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15 octobre 2022 6 15 /10 /octobre /2022 17:16

En Pologne en 1939, l'armée Allemande avance, au grand dam de la population. Dans la famille Szpilman, des Juifs de Varsovie, on accueille la nouvelle de la déclaration de guerre par les Anglais et les Français avec une grande satisfaction. Quelques mois plus tard, le pays s'enfonce dans l'occupation et les lois raciales commencent à se révéler...

Dans la famille, les parents, les quatre enfants, vont devoir faire face à la nouvelle donne comme les autres membres de la communauté: forcés d'arrêter leurs carrières, de porter un brassard distinctifs, soumis aux caprices de l'occupant puis forcés de quitter leur maison pour se rendre dans le ghetto de Varsovie créé en 1940: l'idée pour les nazis était de créer un laboratoire pour le reste de l'Europe, de séparer les juifs du reste de la population. Mais très vite ce n'est pas suffisant: nous voyons les incursions intempestives de soldats Allemands, les rafles, les exécutions sommaires...

Une résistance s'organise, et le principal personnage, Wladislaw Szpilman (Adrien Brody), voudrait participer... mais comment? Il n'est que pianiste: comme lui dit un ami, les musiciens, vous ne pouvez pas participer à ça vous feriez trop de bruit... 

Ce que va vivre Szpilman, c'est pourtant une étonnante survie, qu'il a raconté dans un livre adapté par Roman Polanski précisément parce qu'il lui a permis de raconter le Ghetto de Varsovie, et la suite des événements (le ghetto a été fermé en mai 1943, suite à une insurrection spectaculaire d'un mois, qui était plus un baroud d'honneur qu'une tentative de prendre le dessus) à hauteur de témoin, et surtout à hauteur d'homme. Car dans ce film où on nous parle de la manie qu'ont certains imbéciles de vouloir ranger les hommes en fonction de leurs supposées différence, l'histoire qui nous est contée n'est pas seulement la survie d'un témoin, hallucinante, à travers les anecdotes de sa drôle de vie sous la menace, mais surtout la façon dont, face à la disparition de la décence et de l'humanité, une certaine résilience est toujours possible...

Mais ça passe par une profonde amertume, devant les traitements subis par la communauté Juive dans le film, ballotée, maltraitée, chacun des individus étant constamment sélectionné: pour un travail décent dans le ghetto, puis pour un travail tout court, puis soit pour survivre ou partir "loin vers l'Est" (donc vers Treblinka, notamment)... Puis nous voyons grâce aux yeux d'un homme qui peu à peu perd presque toute son humanité, l'histoire se jouer, cruelle, sordide, et finalement la vie se figer. Un plan, un seul, semble résumer tout le film, celui d'un homme qui saute au mur pour fuir, et se retrouve de l'autre côté, dans un quartier qui autrefois était celui d'une ville: plus que des ruines... Steven Spielberg s'en souviendra pour The war of the worlds, lorsque après s'être cachés, Tom Cruise et Dakota Fanning découvrent la terre refaçonnée par le désastre apporté par les extra-terrestres...

Le choix d'avoir rigoureusement laissé le point de vue d'un homme qui se cache nous donner les événements dans leur chronologie hasardeuse, et dans leur terrifiant morcellement, est sans doute l'un des deux actes cruciaux de la mise en scène de ce film, l'autre étant bien évidemment de confier le rôle principal à Adrien Brody, masque hallucinant d'être humain amené à se retrancher au plus profond de lui-même au coeur d'un monde qu'il ne comprend plus. 

Le film est noir, et représente à mes yeux un témoignage puissant contre la barbarie, avec ses moments étonnants, et ses quelques haltes: quand un couple aide Szpilman, par exemple... ou quand un officier anonyme (Thomas Kretschmann) ému par son interprétation au piano (Brody, affamé, hagard, déboussolé, jouant des touches comme il jouerait sa vie) va lui permettre tout bonnement de rester en vie. Parce qu'il voulait se garder une garantie à l'approche des Russes, ou par simple décence et humanité? Nous pouvons nous faire une opinion en voyant le film, mais ce sera celle de chacun d'entre nous. 

En attendant, opinion ou pas, le film est une étape essentielle du devoir de mémoire de ce siècle dernier qui n'en finit pas de révéler sa noirceur, et dont nous constatons chaque jour que le danger de revenir aux mêmes comportements est toujours bien présent. Bref, un chef d'oeuvre engagé, dont la décence et l'humanisme sont à l'épreuve des balles.

 

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Published by François Massarelli - dans Roman Polanski
24 janvier 2021 7 24 /01 /janvier /2021 17:27

Comme on ne peut pas y couper, disons le tout de suite: non, ce film n'est pas une métaphore de l'innocence supposée de Roman Polanski, innocence à laquelle je ne crois de toute façon absolument pas. Mais ce n'est en aucun cas le sujet!

C'est la troisième fois à ma connaissance que le cinéma Français -ou la télévision- s'attache à l'affaire, la quatrième en comptant le biopic de Zola par Stellio Lorenzi diffusé sur la deuxième chaîne française en 1978, avec Jean Topart dans le rôle de l'écrivain. Mais seuls Méliès (en 1899, soit en pleine affaire) et Yves Boisset (à a télévision, en 1994), s'étaient par ailleurs attelés à la tâche, ardue et encore, probablement, piquante pour cause de critique directe d'une vieille dame indigne qui ne voit généralement pas d'un très bon oeil la critique: l'armée française... Polanski, qui adapte un roman de 2013 écrit par Robert Harris, s'est d'ailleurs décidé à demander le concours de la "Grande muette" et l'a obtenu.

Et ça c'est une bonne nouvelle...

On va donc suivre deux heures et douze minutes durant, le parcours du Colonel Picquart (Jean Dujardin), officier de carrière, membre de l'état-major au moment où Dreyfus (Louis Garrel) est condamné, témoin occasionnel de l'affaire, qu'en officier français d'origine catholique il juge entendue: Dreyfus est juif et coupable, ce sont deux raisons de ne pas l'aimer. Pour son état major, en revanche, Dreyfus est juif DONC coupable, et c'est ce qui va faire la différence. Car une fois bombardé à la tête des services de renseignement, Picquart va tomber sur des documents qui prouvent irréfutablement que l'auteur des documents qui semblaient incriminer le capitaine est toujours en liberté, et donc que Dreyfus est innocent. Le colonel, droit dans ses bottes, souhaite en avertir ses supérieurs, qui lui font vite comprendre qu'ils ne bougeront pas le petit doigt pour changer quoi que ce soit au destin du capitaine, emprisonné à l'île du Diable...

Polanski a conçu son film en prenant bien soin d'y reproduire l'époque et son atmosphère, mais son film n'entend pas être une reconstitution fidèle de tout ce qui s'est déroulé. Comme le roman dont il est tiré, qui donne le point de vue narratif de Picquart, le film est une évocation personnelle de l'affaire, vécue à la première personne, par un homme dont la rigueur militaire mais aussi les principes ne sauraient être mis en doute. Le parcours de Picquart, vaguement antisémite comme on l'était quasi naturellement dans la bourgeoisie et l'intelligentsia (voir à ce sujet deux hommes qui vont eux aussi évoluer, mais qui étaient en effet plutôt méfiants à l'égard de la communauté juive avant d'ouvrir les yeux: Jaurès et Zola eux-mêmes...), mais qui va oeuvrer pour rendre justice à un homme qu'il n'aime pas mais qui est innocent, tranche sur une société qui s'enferme dans la haine du juif au point de laisser l'injustice s'installer. A ce titre, le film nous rappelle dès la première scène (la dégradation de Dreyfus, une cérémonie glaçante) à quel point on avait de la haine par principe pour cet homme et ceux qu'il était sensé représenter; puis on assistera à des scènes auxquelles on ne pense pas toujours, mais qui ont eu lieu: l'autodafé rageur du numéro de L'Aurore où parut le fameux texte de Zola, mais aussi les livres de l'écrivain, pendant qu'on décorait les vitrines parisiennes des commerçants juifs de textes haineux, avant de les briser... 

Dans J'accuse, le détail a toute son importance, dans un souci permanent de la composition, et un style classique admirable de bout en bout; les planchers nous donnent à croire qu'on va sentir la cire, et craquent sous les bottes des officiers. Les attitudes des hommes sont imitées, parfois, de gravures d'époque, comme le jeu volontairement ampoulé de Melvil Poupaud qui incarne Maître Labori, l'avocat de la cause Dreyfusarde au moment du deuxième procès; ce style de prétoire, qui était également celui des députés à la chambre dans cette époque qui précède de plusieurs décennies l'invention de systèmes d'amplification, participe de la rhétorique de la troisième république... Maître Labori lui-même sera la victime d'un attentat, et la scène (présente dans le film de Méliès) est reprise ici, et donne lieu à une rare scène d'action pour Jean Dujardin. Sinon, l'acteur est d'une grande dignité, droit comme un I, et campe un homme juste et sûr de son bon droit: il est une fois de plus très impressionnant, dans un film dont un paradoxe s'avère intéressant: les deux hommes (Dreyfus et Picquart) ne se croiseront que très peu, et encore! plus que dans la réalité semble-t-il... Et impressionnants, tous les acteurs, du reste, le sont, derrière leurs moustaches de la mode 1890, sous leurs képis. Enfin, Polanski a retrouvé avec son chef opérateur Pawel Adelman une patine 1895 impressionnante, faite de boiseries sombres, d'intérieurs peu éclairés, et de références à la peinture contemporaine. Cette visite dans le paris de 1895, les ministères, les casernes et parfois même les prisons, est d'une grande beauté...

Non, si ce J'accuse indispensable (dont il est dommage qu'il ait subi le contrecoup de la campagne contre son réalisateur, une cause que je trouve par ailleurs justifiée) a un écho dans le monde contemporain, ce n'est en aucun cas dans la lamentable affaire Polanski qu'il faut le chercher. En 2018 en marge des manifestations des Gilets Jaunes, quelques mains anonymes ont peint sur des vitrines, 120 ans plus tard, des graffitis antisémites; les complotistes de tout poil sont de nouveau à l'affut de tout ce qui pourrait leur permettre d'exploiter une fois encore l'idée d'un "syndicat juif" comme on le nomme dans le film, qui en voudrait au reste de la population... L'affaire Dreyfus et ses saines conclusions historiques, sont parfois encore remises en cause. Ca ne s'arrêtera donc jamais?

 

 

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Published by François Massarelli - dans Roman Polanski
31 décembre 2013 2 31 /12 /décembre /2013 15:58

C'est donc si on en croit Polanski lui-même après avoir constaté que les films d'épouvante qui sortaient sur les écrans à cette époque le faisaient beaucoup plus rire que frissonner que le cinéaste a mis son nouveau long métrage en chantier... empreint de cet esprit frondeur et libertaire qui faisait alors florès, le film de vampires de Polanski est donc à la croisée des chemins, affectant de suivre une trame d'authentique film d'horreur, mais réservant à ses spectateurs une succession de gags et de réinterprétations grotesques de scènes inévitables et de personnages attendus, dans un mélange parfaitement dosé entre référence obligatoire et gag délirant! Son professeur Abronsius, flanqué de son disciple Alfred, m'ont l'air aussi vrais que les personnages des films Universal des années 30 dans leur baroque alors révolutionnaire. Jack McGowran et Roman Polanski ne se privent pas de jouer dans un registre burlesque, tandis que l'intrigue se déroule selon les conventions du genre: arrivée de deux citadins en pleine Transylvanie infestée de vampires, chez des paysans qui n'admettront pas la vérité, comportement mystérieux des hôteliers, enlèvement sepctaculaire d'une jeune femme, morsures diverses, et chateau  sinistre infesté de vampires dont le raffinement n'empêche pas la vilénie...

Donc on s'embarque dans un spectacle salutairement réussi, parfait sur un point comme sur l'autre, qui est en prime une superbe capsule temporelle, un retour vers les années 60, avec cette esthétique si particulière et sa musique (Choeurs et clavecins, en mode ouvertement psychédélique) si typique: après tout, le film est un héritiéer direct du "swinging London"! Mais plus que tout ce qui marque dans ce film pourtant produit (De loin, il a été tourné en Grande-Bretagne) par la fort conservatrice MGM, c'est l'érotisme ouvert qui informe en permanence certains personnages: non pas ce pauvre Pr Abronsius, relique de musée, obsédé par ses recherches, et dont l'abandon de sa propre libido doit bien remonter à plusieurs décennies, mais bien Alfred, qui ne voit autour de lui que seins offets, peaux à peine couvertes de mousse, et surtout la belle Sarah, la fille des hôteliers, qu'il lui faudra essayer de soustraire à un destin pire que la mort, avec de vraies canines dedans! Et outre Alfred, outre Sarah, une jeune femme aux sens alertes, il y a le père, Shagal, qui passe ses nuits à tenter de lutiner au nez et à la barbe de son épouse, la jeune servante. Il y arrivera d'ailleurs, une fois vampirisé...

 

Cette obsession sexuelle qui est partout, c'est un peu le seul point qui évolue positivement dans le film, qui nous rappelle avec un grand rire narquois, franc et massif, que nous sommes tous mortels, alors... Profitons-en vite. Et profitons-en aussi pour rire en chemin... Avec ce film, par exemple, un exemple parfaitement équilibré de comédie effrayante, à moins que ce ne soit de l'effroi comique.

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Published by François Massarelli - dans Comédie Roman Polanski