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  • : Allen John's attic
  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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15 août 2023 2 15 /08 /août /2023 09:03

Dans le régime (à peu près francophone) de la République Populaire et Démocratique de la Bubunne, la dirigeante est une générale, Bubunne XVI (Anémone), depuis une trentaine d'années. L'héritière probable du régime sera sa fille Bubunne XVII (Charlotte Gainsbourg), qui est Colonelle dans l'armée. Les femmes détiennent le pouvoir et l'autorité, et les hommes sont totalement soumis, et priés de disparaître sous des vêtements génériques et moches afin de ne pas attirer la convoitise des dames... C'est un régime militaire, autocratique, et religieux: on y vénère les chevaux, nommé chevalins. On y pratique allègrement la peine de mort, sur des hommes principalement, dans des cérémonies publiques assez répugnantes. Il y a des castes même si on prétend le contraire, et la vaste majorité des gens sont considérés comme des "gueusards"...

Jacky (Vincent Lacoste) est un de ceux-là, une jeune homme de vingt ans élevé sans réserves dans le clte local, obsédé par les Chevalins, fuyant toute déviance comme la peste (il parle de "blasphémerie"), et ne plaçant ses espoirs pour l'avenir que dans une cérémonie de mariage absurde, la "bubunnerie" qui voit tout le pays se tourner, une fois par siècle, vers l'héritière du pouvoir, qui choisira son "grand couillon". Et Jacky, ça ne s'invente pas, rêve d'être le "Grand couillon". Comme 95% des hommes du régime...

On ne pouvait pas imaginer plus différent du premier film de Sattouf, qui devait beaucoup à son univers en bande dessinée, versant observateur et "réaliste": Les Beaux gosses reprenait ce mélange fin d'une vision tendre et sans fards de la jeunesse, beaucoup influencée probablement par la jeunesse de l'auteur d'ailleurs... Ici, la cible est autre, et dans cette dystopie étonnante, inventive, et apparemment profondément loufoque, on n'aura aucun mal à retrouver une parodie féroce des républiques islamiques telles que les talibans la rêvent, ou d'ailleurs d'autres régimes de folie furieuse, dans lequel une partie de la population annule toute liberté de l'autre, arbitrairement, et en utilisant magistralement un écran de fumée religieux. Et une fois accepté le parti-pris et l'esthétique très particulière de la chose, ainsi que son langage très spécifique (certains échanges entre Lacoste, Anthony Sonigo, Didier Bourdon et Noémie Lvovsky sont hilarants), le film tient la route, et ouvre un nombre considérable de possibilités...

...mais ces possibilités, ces apparitions d ethèmes et de motifs, qui soulignent l'ambition potentielle du film et de son auteur, sont malgré tout souvent jetés là en pature, par une équipe potache, qui privilégie en permanence l'esprit Fluide Glacial (auquel, tiens donc, Sattouf a aussi collaboré). Et ça se sent dès la provocation de la toute première scène, quand Jacky se masturbe devant le portrait de Charlotte Gainsbourg (renvoyant à un éternel masculin adolescent, la masturbation étant quand même l'un des grands thèmes des Beaux Gosses). Donc on a d'un côté une critique finement observée de la logique totalitaire d'u pays où l'homme est écrasé en tant qu'inférieur de la femme, qui nous renvoie (un peu) un miroir déformant, non seulement de sociétés totalitaires identifiées, mais aussi de notre propre civilisation phallocratique, et de l'autre, on rigole. D'un côté, un simulacre de viol qui est perpétré par la Chérife (Valérie Bonneton) sur Jacky, et de l'autre Michel Hazanavicius en libre penseur en slip... 

Et le film privilégie la comédie en permanence, en se reposant sur ses acteurs, tous rompus au genre, Bourdon, Bonneton, Sonigo, et Lacoste en tête. Ce qui n'empêche pas une fin ouverte audacieuse, qui ouvre d'intéressantes portes... Mais là encore, cela restera schématique.

Au final, une oeuvre paradoxalement très ambitieuse, mais qui a bien fait de reléguer certaines de ses ambitions au placard: la farce domine, la fable reste valide, et on évite la catastrophe, on a suffisamment d'exemples de catastrophes industrielles dans le cinéma français (La fin du monde, tiens, rien qu'un exemple suffit) pour savoir qu'en France, le cinéma est souvent bien plus percutant quand il refuse de prendre le sérieux trop au sérieux. 

Et bien sûr, le film, cher et ambitieux, a été une catastrophe commerciale. Riad Sattouf, 9 années plus tard, n'a pas réalisé son troisième film.

 

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Published by François Massarelli - dans Riad Sattouf Comédie Michel Hazanavicius
18 juin 2017 7 18 /06 /juin /2017 09:57

Hervé (Vincent Lacoste) et Camel (Anthony Sonigo) sont en troisième à Rennes, et on ne peut pas dire qu'ils sont parmi les gosses les plus cool de leur établissement: ils sont médiocres, pas bosseurs, mal fagotés, mal vus par tout le monde. Quand une fille propose à Hervé de sortir avec lui, puis lui promet une après-midi torride, c'est uniquement dans le but de le charrier, et la vie sexuelle des deux "beaux gosses" du titre se limite à la fréquentation régulière de chaussettes qui n'avaient rien demandé à personne avec des éditions vintage du catalogue de la Redoute.

Bref: des losers...

...Sauf que dans cet univers impitoyable il y a une fille, Aurore (Alice Trémolières) qui a vu autre chose en Hervé, que pas même lui, ni sa mère (Noémie Lovsky) n'ont vu. Et elle va s'attacher à le conquérir, et partager avec lui une expérience émotionnelle riche en expériences, en vexations, et en malentendus. 

Riad Sattouf, c'est bien sûr l'auteur fêté de L'arabe du futur, une bande dessinée autobiographique, qui n'a pas de correspondance avec ce film, si ce n'est la coiffure imposante de Camel, qui pourrait bien être une allusion à l'imposante coiffe de cheveux blonds du petit Riad. Il a écrit un script sans failles, avec Marc Syrigas, dont le franc-parler des personnages permet d'aller droit au but. Et s'il est souvent question de sexualité dans ce film après tout situé essentiellement dans l'affectif des garçons d'un collège, d'autres thèmes affleurent, qui sonnent juste et parfois font mouche: exclusion, rejet, différence, difficulté à envisager l'avenir, incommunicabilité entre les ados et les adultes, servis avec des dialogues hilarants, et un jeu d'acteurs exceptionnel: bref, ce n'est pas du Rohmer, on y parle grossier, direct, et sans jamais forcer.

Un miracle, quoi.

Et comme Sattouf est un artiste graphique, il n'oublie jamais que le cinéma c'est de l'image: le film est une réussite... grinçante, qui touche juste et qui a le bon goût de rappeler que tout ça, au fond n'a guère d'importance: après les douleurs du collège, on survit, on change, et on vit.

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Published by François Massarelli - dans Comédie Riad Sattouf