Elizabeth Sparkle (Demi Moore) est une jeune quinquagénaire qui court après son passé: actrice, elle a gagné des Oscars et comme le prouve la séquence d'ouverture, a eu droit à sa propre étoile sur le Hollywood walk of fame... Mais maintenant, les gens ne s'y arrêtent plus. Elle est depuis quelques années la présentatrice d'une émission consacrée à de l'aérobic, et ce serait déjà suffisamment humiliant... Mais son producteur (Dennis Quaid) ne veut plus d'elle: il veut une jeune, pas "une actrice qui a gagné un Oscar dans les années 30". Désespérée, elle se laisse aller, et a un accident de voiture sans gravité. Mais un médecin lui glisse une clé USB dans son sac: il contient un film publicitaire sur un programme mystérieux de remise en forme intitulé The Substance...
Elle décide de s'y consacrer. La manipulation consiste en l'injection d'un produit, qui entraîne la scission d'Elizabeth en deux: une version jeune d'elle-même, qui n'a pas l'air d'avoir trente ans (Margaret Qualley), et le corps de quinquagénaire de l'actrice. Chaque "moitié" a droit à une semaine d'indépendance, mais elle doit observer des règles très strictes, notamment respecter l'échange hebdomadaire...
Qui dit "règles très strictes" dans un film d'horreur ou assimilé entraine inévitablement le fait que ces règles seront violées... rappelez-vous Gremlins! Les conséquences sont forcément drastiques, et vont avoir pour conséquence le glissement de la comédie satirique vers l'horreur graphique. Et beaucoup d'excès, à mon humble avis. Mais le film commence superbement, en assumant sa verve humoristique, avec un aplomb remarquable. Dennis Quaid n'est jamais vu que de trop près, y compris quand il se gave (c'est répugnant) de fruits de mer... Le jeu des acteurs est outré, sauf peut-être celui de Demi Moore au début du film, qui y est remarquable (ce que je n'ai pas dit de toute ma vie, jusqu'à présent). Elle joue de son corps, en l'état, ce qui est rare et à souligner pour une actrice Hollywoodienne...
Mais justement, le propos du film est de s'en prendre à une civilisation qui court après le futur quel qu'il soit plutôt que de se reposer sur ses acquis, de chercher, mais oui, la substance derrière le futile, alros évidemment Hollywood, c'est l'endroit rêvé pour un tel conte. Un film sur le corps et son vieillissement, sur la pourriture inhérente à l'évolution de la matière, filmé souvent au plus près des corps. Il fallait pour une telle intrigue des actrices qui se laissent filmer littéralement sous toutes les coutures (hum...), et elles sont fantastiques en marionettes de leur propre vanité. Mais je le répète, le film est trop long (2h20) et excessif dans son recours à l'horreur. Le final dépasse les limites du supportable... De façon souvent plus navrante qu'effrayante.
Alain Jessua est l'un des rares en France à avoir tenté de faire son chemin vers des films qi se rapprochent de la science-fiction... Ce film est probablement le plus connu:
Annie Girardot y incarne Hélène Masson, une jeune femme qui se remet en question après une rupture malheureuse... On lui a conseillé la clinique du Dr Devilers (Alain Delon), qui organise des thérapies de rajeunissement sur Belle-Ile... Elle y rejoint Jérôme (Robert Hirsch), un ami de longue date, gay et en perpétuelle recherche de jeunesse. Mais il a des ennuis d'argent, et fait comprendre à Hélène que chez le Dr Devilers, cette situation de dépendance économique fait de vous un paria. Alors que Jérôme est retrouvé mort (on concluera à un suicide), Hélène se pose de plus en plus de questions: qu'arrive-t-il aux travailleurs illégaux Portugais qui sont en charge des tâches ménagères et qui tombent comme des mouches? Que cachent les clients fortunés du bon Docteur, qui se liguent contre elle quand elle devient trop curieuse? Et surtout quel est le secret de la thérapie mystérieuse de Devilers?
C'est une curieuse oeuvre, dans laquelle la science-fiction, le mystère et bientôt une certaine forme, même diluée, d'horreur, sinscrivent dans une histoire baignée de thèmes qui sont rendus très présents par la permissivité des années 70: l'indépendance d'Hélène, qui contrairement aux autres protagonistes féminins, est une femme libre et libérée; l'homosexualité assumée de Jérôme; le reour à la nature symbolisé par la nudité très courante (y compris des vedettes), la dimension sociale à travers la façon dont les parvenus, clients de Devilers, se transforment en meute à la moindre alerte... Le film questionne le jusqu'au-boutisme de l'élitisme hérité d'un XXe siècle dans lequel les humains ont si souvent oeuvré pour creuser encore plus loin les inégalités.
Tout ça est fort intrigant, et le huis-clos de Belle-Ile, dans lequel l'enquête acharnée, virant à l'obsession, d'Annie Girardot, est superbement traité par Jessua, qui se plait à situer son film fantastique dans le décor diurne d'une île Bretonne: pas banal en effet. La lente montée de l'angoisse vers l'horreur, est magistralement mise en scène, et les acteurs sont tous (oui, TOUS: pour une fois Delon est bon!) splendides dans ce film... Qui vaut mieux que sa réputation qui semble un peu trop bâtie autour d'une scène de bain sans maillots...
A l'origine de ce court métrage, il y a le fait que la communauté cinématographique, dans les années 90, se mobilisait pour la cause de la lutte contre le SIDA, ce qui n'est plus vraiment le cas. Jeune réalisateur en vue, Cédric Klapisch avait contribué à deux courts métrages en 1993. Logiquement, une nouvelle campagne de romotion du préservatif l'impliquait en 1998, mais cette fois avec un cadre inattendu: car Le ramoneur des lilas est à la fois un authentique film de Cédric Klapisch, qui est totalement sur le versant de la comédie, et... un film pornographique.
Dans une vaste demeure ("Les Lilas", donc), Monsieur (Zinedine Soualem) part, laissant Madame (Magella) seule avec une soubrette (Olivia Del Rio). Elle reçoit la visite du ramoneur (Yves Baillat) qui vient, justement, pour la ramoner.
Hum.
Le problème, c'est que le couple n'a pas de préseervatif... Madame envoie donc la soubrette en chercher, et elle va en trouver chez un homme (Francesco Malcolm) qui est justement en train de regarder le film...
Au-dela de la partie la moins intéressante (les inévitables plans anatomiques), le film a le culot de jouer à fond sur le décalage entre le point de vue d'un metteur en scène de cinéma très traditionnel, et un ganre ultra-codifié: notamment, comme le court métrage est supposé être visionné par un spectateur, celui-ci passe les conversations en vitesse rapide pour aller directement aux plans érotiques. Et la mise en abyme est assez réjouissante, comme le choix de post-synchroniser le film sans aucun effort pour masquer l'artifice...
Mike (Channing tatum) est à la fois stripper ("Magic Mike", c'est lui), et couvreur à ses heures perdues. Il ambitionne de lancer son propre business, pour vendre du meuble customisé... Mais en attendant le strip-tease paie les factures. Il travaille au club Xquisite, où il est l'une des vedettes incontournables... Il rencontre le jeune Adam (Alex Pettyfer) sur un chantier, et le retrouve lors d'une soirée, apprenant ainsi quel est son principal gagne-pain... Il ne tarde pas à le prendre sous son aile, et va aussi faire la connaissance de sa soeur Brooke (Cody Horn). Celle-ci lui fait comprendre qu'il a intérêt à faire attention à son petit frère...
Je me souviens que quand ce film est sorti, Soderbergh avait annoncé son retrait du cinéma, qui allait prendre effet après ce film et deux autres (Behind the candelabra, réalisé pour la télévision, et Side effects). Certes, il n'aura tenu que quatre ans, le temps de s'installer un peu à la télévision avec la série The Knick, avant de revenir avec Logan Lucky! Mais s'il est une chose qu'on comprend vite avec le réalisateur c'est à quel point il est imprévisible, différent, en plus d'êytre particulièrement prolifique. Ce film consacré à un univers inattendu, celui du strip-tease masculin, est une proposition étonnante, un mélange entre du cinéma -vérité et un monde ultra-plastique et codifié...
Cinéma-vérité, car si bien sûr tout ce qui nous est montré est de la mise en scène, elle s'inscrit dans un cadre souvent proche du documentaire, avec pour commencer une forte proportion de dialogues improvisés, et une plongée souvent très authentique dans l'univers des gens qui sont sur l'écran. Pour faire bonne mesure, certaines scènes ont été tournées directement dans un authentique strip-club, et certain acteurs (en tête, Matthew McConaughey, qui est maître de cérémonie des soirées striptease, avec son inimitable accent Texan) semble ne pas avoir besoin de jouer pour être leurs personnages...
Le film s'amuse aussi d'opérer inévitablement une sorte de renversement des codes, et paradoxalement laisse finalement certains personnages jouer à s'interroger sur leur masculinité, tout en exhibant joyeusement leurs biscottos (et plus parfois, mais il ne faut pas toucher)...
Aucun misérabilisme, aucun moralisme, aucun pathos non plus dans cette attachante chronique des oubliés du rêve américain qui se lèvent tôt pour parfois se coucher très tard... Ce film qui ne manque pas d'humour a entrainé des suites, dont une était réalisée par Soderbergh lui-même...
Thomas (David Hemmings) est photographe à Londres, il est très occupé: quand le film commence, il a passé la nuit dans un asile de nuit pour un projet, et il doit faire deux séancs, une avec le modèle Verushka, et uneautre avec un groupe de jeunes modèles qu'il a tendance à bousculer un peu: c'est qu'il s'ennuie, et qu'il ne trouve pas dans sa vie professionnelle et artistique, aussi remplie soit-elle, son compte... Pas plus d'ailleurs que dans sa vie privée avec une épouse qu'il juge "facile à vivre". Il refuse même la propsition de deux modèles de poser pour lui, car elles cherchent à entrer dans la profession. Il part donc à l'aventure, et se retrouve dans un parc, à photographier au hasard: sans le savoir, il a dérangé un couple qui s'y retrouvait en secret... Intrigué par leur comportement, il les suit puis les photographie. Quand elle s'en aperçoit, la femme (Vanessa Redgrave) lui fait comprendre qu'il est hors de question de le laisser partir avec les clichés...
Dès le départ, le rythme est étonnant, décalé presque. Le personnage de Thomas est celui qui imprime son propre cheminement aussi bien au film qu'au spectateur. Décalé, il l'est autant par sa profession que par son aliénation: constamment partagé entre lesphotos qu'il fait et celles qu'il doit faire, entre celles qu'il a faites (qui ne le satisfont pas) et celles qu'il aimerait faire... Tout l'ennuie, à commencer par les femmes qu'il croise professionnellement, et qu'il séduit sans aucun effort. De cette vie nocturne et hasardeuse, il s'échappe dès qu'il peut, en prenant des chemins de traverse: le parc, notamment, ou le fait d'avoir eu l'idée d'insister et de suivre un couple qui de toute évidence ne souhaitait pas être photographié...
L'incident avec le couple du parc, et le fait que la jeune femme qu'il a surprise tente de lui reprendre ses photos (lui proposant même de lui donner son corps s'il le souhaite), devient l'ouverture vers autre chose, un ailleurs inquiétant et excitant. Mais surtout, il va provoquer quelque chose d'inattendu: en développant les photos il va découvrir des détails imprévus. C'est de cet aspect que dérive le titre du film; il va en effet agrandir (blow up) les photos qu'il a prises, jusqu'à y découvrir des ramifications. Le regard de la femme, inquiète et surprise, de quoi est-il une indication? Y'avait-il dans le parc quelqu'un d'autre que lui, la femme et l'homme d'un âge certain avec lequel elle fricotait? Et si elle le savait pourquoi n'a-t-elle rien fait? Quel est ce visage inquiétant qui ressort des agrandissements successifs, d'un homme caché dans un buisson?
C'est cette plongée dans autre chose, quelque chose d'inattendu et d'inquiétant, qui va donner du sel à l'existence du jeune homme, qui vit pourtant dans le swingin' London! Et le film nous le rappelle constamment, mais de façon décalée: les rapports (...à tous les sens du terme) avec les jeunes modèles, dans la discrétion de son atelier privé; des voitures de fêtards en costumes, qui ne parviennent pas à finir leur nuit; un parc tranquille, mais vide au delà du raisonnable: cette douce mais stérile vie du film est aussi décalée que son personnage, qui n'en finit pas de recréer avec son imagination le contexte de ce qu'il a pourtant vu.
Dans ces conditions, alors qu'il doute de l'intérêt de tout, et qu'il recherche tellement un ailleurs qu'il l'invente avec les détails de ses clichés, comment ne pas en venir à douter de sa propre existence ou de sa propre signification? Londres, ruche bouillonnante selon la publicité, est devenue dans le film un lieu éteint, mort... Un endroit futile, comme sont futiles les choses, les êtres et les événements.
Rien que ça. N'empêche que ce film est bluffant, car il réussit à faire énormément avec rien, ou presque... Comme ces photos qui n'en finissent pas d'être agrandies, et qui finissent d'ailleurs par ne plus ressembler... à rien, le film s'amuse de la futilité et du vide intégral d'une société dont les habitants s'enthousiasment pour des concerts (ici on verra un extrait de concert de Yardbirds) dans lesquels rien ne semble les satisfaire jusqu'au moment où Jeff beck, irrité, ne casse sa Gibson ES (oui, c'est un crime); le manche jeté dans le public d'un geste presque rituel, devient un objet indispensable pour le foule qui auparavant semblait en totale léthargie, et maintenant se déchaîne, tout ça à cause d'un geste de frustration d'un artiste se livrant à un acte de transgression...
...inutile.
C'est toute l'ambiguité de ce film: un classique construit sciemment sur du vide.
1657: depuis 8 ans (et pour trois années encore) l'Angleterre est une république, sous la direction d'Oliver Cromwell, qui a imposé au pays, contre les excès de l'église, la doctrine puritaine. La guerre a été fratricide, et un ancien officier de Cromwell goute une retraite bien méritée: John Lye (Charles Dance) est le plus puritain des hommes. Son épouse Fanny (Maxine Peake) lui a donné un fils, qui n'a absolument aucun droit à l'amusement; et à la moindre erreur, le soldat rigoureux bat son fils ou son épouse...
Ce matin-là, deux personnes nues comme des vers profitent de l'absence de la famille Lye pour s'installer dans leur grange; il fait froid, ils ont faim, et comme ils sont nus il leur faut des vêtements... Thomas Ashbury (Freddie Fox) et Rebecca Henshaw (Tanya Reynolds) se présentent comme un couple marié, et pour amadouer leurs hôtes qui ne tardent pas à revenir, ils prétendent être de la même obédience qu'eux. Alors que pas du tout, comme on ne va pas tarder à l'apprendre...
C'est une fable, et pas des plus simples, ni des plus enfantines... Car ce qui arrive chez ces fanatiques pro-Cromwell, et surtout chez un homme étouffant par ses principes même, ce sont d'autres fanatiques. Des membres d'une secte qui se sont érigés le droit de contester toute direction, et en particulier celles de la Bible. Ils sont aussi convaincus de la nécessité de commettre l'acte de chair le plus souvent possible et si possible en public... Bref: les Lye ont trouvé leur exact opposé...
C'est vrai, il y a eu à cette époque une explosion des obédiences religieuses les plus extrêmes, mais il faut quand même le dire, le puritanisme tel que Cromwell le préconisait était déjà à lui tout seul un cas d'école. C'est ça le fond de ce film si provocateur, qui oppose à l'affreux John Lye deux personnes qui lui sont tellement opposés qu'il ne peut y avoir qu'explosion: de haine, mais aussi de violence. Et ça se terminera dans le sang. Bizarrement, ce sera à cause de tierces personnes...
Pourtant le titre nous renvoie à un autre personnage que les deux fanatiques Thomas et John. Fanny est pourtant en apparence la personne la plus effacée de ce conte cruel... Eh bien sous la narration d'ailleurs très effective de Rebecca, qui va sympathiser avec elle de façon imprévue durant le déroulement de l'intrigue, on comprend qu'en réalité cette expérience qui tourne au cauchemar, agira aussi en qualité d'épiphanie pour elle...
Et sous le rigorisme religieux, le film nous montre aussi la façon dont les femmes sont systématiquement maltraitées par la religion, par leurs maris, par la société et jusque dans les hautes sphères politiques. Dans ce film provocateur, sardonique et rudement bien interprété, elles prennent une revanche à la profonde ironie, mordante et noire... Les acteurs sont géniaux, et la mention spéciale va à l'impressionnante Tanya Reynolds. Elle ira loin...
Jean de Rovéra, obscur littérateur, avait reçu la redoutable mission de documenter les Jeux Olympiques de 1924 à Paris pour les salles de cinéma. Il a donc produit / réalisé deux films, un moyen métrage consacré à Chamonix et aux premières Olympiades d'hiver, et un très long métrage (3h) consacré aux jeux de Paris...
Ce court métrage de huit minutes, complète le paquet, en quelque sorte, et propose une vision de ce qu'étaient les jeux à l'époque de l'antiquité dans l'esprit de 1924. C'est très décoratif, avec des athlètes à demi-nus, qui miment comme autant de statues vivantes, les épreuves des jeux antiques. Un seul décrochage dans ce qui est un très anecdotique exercice plastique: le visage inspiré d'une jeune femme, probablement émue par tout ce muscle?
Avanti, ou l'art de rebondir d'une façon inattendue. L'échec public de The private life of Sherlock Holmes avait de quoi rendre bougon, et le tour de cochon joué à Wilder par ses producteurs aurait pu le terrasser de façon durable, mais deux ans après cette douloureuse expérience, voici un film drôle, sentimental, impertinent, et léger, en dépit de sa longueur. Situé entre la gravité du précédent, et la frénésie du suivant (The front page, 1974), c'est une halte bienvenue...
"Permesso?" Cette demande à la fois polie et obligée, c'est bien sur ce que dans un hôtel le personnel demande au client afin de savoir s'il a ou non le droit d'entrer. "Avanti!": voilà la réponse à donner, et voilà donc ce que nous dit Wilder, et de fait le rythme du film est au début du moins, apparemment rapide: Avanti! Wendell Armbruster Jr (Jack Lemmon) a un avion à attraper, et le voilà, sur l'écran, qui quitte le jet privé de la compagnie qui porte le nom de son père. On le distingue bien, même à distance: il porte un gilet rouge par dessus une tenue de golf. Il prend donc l'avion, avec si peu de bagages, et trouve un homme avec lequel échanger ses vêtements. On apprendra, à la douane Italienne, qu'il est venu en quatrième vitesse, parce qu'il a eu une mauvaise nouvelle. On apprend, en même temps, que le monsieur est un type pressé, manquant totalement d'humour, et assez franchement désagréable, ce que les fonctionnaires Italiens commencent gentiment à lui faire payer dès l'aéroport. Il doit donc se rendre à Ischia, dans la baie de Naples, ou son père qui prenait ses vacances annuelles a eu un accident de voiture, et est décédé. Comme il va devenir sous peu le remplaçant de son père, et que la situation de l'entreprise n'est pas brillante, il faut faire vite.
Seulement Wendell Armbruster Jr n'est pas seul: dans le même train, dans le même bateau, et bientôt dans le même hôtel, une jeune Anglaise, Pamela Piggott (Juliet Mills) semble le suivre. Armbruster apprend la raison: son père n'était pas seul dans l'accident, il y avait aussi une femme, Katherine, la mère de Pamela. Par ailleurs, Armbruster apprend que les deux tourtereaux en étaient à leur dixième période de vacances ensemble...
A coté de la rencontre entre miss Piggott, l'Anglaise complexée et minée par son obsession du surpoids, et Wendell Armbruster, l'homme pressé et conservateur qui n'a jamais pris le temps d'apprécier la vie, on fera la connaissance aussi de Signor Carlucci (Clive Revill), un gérant de l'hôtel particulièrement arrangeant pour les enfants de ceux qu'il considérait comme ses amis; on verra aussi Bruno, maitre d'hôtel et maître chanteur, qui possède un certain nombre de photos compromettantes, ainsi qu'une maitresse encombrante; sinon, il y aura la famille Trotta, Napolitaine pur jus, qui a une vision de la vie qui implique l'abduction éventuelle des êtres chers, en échange de rétribution, et tout ce petit monde est mené au pas de charge dans une intrigue sans temps mort, du moins le croit-on tant que Wendell Armbruster, éternel homme pressé, tient la barre. Seulement, de la découverte de la double vie de son père, à la désagréable habitude des habitants de la région de prendre leur temps, en passant par les désirs de Miss Piggott, qui vont à l'encontre des siens en ce qui concerne les arrangements funéraires, Armbruster voit vite que la partie est loin d'être à son avantage... En dépit donc de son obsession d'imposer son rythme personnel à tout ce qui passe autour de lui, Armbruster va finalement, comme Miss Piggott, se laisser aller, et succomber au charme de l'endroit, comme l'avaient fait avant eux leurs parents...
Golfeur au début du film, un homme comme Wendell ne pouvait faire que ce sport de riches. Le vêtement en est d'ailleurs aussi codé que ridicule en toute autres circonstances, ce qui permet aux premières scènes de charger le pauvre Lemmon de tout un poids satirique: voilà bien un Américain de la bonne société; comme il s'appelle Armbruster, on sent l'homme habitué à diriger: son nom est doté d'un suffixe (-er) qui l'identifie comme un actif. De fait, il se comporte au début en véritable dictateur, ou comme une armée en conquête. Le seul autre Américain vivant du film, le diplomate-barbouze qui vient en hélicoptère pour chercher le corps paternel, se comporte de façon encore pire: il passe son temps à pester contre les Italiens, qu'il appelle "Foreigners", soit étrangers, assure que c'était mieux sous Mussolini, et n'a aucune ouverture d'esprit. On juge d'autant mieux la transformation du personnage principal...
Miss Piggott, quant à elle, est affublée d'un nom qui la condamnait en effet à cultiver des complexes, et les allusions à son poids sont nombreuses; mais au moins, elle vient préparée: c'est elle, dans le bateau, qui rappelle à un Armbruster indifférent qu'en Italien, le simple fait de demander du savon, revient à chanter un opéra... Elle succombera d'autant plus vite à la magie des lieux. D'autant que contrairement à Wendell, elle savait ce qui se passait tous les étés.A ce sujet, Roger Ebert à la sortie du film se plaignait que le personnage de Lemmon mette si longtemps à comprendre la nature des vacances de son père, et estimait que ça mettait le personnage en porte-à-faux vis-à-vis du public; il me semble que c'est justement le but de Wilder.
Cette délicieuse comédie qui se laisse vite porter par le rythme particulier du lieu, et ralentit considérablement sur la dernière heure, a bénéficié de la permissivité du début des années 70, ce qui apparaît dans un certain nombre de scènes. La première est un gag splendide, entièrement visuel, qui repose sur le fait qu'Armbruster doit se changer une fois dans l'avion. Il trouve un homme auquel proposer un échange de vêtements, et ils vont tous les deux dans les toilettes. Pas un mot n'est prononcé, mais la réaction de tout le monde dans l'avion est hilarante. Sinon la fameuse scène de la baignade, durant laquelle les deux acteurs sont totalement nus, à l'exception des chaussettes noires de Lemmon, est justement célèbre; certains commentateurs du film se plaignent de ces scènes de nudité pour leur manque d'érotisme! C'est vrai qu'à notre époque de silhouettes calibrées, ces scènes détonnent. Tant mieux: de fait, les acteurs, aussi peu habitués à se déshabiller que leurs personnages, révèlent une peau peu habituée à être si exposée. Il me semble que cette franchise sert plutôt bien le film... Sinon, on est définitivement dans le monde magique des comédies de Wilder, avec ses personnages de conte de fée, son Carlucci-bonne fée, qui arrange tout en avance. C'est la deuxième fois que Clive Revill joue pour Wilder; la fois précédente, c'était pour incarner un Russe (dans The Private life of Sherlock Holmes), ici, c'est avec l'accent Italien que le maitre de cérémonies arrange tout, à la façon dont "Moustache" tirait quelques ficelles dans Irma la douce. les dialogues, toujours aussi riches, nous gratifient des passages obligés de tout film de Wilder qui se respecte: on a droit aux sous-entendus, à des allusions vachardes à la culture de l'époque (Lemmon, en particulier, dont le personnage cherche à se montrer au goût du jour, mais montre surtout qu'il est à coté de la plaque, lorsqu'il fait l'éloge de la libération des moeurs, tant qu'elle n'est pas entachée d'amour. Mais Miss Piggott nous montre une photo assez ridicule de son ex-fiancé Bertram, guitariste dans un groupe de rock progressif... ).
La bonne chère, la musique Napolitaine, la douceur de la Méditerrannée, le charme de Miss Piggott... tout comme Pamela qui "devient sa mère" en jouant la manucure de l'hôtel lorsqu'il faut dissimuler à un visiteur intempestif la nature de leur relation, Wendell Armbruster Junior "devient" enfin son père. Si on en revient à l'importance du dernier mot dans un film de Wilder, on constatera que la dernière chose importante ici, c'est Lemmon qui la dit: "Miss Piggott, si vous perdez ne serait-ce qu'un gramme, c'est fini entre nous", lui dit-il avant de partir. Lui qui lui disait, lorsqu'elle mentionnait ses kilos en trop lors de leur premier échange: "Oui, j'ai remarqué.". Lui qui l'a appelé d'un terme insultant qui faisait allusion à l'imposante taille de son arrière-train, d'ailleurs surestimée à mon avis. Bref, de butor, goujat, détestable personnage, il se laisse enfin aller et devient un brave homme, nous permettant au bout de deux heures et vingt minutes de l'aimer. Si The private life of Sherlock Holmes était à bien des égards un testament noir pour Wilder et Diamond, Avanti! et sa célébration de l'amour simple, son plaidoyer pour ralentir et prendre le temps, ressemble à une résurrection. Les deux films n'ont peut-être pas la même importance par rapport à la carrière de leur auteur, mais celui-ci nous permet de nous laisser aller complètement. Et il offre le temps de 2 heures et 18 minutes de cinéma, un échappatoire en formes de vacances accélérées dans une Italie de rêve...
Alors là, c'est TRES compliqué... A l'origine de ce film, il y avait un projet pharaonique, probablement inspiré de l'actualité cinématographique des années 70: Anatole Dauman, producteur exigeant et réputé de cinéma d'auteurs, avait produit pour un des plus grands cinéastes Japonais un film aussi explicite que miraculeux, qu'il sur-vendait parfois comme un film pornographique (L'empire des sens, de Nagisa Oshima). Ce qu'il n'était pas. A l'inverse, Bob Guccione, patron d'un empire porté sur la fesse, à savoir le magazine Penthouse, a donc décidé de le faire à son tour...
En brouillant les pistes, d'une part: son film allait raconter la Rome Antique, et tant qu'à faire cette partie de l'histoire qu'on connait moins, à savoir l'époque de Caligula César, héritier de son grand-père Tibère qui lui-même avait récupéré le pouvoir après Auguste, l'héritier direct de Jules! POur le scénario, Guccione a eu l'étrange idée de faire appel à Gore Vidal, donnant ainsi une connotation sophistiquée à son projet. Mais en confiant la mise en scène à Tinto Brass, réalisateur auto-proclamé obsédé sexuel, qui déjà à l'époque réalisait des films d'une confondante vulgarité avec une obsession particulière pour les popotins, il montrait comme une certaine tendance au grand écart! Grand écart encore, aux côtés de grands acteurs Britanniques comme Peter O'Toole, Helen Mirren, John Gielgud et bien entendu Malcolm McDowell, le film montre des acteurs venus d'autre horizons: Teresa Ann Savoy tournait à l'époque des films érotiques... Et le producteur-impresario est venu avec ses "Penthouse Pets", des mannequins pas souvent frileuses...
Le projet était délirant, et avait trop de capitaines. Vidal est parti en claquant vertement la porte en apprenant que Brass refusait de lire son script. Guccione remplaçait en douce des scènes du film derrière le dos de tout le monde en tournant des scènes porno et en les insérant sans ménagement ni logique. Et Brass afini par être viré pour s'en être plaint!
Les acteurs (les vrais, désolé pour cette vision des choses, mais quand on compare le jeu de Mirren et celui de Savoy on voit bien qu'un métier, ça s'apprend) ont gardé un souvenir vivace d'un tournage, disons, coloré. Mon anecdote préférée reste la réaction de Gielgud qui confessait à la fin de sa vie, lui qui fut longtemps un gay militant dans le milieu du théâtre et du cinéma, quand c'était encore plus difficile que maintenant, qu'il "n'avait jamais vu autant de bites de sa vie"... Le terme est une traduction fidèle du sien...
Ce film raconte, suivant les versions, l'accession (violente) au pouvoir de Caligula, fils adoptif de Germanicus, lui-même fils décédé de l'empereur Tibère. Epris de sa soeur mais marié à une prêtresse libertine, Caligula a lentement laissé le pouvoir le rendre plus fou et tyrannique que jamais. Entretemps, il aura participé avec allégresse à la décadence totale de l'empire Romain...
Il y a si je ne me trompe pas cinq versions: la version originale, dite "uncut", voulue par Bob Guccione, et "volée" à Tinto Brass. Guccione y a inséré une dizaine de minutes de sexe très explicite. La version originale recoupée pour l'export dans les pays Anglo-saxons, qui culmine à moins de deux heures, et qui élimine une bonne part des scènes les plus problématiques. Pas toutes, sinon il n'en resterait rien! Une version internationale, aussi longue que l'uncut, mais privée de ses scènes porno, remplacées par des séquences alternatives. Une version alternative Italienne (Io, Caligola) a été montée à partir de chutes (le film a été tourné avec un nombre excessif de scènes, autant que de prises) en 1983. Enfin, la nouvelle version, présentée à Cannes en 2023, est supposée donner à voir une vision proche de ce qu'une collaboration éventuelle entre Vidal et Brass aurait pu donner si le metteur en scène avait suivi les plans de son prestigieux scénariste, et le tout sans une seule des scènes pornographiques (elles sont essentiellement regroupées sur deux séquences, en réalité) voulues par Guccione. C'est Caligula, the ultimate cut, confectionné à partir de chutes, là encore, propose un montage beaucoup plus cohérent. Cette version est due à Thomas Negovan, un fan du film qui entendait restaurer la vision originale du film.
Au final, ce film est surtout notable pour ses excès, ses ratés, son baroque, ses horreurs, et pas vraiment pour ses leçons d'histoire. Il semble concentrer à lui tout seul, les possibilités les plus folles de la rencontre entre le cinéma d'auteur (quoique... Tinto Brass?), l'Histoire, et l'esprit Penthouse, soit des filles dans le plus simple appareil. Un résultat plus que vulgaire, c'est le moins qu'on puisse dire. Mais un mélange détonnant qui était dans l'air: comme on dit souvent, "ça, après tout, on ne l'a pas essayé". Ce qui ne veut pas ire que ce puisse être une bonne idée pour autant, la preuve!
Un magazine lance un projet de concours, celui de l'organisation du mariage le plus original. Trois couples sont choisis: Isabel (Meredith MacNeill) et Josef (Stephen Mangan) sont deux joueurs de tennis, hyper-compétitifs et stressés; Sam (Jessica Stevenson) et Matt (Martin Freeman), deux romantiques, et enfin Joanna (Olivia Colman) et Michael (Bobert Webb) sont des naturistes militants (surtout Michael)... Avec l'aide d'un couple d'organisateurs de mariages (Vincent Franklin, Jason Watkins), la compétition commence sous l'oeil des caméras.
Oui, car en 2006, on était encore sous le choc de la téléréalité, et c'était encore considéré comme un geste de bravoure d'essayer de parodier la chose. Aujourd'hui c'est devenu une norme, donc cet aspect ne fonctionne plus du tout. Sans surprises, finalement: les gens s'engueulent, se rabibochent; la production s'écharpe devant les choix imposés par les candidats, et les naturistes passent leur temps à poil. ...et pas une seule fois, pas une seule, ça n'est drôle. C'est affligeant...