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Après leurs deux films de 1950, le mélodrame Gone to earth et le film d'aventures The Elusive Pimpernel, Powell et Pressburger font ce qu'on pourrait bien appeler le grand saut: ils adaptent un opéra, et y appliquent les principes qu'ils ont mis en place pour le ballet The Red Shoes dans le film du même nom. A savoir, ils font éclater toutes les limites et contraintes scéniques, et se jouent de l'unité de lieu en permanence, mais ils vont aussi élargir l'opéra d'Offenbach (Dont on doit sans doute rappeler qu'il était inachevé) en mettant aussi l'accent sur la danse, grâce à la présence de quatre des vedettes de The Red Shoes, justement: Moira Shearer, Ludmilla Tcherina, Robert Helpmann, et Leonide Massine. Le film est une fête visuelle de tous les instants, qui marie l'opéra, la danse, avec la flamboyance du Technicolor...
L'intrigue concerne le poète Hoffmann (Robert Rounseville), à Nuremberg, qui raconte en attendant dans une taverne la femme qu'il aime, la ballerine Stella (Moira Shearer), les trois amours ratés de sa vie: trois femmes, mais en réalité toutes la même, qui ont trouvé leur fin dans des circonstances bien différentes: la poupée Olympia (Moira Shearer), automate si réaliste que le jeune Hoffmann n'y a vu que du feu; la belle Courtisane Giulietta (Ludmilla Tcherina), une femme qui capte l'amour des hommes; et enfin la cantatrice Antonia (Ann Ayars), hantée par le fantôme de sa mère, une chanteuse elle aussi; A chaque histoire, le même sombre personnage va contrer les désirs d'Hoffmann en possédant puis aboutissant à la mort de la femme aimée: on le retrouve sous le nom de Lindorf (Robert Helpmann) dans le prologue et le final à Nuremberg, prêt à saisir à nouveau la belle Stella avant que les amours d'Hoffmann ne puissent s'accomplir.
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Le film est particulièrement extravagant, mais se situe dans la lignée de la thématique artistique de The red shoes, avec bien sur l'accent mis sur le poète Hoffmann, et ses trois ages. Même si Rounseville ne change pas d'aspect, le ton du film, lui, va évoluer, passant d'une quasi-bouffonnerie (Olympia) à une intrigue ironique (Giulietta), puis à une tragédie située d'ailleurs "sur une île Grecque") dans laquelle Hoffmann désormais adulte disparaît quasiment. Des altérations ont été apportées au personnage de Nicklaus, le compagnon (Joué par une femme comme la tradition le veut: ici, c'est Pamela Brown et son étrange visage); le personnage est moins présent, et son influence sur Hoffmann est moins palpable; de plus, aucun effort d'ambiguité n'est fourni pour faire passer le personnage pour un homme...
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Si la mise en scène est absolument magnifique, mélange onirique constant de surréalisme visuel et d'opéra sans limites (Utilisant avec bonheur le ralenti, le fondu enchaîné, les truquages à la Méliès et bien sur la beauté de la photo de Christopher Challis), on regrette que Powell et Pressburger aient limité l'extravagance de la dernière partie en confiant le rôle principal à Ann Ayars, qui contrairement à Shearer et Tcherina, ne nous ravira pas par la beauté de la danse... Mais d'Olympia à Antonia, le parcours est clair, qui évolue de façon irrésistible vers la noirceur et la mort... Hoffmann, dans l'épilogue du film, est un homme vieux, usé, qui vit dans l'éternelle frustration de ses amours ratées. Lindorf, ironiquement, n'aura pas grand chose à faire pour convaincre Stella de tenter sa chance ailleurs...
1940: Six officiers Allemands sont en mission sur le sol Canadien. Ils doivent rejoindre la frontière Américaine (Située sur le 49e parallèle Nord), et doivent faire face à plusieurs dangers: d'une part, le Canada et l'Allemagne nazie sont en guerre. D'autre part, ils ont participé à la destruction de plusieurs navires, et sont activement recherchés. Sur leur chemin, les six vont faire de nombreuses rencontre, certains vont être ébranlés dans leurs convictions, d'autres vont commettre des véritables actes de barbarie. Ils vont aussi faire la connaissance de beaucoup de citoyens Canadiens de nombreuses origines: des Indiens, desFrançais, des Anglo-saxons... Tous sont différents, mais tous tiendront, chacun à leur façon, tête face à ces "envahisseurs".
Dernier film de Michael Powell scénarisé par Emeric Pressburger avant que les deux compères ne décident de brouiller les cartes en signant désormais "Ecrit, produit et réalisé par" suivi de leurs deux noms, cet étrange et envoûtant film de propagande est l'un des plus inclassables et les plus fascinants de leurs oeuvres communes. Un film dans laquelle la virtuosité des deux compères, que ce soit l'étonnante mine d'idées géniales de Pressburger, ou le génie de l'image de Powell, éclate au grand jour. Conçu autour d'un périple du nord vers le sud, 49th parallel semble presque laisser la parole à nos six Allemands, abandonnés par le sort (Leur sous-marin a été coulé) à un environnement hostile, dans lequel la remarquable organisation, la discipline de fer du lieutenant Ernst Hirth (Eric Portman) triompheront jusqu'à un certain point de tous les obstacles... C'est parfois de leur point de vue que l'essentiel de l'intrigue est montré, mais à aucun moment le spectateur n'est invité à les suivre dans ce qui est bien un égarement. Le réalisme de la mise en scène, conjugué à un montage exceptionnel signé de David Lean, qui a rendu tous les morceaux de bravoure encore plus forts par le dynamisme qu'il a su mettre en valeur, n'empêche pas le film de glisser en permanence vers l'allégorie: les six nazis, du début à la fin, rencontrent des citoyens Canadiens attachés à leur liberté, leur démocratie; des gens qui sauront trouver les mots justes, non pour convaincre les nazis, c'est peine perdue, mais pour rappeler au spectateur l'importance de ces valeurs. C'est que la cible principale de l'aspect propagandesque du film était bien sur le spectateur Américain, dont le gouvernement était encore à cette époque d'avant Pearl Harbor hésitant quant à la participation à cette guerre lointaine.
Mêlant les regards juste et intelligent de deux artistes exceptionnels, et la mise en valeur de l'urgence de la situation par le montage, avec l'imposante présence dans le décor des montagnes rocheuses, des chutes du Niagara, bref de la nature canadienne, ce film oppose donc la tranquillité et la bonhomie du peuple Canadien aux sanguinaires militaires nazis, et dont la portée dépasse bien vite l'anecdote puisque la propagande Allemande va vite tenter de faire de cette épopée une preuve de l'héroïsme de ses soldats, seuls contre tous dans un pays hostile. pour autant il ne bascule jamais dans le manichéisme, ni l'alarmisme facile. On l'a vu, les nazis y sont dangereux, bien sur, racistes, militaires... Que des défauts qui les rendent effrayants, quoi... Mais ils sont surtout d'une bêtise affligeante, et assez faciles à contrer: seulement les héros qui se dressent sur leur chemin le font avec bon sens, en découvrant parfois leur courage de façon inattendue (Une très belle scène avec Leslie Howard); au final, les super-héros Germaniques ne sont que des cloportes sur lesquels il suffit d'appliquer un bon coup de botte bien placé. Il est toujours temps de le rappeler... Il sera toujours temps./image%2F0994617%2F20230719%2Fob_5ef159_yunzklos81pnuwixo24pc6zh8nc4vm-large.jpg)
Ce film court (43 minutes) en revanche n'a pas le panache des grandes oeuvres, mais se pose une fois de plus en contradiction totale avec la propagande de l'ennemi. Le but est de montrer la grandeur d'une nation, par le plus insignifiant de ses membres: l'assistant d'un acteur, un bricoleur malchanceux et maladroit, y devient en effet un ouvrier spécialisé de la marine, un homme tellement agile de ses doigts qu'il en sera décoré par le Roi. Le film suit les pérégrinations d'un acteur engagé lui aussi, Ralph Richardson, qui suit de plus ou moins loin la carrière militaire surprenante de celui qu'il a parfois maudit pour son inefficacité dans sa loge. C'est décousu, par moments, on a l'impression d'assister à un film de vacances. Mais une chose est sure: ce film dont l'esprit se veut clairement positif ne ressemble à aucun autre film de commande.../http%3A%2F%2Fwww.radiotimes.com%2Fnamedimage%2FThe_Battle_of_the_River_Plate.jpg%3Fquality%3D85%26mode%3Dcrop%26width%3D580%26height%3D327%26404%3Dfilm%26url%3D%2Fremote%2Fstatic.radiotimes.com.edgesuite.net%2Fpa%2F89%2F27%2FBattleOfTheRiverPlate.jpg)

Il y
a des défauts, donc, le principal étant le personnage principal interprété sans aucune pudeur ni subtilité par Leslie Banks à son plus histrionique; mais le film possède un enthousiasme, et va au
bout de la route que le metteur en scène s'est fixé: montrer un personnage animé par la foi, au point de s'aliéner tous les gens raisonnables si c'est le seul moyen d'accomplir son but, voire son
destin. Et comment ne pas voir une métaphore de Powell lui même au sein de l'industrie du spectacle, dans ce David Barr qui doit résoudre une équation apparemment simple, mais relavent du pire
des cercles vicieux: l'industrie navale est en crise, et ce dont elle a besoin pour reprendre ses activités, c'est de faire la preuve de sa solidité, donc... de reprendre. Arrivé à son douzième
long métrage en quatre ans, Michael Powell a clairement, quant à lui, fait ses preuves, et le film, aussi ridicule en soit l'intrigue, est habité: la façon dont le metteur en scène réussit à
capter le lyrisme des hommes au travail en alternant prises de vues prudentes, stock-shots et vues documentaires est impressionnante, et sa capacité à passer au sein d'une même séquence d'un
point de vue à l'autre, réussissant à éviter que ce morcellement débouche sur une diabolisation de tel ou tel personnage est là encore bluffante. ...Il est d'autant plus dommage d'avoir à subir
d'éternels discours patriotiques durant les 65 minutes de ce petit film.
Sam Higgins (Gordon Harker), un gardien de phare bourru d'origine cockney, arrive dans une petite ville côtière du Pays de Galles, où il doit prendre la relève dans un phare; on est en plein mystère: les gardiens ne font pas long feu: deux sont morts, et un autre y est devenu à moitié fou. Il ne tarde pas à remarquer que d'autres Anglais arrivent sur place: un homme qui prétend être un reporter (Ian Hunter), mais aussi une jeune femme qui ment comme une arracheuse de dents (Binnie Hale) tentent de venir au phare également, et vont finalement y parvenir, alors que le mystère s'épaissit: les croyances locales font état d'une "lumière fantôme" qui guide les bateaux vers les récifs, et cet étrange phénomène va justement se manifester.
Opposant d'une part les deux "jeunes" (Hunter et Hale) au "vieux" Londonien auquel on ne la fait pas, et d'autre part le gardien de phare stoïque au verbe haut, et les habitants paralysés par une criyance superstitieuse, Powell ne fait pas vraiment dans la dentelle... mais on est ici en pleine aventure, au sens codé du terme: tout peut arriver, et tout arive, et on ne dispose que de 75 minutes pour le tout. Le metteur en scène respecte le cahier des charges du genre, avec une intrigue menée tambour battant et un montage serré, plus des gags et des bons mots qui sont souvent l'apanage de Gordon Harker (Un acteur râleur déjà aperçu dans des Hitchcock muets, et une vedette populaire à l'époque), et un suspense comique autour du personnage qui sera longtemps mystérieux de la jeune femme interprétée par Binnie Hale; Powell utilise aussi les ressources à sa disposition, dans ce film tourné pour partie sur la côte Galloise, et
profite de l'occasion pour montrer comment on peut utiliser la beauté naturelle et les éléments (De nombreux plans sont tournés en mer, de nuit) pour installer une atmosphère: ce qu'il fera dans le splendide I know where I'm going, par exemple... Maintenant, que l'intrigue soit fumeuse, et vaguement absurde, importe peu... Ce film est le meilleur de ses rares oeuvres de jeunesse disponibles, peu d'années avant que Powell largue les amarres et sous l'impulsion de Joe Rock, ne tourne le magnifique Edge of the world.
Ce moyen métrage tourné pour une association de charité est le dernier film de fiction de Michael Powell, mais il est aussi une occasion pour lui de retrouver son ami Emeric Pressburger pour la première fois depuis Ill by moonlight (1957). Celui-ci a écrit le script de cet étrange conte pour enfants, et Powell l'a mis en scène, retrouvant avec plaisir la Grande-Bretagne, après plusieurs années d'exil auto-imposé, après le retentissant scandale de Peeping Tom. Parmi les techniciens, on retrouve aussi le grand chef-opérateur Christopher Challis...