Un scientifique a passé le rideau de fer, pour permettre aux Américains de posséder un moyen d'améliorer une technologique phénoménale: ils peuvent maintenant miniaturiser hommes, animaux, objets... mais seulement pour une heure. Ce que leur apporte leur nouvel ami, c'est la possibilité de le faire plus longtemps. A son arrivée, il est mis hors d'état de parler, et il est entre la vie et la mort: il va falloir qu'une équipe se charge de détruire le caillot qui lui paralyse le cerveau. Excellent prétexte pour miniaturiser une équipe de choc... dans laquelle il y aura non seulement un spécialiste des flux sanguins (Donald Pleasance), un chirurgien spécialiste du cerveau (Arthur Kennedy), un barbouze (Stephen Boyd) et une assistante de choc (Raquel Welch), mais aussi un traitre!
Voilà, le décor est planté, on a une mission improbable, et son Mac Guffin: car une fois qu'on sait qu'il y a une mission au bout du chemin, nous ce qu'on veut, c'est le "voyage fantastique" promis dans le titre! une équipe d'humains, dans un quasi vaisseau spatial (avec un laser), qui se promène dans le corps humain figuré à coups d'effets spéciaux tous plus remarquables les uns que les autres, c'est suffisant pour qu'on veuille un ticket, finalement, et le film a le charme des premières fois pour lui...
Fleischer ne se contente pourtant jamais du gimmick, et a mis le paquet dès le départ: un pré-générique qui est une mini-anthologie du film d'espionnage à lui tout seul, un générique modèle, et dès que possible, Stephen Boyd en novice confronté au monde étonnant de la science: l'espion réticent ne se ravisera qu'au bout de cinq minutes, une fois qu'il aura vu l'assistante du Dr Duval...
Pour le reste, ce film ne se raconte pas, ne peut même pas s'imaginer: c'est un grand film, ne serait-ce que parce qu'il nous propose, comme les meilleurs films d'Hitchcock ou de Spielberg, des images hallucinantes qui se suffisent à elles-mêmes et qui nous offrent à voir ce qu'on n'a jamais osé espérer voir... en 1966, du moins. Certes, je n'étais pas né... Pas une raison pour bouder ce merveilleux et psychédélique voyage.
Comment juger un film comme celui-ci? Disons que, comme tous les films de la saga, mais à des degrés bien différents, Moonraker est totalement tributaire de son contexte: d'un côté, les genres cinématographiques sont dominés par la science-fiction post- Star wars; de l'autre, le film précédent a été un triomphe, que la production va vouloir retrouver coûte que coûte. De là à penser qu'il y a eu précipitation, c'est évident. De là à admettre que toutes les interventions de Jaws, l'homme-dents (Richard Kiel) qui passe son temps à apparaître sans la moindre logique, sont purement motivées par le fait qu'il a été très apprécié du public (incidemment, la production a tout prévu puisqu'on apprend à la fin qu'il n'est pas mort, des fois que)...
Les faits: une navette spatiale de type Moonraker a disparu parce que le constructeur a décidé d'implanter une race de seigneurs sur terre, c'est ce que j'ai trouvé de plus court comme résumé...
Quelques séquences sportives, beaucoup de gags et pas des plus fins, de la drague option beauferie généralisée, une tendance de la mode à faire dans le sérieusement laid (c'est 1979, que voulez-vous), des allusions plus ou moins fines à des films de l'époque (le carillon de Close encounters, pas une mais trois fois) et quarante minutes dans l'espace qui sont aussi mal foutues que, au hasard, The adventurers de Lewis Gilbert. Ceci explique cela...
Devant tant de bon goût accumulé, je n'ai pas résisté à ressortir une affiche d'époque. C'est cruel, mais ça en valait la peine...
Chargé d'explorer la mystérieuse planète X, Duck Dodgers, accompagné d'un assistant porcin, va tomber sur un os: en même temps que lui, le martien Marvin est sur cette même planète pour l'explorer au nom de Mars... La lutte est-elle vraiment égale?
On ne répondra pas à cette question, car Chuck Jones, qui revisite ici un personnage loufoque et coriace qui a déjà été confronté à Bugs Bunny, a eu le bon goût de ne pas se limiter à la simple confrontation. Marvin est un personnage qui fonctionne très bien, parce qu'il est totalement persuadé du bien fondé de sa mission...
Par contre, pour Jones, c'est le début de la fin et des sales manies. Le rythme de son film en pâtit, et visuellement, c'est partagé. Ses productions ne tarderont pas à devenir laides. Il n'y a pas d'autre mot...
Les Washowski ne sont pas simples: leurs films sont souvent un écheveau complexe reposant au mieux que des structures liées à deux univers au moins, quand ce n'est pas comme dans leur série Sense8 sur huit personnages, mutants sensoriels interconnectés... On connaît Matrix et ses héros qui se déguisent en ninja du futur (gros manteau en cuir et lunettes de grosses mouches) dans le but de passer inaperçu, mais Matrix a été un énorme succès (pourquoi d'ailleurs, ça me dépasse). Pas Cloud Atlas.
D'ailleurs, ce film de 2013, qui a quand même du beau monde au générique, a droit à sa recherche "explication de Cloud Atlas" sur Google. Pas de panique, il y en a pour beaucoup de films, et pas forcément uniquement pour ceux qui sont complexes! De fait, Cloud Atlas est à la fois complexe par sa structure et ses ambitions, et simple comme bonjour. La preuve?
Complexe: six histoires, avec une récurrence des mêmes acteurs dans des rôles systématiquement différents. En bonus, les actrices et acteurs échangent parfois leur identité sexuelle, et les histoires n'ont intrinsèquement pas de lien entre elles, si ce n'est un personnage, par-ci, par-là. Chaque histoire est égrenée sur l'ensemble de 172 minutes, en ordre chronologique, et les liens de transitions sont à la fois arbitraires et thématiques, jouant souvent sur l'effet et les associations d'idées. Ainsi, quand dans une des histoires un personnage est tué, puis glissé dans le four d'un crématorium, la séquence suivante, appartenant à une autre narration, nous montre les restes d'un incendie. Des personnages "répondent" aux questions des protagonistes d'une autre intrigue, et les "points" marqués dans leur progression par les personnages semblent également bénéficier à leurs collègues d'un autre arc narratif...
Ce qui nous rappelle furieusement quelque chose, à nous autres qui étudions de près le cinéma muet, mais n'allons pas trop vite.
Simple comme bonjour: chaque intrigue se situe dans une époque clairement définie (de 1845 au 25e siècle) des personnages ont des problèmes, ils tentent d'y remédier, et ils y parviennent... Plusieurs couples (Doona Bae et Jim Sturgess, Tom Hanks et Halle Berry, Jim Broadbent et Susan Sarandon, Ben Whishaw et James D'Arcy) se maintiennent d'une intrigue à l'autre pour triompher à la fin, et sinon les méchants sont systématiquement Hugh Grant et Hugo Weaving...
Le film passe d'un genre à l'autre, avec une thématique forte mais simplissime (apprentissage et acquisition de la liberté, triomphe du bien sur le mal, triompher de la lâcheté, découvrir un complot mondial, ne pas être bouffé par des cannibales, etc), et sans jamais se restreindre sur le bizarre ni sur la comédie. Il en résulte une poésie du trop plein, qu'on ne va pas condamner trop vite (et Kubrick? Et Gance? ...Et Griffith, alors?) parce que tant qu'il y aura des artistes pour trouver un budget aussi pharaonique pour faire des films aussi uniquement étranges, qu'importe qu'il y ait des moments de ridicule absolu, après tout ça témoigne encore d'une certaine vivacité du septième art.
Johannesburg: en 1982, un vaisseau spatial dont on ne sait pas grand chose s'est retrouvé stationné juste au dessus de la ville, et n'a plus bougé... A l'intérieur, des aliens, souffrant de malnutrition. Après une courte période, les bestioles se sont vus offrir une certaine forme d'hospitalité à la sud-africaine... 20 ans plus tard, les "non-humains" comme on les appelle sont devenus les boucs émissaires d'une société violente, la zone qui les accueille une zone de non-droit, et le gouvernement a décidé de se débarrasser du problème en les envoyant dans un camp à distance des zones urbaines. Un fonctionnaire zélé et un peu crétin, Wikus Van de Merwe (Sharlto Copley) est chargé du problème... Ca ne va pas lui apporter autre chose que des ennuis...
Transposer l'apartheid et les vieux démons de l'Afrique du Sud vers un script de science-fiction, l'idée est bonne, et enveloppée dans une forme très osée: quand le film commence, on croirait un vrai documentaire sensationnaliste de la télévision, donc il faut avoir l'estomac bien accroché, et rester bien concentré... Une bonne part du début du film vient d'ailleurs d'un court métrage de 2005 réalisé dans cet esprit, Alive in Joburg. Le personnage qui va se dégager de tout ça, contre toute attente, est le très minable petit fonctionnaire du gouvernement, auquel les pires avanies vont apporter, disons, une nouvelle vie.
Le film ne manque pas de qualités, à commencer par l'originalité et une vraie liberté: déguisé en documentaire à trois euros et douze centimes, il ne semble pas viser le grand public, et l'humour subtil qui s'en dégage est assez rafraîchissant. Qu'on se rassure, sous le vernis "différent", il y a un film de science-fiction assez traditionnel, avec des figures qui reviendront d'ailleurs dès le deuxième long métrage de Blomkamp: le mercenaire à grosses coucougnettes qui adore tuer les gens qui sont différents, le tout petit héros qui n'est qu'un rouage de la machine, les dirigeants corrompus, etc...
Un film de science-fiction qui laisse la part belle à l'action, qui utilise à merveille les effets spéciaux d'aujourd'hui (ceux qui ne vous font plus croire à rien puisqu'on peut tout faire), et qui développe une belle parabole généreuse sur un monde en perdition, que demander d'autre? C'est tout ce que Blomkamp a à offrir avec ce deuxième long métrage attendu au tournant...
Au XXIIe siècle, le monde est tellement pollué et surpeuplé que l'élite a réussi à construire une station spatiale à une relativement petite distance, dans laquelle ils ont reconstruit un paradis ultra-moderne pour happy few. C'est de là que la terre est gérée, ou en tout cas officiellement. Pour les gens qui grandissent sur terre, et qui sont tous soit dans la misère, soit exploités par des gens qui habitent dans ce refuge céleste, Elysium devient un but, un rêve impossible à atteindre. C'était le cas quand ils étaient petits de Max (Matt Damon) et Frey (Alice Braga). Lui est ouvrier, et a passé sa vie turbulente à se créer des ennuis avec la police; elle est infirmière, et travaille dur pour sa fille qui se meurt d'une leucémie. L'un et l'autre rêvent d'aller sur Elysium, l'un par obsession personnelle, l'autre parce qu'elle sait que sa fille peut y être soignée en un clin d'oeil... Un accident qui laisse à Max cinq jours à vivre va pourtant être l'élément déclencheur d'une opportunité pour l'un comme pour l'autre...
C'est sans doute le défaut du film: il est trop riche! Beaucoup de choses se télescopent, et quand il s'agit de le résumer, on est vite dépassé. Mais c'est à porter au crédit de Blomkamp et de son équipe d'avoir su trouver un équilibre juste, et un dosage parfait qui ne gène en rien le visionnage: on y recrée une terre qui souffre des maux qui sont actuellement dénoncés partout; l'évolution logique représentée dans le film est un thème à part entière. La différence entre les élites sur Elysium et le peuple qui souffre sur terre est bien sûr d'une grande clarté, avec un effort pour ne pas surcharger l'inutile: les costumes notamment sont assez peu différents de ceux qu'on porte aujourd'hui. Les comportements sont éternels, et on applaudira particulièrement Jodie Foster en politicienne machiavélique: en ministre anti-immigration qui vise le fauteuil suprême, elle est fantastique. On notera que pour contribuer à l'impression de rebrassage du monde et de ses habitants, elle affecte un accent français qui lui va décidément très bien. De la même manière, Blomkamp a créé avec Kruger un mercenaire obtus avec un accent Sud-Africain aussi corrompu que lui...
L'action y est aussi dosée, avec une capacité rare à faire passer à tous le message contenu dans les fulgurances de la violence. Le monde de 2159 n'est pas facile, et comme les forces de l'ordre y sont des machines (un message, derrière cette anecdote, peut-être?), tous les coups sont à peu près permis... Bref, c'est inventif, généreux, réussi, esthétiquement beau, et... très distrayant.
Le futur: un policier observe avec rancoeur les robots prendre de plus en plus de place dans notre quotidien. Aussi, quand un scientifique qui a joué un rôle crucial dans le développement des intelligences artificielles meurt, il soupçonne de suite le premier robot venu. Et comme le film ne dure que 110 minutes et qu'on n'a pas trop le temps de compliquer, il a raison. Donc son pire cauchemar, des robots qui se retournent contre leur créateurs, devient réalité.
S'ensuivent une phase durant laquelle le monde entier lui dit qu'il a tort, une phase durant laquelle il tente de prouver qu'il a raison, puis enfin le monde entier qui réalise qu'il a effectivement raison. Et puis c'est tout, ou presque.
...Bien sûr, il y a Will Smith dans le rôle de Will Smith. Des zefféspécio en CGI (cris d'extase d'un côté, cris de vomi de l'autre), de l'action (ben, oui, en fait, mais c'est un film, donc ça bouge, hein), et puis le vide intersidéral. Une même pas adaptation d'un récit d'Isaac Asimov, transformée en une pub de presque deux heures pour Converse, c'est beaucoup. Ou rien.
A l'origine, un roman réputé inadaptable: tout de suite, on va s'en débarrasser, car ne l'ayant pas lu et n'ayant aucune envie de le lire, je ne vas évidemment pas m'y attarder! Non, ici on va parler de cinéma, de David Lynch, un peu de Alan Smithee, et ce sera déjà bien.
D'ailleurs, comment voulez-vous résumer ça? A l'époque de la sortie, des voix discordantes se sont faites entendre, qui critiquaient le côté "raccourci" du film (ce qui me fait froid dans le dos: ah parce que ce pensum était une version courte?), donc j'imagine que ce que Lynch a tenté était justement de faire un résumé de l'intrigue embrouillée. Donc, en très gros, dans un futur lointain, dans une galaxie située je ne sais où, deux familles régnant sur deux planètes différentes se disputent le contrôle d'une planète désolée sur laquelle on trouve une drogue indispensable et prisée par tous... Du chaos de cette histoire émergera un nouveau leader, Paul Atreides (Kyle McLachlan)...
Quelle salade!
Bien, donc c'est un échec, plutôt sévère, et un film qui accumule les provocations à se faire taper dessus: un jeu volontairement ampoulé, imaginez Star Wars mis en scène par Cecil B DeMille avec Alain Cuny et Henry Daniels (l'acteur qui chevrotait "Emperor of the world" dans The great dictator, de Chaplin), et vous aurez une petite idée de la façon dont ces acteurs, pourtant tous compétents, massacrent leur rôle... Sinon Lynch (ou la production? On ne sait plus) a privilégié un mélange extrêmement volatil de décors ouvertement en toc, de CGI antédiluviens, et de truquages optiques bâclés. Qui a eu l'idée saugrenue de constamment faire ponctuer les scènes du film, souvent très bavardes, par les pensées des personnages clé, je ne sais pas non plus, mais elle n'est pas bonne! Enfin tout ça est épouvantablement laid et dénué d'humour, ou alors involontaire...
Lynch est mécontent du film, au point de refuser de l'évoquer. On le comprend, en même temps: on ne retrouve pas son style, au delà des scories volontaires (rythme, décalage) dont il aime souvent à truffer ses films. On n'a pas l'impression d'assister à un rêve éveillé, mais à une sorte de répétition cauchemardesque d'une pièce de patronage par des acteurs amateurs. Quoi qu'il en soit, le metteur en scène a accepté de signer la version sortie en salle, mais a refusé d'être associé à d'autres versions plus longues, concoctées pour la télévision, il a donc dégainé le truc que font les réalisateurs mécontents d'avoir été dépossédés d'un film: il a signé ces redites du nom mythique d'Alan Smithee. La filmographie de ce dernier serait intéressante à établir... Plus intéressante que la vision de cet infernal navet.
Qu'il me soit permis de dire ici que le cinéma, c'est inutile, finalement. Tout film est en soi, par essence, inutile. Tout art, d'ailleurs, et on pourrait continuer la liste... Je n'ai donc aucun scrupule à le dire: Jurassic World est donc inutile. Mais là où le bât blesse, c'est que comparé à d'autres films, on va inévitablement confirmer cette inutilité, irrémédiablement.
On pourrait comparer à ce qu'on veut. Citizen Kane? non, ce serait trop cruel... Comparons donc ce qui est comparable: les autres films, antérieurs (les suivants je ne les ai pas vus, et honnêtement, je n'ai pas, mais alors pas du tout, envie) de la franchise... Soit deux films de Spielberg et un pas.
Oui, je sais, c'est déloyal: mais avouons que, en dépit de ses qualités, Jurassic Park III (de Joe Johnston: vous voyez? je le savais!) ne joue pas dans la même catégorie que Jurassic Park et The lost world, les deux films de Tonton Steven, dans lesquels il a inventé non seulement la franchise, mais aussi son méta-univers. C'était la première fois à ma connaissance qu'un film pouvait en toute impunité contenir des images de ses produits dérivés, sous nos yeux. Cynisme, ou coup de génie dans le miroir aux alouettes qu'est le Hollywood des années 90?
Donc si on compare ce film avec les précédents, le constat sera sans appel: dans Jurassic World, tout a déjà été fait: un couple va se séparer, et il envoie ses enfants faire joujou à Jurassic World, le parc d'attractions qui s'est construit sur les ruines du Jurassic Park. Ils ont eu l'idée saugrenue de confier leur progéniture à leur tante, qui est cadre dans la structure, et bien sûr ce sera une mauvaise pioche, puisqu'elle est trop préoccupée par ses obligations professionnelles pour s'occuper d'eux... Et bien entendu d'une part le parc a vu trop grand, et des philistins se sont mêlé de génétique pour créer des monstres ingérables ET d'autre part des gros fier-à-bras qui veulent absolument récupérer les bestioles pour l'armée viennent flanquer la pagaille. Secouez, mélangez, faites en sorte que toutes les catastrophes se déclenchent en même temps, et surtout que les velociraptors soient au rendez-vous. Reprenez ce synopsis, mélangez un peu, et vous aurez le premier film, un peu du second, et le troisième en filigrane. Ajoutez quelques passages obligés (une poursuite à suspense dans les sous-bois) des véhicules au milieu des dinosaures, un gros machin (ce n'est pas un T-rex, c'est... pire) sort des bois par surprise, des bestioles bouffent des bestioles et des gens, et pendant ce temps la famille tremble, les enfants se débrouillent...
...et les femmes sont des imbéciles: car la grande nouveauté de cet ajout, c'est la goujaterie absolue du résultat. Dans l'intrigue, il y a trois femmes. Une qui pleure en permanence, une qui passe tout son temps sur un portable (et incidemment se fait bouffer par un mosasaure dans une scène au sadisme douteux) au lieu de s'occuper des gosses dont elle est sensée avoir la charge) et enfin une qui porte des talons hauts dans la jungle et qui ne prend absolument que des mauvaises décisions... Mais attendez, heureusement, il y a un héros, le fort bien nommé Chris Pratt, qui a des grosses coucougnettes, travaille justement avec les dinosaures donc on ne la lui fait pas, et il a développé un partenariat avec les velociraptors, donc on peut lui faire confiance. Il y a aussi des geeks (comme dans Jurassic Park) des militaires (comme dans The lost World) du suspense (le même que dans les trois autres films, donc hein), et même une scène intéressante, quand même: un vol de volatiles violents qui survolent vertueusement leur victimes avant de voler violemment sur leur viande. Pas très victorieux, donc. Et une autre scène, par contre, enfonce le clou de la crétinerie, avec une charge de cavalerie menée par M. Super coucougnettes au volant de son Jurassic Scooter, avec comme soldats quatre velociraptors: les seaux pour dégobiller, je vous en préviens, ne sont pas fournis avec le film. Ce serait un concept, par contre, le dégueulo-rama. Mais je m'égare.
Bref: jamais trois sans quatre? Ben si justement. Vous pouvez vous arrêter là, ce film très con, je le répète, ne sert à rien. A part à répéter, jusqu'à extinction des piles: I told you so.
Une expédition scientifique Américaine se perd aux confins de l'infini, et suite à un bug monumental se retrouve coincée deux mille années dans le futur sur une planète inhospitalière, dominée par des espèces de singes très proches de celles de la terre, qui chassent, exterminent et assujettissent des humains muets et très diminués... L'un des explorateurs, George Taylor (Charlton Heston), est un rebelle dans l'âme et contre les désirs de l'un des potentats de la civilisation simiesque, le Dr Zaïus (Maurice Evans) et avec l'appui de deux scientifiques, Zira (Kim Hunter) et Cornelius (Roddy McDowall), il va s'attacher à démontrer que les hommes valent bien plus que ce que les grands singes en pensent...
C'est un classique, un des rares films de science-fiction à n'avoir besoin d'aucun effet spécial y compris en cette période des années 60, qui était riche en expérimentations (voyage intersidéral avec 2001 de Kubrick, oiseaux vengeurs qui agressent les humains dans The Birds d'Hitchcock, ou encore un voyage hallucinant au coeur du corps humain dans Fantastic voyage de Richard Fleischer): pour tourner le film, Schaffner s'est reposé sur des décors fabuleux et des maquillages très adroits; pas parfaits, non, mais pour moi c'est juste une question de se laisser emporter: comme au théâtre...
Le roman de Pierre Boulle est, comme toute ou presque la Science-fiction des années 30, un cri écologique d'alerte: une façon comme une autre de demander aux êtres humains de faire attention à leur univers, en s'amusant à brouiller les pistes et à inverser les valeurs. Et le grand risque de cette adaptation contemporaine des grandes luttes des droits civiques aux Etats-Unis était de détourner, même involontairement, le propos pour en faire une sorte de portrait d'une lutte ethnique. Pour ce film, le risque a été heureusement écarté, mais pas pour les suivants de la franchise; on va d'ailleurs, tout de suite, les oublier. Non, ici, la thématique permet deux lectures fascinantes:
d'une part bien sûr, le film alerte sur un futur dans lequel les repères sont changés, l'évolution bouleversée, et d'une manière générale, dans cette planète dont la civilisation dominante s'est construite sur les décombres d'une autre ère, qui a été amenée au chaos par les excès de la science, de nous alerter sur les dangers d'un retour à l'obscurantisme sans doute, mais surtout de prévenir le chaos. Comme tout grand film de science-fiction il ne fait semblant de nous parler du futur que pour mieux nous parler de notre présent... Taylor, d'ailleurs, s'amuse beaucoup à trouver dans la jeunesse de la Planète des Singes des réflexes de rébellion qui lui rappellent ses années soixante; il est toujours amusant de voir ce brave conservateur (à droite, toute) de Charlton Heston se prêter à ce jeu, mais passons.
d'autre part, le film a un héros bien paradoxal: un homme d'action, qui prend presque avec plaisir la nouvelle au début du film que la terre est (semble-t-il) loin de lui, que deux mille années ont passé depuis qu'il a quitté sa planète; un baroudeur, donc, qui va affronter à lui seul une civilisation, parce qu'il est doué de la parole contrairement à ses cousins humains locaux, et parce qu'il est aussi, disons-le, particulièrement intelligent, ce que ne tardent pas à découvrir les scientifiques chimpanzés. Le film respecte, à propos, la division des singes en fonction de leur espèce (les chimpanzés sont les scientifiques, les gorilles les gens d'arme, les orang-outangs les dirigeants et dignitaires religieux, c'est à dire les dirigeants dans cette société construite sur des croyances absolues), et on notera que les autres grands singes, les Bonobos et Gérard Depardieu, sont absents du film... Par contre, le film de Schaffner a un raccourci qui frise la faute de goût, à rapprocher de la blancheur persil et de la coupe de cheveux de Johnny Weissmüller dans Tarzan the ape man en 1932: tout ce petit monde parle Anglais. Ca ne donne aucune clé à Taylor, et pourtant la conclusion serait vite trouvée s'il prenait le temps de le questionner...
Bref, pour revenir à Taylor, le fait est que c'est le héros, un homme qui agit et qui croit dur comme fer en sa supériorité sur les singes, au point de les affronter et de prouver à Cornelius et Zira, ainsi qu'à Zaïus (qui lui le savait déjà) que les hommes sont en effet les survivants d'une civilisation qui a été bien plus avancée que les singes ne le sont. Mais justement, au fur et à mesure de cette prise de pouvoir par le personnage, il apparaît de plus en plus que Zaïus pourrait bien être motivé dans sa démarche obscurantiste militante (maintenir les singes dans l'ignorance de leur passé, et les humains dans leur condition inférieure) par autre chose que l'envie d'une dictature: comme si cet état de fait était un moyen d'empêcher une apocalypse. Pour Taylor, sûr de sa supériorité et imbu de lui-même, c'est inacceptable. Mais d'un point de vue de singe, après tout... La grande subtilité du film est d'avoir fait d'un type assez peu recommandable le héros antipathique d'une absurde quête... perdue d'avance.
Mais pour le prouver, il faut regarder le film, constamment passionnant et qui vous surprendra. Si vous ne l'avez jamais vu, par contre ne regardez surtout pas les photos glanées sur un moteur de recherche, vous le regretteriez...