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23 avril 2025 3 23 /04 /avril /2025 21:56

Simone, lieutenant de police à Dijon (Léa Drucker) travaille sur une cellule féministe, les "Hardies". Elle qui est assez traditionnelle, voire conservatrice, elle se fait passer pour une prof de musique au collège, pour les infiltrer. Elle est persuadée que le groupe a apporté une complicité à l'assassinat d'un mari violent par son épouse abusée... Quand le groupe se rend compte qu'il y a des fuites, elle est soupçonnée... Pour détourner l'attention, elle n'a pas d'autre solution que de trouver le premier bobard à sortir, et elle désigne un homme qu'elle a vaguement croisé au square où elle emmène ses enfants prendre l'air, comme un homme qui l'aurait violée...

...alors qu'on ne peut pas touver homme meilleur et plus compréhensif des femmes que Paul (Benjamin Lavernhe), homme au foyer, acteur minable marié à une vedette des planches, Charlotte (Julia Piaton), un homme qui a dédié sa vie à permettre le bonheur professionnel à son épouse, pendant que lui souffre en silence, mais sagement, de son cruel manque de reconnaissance...

On a peur, quand au pays de Robert Lamoureux, Philippe Clair, Claude Zidi et Robert Pouret, une comédie parle de féminisme. A plus forte raison quand dès le départ, dans une manifestation assez hilarante, les femmes qui forment un groupe de choc se révèlent assez vite être d'assez irritantes pasionarias, toutes dotées d'un problème d'égo caractérisé, sous la houlette d'une meneuse (Judith Chemla) avec autant de souplesse qu'un militant du PCF en 1955... Car Michel Leclerc (qui avait dressé un curieux mais tendre portrait du Jospinisme dans le sympathique Le nom des gens en 2010) fait partie avec sa compagne, partnaire et co-scénariste Baya Kasmi, des cinéastes observateurs de la société Française, et il s'est refusé à peindre un portrait trop angélique des femmes qui luttent, préférant la caricature à l'hagiographie. Qui aime bien châtie bien, dit-on...

Mais voilà, il n'y pas qu'un portrait tendrement vache des féministes, et d'une policière qui va perdre peu à peu ses illusions conservatrices à leur contact: il y a aussi les hommes, divisés en trois groupes. D'un côté, les masculinistes, une bande de terroristes en puissance rassemblés autour d'un collectif misogyne et homophobes, les  Vrais papas, menés par Maxime Barka (Théo Costa-Marini), des cinglés qui sont persuadés que les médias et le gouvernement obéissent en secret aux femmes pour changer l'ordre du monde! De l'autre, les policiers et collègues de Simone: l'un d'entre eux, Jean-Jacques (Vincent Elbaz) est son supérieur d'ailleurs, ainsi que son mari. A une exception prêt (une jeune recrue, qui sert semble-t-il de "caution maghrébine de gauche") ils sont tous très à droite, et très peu enclins à montrer un tant soit peu de patience à l'égard des féministes, de leur collègue féminine... Ou d'une femme battue, comme va le révéler un épisode dramatique du film.

Enfin, au milieu, le personnage sensible, mais lunaire, décalé et foncièrement poétique par sa différence totale d'avec tous les autres mâles du film: Paul est vraiment féministe, au point de conseiller à un réalisateur (Michel Leclerc) qui vient de l'engager pour une série, d'engager une femme pour le remplacer... Un acteur raté qui se contente de jouer les malades pour des photos anti-tabac, mais qui est agréablement surpris quand on le reconnait... Ce qui lui tombe dessus devant une accusation de viol, est imprévu, mais va révéler un monde insoupçonné de pensées et théories inattendues chez ce frustré qui s'ignorait...

Bref: un joli film... souvent gentiment loufoque, et qui va dans le bon sens. Et en plus on y tape sur des militants d'extrême droite, donc ça fait du bien...

 

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Published by François Massarelli - dans Michel Leclerc Comédie
5 août 2022 5 05 /08 /août /2022 09:55

Arthur Martin et Baia Ben Mahmoud. C'est le nom des gens qui sont en fait les principaux protagonistes du film: Arthur (Jacques Gamblin), fils d'un couple qui a passé la vie à tout enterrer: drames, émotions, sentiments... C'est que madame martin mère, née Cohen, a vécu le drame de tant d'enfants juifs rescapés: ses parents, eux, un couple de juifs grecs fraîchement immigrés en France, ont péri dans un camp de concentration. Alors les Martin ont fait comme tant de français dans les trente glorieuses, un voile sur la passé... Baia (Sara Forestier), elle, en revanche, n'a pas peur de dire les choses, même si il y a une ombre terrifiante dans son enfance. Fille d'un immigré Algérien longtemps clandestin et d'une militante de la militance (quelle que soit la cause, on se battra), elle utilise sa sexualité comme une arme de destruction de ceux qu'elle appelle les Fachos... Tous ceux qui sont à droite d'elle, et ça fait du monde! Elle couche avec eux pour les changer...

Arthur, qui a passé sa vie à adopter les méthodes de déni de ses parents, est de gauche, car il est jospiniste: en 2010, soit huit années après la débâcle de 2002 qui a vu un opportuniste vaguement de droite se faire réélire président face à un nostalgique du nazisme, écartant celui qu'Arthur considère comme l'homme politique le plus intègre, il n'a jamais abandonné sa foi en lui. Il fait un métier assez peu courant, puisqu'il est épidémiologiste animal, allant sur les plateaux télé pour alerter l'opinion aux dangers du H5N1, la grippe aviaire. Il fait aussi la tournée des oiseaux morts, et c'est lors de son passage à la télévision qu'il rencontrera la bombe Baia Ben Mahmoud, venue brièvement faire un petit boulot de standardiste. Leur rencontre est explosive, et si Baia sera peu changée par sa rencontre avec le très effacé Arthur, en revanche, celui-ci ne sera plus jamais le même après avoir fait la connaissance de l'explosive petite brune...

Le titre se justifie pleinement: pour Baia et Arthur, en effet, le nom des gens va toujours jouer un rôle dans leur vie. En l'appelant Baia, les parents de la jeune femme ont non seulement célébré un héritage, ils lui ont offert aussi une occasion de défendre son identité: car à tous ceux qui émettront l'idée que son prénom puisse être d'origine Portugaise ou Brésilienne, elle peut rétorquer qu'elle est, en fait, Algérienne. Mais Arthur n'est pas aussi bien loti derrière son prénom banal, puisqu'il n'a qu'à répondre au questionnement incessant de ceux qui croient qu'il est de la famille des cuisinistes Arthur Martin!

Et le film, entre ses deux narrateurs (le début est brillant, avec Gamblin et Forestier qui nous font revivre leur jeunesse en s'adressant directement à la caméra), nous invite à une petite promenade dans un certain pan de l'âme française, entre ses prénoms banals et ceux plus spectaculaires de ceux qui par millions, depuis la nuit des temps sont venus changer un peu notre patronymie, et beaucoup notre caractère, parce que n'écoutez pas les affreux obsédés de l'Hidentité française, tant qu'il y aura un peu d'étrangers dans le melting pot franchouillard, nous serons collectivement moins cons. Et là Michel Leclerc (qui a du souvent, dans sa vie, expliquer qu'il n'avait aucune relation avec la chaîne de supermarchés) et Baya Kasmi la scénariste (de Baia à Baya, il n'y a qu'un pas) l'ont sans doute non seulement compris, mais aussi vécu.

Et si le film n'est pas toujours parfait (certes, la scène du supermarché est drôle, mais est-il vraiment possible que le déshabillage intégral de Sara Forestier, distraite, qui a oublié qu'elle était nue avant de sortir de chez elle, était vraiment nécessaire, ou bien ne serait-ce pas plutôt un argument de vente? ...dans le doute, je vais les suivre, voir plus bas) il affiche une constante tendresse, que ce soit de Baia vers son admirable père (Zinedine Soualem) ou même à l'égard des parents coincés d'Arthur. Et à côté, les auteurs s'attaquent aux conservatismes de tout poil (les fameux fachos qu'il s'agit de "convertir" par l'orgasme) avec une belle insistance. Quoi qu'il en soit, le film est donc un beau moyen de contrer la tendance générale, en rappelant avec humour certaines vérités et en se promenant aussi dans la confusion idéologique des années 2000. Et en compagnie de l'authentique Lionel Jospin, le seul, l'unique. Et aussi, avec Arthur Martin, le seul Jospiniste.

 

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Published by François Massarelli - dans Comédie Mettons-nous tous tout nus Lionel Jospin Michel Leclerc