
Le premier mystère, c'est que Lucas, qui avait terminé le tournage de son troisième long métrage en 1978 complètement épuisé (il portait à l'époque le titre de Star Wars, et en France d'ailleurs, c'était La guerre des étoiles, me glisse à l'oreille mon excellent cousin), et avait donc ensuite délégué le rôle de réalisateur à deux techniciens aguerris, Irvin Kershner et Richard Marquand. Car le tournage d'un film requiert un dialogue permanent, une remise en jeu de ce qu'on doit faire dans l'oeuvre, qui dépend AUSSI des autres, les acteurs notamment mais pas que. Et Lucas en 1978 ne voulait pas y retourner... 20 ans plus tard, est-ce pour essayer de garder le contrôle vaille que vaille, au risque de courir au choc frontal avec ses acteurs, qu'il a décidé de refaire le job? Il lui en cuira, puisque le metteur en scène finira par abandonner de plus en plus de ce qui fait la matrice tangible d'un épisode de Star Wars: les acteurs, et donc les personnages, mais aussi les vaisseaux, armements et décors auxquels on croyait parce qu'ils étaient au moins un peu vrais. Ils le sont de moins en moins dans ce film, et le seront encore moins voire plus du tout dans les suivants...
Et le deuxième mystère, au moment d'imaginer un prequel comme on dit à toute cette histoire, c'est que le maître d'oeuvre a semble-t-il perdu tout sens des réalités, à moins qu'il n'ait été pris entre son propre délire mégalomaniaque (je crée un monde, ah ah!!) et une demande du distributeur d'actualiser tout ça: car on a l'impression que Lucas croit dur comme fer qu'il est en train d'accomplir l'acte fondateur de Star Wars. Or il n'en est rien: tout, absolument tout dans The phantom menace, est lié à ces trois films mythiques, qu'ils aient été refaits, trahis, amoindris ou changés n'y fera rien. Et lorsqu'il ajoute à ces péripéties attendues (sabre laser, baston, poursuites dans les canyons, hyperespace) des causeries mi-yoga mi-yoda sur les Midi-Chloriens, c'est tellement ridicule qu'on en tombe de son siège. Car la force version Menace Fantôme, ça devient du prêchi et du prêcha de patronage, version catéchisme numérique.
Alors oui, c'est du Star Wars, dans lequel une idée intéressante (voir le monde d'avant la trilogie aussi coloré que le monde de Star Wars est aride) débouche sur un constat: on sait comment tout ça va finir, et on n'avait absolument pas besoin de ces trois films pour nous le raconter, surtout qu'Annakin Skywalker, futur Darth Vader (pour les trois du fond qui ne l'avaient pas encore capté) est interprété ici par un petit garçon qui n'est pas, mais alors vraiment pas, à la hauteur. Et le message, c'est probablement que Annakin est devenu méchant parce qu'on la privé de sa maman?
Bon, je râle, je râle, mais il y a ici des qualités: une certaine naïveté qui a le bon goût de ne pas passer QUE par les dialogues les plus cons des années 90, des poursuites dans les canyons, quelques créatures aquatiques rigolotes, et Natalie Portman bien que son intervention soit un peu gâchée par une manipulation arbitraire des spectateurs et des personnages.
Manque de pot, il y a aussi Darth Maul, un méchant d'un vide forcément intersidéral, qui n'existe que pour nous faire patienter jusqu'à la fin du film, et aussi, il y a... Jar Jar et ses Gungans. Et ça, c'est vraiment terrible...





















