournant à un niveau qui se situerait en dessous des frères Lumière!

Mais bon, c'est à ça que sert l'histoire du cinéma, à rectifier le tir parfois... Car la disposition dans le plan s'explique très bien, l'espace apparemment inutilisé au centre servira fort bien pour accueillir les effets spéciaux, et le titre est assez clair: cette séance de guignol va donc déboucher sur l'anarchie puisque les marionnettes vont sortir du cadre et se taper dessus au sein du public, du moins dans le film tel qu'il n'est plus...

Jusqu'à ce qu'on retrouve une copie plus complète.

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Published by François Massarelli - dans Méliès Muet
16 octobre 2022 7 16 /10 /octobre /2022 09:53

Reprenant le fil de ses grands sujets (avec narration obligatoire), Méliès s'attaque à un fait divers sanglant, qui a défrayé la chronique nous dit-on: des bandits ont incendié une ferme, et la police a donné l'assaut sur leur repaire. Ils se sont enfuis, et seul le chef a survécu. Arrêté par la police, il est exécuté...

On se rappelle un peu de L'histoire d'un crime de Ferdinand Zecca, qu'on a souvent accusé d'ailleurs de plagier Méliès. Mais cette fois ce sera impossible, d'une part  parce que le film de Zecca, probablement sous double inspiration (Méliès pour le principe de narration cinématographique, et Hugo pour le titre et une certaine tendance au militantisme) est sorti en 1901; d'autre part le film de Méliès repose pour sa part sur un autre type de sensationnalisme: là où Zecca faisait tout reposer sur la réflexion du condamné, et l'approche de l'exécution saisie dans tout le symbole de son drame, Méliès semble tout faire pour exciter son auditoire. Le bonimenteur et montreur d'ours n'était jamais très loin chez Georges Méliès...

Et de fait, si le film repose sur une utilisation de tournages en extérieurs, ce qui est une bouffée d'air frais dans son cinéma, Méliès n'est pas un militant, comme il avait pu l'être en son temps pour son Affaire Dreyfus par exemple. Ici, il serait plutôt en train de préparer son public à saliver un peu en attendant la séquence à effet spécial que tout le monde souhaite: l'exécution par la guillotine. Celle est, si j'ose dire, parfaitement exécutée! ...Et c'est vrai que ce film a été tourné avec comme motivation principale d'épater le bourgeois, et... de montrer le "décollement" dénoncé en 1981 par Robert Badinter.

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Published by François Massarelli - dans Méliès Muet
16 octobre 2022 7 16 /10 /octobre /2022 09:43

Sur un mur rempli d'affiches, deux colleurs déposent une nouvelle image. Une fois qu'ils sont partis (et en faisant attention à la patrouille occasionnelle de deux agents qui veillent à l'ordre établi), les personnages sur les publicités s'animent et commencent à se retrouver les uns avec les autres... 

C'est un tout petit film, qui nous rappelle un certain nombre d'aspects de l'oeuvre de Méliès; d'une part, il repose sur des effets spéciaux cette fois choisis et peu nombreux: des arrêts de caméra, pour passer de la représentation des affiches à des images des personnages qui s'y animent; ensuite, une incrustation, probablement avec un cache, de trois peintres (une allusion évidente à la publicité pour Ripolin)...

D'autre part, il nous présente le chaos d'une situation comme étant un évident trouble à l'ordre public, comme en témoignent les deux pandores. Dans ces cas-là, Méliès est toujours du côté des trouble-fêtes, et il le prouve une fois de plus.

Ensuite, il y a là-dedans une certaine coquinerie, à travers la représentation de ces fausses affiches de femme décoiffées au boudoir, dans les "affiches" montrées. Une coquinerie qui chez Méliès n'allait jamais bien loin...

Enfin, le film repose sur une solide connaissance graphique, celle d'un auteur non seulement prestidigitateur, non seulement cinéaste mais aussi dessinateur de presse et publicitaire. Et il s'est bien amusé à détourner les marques et slogans, en "extrait de bidoche Poirot", "Tripaulin", ou bien sûr l'ineffable "Quinquina au caca o", avec son o fermement séparé du reste du mot!

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Published by François Massarelli - dans Méliès Muet
16 octobre 2022 7 16 /10 /octobre /2022 09:36

Trois personnes travaillent dans la rue à la fabrication de matelas, et ils sont situés juste à côté d'un débit de boissons. Ils prennent une pause, et pendant ce temps un vagabond éméché arrive, et s'installe dans un matelas confortable qui n'a pas encore été cousu. Quand les ouvriers reviennent, l'une d'entre eux achève le matelas... Qui désormais est doté d'une vie propre et va semer la panique et la désolation dans la rue et chez le marchand de vins (qui s'appelle, dans une tentative rare de franchise alcoolique, "Vinasse")...

Ce n'est pas un grand film du tout, et on constate que la mécanique utilisée est plutôt celle, imitée des films des autres, du burlesque et du gag à tout prix, et de plus le gag en question est systématiquement d'assez mauvais goût. Mais par dessus le marché le film se termine par une invitation à boire, donnée par un type tellement maquillé en poivrot qu'il en devient répugnant... Quand Méliès quitte son terrain de jeux à ce point (pas un seul effet spécial), on se dit que la lassitude s'installe...

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Published by François Massarelli - dans Méliès Muet
16 octobre 2022 7 16 /10 /octobre /2022 09:27

Egalement appelé The Luny Musician (une orthographe due à Méliès lui-même, ou en tout cas à quelqu'un de la Star-films), ce film est une comédie à trucs, dans laquelle en un seul plan, un musicien doit faire face à des caprices à répétition de ses instruments... et des lois de la physique.

Car les instruments, mais aussi le mobilier et les pupitres n'obéissent plus, et grandissent, rapetissent, apparaissent et disparaissent au gré de leur humeur. La dextérité de effets spéciaux est comme d'habitude bluffante, et ce film représente sans doute un exemple de la maîtrise impressionnante de Méliès en matière d'animation des objets...

Intéressant, d'ailleurs, de constater qu'aucun photogramme du film ne peut le représenter, tant il est ici question de transformation, et d'instabilité de la matière et des objets. Toute photo arrêtant par définition un mouvement dans l'espace, elle ne peut rendre compte de ce qu'est le film.

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Published by François Massarelli - dans Méliès Muet