Il peut sembler curieux, pour des cinéastes qui viennent de trouver le succès avec trois oeuvres aux couleurs flamboyantes du mélodrame et de la passion, de réaliser un film situé en Angleterre pendant la guerre, contant les errances d'un scientifique alcoolique, expert en déminage de haute volée, le tout filmé d'une façon faussement documentaire. Et pourtant, il faudra s'y faire, ce film des Archers a bien sa place parmi leurs oeuvres majeures. David Farrar et Kathleen Byron, ceux par qui le film Black Narcissus basculait presque dans l'irationnel, en sont les héros, deux personnes plus qu'attachantes, qui vivent ce qu'il faut bien appeler une passion, même si elle est située dans un univers de routine et de train-train: Sammy Rice (Farrar) est employé dans un laboratoire de recherche qui travaille pour le ministère de la guerre, et est un expert apprécié; il a perdu une jambe dans le passé, un accident dont les circonstances se devinent aisément, même si elles ne sont jamais explicitées. Susan (Byron) est une secrétaire dans le même office, mais elle est surtout sa petite amie, confidente, son soutien moral... en même temps que sa voisine. Mais il ne fait aucun doute qu'ils partagent le même quotidien.
Le film commence alors qu'un jeune officier, le capitaine Stuart (Michael Gough) vient demander à Sammy de l'aide sur un dossier brûlant: des mines Allemandes, déguisées en objets anodins, ont fait plusieurs victimes. A une époque ou l'issue de la guerre est encore incertaine, il faut mobiliser toutes les énergies pour renverser la tendance, et la multiplication des attentats dus aux Nazis fait désordre, aussi insignifiant soient-ils. Pourtant la guerre n'est pas le souci principal de Sammy: souffrant à cause de sa blessure, alcoolique tentant de se contrôler (Avec l'aide de Susan), il souffre aussi dans son ego, se méprisant lui-même, persuadé que Susan ne reste avec lui que par pitié...
Sammy est un héros typique de Michael Powell, un homme qui se confronte à ses démons. Certains le font en toute connaissance de cause (Les héros de A Canterbury tale, notamment); d'autres, les plus connus (Soeur Clodagh dans Black narcissus, ou Vicky dans The red shoes, et bien sur Joan dans I know where I'm going) s'en rendent compte au fur et à mesure de leur confrontation; enfin, ce pauvre Colonel Clive Candy (The life and death of Colonel Blimp) ne s'aperçoit quasiment de rien. Sammy Rice, lui, le sait, et va même jusqu'à créer ses propres obstacles dans ce qui aurait pu être une légitime course au bonheur. Il se comporte en vieux grognon, faisant tout pour décourager Susan. Il est un expert reconnu, mais sa loyauté à son travail n'est pas accompagnée d'une quelconque fidélité aux hommes qu'ils côtoient; on voit d'ailleurs qu'autour de lui les hommes évoluent, font parfois passer leur vie personnelle devant le travail, et se succèdent à des postes qui les font avancer dans leur carrière - pas lui. Et surtout, il fait un travail qui lui donne parfois l'occasion de tester son instinct de mort... A ce titre, il est inévitable que Powell passe par une scène de déminage au suspense intense; c'est bien sur le principal propos de cette sous-intrigue liée à ces mines découvertes par les Britanniques, dont seront victimes deux hommes durant le film: un soldat anonyme, et le Capitaine Stuart, qui avait manifestement abordé le travail sur l'objet lui-même comme un sport de haut niveau, avec un peu trop de gourmandise. Mais la scène qui nous montre Rice en plein travail est un quart d'heure de tension superbe, dans lequel le scientifique, affronte enfin ses démons, se découvrant une envie de vivre, une valeur aussi, qui est reconnue par les gens qui l'accompagnent... C'est une renaissance, située à Chesil Bank sur la côte sud de l'Angleterre, un lieu magique que Powell adorait.
Susan et Sammy sont un couple fascinant, parce qu'ils sont arrivés dans leur amour sincère à un stade ou, d'une certaine manière, ça passe ou ça casse, comme on dit: Susan arrivera-t-elle à supporter la mauvaise humeur et la tendance à l'auto-critique dégoutée de Sammy? Celui-ci se rendra-t-il compte qu'elle est amoureuse, sans conditions, ou pas? Et puis ils sont à des antipodes d'un gentil couple de cinéma, la dimension physque de leur couple étant mise en valeur par la complicité tactile dont ils font preuve, soulignée aussi par la proximité de leurs appartements. Si Farrar a composé un personnage dont il existe d'autres exemples dans l'histoire du cinéma, cousin par exemple de l'écrivain joué par Ray Milland dans The lost week-end, de Billy Wilder, Kathleen Byron a la tâche de créer un personnage qui échappe aux clichés en vogue et est furieusement réaliste, en plus d'être plus qu'attachante. Son physique particulier, mis en valeur dans des éclairages impeccables, fait une fois de plus merveille. La façon dont Powell l'isole par un spot dirigé sur son singulier visage, devient un leitmotiv de ses aparitions...
J'ai parlé de réalisme occasionnellement, à propos de ce film, mais il faut reconnaître que si le décor est situé majoritairement à Londres, dans des pubs, des bureaux, des immeubles et appartements qui pourraient tout à fait être d'authentiques lieux d'une telle histoire, les cinéastes sont choisi de privilégier des scènes nocturnes, montrant la difficulté des personnages à rentrer chez eux, par exemple, Susan et Sammy ayant tendance à essayer de maintenir une vie sociale intense, qui tend à souligner un peu plus leur complicité. Mais surtout le lieu ou ils travaillent, une petite maison située dans l'arrière-cour d'une annexe d'un ministère (!), est un endroit idéal pour y vivre leur histoire d'amour marginale et fragile. Les décors ont leur importance dans l'appartement de Sammy aussi: beaucoup de plans sont composés de manière à incorporer deux objets familiers: un portrait de Susan, et une bouteille qui sert généralement de rappel: elle est là, mais Sammy n'est jamais supposé l'ouvrir. Les deux choix, l'avenir avec Susan, ou la fin de la douleur avec l'alcool, sont représentés... La douleur d'une séparation momentanée sera quant à elle représentée avec génie par l'absence dans l'appartement de Sammy des objets qui sont associés à la jeune femme: le portrait, bien sur, mais aussi le chat qui leur sert de compagnon... Lorsque Sammy rentre à son appartement vidé de ces preuves d'amour, il replonge dans l'alcoolisme en se saisissant de la bouteille, et la vide. La scène qui suit, qui vire inévitablement au délire visuel, est aussi déchirante... C'est en plus la veille de son utime mise à l'épreuve...
Ne manquant même pas d'humour, le film est une perle rare, forcément moins flamboyant dans son apparence que les grandes épopées colorées, mais pas moins beau. C'est une superbe histoire d'amour, ce qui suffirait, mise en beauté par une superbe re-découverte de lui même par un homme qui va enfin comprendre sa valeur et la valeur qu'il peut apporter à son environnement. Quand le film se termine, les Britanniques ont renversé la tendance, on sent que la guerre va être gagnée. En ce qui concerne Sammy et Susan, ils ont déja gagné.
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Film de propagande? C'était, pourtant, l'intention. Mais Michael Powell et son complice Emeric Pressburger sont comme toujours des originaux, et ont choisi de prendre jusqu'à un certain point le contrepied des petites habitudes, et font un film dans lequel l'Angleterre, la bonne vieille dame, s'en prend plein la figure. Certes, avec tendresse, mais il faut remarquer le onmbre de fois ou ce pauvre Clive Candy se trompe: a Edith Hunter, jeune femme éprise d'indépendance, qui a été chercher en allemagne ce qu'elle ne peut pas trouver en Angleterre, soit une certaine liberté (Elle souhaite travailler, et un poste de gouvernante est plus facile à trouvber dans un pays étranger), il tient un discours paternaliste qui s'ignore; à Theo, qui a plus que lui la capacité à comprendre le fond des choses en matière de changements idéologiques, il assure en 1919 que l'Allemagne vaincue se relèvera sans aucun souci de ses ruines... Clive Candy, mu en toutes circonstances par des idées d'un autre siècle, mélangées à un esprit chevaleresque et fair-play sans aucune mesure avec l'évolution du monde au cours du vingtième siècle, est donc la cible principale de ce film sur le temps qui passe. Et Roger Livesey, aidé par un beau travail de maquillage et un métier à toute épreuve, fait passer le personnage de ses 25 ans à ses 70, sans aucun problème...
Ce qui permet de suivre et d'aimer ce personnage perdu dans un siècle qu'il ne comprend pas (A un américain, coincé en plein front, il tient un discours ahurissant, disant à quel point la façon dont se déroulent les combats démontre que cette nouvelle guerre est un conflit d'amateurs par comparaison avec la guerre des Boers!), c'est le refus de tout dogmatisme dans ce qui est après tout une démonstration, du fait du temps qui passe, des esprits qui changent... Aussi décalé soit-il (En tout contexte), on aime le général Candy; ses méthodes surrannées et son conservatisme aveugle cachent aussi un coeur d'or et des valeurs humanistes réelles. C'est ça aussi la réalité de la vieille Angleterre, nous disent en substance les auteurs: non, la Grande-Bretagne ne pourra pas gagner la guerre en se comportant avec les nazis comme avec les ennemis du siècle dernier, mais ça ne remet rien en cause dans le fait qu'on l'aime, ou qu'on en adopte l'essence même d'une idéologie décente et démocratique.../http%3A%2F%2Fs1.lemde.fr%2Fimage%2F2012%2F04%2F03%2F534x267%2F1679850_3_b6a6_deborah-kerr-dans-colonel-blimp-de-michael_69b669e994d555723acdef2b7e5d4c4b.jpg)
pas se rendre ridicule) en 1920, et enfin toujours jeune et à la fois loyale et progressiste en 1943: Angela et d'accord sur le fond avec les jeunes soldats qui renvoient l'Angleterre de toujours au placard, mais elle garde son soutien pour le vieil homme. Cet ange gardien (Theo, lui, l'a compris quand il apprend le nom de la dernière Deborah Kerr dans le film) a peut-être été motivé dans le script par le refus de Michael Powell de "vieillir" la belle actrice (Dont il était amoureux) à la façon dont il va changer Walbrook et Livesey. Quoi qu'il en soit, sa participation est l'un des points forts de ce chef d'oeuvre...
Enfin amené à tourner un film en couleurs arès sa participation à l'épique The thief of bagdad, qui lui avait ouvert les yeux, Powell se laisse emporter: mais ces 163 minutes sont malgré tout un régal permanent, non seulement pour les yeux charmés par ce bon vieux Technicolor, mais aussi parce que la mise en scène y est fantastique, avec des idées partout, du rythme (Les premières scènes si déstabilisantes, avec cette bande-son ironique qui mélange les styles musicaux), et des moyens toujours novateurs de faire passer le temps: pour montrer les 12 ans entre le retour de Berlin de Candy et l'arrivée de la guerre mondiale, Powell nous montre une pièce (que nous avons vue) dont les murs se garnissent de têtes d'animaux que l'impétueux militaire a été massacrer dans quelque colonie afin de s'occuper. La première de sces séquences se termine par l'apparition dans cette même pièce d'un casque à pointe... C'est Jack Cardiff, qui n'était qu'assistant caméraman, qui s'est chargé de ces plans. La scène cruciale du duel, dont on assiste à tous les préparatifs, nous est cachée par la caméra qui s'en va dehors auprès des amis de Clive, afin de nous épargner justement la "scène à faire"...
Après des films de propagande superbes et toujours un peu décalés (49th parallel, One of our aircraft is missing), Blimp était un cri du coeur de la part de deux hommes qui avaient envie comme Chaplin de faire un sermon qui prêche pour une certaine idée de la vie, contre les nazis et autres barbares de tout poil, mais plutôt qu'une sèche communication orale, ils ont choisi d'en faire un extravagant film aux couleurs magnifiques, traversé par l'amour, l'amitié et la décence d'un homme. qu'importe qu'il ait eu tort sur toute la ligne... Ils ont aussi, grâce au merveilleux personnage de Theo, donner à entendre un plaidoyer pour la démocratie, prononcé en toute logique pour qui connait bien l'oeuvre de Powell, par un Allemand! /image%2F0994617%2F20230719%2Fob_4d6036_j8dlpfc9l8hkqqor0jbcekfis6ztsz-large.jpg)
Inspiré par l'évacuation des derniers habitants d'une île Ecossaise, St-Kilda, Powell se rend sur place, et avec le soutien de la population locale, accomplit un film qui montre les derniers jours de présence humaine sur une île condamnée à l'extinction. Powell, qui retournera en Ecosse quelques années après (I know where I'm going) , réussit avec ce film une oeuvre troublante, dans laquelle l'équilibre entre la fiction (Ces acteurs, Nial McGinnis, John Laurie et Finlay Currie, allaient tous revenir dans au moins un de ses films) et le naturalisme documentaire est complété par le lyrisme des plans de paysages: ces falaises dans la brume... Comme Michael Powell sait déjà ce qu'il veut faire, et qu'il se refuse à la facilité, il fait du seul "méchant" de l'histoire, le trop rigoriste John Laurie en traditionaliste aveugle et ombrageux, un homme motivé par des valeurs qui le dépassent, prêt contre toute attente à s'ouvrir le moment venu, et à montrer une richesse de coeur inattendue. Et puis, Powell s'est symboliquement mis en scène en touriste riche qui fait escale en compagnie d'un des protagonistes du film, et entend ensuite celui-ci raconter la tragédie, qui de fait prend d'emblée une dimension bien plus mythique que naturaliste... Un grand film, riche en possibilités complètement nouvelles, aussi bien du reste pour le cinéma Britannique que pour l'ensemble du septième art.
sait que les deux peuples doivent fonctionner ensemble. C'est tout le sens de son intervention au procès "Paradisiaque" de son ami Peter Carter. La dernière partie du film, qui voit reléguer Carter et June au second plan, est d'ailleurs une confrontation entre Reeves-Livesey, qui défend l'idée de laisser vivre le solat Carter, et Raymond Massey en Abraham/image%2F0994617%2F20230719%2Fob_819a3b_nglo5lutrszn3usofgwxtbafhtotgq-large.jpg)
Hazel, la fille d'un vieil homme qui bricole un peu de tout (Il confectionne les cercueils et joue de la harpe aux mariages...), vit dans un taudis en pleine nature, et s'attache à tous les animaux qu'elle rencontre, en particulier avec une renarde, qu'elle a nommée Foxy, qu'elle tente de préserver des chasses fréquente des nobles du coin. Elle souhaite se marier, et est très attirée par un noble local, mais a de sérieuses réserves en rapport avec ses habitudes de chasse au renard. Elle trouve à se marier avec un pasteur qui lui est entièrement dévoué, mais le mariage sans amour va la précipiter dans les bras du Lord, et le drame sera inéluctable...
Avant-dernier film de Michael powell (Le dernier, The boy who turned yellow, étant un moyen métrage commandé par la télévision, prétexte à des retrouvailles entre Powell et Pressburger), Age of consent a été tourné en Australie, sur la grande barrière de corail pour l'essentiel, et est un bien étrange testament... Pas très bien reçu à l'époque, il faisait partie des films réalisés en exil par Powell, suite au scandale retentissant de Peeping Tom. C'est sans aucune hésitation le meilleur des deux films Australiens, l'autre They're a weird mob étant au mieux un travelogue culturel déguisé en fiction, l'histoire anecdotique d'un immigrant Italien découvrant l'Australie après y avoir émigré, et butant sur chaque subitilité de langage à connotation folklorique. C'était principalement un prétexte à encourager l'immigration pour l'Australie (Qui à l'époque stipulait n'accepter que les blancs, par une loi hallucinante). Avec Age of consent, Michael Powell semble à la fois réaliser un film de vacances, et reprendre le fil de ses obsessions, sans parler du fait qu'à bien des égards, le film reste un brin autobiographique...
Et puis, bien sur, il y a la sensualité affichée de Mirren, en Cora, qui explose dès ses premières apparitions, le plus souvent vétue d'une seule robe qui ressemble plus à un T-shirt allongé, et bien sur qui se laisse déshabiller par le peintre sans montrer trop de résistance. Elle l'anticipe d'ailleurs dans une scène au cours de laquelle elle observe son corps nu dans un miroir, lointain écho de la danse sensuelle de Jean Simmons dans Black Narcissus... De Brad Morahan, peintre fictif, ou Michael Powell, authentique cinéaste, lequel est le plus coupable d'avoir déshabillé l'actrice? On peut se poser la question, tant il est clair qu'il met en scène la nudité de la jeune femme. La lente réalisation de la sensualité, qui coïncide chez lui à un retour de l'inspiration, est un reflet chez le peintre de l'impression de liberté vis-à-vis de l'érotisme ressentie par le cinéaste lui-même, qui rappelons-le a fui le cinéma Anglais après avoir subi des critiques sur sa moralité à cause de Peeping tom... De toute façon, le titre annonce la couleur, Age of consent étant la traduction de la notion de maturité sexuelle légale, allusion à l'inévitable idylle sensuelle entre le peintre et son modèle.
On peut dire que, même lors de ses prestigieuses collaborations avec Emeric Pressburger, Powell ne s'est finalement jamais arrêté de faire des petits films, sauf peut être entre Colonel Blimp (1943) et The red Shoes (1948). Mais là, il n'avait ni le temps, ni peut-être les commandes, voire les opportunités. Il y a une légende tenace, que je n'ai pas pris le temps de vérifier: les deux hommes, pour leurs productions communes (scénarisées par Pressburger, mises en scène par Powell, produites en collaboration et signées des deux sans distinction, à partir de ce film, justement, jusqu'à Ill by moonlight en 1957), adoptaient un logo différent, cette cible dans laquelle une flèche venait se planter: pour leurs films les plus réussis, elle était au centre, mais pour d'autres (On imagine bien sur The scarlet Pimpernel, entre autres), elle était légèrement recentrée, comme pour en signaler la moindre importance... La question ne se pose pas ici: le logo-cible n'avait pas été encore imaginé, cela viendrait sur le film suivant. Mais cette curiosité, rarement présentée, reprend finalement un peu le même esprit que le film précédent du duo, 49th parallel: cette histoire d'espions nazis préparant la suite de la conquête du monde en essayant de gagner des canadiens à leur cause, aventure d'infiltration vécue de l'intérieur par les hommes, venus pour vaincre idéologiquement, et qui se laissent au fur et à mesure séduire par la liberté de penser canadiens, était un peu banal film de propagande, parfaitement assumée. C'est à nouveau de propagande qu'il est question, mais le titre est sans ambiguïté: le point de vue, maintenant est celui des alliés.
On notera au passage une certaine tendance à l'extravagance typique (on la retrouvera sur la plupart des films suivants) dans la façon de présenter le film: une ouverture d'ailleurs très symbolique, dans laquelle on voit l'avion voler seul, comme le temps qui continue à avancer durant l'escapade Hollandaise des six hommes, puis l'avion s'écrase sur des installations électriques. Tout ceci est avant le générique... La fin, abrupte, est suivie d'un épilogue convenu mais dynamique, dans lequel les six hommes repartent au combat avec un plus gros avion... Enfin, les amateurs de films Anglais se réjouiront de savoir que le grand Bernard Miles est présent, en aviateur issu de la classe ouvrière; on trouve aussi le tout jeune Peter Ustinov, en prêtre austère (mais oui!!), et sinon les habitués de Powell peuvent retrouver ici Robert Helpmann, Eric Portman et Pamela Brown.../image%2F0994617%2F20230719%2Fob_f5a1e6_co8fhjazse2g825mta0hbulhjrfanc-large.jpg)
mobilise les vieilles pierres et la nature, aussi bien accueillante que rageuse (Le tumulte dun ruisseau en crue qui empêche le silence de respecter les conversations téléphonique dans la cabine téléphonique la plus mal placée du Royaume-uni, ou le bruit incessant du tourbillon, symbolique des passions, n'en doutons pas, qui menacent d'engloutir l'écervelée Anglaise et l'homme auquel elle essaie de résister) est une fois de plus superbe. Largement tourné sur place, dans des conditions qu'on devine difficile même si elles furent certes moins spartiates que The edge of the world, le film bénéficie aussi d'un montage serré et qui sait laisser leur place aussi bien au lyrisme, à l'exubérance (le cinéma de Powell est l'un des plus énergiques du monde!), qu'à une certaine mélancolie contemplative...
Moira Shearer, sa vedette de l'admirable The red shoes (A contre-emploi), dont il fait l'une des victimes, au terme d'une scène épuisante par sa lenteur, et l'implication du spectateur: nous savons parfaitement ce qui va arriver à cette ballerine-figurante qui croit saisir la chance de sa vie en restant avec ce photographe de plateau pour faire quelques essais de caméra... l'ironie est qu'une fois que son corps est découvert, celle qui n'était utilisée que comme doublure est désormais mentionnée par les journaux comme ayant été promise à un bel avenir! mais la présence de Moira Shearer, et sa ressemblance vague avec la frêle Anna Massey (Helen), joue un rôle d'intertextualité important, dressant ainsi un parallèle troublant avec The red shoes, dans lequel l'art menait immanquablement à la mort.../image%2F0994617%2F20230719%2Fob_0819a9_nqexvzvozqrumqgey1nc2mw0tgp1iu-large.jpg)
Pour Boris Lermontov, pas d'art sans un abandon total de tout ce qui n'y est pas utile, à commencer par l'amour et ses symptômes, mariage ou couple, frustration ou sexe. Lorsque sa prima ballerina (Ludmilla Tcherina) se marie, il est odieux avec elle, face à ce qu'il considère comme une trahison. Il engage Vicky Page après que celle-ci lui ait dit clairement que danser, pour elle, est un besoin vital, et traine autour de lui des collaborateurs nombreux qui ne vivent que par leur art, ceux qu'il appelle sa "famille". Mais Lermontov cultive à l'égard de la jeune femme des sentiments ambigus: il manifeste à plusieurs reprises une certaine jalousie, comme dans la scène de l'anniversaire: alors que Grischa, l'un des danseurs-vedettes (Leonide Massine) fête son anniversaire en compagnie de la troupe, Lermontov fait une apparition dignement fêtée: en effet, de son propre aveu, ce n'est pas souvent qu'ils se mêle ainsi à ses artistes. Mais une fois assis, il cherche du regard Vicky Page, et ne la voit pas. Julian Craster est aussi absent: les deux sont partis faire une escapade en amoureux. Lermontov avait remarqué l'absence de Vicky, pas celle de Julian...
Danser: inutile de faire un film sur ce sujet sans s'armer convenablement; c'est la raison qui a poussé Powell à choisir avec soin des artistes dignes de ce nom, et on retrouve dans le rôle de Vicky Page une jeune ballerine qui est aussi une actrice, plutot que le contraire. Moira Shearer m'apparait comme un talent singulier, doté d'une énergie et d'une nervosité impressionnantes... Maintenant, entre les mains de Powell, elle peut aussi avoir bénéficié de certains trucs: n'utilise-t-il pas un ralenti pour la magnifier? Elle peut aussi avoir été légèrement accélérée dans certaines scènes. Elle donne convenablement corps, en tout cas, à ce qui reste le fil rouge du film: son talent exceptionnel devient une conviction du spectateur. Ajoutons à cela les autres danseurs et danseuses, de Ludmilla Tcherina à Leonide Massine, en pasant par le plus conrtoversé Robert Helpmann (Chorégraphe du film). Le style de Helpmann, plus académique, tranche avec le style très personnel et volontiers disjoint de Massine. Celui-ci a d'ailleurs pris en charge sa propre chorégraphie... Avec tous ces talents, l'immersion est complète, et magnifiée par les autres aspects artistiques du film: le Technicolor rutilant de Jack cardiff et la musique de Brian Easdale, qui est intégrée via Craster au film. Voir à ce sujet la séquence d'ouverture, à l'issue d'un long générique: les étudiants s'amassent pour une matinée consécrée aux ballets lermontov, et Powell cadre les instruments de l'orchetre. La musique est souvent discutée, reprise; certains éléments du ballet "The red shoes" sont évoqués dans une conversation entre Craster et Lermontov, et on les entend bien clairement durant le ballet lui-même. Brian Easdale, au passage était l'auteur du score de la fameuse scène muette de Black Narcissus.
Shearer, et qui sera une immersion complète dans l'art de l'opéra, sans le prétexte de la représentation théâtrale./image%2F0994617%2F20230719%2Fob_5d87a4_azomem6ipckuskcdo0g26e1bkiwa8y-large.jpg)