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22 avril 2023 6 22 /04 /avril /2023 18:43

Dans les années 50, à la suite du formidable mais alarmiste film The thing, de Howard Hawks et Christian Niby, le mot d'ordre du cinéma Américain était "Watch the skies!". Et, de War of the worlds (Byron Haskin, 1953) en Invasion of the body snatchers (Don Siegel, 1956), la confirmation d'un danger potentiel représenté par les extra-terrestres, métaphores grossières d'un danger communiste d'infiltration, était partout. Le pari de Spielberg, en cette fin d'une décennie durant laquelle les cinéastes ont plus ou moins pris brièvement le pouvoir à Hollywood derrière Coppola et Scorsese, était donc de renverser la tendance, tout en se permettant de s'approprier les formes classiques et spectaculaires de la science-fiction. A ce titre, son film visionnaire est encore là pour faire école, 36 ans après... Même si son fondamental optimisme n'a pas résisté à la fin des années Carter, à des 80s qui se sont avérées sanglantes en matière d'idéal, et au 11 septembre: voir à ce sujet le dernier film que Spielberg a consacré au phénomène extra-terrestre en 2005, nouvelle version du War of the worlds de H.G. Wells actualisé à l'aune des attentats terroristes du XXIe siècle.

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Il faudrait néanmoins se garder d'imaginer que le film ne soit finalement qu'une pièce de musée, dépassé par les évènements, la technologie numérique ou les nouveaux développements en matière de narration cinématographique, ou quoi que ce soit d'autre. D'une part, même si le Spielberg de 1977 croyait dur comme fer à l'hypothèse d'une rencontre à venir entre les humains et les extra-terrestres, motivant  ainsi son désir de faire ce film, il faut bien dire que Close encounters ne se réduit pas à cette lecture au premier degré... D'autre part, tout son cinéma en découle d'une manière ou d'une autre, à commencer bien sûr par les deux 'suites' de sa trilogie extra-terrestre, soit E.T. (1982) et War of the worlds déjà cité. Spielberg n'a sans doute pas fini de s'abreuver à la source de ce qui reste l'un de ses meilleurs films.

Indiana, 1977. Roy Neary et un certain nombre d'autres habitants de cet état sont "visités" par une rencontre extra-terrestre, à des degrés divers: certains en ont gardé la séquelle d'une intense brûlure façon coup de soleil, certains sont marqués par l'intrusion d'un thème musical dans leur tête. Tous sont aussi visités par l'image obsessionnelle d'une montagne mystérieuse. Tous sont également amenés à avoir un comportement obsessionnel, de plus en plus erratique, ce qui se traduit pour Roy, un père et mari déjà pas vraiment parfait, par un licenciement dont il n'a rien à faire, puis par un comportement de plus en plus inexplicable vis-à-vis de sa famille. Pour Jillian, une jeune peintre qui vit seule avec son fils Barry, la rencontre va se traduire par l'enlèvement de ce dernier par des aliens... De son côté, un ufologue Français, le professeur Lacombe, semble mener une opération de grande envergure pour comprendre le message laissé par les extra-terrestres à a plupart des populations de la planète... Tout ce petit monde se retrouvera au Wyoming, à l'abri d'une montagne aux formes légendaires.

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Roy Neary, interprété par Richard Dreyfuss, partage finalement avec le petit Barry une confiance assez inexplicable en ce qui pourrait lui arriver auprès des extra-terrestres, c'est l'une des leçons optimistes de ce film, dont Spielberg voulait faire un rappel du fait qu'à cette époque lointaine, on pouvait sans doute partir de chez soi, en laissant la porte ouverte! Le monde n'était pas uniquement fait de dangers. Roy et Barry, bien sûr, sont des enfants; l'un d'entre eux a environ 5 ans, et l'autre se comporte en tous points comme un gosse, ce que le film nous rappelle souvent: il joue, répare des jouets, se laisse happer par le moindre prétexte, et n'assume absolument pas sa condition de père, voire de mari. Il se séparera de sa famille (Ce qui ne semble pas l'affecter tant que ça, d'ailleurs) au milieu du film. Le personnage de Ray (Roy, Ray...) dans War of the worlds en est une variation à peine déguisée à la base, même si l'enjeu sera pour lui de retrouver sa famille et de la maintenir vivante, justement! On retrouvera aussi le schéma d'une mère célibataire dans E.T., confirmant cette hypothèse d'un portrait d'une Amérique dont les valeurs morales se sont ouvertes de façon considérables en un siècle. Mais l'idée d'un homme-enfant apte à reconnaître la tentative de rapprochement opérée par les aliens dans ce film pour ce qu'elle est, est prolongée par l'enthousiasme enfantin du professeur Lacombe, et par de nombreux collaborateurs de ce dernier, comme le prouve une scène: les responsables en costume et cravate font l'assaut d'une salle où trône une superbe mappemonde géante pour en déloger la reproduction de  la terre, qu'ils récupèrent en la faisant rouler comme un ballon! Le corollaire de ces enfantillages, c'est bien sûr le désir de désobéissance, observé par Roy qui ignore les avertissements de danger, mais aussi la saleté, dans laquelle tous les "visités" s'installent lorsqu'ils essaient de reproduire dans de la matière molle la vision mystérieuse d'un monticule signifiant. Il n'est pas interdit d'y voir l'appel de la matière fécale, ce qui nous envoie d'ailleurs vers Jurassic Park et son abondance de monticules de crotte (Un des témoins de la rencontre finale dans Close encounters a d'ailleurs devant l'arrivée d'un vaisseau géant le même problème que l'avocat de Jurassic Park lorsqu'il voit un T-Rex: il lui faut se précipiter aux toilettes!). Entre humour, clins d'oeil, et mise en scène de l'émerveillement (qui passe par le regard, notamment celui d'un enfant), Spielberg accomplit quoi qu'il en soit un hommage complet à l'ouverture d'esprit des enfants... Ce qui, à trois ans de l'enfer Reaganien, ne manquait pas de sel.

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Et puis, je m'en voudrais de ne pas mentionner cette mise en scène toute en contrôle permanent de l'émotion du spectateur, mené par le bout du nez dans le sillage de Roy et Jillian, auquel on montre les préparatifs exaltés d'une rencontre entre l'homme et l'extra-terrestre, sans jamais la nommer. Cette façon qu'a Spielberg de nous préparer à une image inédite, souhaitée mais jamais crue possible, et de ne nous l'asséner qu'une fois les personnages mis à leur tour au courant: Jillian entendant derrière elle un bruit sourd, se retournant lentement, et voyant... ce que nous ne voyons pas encore mais pouvons deviner, un vaisseau grandiose. Le désir de le voir, l'incontrôlable volonté de profiter de l'image hallucinante désormais à notre portée, et la réalisation enfin de ce désir dans un déluge de musique contrôlé par un maestro (John Williams, bien sur): Spielberg optimiste, c'est la promesse d'un cinéma de la jouissance!! Une science du regard, de la mise en scène du regard, et du savoir montrer. 

C'est d'ailleurs le regard qui semble faire ici de sérieux pieds de nez à la communication: entre le français qui a de sérieuses difficultés dans la langue de Shakespeare, et l'incommunicabilité entre Roy, sa femme et ses enfants, on voit bien que le fait de parler ne résoud rien... Et Spielberg accumule les preuves, en montrant par exemple la presse incapable d'avoir des réponses à ses questions. Et si Lacombe orchestre bien une rencontre, grâce à des indices, ils n'ont pas été communiqués par le langage, et malgré tous ces éléments, l'Armée réussit encore à se vautrer, électionnant ses meilleurs surhommes-et-femmes surentraîné(e)s, mais les petits rigolos d'aliens leur préféreront ce brave Roy Neary, lui qui ne sait même pas ce qu'il fait là, pour l'inviter à l'intérieur de leur carosse magique.

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Published by François massarelli - dans Steven Spielberg Science-fiction
22 avril 2023 6 22 /04 /avril /2023 12:38

Le parcours de Han Solo, durant la montée de l'Empire, entre la planète Corellia, un cloaque dont il s'échappe, et l'espace où il vit des aventures trépidantes, entre piraterie et mercenariat... Son but? Retourner sur Corellia où il entend bien retrouver sa petite amie Q'ira.

Avait-on besoin d'en savoir plus que ce qu'on nous avait dit sur Han Solo dans la première trilogie de Star Wars? Le personnage, flanqué bien sûr de l'impayable Chewbacca, se suffisait à lui-même, baroudeur de l'espace constamment (et fort secrètement, monsieur a sa pudeur) tiraillé entre son extrême liberté et la tentation du bien... C'est ce même schéma qu'on retrouve dans le personnage, et avec Chewbacca bien entendu, mais faut-il le dire? Si ce n'est pas Harrison Ford, ce n'est PAS Han Solo...

Ce qui n'enlève pas grand chose à ce petit film, qui fait partie des "compléments de programme" institués dans la nouvelle donne de Star Wars après le rachat de Lucasfilms par Disney: comme Rogue One, Solo commence à un point A et se finit à un point Z, et on ne se sent pas obligé d'y voir les prémisses d'une suite, ou deux, ou douze...

Tout n'est pas parfait (Emilia Clarke par exemple) mais le casting (sauf une) est plutôt compétent, surtout Thandie Newton et Woody Harrelson; il y a des univers inédits, et Ron Howard ne boude absolument pas son plaisir en réussissant là où Lucas avait lamentablement échoué: nous montrer les bas-fonds d'un monde intergalactique... Il y a un robot de concours, le L3 de Lando Calrissian, et sinon, à un moment, on entend distinctement Han Solo (Alden Ehenreich) dire "I have a very good feeling about this"...

...une transgression qui n'a pas porté chance au film, ni aux one-shots, désormais abandonnés. Dommage, en fait.

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Published by François Massarelli - dans Star Wars Science-fiction Ron Howard
2 novembre 2022 3 02 /11 /novembre /2022 10:59

Suite à une idée scientifique à côté de la plaque (un émission de gaz pour prévenir le réchauffement climatique, ayant résulté en une glaciation complètement hors de proportion), ce qui reste de l'humanité vit en permanence dans un train qui ne s'arrête jamais, car l'arrêt provoquerait une congélation immédiate... Le train est dominé par l'ingénieur Wilford, à la tête d'une organisation qui tente de maintenir l'ordre, et surtout, la démographie! Mais les wagons sont aussi organisés en couches sociales: en tête, les puissants, et Wilford est le premier d'entre eux; en queue de train, les plus pauvres, qui ont tous une volonté de changer les choses, surtout Gilliam, un ancien ami de Wilford, et Curtis, un grand gaillard déterminé à tenter le tout pour le tout... le jour venu.

La bande dessinée de Rochette, Lob et Legrand, Le Transperceneige, parue dans les années 80, faisait la part belle à la création d'un monde post-apocalyptique, qui appelait le cinéma. Mais c'est à l'initiative de Bong Joon-ho que le film s'est fait, le réalisateur étant plus ou moins déterminé... à tout tenter! Il a donc choisi une distribution internationale, mais principalement Anglo-saxonne (Chris Evans, Jamie Bell, John Hurt, Ed Harris, Octavia Spencer ou encore Tilda Swinton) avec deux acteurs qui reviennent de sa filmographie: Song Kang-ho, déjà présent dans Memories of muder et The host, interprète ici un agent de sécurité enfermé pour sa réputation de toxicomane, et que la "résistance" aimerait embaucher pour sa connaissance des systèmes de sécurité qui séparent les strates sociales, et donc les wagons du train immense...  l'autre est une actrice, la jeune Go Ah-sung, qui interprétait la jeune captive de The Host... Elle est la fille du précédent, un personnage lunaire qui en rappelle d'autres (The host, Barking dogs never bite, Mother, Memories of murder...).

C'est donc, on l'aura compris, un film entièrement situé dans l'espace clos d'un train. On a vu The lady vanishes, de Hitchcock, et Murder on the Orient-Express, de Lumet, et on ne s'étonnera donc pas que ce soit finalement aussi facile pour le spectateur de se glisser dans la narration; Lumet avait bien montré la notion de cohabitation des strates de la société dans un train, ce que ce film étend de manière considérable puisque le train EST la société... Et Hitchcock soulignait en permanence et avec génie (dans ce qui reste un de ses meilleurs films) la difficulté physique amenée par le fait d'être, justement, dans un train!

Bong Joon-ho nous met constamment en tête cette idée: nous sommes dans un train, donc il y a des contraintes, d'espace, de confort principalement... Il y a aussi un dehors, qui est dans un premier temps un univers nocturne et hostile, réservé uniquement aux spectateurs dans des plans (en 3D infographique) qui situent le train roulant à tombeau ouvert dans la nuit extrêmement froide; mais les personnages auront une révélation quand les "résistants" s'avanceront dans le train, vers l'avant, et de retrouveront face à des fenêtres... Un moment d'une grande beauté. Mais, cible de toutes les peurs (il fait très, très froid dehors, nous dit-on), et de toutes les convoitises (oui, mais... on irait bien quand même), le "dehors" devient en fait la clé du film...

Le réalisateur fait feu de tout bois: il utilise son environnement avec génie, se joue des contraintes linguistiques pour créer parfois des gags avec le personnage plus que bourru, mais pas exempt de mystères, joué par Song Kang-ho; il a réussi quelque chose ici d'impressionnant avec la création de toutes pièces d'un mode graphique, qui est tangible, et qui débouche sur du baroque absolu... D'ailleurs plus proche de l'univers de la SF des années 80, que des styles plus contemporains. Mais surtout il reste un maître de la précision extrême, que ce soit pour des scènes de bagarre ou de chaos, sans jamais se départir d'une impressionnante ironie mordante voire burlesque: Tilda Swinton, en exécutrice zélée et maniaque des basses besognes (elle est ministre...) l'a parfaitement compris, et Ed Harris joue la partition d'une manière impressionnante.

Sans être une réussite au même titre que ses films précédents (le film reste bavard et basé sur une mythologie dans laquelle il faut un moment pour entrer), c'est une nouvelle preuve de son aisance à se glisser dans un univers, que ce soit pour un drame, un film de monstres, une comédie ou un film policier, sans jamais y perdre son style ou son ton très particulier. Un film empreint aussi bien de son humour que de sa gravité, une prouesse graphique et un film au suspense très présent, véhiculant un univers très, très noir... Décidément, un auteur à suivre...

 

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Published by François Massarelli - dans Bong Joon-Ho Science-fiction
30 août 2022 2 30 /08 /août /2022 12:02

Ce n'est pas en soi l'invention du cinéma, ni celle des truquages et effets spéciaux, qui sont là et bien là depuis au moins six ans quand le film se tourne. Non, ce qui frappe dans cet incunable célèbre et probablement tellement pris pour argent comptant que peu de gens y retournent souvent, c'est à quel point il s'attache à raconter une histoire en y faisant preuve d'une imagination graphique. Certes, ça bouge et ça bouge bien trop, comme tous les films de Méliès, dont le réalisateur lui-même (on ne disait pas encore ce mot) s'emporte tellement dans son enthousiasme qu'il commence par en perdre son chapeau... Mais c'est la marque de la loufoquerie particulière de Méliès: déjà, en 1902, elle était spéciale et unique en son genre.

La preuve: combien d'autres Voyages dans la lune y-a-t-il eu de la part d'imitateurs plus ou moins talentueux dans les dix années qui ont suivi? Méliès avait sans doute une vision que nos chères têtes blondes, persuadés que le cinéma est né avec George Lucas, doivent estimer bien archaïque, mais il avait aussi un talent unique, excentrique et au charme bien ancré. 

Le film a subi les vicissitudes du temps, autant que de sa célébrité, parfois cristallisé dans des copies indignes qui circulaient tellement qu'elles en perdaient des fragments. Il a été reconstitué et surtout restitué à ses couleurs originales, grâce à une copie qui les arborait encore... Ce Voyage est donc un superbe état des lieux du savoir-faire de Méliès, en 1902, qui fait son film le plus long de son oeuvre jusqu'à ce point (il y en aura de plus longs) avec 15 minutes, naïves, mais si merveilleuses...

Et de tous ses films, c'est sans aucun doute celui qui a créé l'image la plus évidente de toute l'oeuvre de son auteur, celle dont on se servira désormais pour capturer l'univers de son auteur, comme pour en faire un logo: la preuve, j'en ai même un T-shirt!! Je parle évidemment de celle-ci:

 

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Published by François Massarelli - dans Méliès Muet Science-fiction
27 août 2022 6 27 /08 /août /2022 10:42

Un prologue nous montre en 1995 la vie d'une famille Américaine de l'Ohio, sauf que... Monsieur et Madame sont des "agents dormants" de la Russie, et leurs deux filles Natasha et Yelena sont en fait des fillettes qu'on leur a assignées pour qu'elles figurent leurs propre enfants! Débusqués par le S.H.I.E.L.D., les deux agents doivent fuir en urgence. Une fois à Cuba, les masques tombent, et les "parents" d'un côté, les "enfants" de l'autre, ils reprennent le cours de leur vie secrète...

On reprend le cours des choses, et nous assistons aux tribulations de Natasha Romanoff, dite Black Widow, qui tente de survivre à l'après-Avengers (oui, car dans cette saga à l'univers très étendu, il semble qu'il y ait eu un drame au sein des porteurs de lycra. Mais... on s'en fout.

D'ailleurs, on s'en fout, tout court. Déguisé en parabole vaguement féministe, avec ses personnages qui tentent de reconstituer un tissu familial, et des séquences d'action spectaculaires situées dans les endroits les plus improbables. Les relations entre l'héroïne et sa soeur sont mécaniques, ultra-corsetées par les clichés, et je pense que c'est le film qui vient enfin d'achever de me dégoûter à tout jamais de consommer du Marvel. Pas mal, finalement...

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Published by François Massarelli - dans Marvel Science-fiction
7 août 2022 7 07 /08 /août /2022 11:29

1924, à Moscou, l'ingénieur Los travaille à un grand projet, et rêve un peu trop... Quand il capte, comme la terre entière, un mystérieux message (Anta, Odeli, Uta) sur les ondes, il est persuadé que c'est Mars qui nous contacte... Entre deux crises de jalousie conjugale et autres péripéties, il conçoit une idée folle: aller sur Mars pour retrouver la Reine Aelita, dont il a rêvé...

On ne va pas y aller avec le dos de la cuiller, ce film, l'un des tout premiers à traiter un sujet qu'on qualifiera de science-fiction, est unique. Deux ans avant Metropolis, diront les tenants de la bouteille à moitié pleine. Oui, mais sans les moyens hallucinants de Fritz Lang et de la UFA, diront les autres... Réussir à mêler une histoire de lutte des classes et une intrigue de révolte sur Mars, un mélodrame qu'on n'ose pas qualifier de bourgeois, et un voyage interplanétaire...

Protazanov adaptait à la demande du studio (privé) Mejrapbom un roman prétexte d'Alexis Tolstoï (un cousin de l'autre), afin de fournir de l'évasion aux masses inquiètes. Si Protazanov, qui était parti en exil en 1917, est rentré en Union Soviétique et a accepté de travailler pour les studios locaux, et si le script fait tout son possible pour intégrer la nouvelle donne (un sale type est un pur capitaliste, un policier a des méthodes qui en font un fasciste de la pire espèce, et un soldat désoeuvré brûle d'exporter la Révolution sur Mars), le réalisateur fait quand même passer en sous-main une vision un peu moins glorieuse, avec ces appartements bondés dans lesquels toute intimité familiale est bannie, et une société qui reste quand même à plusieurs strates. Par-dessus le marché, il montre aussi la nostalgie des années d'avant lors de scènes de comédie...

Mais rien ne peut nous préparer à l'hallucinant design des costumes sur Mars, au jeu indéniablement affreux des acteurs et actrices qui doivent incarner les extra-terrestres. Et c'est, au milieu d'une joyeuse absurdité et de quelques bribes du savoir-faire évident de son metteur en scène, ce qui plombe sérieusement le film. Comme quoi on ne peut pas avoir le beurre, l'argent du beurre et le sourire de la kolkhozienne.

 

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Published by François Massarelli - dans Science-fiction Muet 1924 Bientôt, nous serons des milliers **
17 juillet 2022 7 17 /07 /juillet /2022 10:07

Un alien (David Bowie) a quitté sa planète afin de rendre possible l'approvisionnement en eau sur Terre. Sous le nom de Thomas Jerome Newton, aidé par des objets qu'il a apporté avec lui, il devient un géant de l'industrie de la technologie de pointe. Mais confronté à travers la télévision (qui lui permet de communiquer avec sa famille restée sur sa planète, semble-t-il) et le contact avec l'humanité, à des comportements qui l'intriguent, il se laisse corrompre par l'humanité.

Je dois avouer que ce résumé qui précède est mon interprétation, d'un film qui a toujours été intrigant, et vaguement clipesque: une sorte de salade science-fiction prise à l'envers (quoi de moins science-fiction qu'une voiture de luxe qui traverse les plaines de l'ouest au son d'un banjo?) dans laquelle l'esthétique n'en finit pas de devenir ridicule à force de vouloir être différente, et des partis-pris techniques douteux et irritants: notamment, cette étrange idée de tourner une scène qui sera montée en accéléré (léger mais notable) et d'en post-synchroniser les dialogues ensuite. C'est long, lourd et assez vague. Ah, j'oubliais, le rôle de l'alien est tenu par David Bowie.

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Published by François Massarelli - dans Science-fiction
2 avril 2022 6 02 /04 /avril /2022 18:52

Après une troisième guerre mondiale nucléaire, qui aura dévasté la terre et anéanti Paris, un homme est choisi pour que les nouveaux maîtres de la terre qui vivent sous la surface se livrent à une expérience temporelle: il est partie prenante, même s'il n'a pas le choix, car il est hanté par une image qui date d'avant sa fuite sous terre pour échapper aux radiations: quand il était enfant il a assisté à une scène qu'il n'a pas comprise, mais il se rappelle qu'il y avait une femme dont le visage le poursuit jusque dans ses rêves...

L'idée est géniale, et la réalisation peu banale: pour ce qui est son unique film narratif de fiction, Chris Marker a choisi de traiter cette histoire d'anticipation à l'encontre de toutes les règles du cinéma: car un film, c'est de l'image qui bouge... Or, son film, qu'il qualifie lui-même de photo-roman au générique, est en réalité composé intégralement d'images fixes, de photos donc... 

Sauf une.

C'est étrangement séduisant, malgré l'austérité de l'ensemble, à rapprocher d'une autre expérience plus ou moins contemporaine, celle de Je t'aime, je t'aime (1968), de Resnais, qui justifiait sa construction étrange (des minutes mises bout à bout dans un désordre apparent) en suggérant que le voyage dans le temps serait, s'il existait, forcément physiquement difficile, voire hasardeux. Cet aspect (présent en voix off) informe aussi une grande partie de La jetée, et je pense qu'il rend la navigation passionnante dans ce film unique...

Unique, mais refait, dans un style fort différent, par Terry Gilliam en 1995, avec Twelve Monkeys. Dans un genre différent, c'est aussi une grande réussite: un film de science-fiction qui se place à l'encontre des codes, et qui parle plus d'amour fou que de voyage dans le temps.

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Published by François Massarelli - dans Science-fiction
16 février 2022 3 16 /02 /février /2022 18:04

La famille Atreides est désignée par l'empereur pour gérer désormais la planète désertique Arrakis (également connue sous le nom sans ambiguité de "Dune"), là où se trouve la précieuse Epice... Mais c'est un piège et non un cadeau, car le baron Harkonnen, ennemi mortel de la famille Atreides, ca utiliser l'opportunité pour les attaquer. Leto Atreides (Oscar Isaac) est fait prisonnier, mais sa concubine Jessica (Rebecca Ferguson) et leur fils Paul (Timothée Chalamet) parviennent à s'enfuir. Leur but: rejoindre le peuple des Fremen, dans le désert, pour s'allier à eux...

C'est sans espoir: quel que soit le metteur en scène, quel que soit le style (opéra grandiloquent pour Lynch, pieds sur terre et physiquement logique pour Villeneuve), je suis aussi réfractaire à l'univers de Dune que je l'ai toujours été, et incapable de prendre autrement que par la rigolade ces fronçages de sourcils si sérieux que, je n'en doute absolument pas, l'équipe a certainement pris au premier degré. Je l'espère pour eux, en tout cas. 

Cela dit, on finit, après quarante-cinq minutes d'exposition, par prendre du plaisir, un plaisir essentiellement esthétique, devant ce film lent et majestueux, où Denis Villeneuve ne peut s'empêcher de toujours sembler prendre le point de vue de l'observateur étranger, un observateur souvent fasciné comme pouvait l'être par exemple la linguiste de The arrival...

Bon, tout ça reste évidemment austère pour les non-initiés de toute façon, d'autant qu'il s'agit assez clairement de l'exposition d'une série de films...

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Published by François Massarelli - dans Denis Villeneuve Science-fiction
28 décembre 2021 2 28 /12 /décembre /2021 09:11

Une étudiante brillante en astronomie (Jennifer Lawrence) a repéré une comète inconnue en mouvement; elle s'en ouvre auprès de collègues, dont son professeur, Randall Mindy (Leonardo di Caprio). Ils font des calculs, et constatent que selon toute vraisemblance elle fonce sur la terre qu'elle percutera 6 mois plus tard. Ils sonnent le branle-bas au plus haut niveau de la communauté scientifique, et bien vite l'alerte arrive à la maison Blanche... Mais aussi bien au niveau présidentiel qu'au niveau des médias, personne n'écoute ni ne prend en compte la menace. Tour à tour moqués parce qu'ils ne passent pas très bien à la télévision, ou érigés en lanceurs d'alerte officiels, et donc plus faciles à contrôler, les deux scientifiques se rendent vite compte que leur mission d'alerter l'humanité est impossible...

Un intéressant paradoxe: ce film qui est en passe de devenir un phénomène (énorme succès sur la plateforme Netflix, et des sujets sur France Info!) a été rendu possible, justement parce qu'il est distribué sur internet seulement... Et ça tombe bien, car s'il avait été distribué à l'ancienne, il aurait du passer par tant de filtres et d'étapes de développement, qu'il ne serait sans doute même pas encore tourné... Donc pour une fois, ne boudons pas notre plaisir et réjouissons-nous d'avoir notre petit robinet à films.

L'année dernière, un film de Charlie Brooker (par ailleurs l'heureux papa de Black mirror) tentait de faire de la comédie grinçante avec le retour sur la situation délicate actuellement traversée par l'humanité (et je parle bien ici de la pandémie et non de cette supposée et absurde dictature des démocraties dénoncée par les imbéciles sur les réseaux), dans un film raté: Death to 2020 reposait sur un gimmick et un seul, et était tellement tarte que je ne dois pas être le seul à ne pas l'avoir regardé jusqu'au bout (notons que la chaîne et le réalisateur ont récidivé cette année avec Death to 2021: ça va probablement devenir une tradition, les Britanniques adorent rajouter des trucs systématiques lors de la période des fêtes)... Don't look up, film spectaculaire et doté d'un gros budget, évite les mêmes écueils, pour commencer en utilisant la parabole: pour parler du monde dans lequel nous vivons depuis 2019 (ou 2016, car l'élément de politique intérieure des Etats-Unis est crucial pour le film), d'une communauté scientifique qui ne parvient plus à faire passer les messages (pandémie et/ou réchauffement climatique), le film passe par le truchement d'une intrigue totalement fausse, et même extrêmement simple, dont on ne dévie jamais, y compris quand l'humanité décrite sous nos yeux, elle, noie le poisson avec allégresse... Car dans ce film, la terre va effectivement être détruite par une méga comète, c'est inéluctable, et les scientifiques qui passent le film entier à sonner l'alarme ont raison. Ce qui nous rappelle évidemment notre situation, et non, Randall Mindy n'est pas le Dr Raoult, mais son contraire, c'est à dire un scientifique intègre, ou plus ou moins: pas facile dans le monde de 2021 de rester à 100% concentré sur ses convictions!

Ce film qui nous rappelle avec humour à nos responsabilités vis-à-vis des générations futures a aussi un autre aspect paradoxal, plus dangereux celui-ci: il est long, très long, et aujourd'hui les mêmes qui sont capables de passer une nuit entière à regarder 51 épisodes d'une même série, n'aiment pas passer trop de temps sur un seul film. Je dis "plus dangereux" pour la postérité du film (dans 6 mois, on en parlera comme d'un vieux film, et "en plus il est long"), bien entendu, même si je pense que par bien des côtés il ne sera pas oblitéré avant longtemps. Adam McKay, qui est aussi militant que connaisseur des médias, a tout fait justement pour que le film repose sur des solides bases narratives: une situation claire, une utilisation contrôlée et constamment inventive des sources médiatiques, et une chronologie globalement linéaire, dans laquelle les décrochages sont minimes: des flashes de rappel, ou des montages parallèles qui alternent les causes et leurs effets, pour mieux montrer les mécanismes dialectiques à l'oeuvre...

Car l'essentiel du film repose sur la communication des nouvelles et son exploitation par les corps constitués. Une situation qui permet à McKay de viser juste, sur la présidence Trump d'une part, mais aussi sur une Amérique et une planète désormais engluées dans l'idée préconçue qu'on peut en permanence fabriquer "sa" vérité à sa guise, comme cette présidence girouette qui commence par railler les scientifiques, avant de demander des infos à "ses" scientifiques (qui vont confirmer exactement le diagnostic), mais pas pour établir la vérité, non: pour servir ses intérêts... Puis une fois les deux héros discrédités une fois de plus en public, la présidence va utiliser l'expression "don't look up", en réaction à l'injonction classique de la science-fiction: n'écoutez pas ces alarmistes, ils racontent n'importe quoi. Les meetings présidentiels dans le film sont troublants de par leur ressemblance avec la campagne Trump. 

Les personnages sont brillants, dans la mesure où le dosage entre caricature et reflet de la réalité est rendu si facile par la situation dans laquelle se trouve le monde, finalement... Il y a vingt ans, on aurait pu râler devant cette présidente qui se réfugie en permanence dans la grossièreté et la bêtise, qui se fait repérer à envoyer des textos avec photos salaces à l'appui, qui réalise que le fait de fumer en public lui donne une image de rebelle auprès des débiles qui par ailleurs votent pour elle, et par dessus le marché elle est flanquée d'un "chief of staff" qui est encore pire qu'elle (imaginez Cyril Hanouna en premier ministre d'Eric Zemmour... ou pas, d'ailleurs, c'est doublement effrayant) et qui n'est autre que son fils... Mais aujourd'hui ça passe tout seul, et pour cause! Sinon, les autres personnages, notamment les deux principaux, évitent en permanence le piège de n'être que des minables dans un jeu de massacre: on les aime bien, y compris quand ils se fourvoient...

Logique, riche, avec suffisamment de matière pour qu'on puisse y retrouver notre monde (futilité des médias, atrocité de la musique, incarnée par Ariana Grande qui joue avec gourmandise une chanteuse écervelée richissime au QI de moule, omniprésence des réseaux sociaux, promptitude de l'Américain moyen à tout questionner, politique corrompue, businessmen érigés en consciences par dessus les services publics et les scientifiques, et sondages comme seule marche à suivre), le film est formidablement interprété par un casting de luxe: Leonardo di Caprio, Jennifer Lawrence, Meryl Streep, Tomer Sisley, Jonah Hill, Melanie Lynskey, Timothée Chalamet, Cate Blanchett, Ron Perlman ou encore Himesh Patel... C'est curieux, il fut un temps où les castings de luxe étaient réservés aux films commémoratifs (The longest day, par exemple)... Plus maintenant: un conseil, quand vous voyez un film, même rigolo, avec 25 stars dedans, c'est qu'il y a probablement quelque chose qui ne tourne pas rond, du tout, du tout, du tout...

 

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Published by François Massarelli - dans Comédie Science-fiction