
Comme souvent dans les films de Naruse, la "femme dans la tourmente" du titre, c'est la grande actrice Hideko Takamine... Elle interprète Reiko, dont le film nous apprendra bien vite (sans le moindre flash-back cette fois) qui elle est: veuve d'un soldat mort au tout début de la guerre, et recueillie, puis gardée par habitude par la famille de celui-ci, Reiko porte à bout de bras le commerce familial depuis 18 ans, ainsi du reste que l'éducation du petit dernier, Koji (Yuzo Kayama), qui n'avait que 7 ans quand sa belle-soeur est venue dans la famille. Ils sont proches, très proches même, sans que Reiko ait jamais soupçonné quoi que ce soit. Mais lorsque le film commence, la crise est là: d'un côté, l'épicerie familiale périclite face à la concurrence sévère de la grande distribution alors e plein boom; de l'autre, Koji a 25 ans et sa famille se désespère de le voir faire quelque chose de sa vie. Enfin, même si elles ne le diront pas, les soeurs de Koji estiment qu'il est temps que Reiko assume sa vie seule, en clair: qu'elle débarrasse le plancher...
Superbe évocation, une fois de plus, d'une femme solitaire face à une tempête figurée, ce mélodrame admirable combine aussi l'évocation du quotidien familial dans sa banalité, et l'illustration quasi documentaire d'un Japon en proie à des changements radicaux, près de vingt années après la guerre; les deux personnages principaux incarnent d'ailleurs bien cet "avant" et cet "après": Reiko, dont le mari a été tué pendant les combats, est toute faite d'inquiétude, mais aussi d'une résignation face aux conventions et aux lois morales du Japon, qui l'empêcheront aussi bien d'avouer que d'assumer son amour pour le jeune homme de dix ans son cadet. Koji, en revanche, né avant mais éduqué après la guerre, fait partie de cette nouvelle génération qui essaie, expérimente, et parfois n'a pas peur de parler: c'est lui qui va le premier s'ouvrir de ses sentiments. Mais il est aussi piégé par ses sentiments, et va s'abandonner un peu facilement dans les plaisirs à portée de main...
Et le film se résout d'une façon magistrale, dans une sorte de rencontre-séduction orchestrée par Koji dans un train qui les emporte tous les deux loin, très loin. Mais si la rencontre a lieu, elle finit mal, très mal... Ce film, au script sans temps morts, et aux acteurs formidables (Takamine en tête, comme d'habitude), est une merveille, l'un des plus beaux films de Naruse, ce qui n'est pas rien!












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Au milieu des mélodrames contemporains essentiellement urbains de
Mikio Naruse (Quand une femme monte l'escalier, pour ne citer que le plus célèbre), ce film apparait de prime abord comme une halte rurale inattendue, mais on va vite se
rendre à l'évidence: si le film parle effectivement de la condition paysanne, Naruse dresse un constat maussade, et parle comme à son habitude de gens arrivés à une période difficile de leur
vie.
L'enchevêtrement de personnages, mélangés par Naruse au gré d'un chengments permanents de points de vue, ne rendent pas la navigation facile dans le film, mais l'accumulation des
anecdotes et des rapports entre es gens sont une récompense pour le spectateur, qui s'atache forcément à tous ces gens, à Shin et Hamako, les deux cousins qui tombent amoureux, indifférents aux
tractations de leurs parents, en coulisse; à Hatsu et Michiko, qui vont assumer tant et si bien leur mariage arrangé qu'ils vont de leur propre chef prendre les devants; à Chié, la
condisciple de Yaé tellement indépendante qu'elle apprend à conduire; à Wakusé, le paysan si attaché à ses traditions qu'il ne se rend pas compte qu'il souhaite imposer à ses enfants les mêmes
limites que lui imposait son propre père et dont il a tant souffert... Mais surtout il y a Yaé, personnage central, à laquelle naruse a donné les scènes les plus belles; cette rencontre sur la
plage avec Okawa, durant laquelle les
sentiments commencent à se révéler à travers des
non-dits... puis l'adultère est montré comme un développement logique, assumé avec tristesse par l'héroïne. Le réalisateur a confié à l'actrice Chikage Awashima le rôle de ce trait
d'union entre tous les êtres, qui finit par constater que tout s'est arrangé, que tous ont évolué, mais qu'elle est elle-même toujours au même point... Naruse est tellement rare,
que n'importe lequel de ses films est une occasion de se réjouir de toute façon./image%2F0994617%2F20230718%2Fob_34141d_mmtbsnm5ud8wisyaskl72smghfhjlz-large.jpg)

moins circonscrit par les conventions de la fiction: ici, l'histoire aboutit à une étape ou certains des protagonistes trouvent le bonheur, mais qu'on ne s'y trompe pas, cette Sugiko, qui choisit un conflit sans concessions contre sa belle-famille, qui reprend sa liberté dans un monde dominé par les hommes, au risque de rester dans l'incertitude - et au plus bas de la classe ouvrière - toute sa vie, avec la plus belle des dignités, est bien une héroïne de Mikio Naruse, une grande.