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18 juin 2023 7 18 /06 /juin /2023 10:57

Dans un collège en Corse, deux élèves très concernés par l'environnement attirent l'attention de leurs camarades sur une pollution industrielle menée régulièrement par l'usine Chambon, employeur important du pays... Fouad (Mathys Clodion-Gines) et Cat (Colombe Schmidt) font équipe dans leur exposé, mais ils s'aiment en secret... Et Sami (Redwan Sellam), lui, aime de plus en plus Cat et ferait tout pour l'approcher. Afin d'aider son copain, Antoine (Aymé Medeville) décide d'entrainer les deux camarades écolo dans une mission dangereuse: l'incendie de l'usine. Ce qui au départ est un coup de bluff pour rapprocher sami et cat (d'ailleurs en vain) devient une épopée farfelue dans laquelle les quatre mousquetaires vont, comme de juste, se trouver un cinquième compagnon: Aimé (Paul Belhoste), principal souffre-douleur du collège... Et l'incendie va se transformer de façon fortuite en kidnapping de M. Chambon (Laurent Capelluto), le très désagréable patron de l'usine...

C'est une excellente surprise: une surprise d'abord parce que Salvadori, dont c'est le dixième film, a souvent situé ses comédies dans le monde des adultes. Mais ici, on revisite une tradition fabuleuse, celle des films dont les enfants sont les héros, sans pour autant que ça plonge dans la mièvrerie: et il y a de sacrés précédents, d'Emile et les détectives (Gerhard Lamprecht, 1931) à La Guerre des Boutons (Yves Robert, 1962)! Mais avec celui-ci, on a très envie d'ajouter Stand by me, de Rob Reiner, qui montre lui aussi une bande d'ados engagés dans une mission absurde et dangereuse, qui va devenir initiatique...

Pas beaucoup de pathos, ici, en dépit d'un constat impitoyable: l'enfance, c'est dur, et l'adolescence c'est pire. Survivre à un remariage, subir la violence d'un parent, gérer l'absence d'un parent emprisonné, aimer quelqu'un sans espoir, et bien sur le harcèlement d'Aimé (qui est, justement, le narrateur du film): il fallait le faire... Mais le vrai sujet reste l'entraide, au delà de toute moralité, et cette rude envie d'exister pour les autres qui se manifeste à travers de vrais personnages d'ados qui échappent aux clichés par leur naturel.

Et Salvadori connait la musique, lui qui a réalisé auparavant 8 comédies, et confesse depuis toujours une affection forte pour la comédie de caractères, la screwball comedy et l'énergie de la comédie classique à l'Américaine: c'est donc visuel (avec des gags "physiques", aux dépens de ce pauvre Chambon... D'ailleurs, il est louche, la preuve: les mocassins sans chaussettes), plein de rythme, une vraie bulle de bonheur... Les personnages, qui tous dissimulent gros et petits secrets, sont donc parfaitement en phase avec les affabulateurs divers et variés qui peuplent l'univers du metteur en scène depuis ses premiers films.

 

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Published by François Massarelli - dans Pierre Salvadori
24 octobre 2019 4 24 /10 /octobre /2019 10:32

Victor Meynard (Jean Rochefort) est un tueur, un vrai, de la vieille école. On le contacte anonymement, on paye (cher, très cher) et il fait le boulot, proprement, simplement, et sans faille depuis quarante ans. Un pro, quoi... Jusqu'au jour où lors de l'exécution d'un contrat, il rencontre Antoine (Guillaume Depardieu): le jeune homme a été témoin de l'exécution, et se tient prêt à se défendre, un couteau de cuisine à la main... Pris de tendresse, Victor lui explique comment tenir l'arme et de fil en aiguille va lui proposer de devenir son assistant et apprenti...

Lors de leur première mission commune, pourtant, tout va aller mal: la cible est Renée (Marie Trintignant), une jeune femme qui a escroqué un malfaisant rancunier. Mais tout se passe mal, et Victor se rend compte qu'il ne parvient pas à la tuer. Du coup, le tueur et sa potentielle victime, qui font tous les deux l'objet d'un contrat, flanqués de l'assistant, se retrouvent en situation de cavale. Renée ne sait pas qu'elle était la cible de Victor, et elle commence à développer une vraie affection pour ce personnage un peu froid et d'une maniaquerie à toute épreuve...

Cohabitation, caractères opposés, situation de danger, et suspense: les qualités fédératrices pour le public ne manquent pas dans cette comédie de précision, où Pierre Salvadori établit son style rigoureux. Il y remue ses thèmes de prédilection, les situations qui inversent la morale (un tueur et une voleuse, et on les aime!), qui confrontent les gens à leur pire contraire (un maniaque et une iconoclaste), et réussit un mélange étonnant d'absurde, de comédie sentimentale et d'humour noir. Cette façon que le metteur en scène a de se reposer sur l'étonnante subtilité de Rochefort (capable d'un huitième de sourire de faire passer la plus infinie des tendresses) et de l'opposer à l'autre subtilité, celle de Marie Trintignant qui sait passer sans aucune difficulté d'une grande dose de cynisme à l'expression d'un mal-être touchant. Un grand cinéaste, des grands acteurs, aujourd'hui tous les deux partis... Depardieu, et c'est à porter au crédit de Salvadori, est lui aussi excellent.

 

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Published by François Massarelli - dans Noir Comédie Pierre Salvadori
24 octobre 2019 4 24 /10 /octobre /2019 10:20

C'est le grand ménage chez Blanche (Sandrine Dumas), la bien nommée: elle astique, brique, frotte et nettoie, avec un tel soin qu'il ne nous faut pas longtemps pour comprendre qu'elle en est même malade. Sauf que Colette (Blandine Pelissier), son amie, a décidé de débarquer chez elle pour exposer son mal-être: pendant que l'une raconte ses malheurs (angoisses nocturnes, dégoût physique et penchants suicidaires) l'autre laisse libre cours à son obsession ménagère (essuyer les traces de boue laissées par les chaussures de la copine, observer avec attention la cendre au bout de sa cigarette qui menace de tomber, etc... Et quand le choix est entre intervenir pour empêcher Colette de se jeter dans le vide et nettoyer du café renversé, qui eut cru que ce puisse être un dilemme?

Salvadori fait ses gammes et s'amuse: dès le départ, il inscrit le titre de son court métrage sur une moquette, et l'aspirateur manuel a tôt fait de le faire disparaître. et les deux premières minutes sont un exposé de la maniaquerie de Blanche, à travers l'efficacité géométrique dont elle fait preuve en nettoyant chez elle. Le metteur en scène profite de tourner dans un appartement pour filmer au plus près, et nous prend au piège: tout en désapprouvant son manque total d'empathie (tout ce qu'elle souhaite c'est que sa copine cesse de tout salir chez elle), nous adoptons néanmoins son point de vue, et la comédie naît de l'anticipation, puisque nous pensons comme elle... 

Ses plans bien rangés, le jeu d'actrices en oppositions (froide et distanciée, obsédée par le détail pour Blanche, expansif, les yeux dans le vide et en roue libre pour Colette) est la cerise sur le gâteau. Des maniaques, il y en aura d'autres chez Salvadori. Des confrontations burlesques entre deux univers irréconciliables mais qui trouvent leur complémentarité dans la comédie, aussi...

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Published by François Massarelli - dans Comédie Pierre Salvadori
20 octobre 2019 7 20 /10 /octobre /2019 08:55

Santi (Vincent Elbaz) est un commissaire exemplaire, mort en héros, et qui laisse derrière lui deux personnes bien tristes: son épouse, elle-même lieutenant de police, Yvonne (Adèle Haenel) et son fils Théo, qui gère le deuil comme il peut, en particulier en demandant chaque soir avant de s'endormir un récit héroïque des activités de son papa: Yvonne s'exécute de bonne grâce... Jusqu'au jour où elle apprend que le flic exemplaire était un policier corrompu au dernier degré, et qui avait en particulier monté une escroquerie à l'assurance avec une bijouterie locale dans laquelle on avait fait porter le chapeau d'un casse fictif à un pauvre type totalement innocent...

Yvonne décide donc de s'intéresser, malgré les conseils de son collègue Louis (Damien Bonnard) qui en pince pour elle depuis toujours, à la vie d'Antoine Parent (Pio Marmaï), victime des manigances de son mari, et qui justement sort de prison après huit années pour rien... Et ça ne va pas être de tout repos, car l'innocent a vraiment envie de trouver a posteriori des raisons d'avoir passé huit ans au trou!

On avait quitté Salvadori sur Dans la cour, un film douloureux qui faisait glisser inexorablement la comédie grinçante vers le drame; c'est le contraire qui se passe ici, et dès le début: le drame du deuil, par exemple, est traité avec énormément d'humour à travers l'improbable équipée légendaire du commissaire Santi, racontée avec des variations par Yvonne, et illustrée en images. Selon l'humeur du moment, elle ajoute des éléments pour charger feu son mari, ou atténuer le choc à venir de la révélation à faire à son fils qui idolâtre son père! Et retrouvant les accents de Cible émouvante, Les apprentis ou Comme elle respire, Pierre Salvadori va lancer dans les bras l'un de l'autre, les deux héros, improbables alliés dans une quête presque identitaire qu'ils ne comprennent pas bien ni l'un ni l'autre... Mais dans la franche hilarité quand même!

On pourra en particulier apprécier un running gag qui aurait pu être plus que douteux avec ce petit monsieur qui vient confesser un crime abominable à un policier distrait qui ne l'écoute pas, et lui conseille de "voir ça lundi, là j'ai pas le temps" alors que l'autre vient de lui avouer qu'il avait tué sa tante, l'avait entièrement démembrée, puis mangé ses yeux (...allusion?), preuve à l'appui puisqu'il a des sacs en plastique avec lui: "quand on ouvre, ça sent un peu fort"... Il y a aussi l'interrogatoire collectif d'une série de braves gens en cuir (merci, mon père, ce sera tout) après le raid d'un tripot sado-maso clandestin qui donnera son lot de rigolade.

Du coup, le malaise et la mélancolie propre à tous ses films passent d'autant mieux. Ici, c'est sans doute Audrey Tautou, en épouse dépassée par les événements d'un brave type qui a fait de la prison pour rien et en est sorti complètement transformé, qui permet à cette gravité d'être présente... Tout en favorisant la comédie, notamment une scène dans un taxi, avec une conversation dans laquelle elle accuse son mari d'être un psychopathe, est entièrement vue par les yeux de plus en plus en plus paniqués du chauffeur qui les véhicule, une scène purement Lubitschienne. Ce petit film à la poésie décalée, et essentiellement cinématographique (puisque tout le monde ment pour protéger les autres) a un plus d'un tour dans son sac...

 

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Published by François Massarelli - dans Comédie Pierre Salvadori
2 novembre 2017 4 02 /11 /novembre /2017 09:24

Avec ce septième long métrage, Pierre Salvadori reprend la formule du triangle, dont il avait offert une intéressante variation avec le splendide Après vous. Et il reprend de ce dernier film la notion, si cruciale dans la comédie Américaine, d'embarras... Mais cette fois, ce n'est pas le personnage principal qui est l'objet de cet embarras, et il en résulte un effet intéressant de... cruauté.

Emilie a un admirateur secret, dont elle reçoit un jour une lettre brûlante d'amour. elle choisit tout simplement d'ignorer celle-ci, et de ne pas chercher à connaître son admirateur... Ce qu'elle ne sait pas (mais nous, nous le savons), c'est que l'homme qui travaille à la maintenance (Technique, électrique, logistique) de son salon de coiffure, Jean est précisément ce correspondant anonyme. Et lorsqu'elle demande à cet homme qu'elle côtoie tous les jours de se dévouer pour faire semblant d'être l'admirateur secret de sa mère, dépressive et en quête d'amour, les limites du tranquille ne tardent pas à être franchies.

Souvent drôle, mais parfois grave, une comédie subtile de plus, d'un admirateur de Lubitsch, avec Audrey Tautou, Nathalie Baye, et l'excellent Sami Bouajila en victime expiatoire des égarements de la femme qu'il aime... En Anglais, le film est connu sous un joli titre: Beautiful lies... Les menteurs, il y en a beaucoup dans le cinéma de Pierre Salvadori... Il y en aura peut-être d'autres. Quelques années après le triomphe The artist, de Michel Hazanavicius, il convient de rappeler que les Anglo-Saxons plébiscitent de nouveau la comédie Française de qualité, et c'est justement vers ce film que s'est portée leur attention: il a eu semble-t-il plus de succès à l'étranger que chez nous.

La situation, donc, part d'un quiproquo: la lettre qui a été une source d'agacement pour Emilie, devient avec quelques changements une lettre qui réveillera complètement sa mère Maddy. Puis on se dirige vers l'embarras: Jean, qui ne peut avouer être l'auteur de la lettre, doit désormais en endosser la responsabilité vis-à-vis de Maddy, et Emilie qui inspirait son amour, devient son tourment, d'où la cruauté. Mais à côté, on appréciera aussi la petite vie parfois burlesque dans le salon, sa coiffeuse-esthéticienne Paulette (Judith Chemla), complètement timorée et qui ne comprend rien à rien, les conflits diplomatiques avec la co-propriétaire Sylvia, et les dialogues toujours justes, et souvent drôles, notamment quand Audrey Tautou, se trouvant face à un électricien sur-diplômé, se prend à réaliser que la correction grammaticale lui met de sérieuses barrières dans sa communication au quotidien. 

 

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Published by François Massarelli - dans Comédie Pierre Salvadori
26 août 2017 6 26 /08 /août /2017 22:53

Sur la Côte d'Azur, un jeune homme travaille dans un hôtel, mais une cliente le prend pour un client richissime suite à un concours de circonstances... ils passent la nuit ensemble, mais elle repart le lendemain avec son compagnon. Un an après, même hôtel, mêmes clients... Jean (Gd Elmaleh), le garçon, revoit arriver Irène (Audrey Tautou), et cette fois il va sciemment lui faire croire qu'il est bien un client riche de l'hôtel, mais ça va tourner en eau de boudin. Pour lui, mais aussi pour elle, parce que son compagnon Jacques (Vernon Dobtcheff) est peut-être âgé, mais il n'est pas un imbécile. Jean et Irène  vont, plus ou moins, s'associer pour devenir des parasites de luxe auprès de personnes seules... Faute de s'avouer leur amour.

On serait presque chez Lubitsch, avec ces quiproquos de chambre d'hôtel, et cette manie du bluff. Mais comme chez le maître de la screwball comedy, les mensonges, les bluffs et les coups bas cachent sans doute bien lus qu'un appât du gain monstrueux. Même si en matière de rapacité, Audrey Tautou ne fait pas dans la dentelle. ais l'intelligence du film est de privilégier le point de vue de Jean, qui décide de tout quitter pour celle dont il est amoureux, au risque de se perdre. Et du coup, la filouterie de la jeune femme passe comme une lettre à la poste. 

Ce jeune couple est bien délicat, et en somme, Salvadori les façonne un peu à sa guise, renvoyant à d'autres gaucheries pour Gad Elmaleh dont le rôle aurait pu être joué par Guillaume Depardieu, et d'autres ambiguïtés pour Audrey Tautou sur laquelle l'ombre de la grande Marie Trintignant plane parfois...

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Published by François Massarelli - dans Comédie Pierre Salvadori
1 novembre 2014 6 01 /11 /novembre /2014 10:51

Quoi de neuf chez Salvadori? Toujours une histoire de personne mise en marge, cette fois de façon irrémédiable. Mais si Antoine (Gustave Kervern) file un mauvais coton (Il est en pleine dépression, accro à des substances, et fuit sa vie et tous ceux qu'elle implique), il n'est pas seul: une séquence au début du film le voit visiter une boite d'intérim, ou son interlocutrice est au bord de la panique, et tout le monde a des tranquilisants sur soi... Il s'installe dans un immeuble dont il est devenu le concierge, et fait assez mal son boulot, mais retrouve un certain gout pour l'humanité. Mais voilà, l'humanité va mal: un copain (Pio Marmaï) auprès duquel il va trouver du bon temps s'avère un ancien footballeur qui a trouvé refuge dans les drogues dures, un voisin apparemment pointilleux s'avère être un cas psychiatrique, qui aboie à sa fenêtre pour faire croire qu'il entend de mystérieux chiens, et surtout la propriétaire (Deneuve) est en plein trip maniaco-dépressif.

C'est la crise, et Salvadori, qui aime bien nous faire rire, ne le fera pas jusqu'au bout: question de choix, mais il faut le savoir, attention, le film ne vous aidera pas forcément à vaincre l'éventuelle déprime ambiante. Mais il l'illustre assez bien, avec une galerie de personnages touchants, bien campés, jamais totalement caricaturaux... Mais c'est sûr, on n'est plus dans le gentil monde un peu rose d'Après vous, ou de Hors de prix. On est dans les coulisses, dans l'arrière-cour pour paraphraser le titre. En tout cas, cette histoire de gens qui se cherchent en se perdant toujours un peu plus est à l'image de notre monde.

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Published by François Massarelli - dans Pierre Salvadori
17 janvier 2012 2 17 /01 /janvier /2012 17:56

J'aime bien Salvadori: ses films sont bien interprétés, ce que je dirais d'assez peu de film Français. sa mise en scène est un subtil alliage d'observation et  d'écriture, et il sait mettre en scène des silences... Et les alliages entre personnages qu'il met en scène sont du plus haut comique...

 

Ménage (1992)

Cible émouvante (1993)

De plus il n'a pas son pareil pour définir un personnage rongé par la maniaquerie, confronté à son pire cauchemar: l'imprévu. C'est d'ailleurs le sujet de ces deux premiers films, un court et un long, interprété par le grand Jean Rochefort, le grand (1m85) Guillaume Depardieu, et feu la belle Marie Trintignant. Le mélange entre le tueur et deux imprévus humains est souvent source d'un comique qui réussit à être tendre, y compris en parlant de l'approche de la mort...

 

Les apprentis (1995)

 

C'est avec ce film que Salvadori a vraiment percé, en 1995. Deux inadaptés, dans la débrouille, entre mythomanie et dépression: le fil du rasoir selon Pierre Salvadori, soit un disciple de Lubitsch qui sait mener des personnages qu'on aime dans des films qu'on aime... Pourtant, le film est moins attachant que les autres, le recentrage sur l'amitié d'abord et la débrouille font du film une sorte de film Français assez traditionnel, avec son mélange de système D et d'humour triste.

 

Comme elle respire (1997)

 

Le film préféré de Salvadori dans ceux qu'il a fait, et une étonnante construction, qui privilégie un humour burlesque et bon-enfant avant de laisser la gravité de la maladie mentale (Mythomanie ici) prendre le dessus. Au fait, on n'est pas très loin de la méchanceté feutrée de Hors de prix, ici... Avec feu Marie Trintignant. La mythomanie rejoint la maniaqueraie de Jean Rochefort (Cible émouvante), et sera bientôt accompagnée de nombreux menteurs...

 

Les marchands de sable (2000)

 

Avec ce qui reste l'unique drame ou film noir de sa carrière, le Lubitschien Salvadori a sans doute voulu montrer sa versatilité, déja visible dans la mélancolie profonde de son film précédent, Comme elle respire. Si l'intrigue avance de façon dynamique et prenante, avec suffisamment de suspense pour soutenir l'intérêt, le film est plombé par ses dialogues, hum, Français. 'Casse-toi, pôv' con', 'Mais kess tu fais? Déconne pas, quoi', ou encore 'Laisse moi réfléchir, merde!'. Pauvre, pauvre...

 

Après vous (2003)

 

L'un des meilleurs, une comédie sentimentale forcément, après l'échec de son film noir. un personnage bien intentionné s'enfonce dans le mensonge parce qu'il est trop gentil, d'une part pour dire non, d'autre part pour dire la vérité... Là encore, les acteurs excellent, et le dialogue pétille sans jamais prendre toute la place...

http://allenjohn.over-blog.com/article-apres-vous-pierre-salvadori-2003-72902437.html

 

Hors de prix (2006)

 

Les aventures de deux jeunes gens amoureux l'un de l'autre, mais dont la principale source de revenus est de vivre au crochet de gens seuls et très riches... Excellente source de comédie, et des acteurs à la hauteur du défi. Mais une noirceur sous-jacente et une vraie gravité se cachent derrière la gouaille d'Audrey Tautou et le côté lunaire de Gad Elmaleh... Mais, une fois de plus ces gens mentent!! Ils en vivent, même.

 

De vrais mensonges (2010)

 

Emilie a un admirateur secret, dont elle reçoit un jour une lettre brûlante d'amour. elle choisit tout simplement d'ignorer celle-ci, et de ne pas chercher à connaitre son admirateur... Mais lorsqu'elle demande à cet homme qu'elle côtoie tous les jours de se dévouer pour faire semblant d'être l'admirateur secret de sa mère, dépressive et en quête d'amour, les limites du tranquille ne tardent pas à être franchies. Souvent drôle, mais parfois grave, une comédie subtile de plus d'un admirateur de Lubitsch, avec Audrey Tautou, Nathalie Baye, et l'excellent Sami Bouajila en victime expiatoire des égarements de la femme qu'il aime... En Anglais, le film est connu sous un joli titre: Beautiful lies... Les menteurs, il y en a beaucoup dans le cinéma de Pierre Salvadori... Il y en aura peut-être d'autres. Au moment ou triomphe The artist, de Michel Hazanavicius, il convient de rappeler que les Anglo-Saxons plébiscitent de nouveau la comédie Française de qualité, et c'est justement vers ce film que s'est portée leur attention: il a eu semble-t-il plus de succès à l'étranger que chez nous.

 

Vivement la suite!

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Published by François Massarelli - dans Pierre Salvadori
1 mai 2011 7 01 /05 /mai /2011 10:06

Maître d'hôtel dans un restaurant, Antoine est très consciencieux, très apprécié des clients comme du personnel; le rêve? si on veut, mais sa bonne âme lui joue des tours: il est gentil. Cette gentillesse le pousse à parfois fermer les yeux sur ses collègues, ceux-ci ayant un peu tendance à profiter de la situation, comme ce sommelier qui pique dans la cave. Un soir qu'il va rejoindre Christine, sa petite amie, Antoine croise le chemin de Louis, un jeune homme qui est précisément en train de se pendre. Il le prend en pension, veille sur lui, et va tenter sa réinsertion, tout en essayant de rabibocher Louis avec Blanche, la femme de sa vie... Cela ne va pas être facile: Blanche a refait sa vie, Louis est apparemment totalement irrécupérable, et Christine aimerait bien ne pas être totalement abandonnée au profit des bonnes oeuvres de son petit ami...

C'est plus qu'une bonne surprise: une comédie Française dont le principal atout n'est pas le dialogue, ça ne court pas les rues. Mais le fait est que les situations dominent, avec une gestuelle, un rôle rare dévolu au silence, des acteurs formidables (je fais peser dans cette phrase le fait qu'habituellement le jeu des acteurs Français me repousse), et cerise sur le gâteau des dialogues parfaits: justes, bien amenés, et qui font mouche. Les scènes de comédie sont travaillées, basées sur des caractères très solides, et on ne peut s'empêcher d'aimer les personnages. pour Daniel Auteuil, brave type soucieux d'aider son prochain, on remarque qu'à aucun moment on ne se réfugie dans la basse moquerie, à une époque ou même les dessins animés pour enfants se doivent d'être cyniques; Louis, interprété avec génie par José Garcia, échappe au coté irritant du personnage qu'on aurait eu chez un Francis Veber, qui en aurait fait un pantin mécanique; Garcia lui confère une humanité en jouant la souffrance de façon frontale, pas en en faisant la cible de la raillerie du public. Enfin, Blanche est jouée avec fragilité par Sandrine Kiberlain, toute en nuances.

Et puis il y a trois scènes magnifiques: 

Antoine improvise un aller-retour vers St-Malo, pour aider le fraîchement dépendu Louis à récupérer la lettre envoyée à ses vieux grands-parents, qui dit tout son désespoir, ce qui est ballot puisqu'il n'est pas mort. Antoine se fait passer pour un ami de Louis, afin d'entrer; la grand-mère qui vient de se faire opérer de la cataracte lui demande de lire la lettre pour lui, et il doit improviser une lettre anodine et optimiste, en s'inspirant de ce qui est manifestement la pire lettre de suicidé de tous les temps, en trois pages. Sa capacité à détourner l'esprit de la lettre trouve un écho dans toutes ses tentatives pour faire voir à Louis la vie en plus rose. Par ailleurs, il y apprend le fond du problème: sa rupture avec Blanche.

Louis vient postuler au restaurant pour un emploi de sommelier, recommandé par Antoine, seul parmi le jury à montrer un quelconque enthousiasme pour sa candidature; le stress du candidat, son instabilité, et le pathétique soutien que lui apporte Antoine, tout se résout dans un dialogue gestuel muet du plus haut burlesque. Par ailleurs, la scène est à la base d'une reconversion, puisque Louis va vraiment devenir un sommelier hors pair. 

Enfin, pendant ses tentatives d'approcher la fleuriste Blanche pour lui remettre Louis dans les jambes, Antoine a poussé la jeune femme à rompre avec son nouvel ami (Qui la trompait dans une camionnette Interflora!!). Après un dîner en tête-à-tête, il raccompagne la jeune femme chez elle, qui voyant son ex-ami demande à Antoine de l'embrasser. Tout se joue en douceur, de façon très lente: L'ami s'approche des deux acteurs enlacés qui continuent leur embrassade sinon fougueuse, en tout cas bien sensuelle, et le doute s'installe, palpable, aussi bien pour nous spectateurs, que pour les personnages joués par Sandrine Kiberlain et Daniel Auteuil: toute cette sensualité est-elle feinte? Antoine ne serait-il pas en train de détruire son propre plan, et son propre couple, en tombant amoureux? Réponse dans le film.

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Published by François Massarelli - dans Pierre Salvadori