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29 juillet 2019 1 29 /07 /juillet /2019 17:27

Le premier mystère, c'est que Lucas, qui avait terminé le tournage de son troisième long métrage en 1978 complètement épuisé (il portait à l'époque le titre de Star Wars, et en France d'ailleurs, c'était La guerre des étoiles, me glisse à l'oreille mon excellent cousin), et avait donc ensuite délégué le rôle de réalisateur à deux techniciens aguerris, Irvin Kershner et Richard Marquand. Car le tournage d'un film requiert un dialogue permanent, une remise en jeu de ce qu'on doit faire dans l'oeuvre, qui dépend AUSSI des autres, les acteurs notamment mais pas que. Et Lucas en 1978 ne voulait pas y retourner... 20 ans plus tard, est-ce pour essayer de garder le contrôle vaille que vaille, au risque de courir au choc frontal avec ses acteurs, qu'il a décidé de refaire le job? Il lui en cuira, puisque le metteur en scène finira par abandonner de plus en plus de ce qui fait la matrice tangible d'un épisode de Star Wars: les acteurs, et donc les personnages, mais aussi les vaisseaux, armements et décors auxquels on croyait parce qu'ils étaient au moins un peu vrais. Ils le sont de moins en moins dans ce film, et le seront encore moins voire plus du tout dans les suivants...

Et le deuxième mystère, au moment d'imaginer un prequel comme on dit à toute cette histoire, c'est que le maître d'oeuvre a semble-t-il perdu tout sens des réalités, à moins qu'il n'ait été pris entre son propre délire mégalomaniaque (je crée un monde, ah ah!!) et une demande du distributeur d'actualiser tout ça: car on a l'impression que Lucas croit dur comme fer qu'il est en train d'accomplir l'acte fondateur de Star Wars. Or il n'en est rien: tout, absolument tout dans The phantom menace, est lié à ces trois films mythiques, qu'ils aient été refaits, trahis, amoindris ou changés n'y fera rien. Et lorsqu'il ajoute à ces péripéties attendues (sabre laser, baston, poursuites dans les canyons, hyperespace) des causeries mi-yoga mi-yoda sur les Midi-Chloriens, c'est tellement ridicule qu'on en tombe de son siège. Car la force version Menace Fantôme, ça devient du prêchi et du prêcha de patronage, version catéchisme numérique. 

Alors oui, c'est du Star Wars, dans lequel une idée intéressante (voir le monde d'avant la trilogie aussi coloré que le monde de Star Wars est aride) débouche sur un constat: on sait comment tout ça va finir, et on n'avait absolument pas besoin de ces trois films pour nous le raconter, surtout qu'Annakin Skywalker, futur Darth Vader (pour les trois du fond qui ne l'avaient pas encore capté) est interprété ici par un petit garçon qui n'est pas, mais alors vraiment pas, à la hauteur. Et le message, c'est probablement que Annakin est devenu méchant parce qu'on la privé de sa maman?

Bon, je râle, je râle, mais il y a ici des qualités: une certaine naïveté qui a le bon goût de ne pas passer QUE par les dialogues les plus cons des années 90, des poursuites dans les canyons, quelques créatures aquatiques rigolotes, et Natalie Portman bien que son intervention soit un peu gâchée par une manipulation arbitraire des spectateurs et des personnages.

Manque de pot, il y a aussi Darth Maul, un méchant d'un vide forcément intersidéral, qui n'existe que pour nous faire patienter jusqu'à la fin du film, et aussi, il y a... Jar Jar et ses Gungans. Et ça, c'est vraiment terrible...

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Published by François Massarelli - dans Science-fiction Star Wars George Lucas
25 juillet 2019 4 25 /07 /juillet /2019 16:21

Dans le futur, une brèche s'ouvre dans le Pacifique entre nous (les humains) et les "infra-terrestres", une race sur-évoluée de monstres qui prennent une sale habitude: celle de monter à la surface, et de tout casser. Une riposte est trouvée: des robots géants, pilotés par des groupes d'humains connectés entre eux, vont se battre et même mettre la pâtée aux sales bêtes. 

Sauf que les sales bêtes évoluent, et que les gouvernements des pays limitrophes de la zone ont de moins en moins confiance en des quipes de rangers indisciplinés, et dont les dernières missions ont été catastrophiques. Jusqu'au jour où un ancien responsable de ces missions se rebelle et relance la machine, au sein d'une organisation sur-entraînée...

J'ai moi aussi beaucoup ri en relisant ce résumé, qui est affligeant: ça sonne comme un film de 37e zone, comme une refonte de tout ce qui peut se faire dans le domaine de l'action bête et brutale (beau double pléonasme), du film de science-fiction testostéroné, du succédané de jeu vidéo, et du dessin animé Japonais tourné à 12 images par secondes... Sauf que c'est idiot si on fait la bêtise d'y croire: car les films de Guillermo Del Toro portent en surface leur dose de ce qu'on appelle en Anglais "Suspension of disbelief" (le moment où on cesse d'avoir conscience d'être en face d'une fiction, et on se laisse aller à croire), et ils affichent la couleur en donnant le choix au spectateur. 

Vous pouvez donc choisir et en bon amateur de jeux vidéos vous jeter à corps perdu dans un film qui va vite, ou prendre un peu de distance et apprécier l'humour codifié et détourné. Reste qu'il y a les monstres et les robots, et là, rien à faire, c'est épouvantablement laid. Tant pis, parce que par ailleurs, le sens de gigantisme qui se dégage de ces créatures en proie les unes aux autres, eh bien, est hallucinant... En attendant un autre film de Guillermo Del Toro, un grand cette fois, on peut tout à fait s'abandonner à cette sympathique petite chose.

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Published by François Massarelli - dans Science-fiction Guillermo del Toro
26 juin 2019 3 26 /06 /juin /2019 15:44

Faire une suite à Cloverfield paraissait stupide, quand même: le concept du film était tellement spécifique qu'il semble impossible d'y retourner sans redite! Mais... L'idée de ce film était d'abord complètement indépendante, un huis-clos situé dans l'abri d'un complotiste confronté à ce qu'il estime être un cataclysme à prendre très au sérieux, et qui est accompagné de deux personnages, dont celui d'une jeune femme qui a été placée là contre son gré. Une histoire intéressante et propice à un suspense solide, donc, sur laquelle Drwe Goddard et J.J. Abrams ont eu l'idée de greffer leur univers de Cloverfield, et... ça marche!

Michelle (Mary Elizabeth Winstead) a quitté Ben, son petit ami, et a pris la route. En chemin, elle a un accident sérieux, et se retrouve le lendemain amochée mais vivante et soignée, dans une cave, attachée au mur. L'homme qui la soigne et lui apporte à manger, mais qui la séquestre également, est Howard (John Goodman) , un ancien marin obsédé par les théories du complot, qui a créé un abri à l'épreuve de tout, et affirme à la jeune femme avoir la preuve que l'air dehors est absolument irrespirable, et dangereux. Partagée entre la prudence et une envie plus forte que tout de s'évader, bientôt rejointe par un autre homme, Emmett (John Gallagher), un voisin d'Howard qui lui est venu de son plein gré, Michelle va vite se rendre compte qu'il y a en effet un cataclysme à l'extérieur de la maison, mais elle ne'en perdra pas pour autant l'envie de partir, surtout quand elle va commencer à se rendre compte qu'Howard cache quelques petits secrets peu engageants...

Exit donc (et tant mieux) le dispositif à une caméra de Cloverfield, on a ici une intrigue racontée par des caméras multiples, qui adoptent le plus souvent le point de vue de Michelle, et qui nous laissent à deux types d'interrogations; le premier type, celles qui sont inhérentes au film, portant donc sur la véracité potentielle des événements extérieurs, ou la nécessité de prendre le risque de sortir en fonction du degré de danger représenté par Howard. Une situation de suspense classique en somme, pas éloignée de celui développé dans The war of the worlds de Spielberg, dans la longue séquence située dans la maison de Tim Robbins. Sauf que chez Howard, il y a tout: le bonhomme a vraiment tout prévu! D'autres films nourrissent le suspense de celui-ci, d'ailleurs, le premier qui vient à l'esprit (les dix premières minutes) étant rien moins que Psycho! Le deuxième type d'interrogation tient finalement du gimmick, c'est la question que se poseront ceux qui ont vu l'autre film Cloverfield, et qui savent ce qui rôde... Quand les deux intrigues se rejoindront-elles, et qu'en fera Michelle?

Ce personnage est formidable, et pour commencer, il est intéressant de voir qu'on ne sait pas grand chose d'elle et de son vécu, si ce n'est qu'elle a quitté un homme qui lui demande pardon pendant son voyage désespéré; qu'a-t-elle vécu avant son nouveau calvaire? Et symboliquement, l'épreuve ne peut se finir par son départ de la maison, ce que montre bien le film. L'intrigue montre une façon élégante de tresser une métaphore d'un traumatisme qui ne fait que commencer une fois la jeune femme partie. Mais je ne peux en dire plus, évidemment...

C'est un cas assez rare d'un film sympathique mais assez quelconque, qui donne lieu à une suite nettement plus intéressante, qui se situe fermement dans la tradition classique du suspense, celle d'un Hitchcock dont Spielberg serait le prolongement, et J.J. Abrams, producteur engagé, aurait décidément pris la relève. Dan Trachtenberg est un illustre inconnu, dont c'était la première réalisation, et le moins qu'on puisse dire est qu'il a réussi son film. Haut la main! Aidé par un casting de premier choix, cela va sans dire...

 

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Published by François Massarelli - dans Science-fiction
10 juin 2019 1 10 /06 /juin /2019 10:14

Downsizing se cache derrière un prétexte de dystopie, autour d'une invention remarquable en tous points (et que le film cache derrière un écran de fumée salutaire, ne cherchant absolument pas à nous l'expliquer): la capacité scientifique à réduire les gens, de manière à réduire l'impact sur l'environnement. Tout d'abord, il ne faut sans doute pas considérer le film comme ayant un message écologiste, je pense. Au contraire: le "downsizing" (réduction de taille) qui devient un phénomène de mode puis une opportunité commerciale, est ici un pur McGuffin, ce que la presse de tous bords semble avoir complètement raté!

Paul et Audrey Safranek, qui ont comme toute l'humanité vu arriver l'invention, et ont même assisté à la décision par certains de leurs amis de se faire réduire et de vivre dans une communauté de gens de petite taille, franchissent le pas, et se font réduire... Du moins Paul, car Audrey a finalement décidé, au dernier moment, de laisser tomber. C'est donc seul que Paul, un divorce sur les bras, s'installe dans ce qui aurait du être son paradis, mais ne l'est définitivement pas. S'il fait partie des moins privilégiés (contrairement à tant d'autres habitants, il doit travailler, c'est un signe), il finit par se rendre compte qu'il y a plus mal loti que lui...

Le film est une fable qui se refuse à se prendre trop au sérieux... Du coup, on constate vite que si les scientifiques qui ont créé le procédé étaient eux motivés par l'idée de sauver la terre, les Américains ont vite transformé le Downsizing en un choix de vie à la mode... et enfermé les "petits" dans des villes géantes de taille réduite ou ils vivent à l'écart du monde et de ses vicissitudes... et des questions environnementales qui désormais ne les concernent plus. Cet aspect profondément ironique semble avoir échappé à plus d'un critique! La cible du film, c'est l'Amérique d'aujourd'hui, finalement, celle qui fait semblant de pousser des hauts cris quand il est question d'immigration (l'un des principaux soucis des politiciens dans le film, c'est que le Downsizing favorise les passages en douce à la frontière) mais continuent à se fier aux immigrants pour faire le sale boulot; du coup, à côté de la "ville parfaite", un parfait bidonville de taille modeste accueille des milliers de gens...

Et un autre aspect du film qui a fait pousser des hauts cris, c'est le personnage de Ngoc Lan Tran (Hong Chau), une réfugiée Vietnamienne victime du procédé (au Vietnam, elle a subi une réduction imposée, qui s'est mal passée et l'a privée d'une jambe), qui s'est installée dans la communauté, mais a ensuite disparu après la couverture médiatique de son calvaire, et rejoint les obscurs employés de maison les plus déclassés. Son personnage choque les bien-pensants à cause d'un accent complètement bidon. C'est un choix de l'actrice, au passage, qui a pensé jouer un personnage qui justement a échappé aux radars depuis qu'elle s'est réfugiée aux Etats-Unis, sans une minute pour apprendre correctement la langue... Elle joue un personnage dynamique et sans complexe, et particulièrement touchant, qui va ouvrir les yeux du personnage principal.

La satire tous azimuts comprend aussi une vision d'une Amérique parallèle, dont l'ADN est toujours de favoriser la combine: Dusan (Christoph Waltz) est un immigré de l'Est devenu riche en important des denrées "grande taille" (Alcool, cigares) et en en faisant des versions petite taille; il le dit lui-même: les Etats-Unis, c'est la loi de la jungle, alors qui va se soucier d'un trafiquant de douceurs de 2 cm de haut? Incidemment, lui aussi commet le crime de parler très mal l'anglais, avec un fort accent, mais aucune voix ne s'est élevée pour le critiquer. C'est bizarre...

Bref, derrière la loufoquerie, ce film grinçant mais attachant, ne se préoccupe de réchauffement climatique que pour rappeler dans quel monde on vit: ce n'est pas le sujet! Non, il s'agit juste de montrer comment les Etats-Unis procèdent (alors que les Norvégiens, eux, se comportent en hippies dégénérés, un épisode du film qui n'est sans doute pas son meilleur moment, mais qui reste assez drôle) devant un défi comme celui-ci: comme d'habitude! Et à l'humain ensuite de se prendre en charge, et de voir les autres... Ou pas. Ngoc Lan a au moins réussi à montrer, en douceur, la marche à suivre à Paul. Le couple formé par Hong Chau et Matt Damon est une excellente idée de ce film certes bizarre, mais qui distille un humour à froid qui n'est pas pour me déplaire.

 

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Published by François Massarelli - dans Comédie Science-fiction
9 février 2019 6 09 /02 /février /2019 10:01

Tomorrowland, d'abord, c'est une idée d'attraction lancée par Walt Disney à la fin de sa vie, relayée par des modules de vulgarisation scientifique diffusés à la télévision: une fascination de gosse pour le futur et la science, qui a toujours marqué le bonhomme... Donc on est assez loin du cinéma, mais Tomorrowland, le film, est en quelque sorte un produit dérivé de cette branche singulière de l'univers Disney, et rejoint un peu la tendance actuelle à mettre le glorieux passé de l'entreprise au goût du jour. Brad Bird et Damon Lindelof, les deux auteurs, ont écrit un script personnel, dans lequel on retrouve un peu, voire plus, de l'univers des deux: de Bird, on retrouve la sensibilité de maverick génial des deux héros, ainsi que le principe de mettre des gens non informés dans une situation cuisante, sans oublier le goût pour la codification d'une époque saisie dans ses moindres détails... De Damon Lindelof, on retrouve le goût de l'énigme à tiroirs...

L'histoire, qui nous est contée par deux narrateurs au début avant (hélas) de se normaliser à la fin du premier tiers, est une rocambolesque intrigue autour de deux petits génies qui à deux époques différentes vont être confrontés sur l'invitation d'une mystérieuse fillette, à un monde merveilleux et futuriste, situé dans un univers parallèle. Les deux sont interprétés par George Clooney (Oui, même les génies grandissent) et Britt Robertson, et forment une équipe intéressante. Le film, dans ses deux premiers actes, déroule le tapis rouge à une course haletante et gentiment absurde, à la poursuite d'un monde étrange et hypothétique...

...Puis arrive le troisième acte où, comme dans un vulgaire épisode de série (oui, je pense à Lost, bien sûr!), le pot-aux-roses est expliqué, et tout à coup, le soufflé jovial retombe, l'intérêt part en courant, le tout-venant lénifiant de Disney s'installe et le spectateur n'a plus rien à attendre. C'est dommage. Au mois on aura eu, avant cette péremption péremptoire, une Tour Eiffel qui vole, des paradoxes temporels en veux-tu en voilà, et des gags réjouissants et novateurs sur la difficulté d'évoluer dans deux dimensions en même temps... Il faut croire d'ailleurs que cette fois, le public a été particulièrement troublé par le déséquilibre interne au film, puisque ça a été un désastre commercial.

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Published by François Massarelli - dans Brad Bird George Clooney Science-fiction
18 novembre 2018 7 18 /11 /novembre /2018 08:42

Après les péripéties de The force awakens, qui se termine par le retour au chaos, nous retrouvons les protagonistes, dès le départ en pleine action: Finn, le stormtrooper qui a décidé de fuir le "Premier Ordre", l'organisation de reconquête de l'empire disparu, mené par le puissant Snoke. Poe Dameron, l'as des pilotes de la Résistance, toujours à parcourir les galaxies à la recherche d'un truc à dézinguer. Et Rey, la jeune impétueuse pilleuse d'épaves, qui est attiré par la Résistance et fondamentalement loyale à la République, mais a surtout un problème d'identité: qui sont ses parents? Pourquoi l'ont elle abandonnée? 

Les enjeux de ce film sont nombreux: rejoindre la résistance, mais aussi empêcher sa destruction définitive; mener à leur terme les quêtes identitaires des uns (Kylo Ren, le fils de Han Solo et Leia, passé chez la concurrence avec de phénoménaux pouvoirs et des complexes d'humanité dans sa tête compliquée) et des autres (Rey, dont le rapport à la force est naturel et fait d'elle une Jedi de toute première catégorie), voire des deux ensemble: ils sont en connexion permanente, à leur très grande surprise. Mais qui manipulera qui?

Si on n'échappe hélas pas totalement à une partie "mytho-mystique" autour de la force, qui occasionne du bla-bla à n'en plus finir de la part de Mark Hamill (celui-là même qui abattait trois vaisseaux ennemis dans son sommeil et ne tenait pas en place, a quarante ans de plus, n'oublions pas), ce film reste comme son prédécesseur, un Star Wars à l'ancienne. Les acteurs y donnent la réplique à d'autres acteurs, la toile de fonds est aussi simplifiée que possible et on ne s'ennuie pas... La référence est de tout évidence The Empire Strikes Back, le deuxième opus de la première trilogie, que d'aucuns (j'en fais partie) considèrent comme le meilleur film des six (ne comptez pas sur moi pour intégrer la trilogie bouseuse de 1999 à 2005): même point de départ "en action", même enjeu (défendre voire garder en vie l'opposition au mal, devenu super-puissant) et mêmes "décrochages" (en 1980, Luke partait passer son BTS de Jedi en compagnie de Maître Yoda, cette fois c'est Rey qui se voit passer le témoin, avec des résultats plus surprenants encore). Sans oublier une bataille d'anthologie sur la neige, qui est ici retranscrite sur... du sel. 

Mais on échappe pourtant au sentiment de redite, tout comme les nombreux points communs entre Star Wars (1977) et The force awakens (2015) ne faisaient pas de ce dernier film qu'un simple remake. L'avantage de ces films qui visent désormais l'avenir de la saga tout en en redécouvrant le passé, c'est que tout devient possible... C'est foncièrement distrayant, et particulièrement bien mené esthétiquement. Les combats, au lieu de la pyrotechnie dégueulasse des scènes d'action de la deuxième trilogie, donnent lieu à des difficultés physiques, et une tension particulière. L'accent mis sur l'importance hiérarchique des femmes est notable. Et Yoda, dans la majorité de son apparition, est une marionnette menée par Frank Oz, donc la sensation de son existence même est garantie! Des éléments d'importance, non seulement pour le respect du public, mais surtout pour la véracité de l'ensemble. Enfin, le metteur en scène qui sait qu'il joue avec la force des sentiments, des liens familiaux, et de l'affection des êtres les uns par rapports aux autres (loyauté de Kylo vis-à-vis de sa famille ou de son maître, identité à tiroirs de Rey, lien amoureux entre Finn et Rey, mais aussi entre Finn et la nouvelle venue Rose, et lien par delà les distances entre les frères et soeurs, comme entre les ennemis intimes), a utilisé un code de couleurs qui le voit toujours privilégier le rouge, surtout dans les scènes situées sur la "planète salée". Et franchement? C'est beau.

...Et pourtant ça ne fonctionne pas vraiment, du moins pas complètement. Le film possède des trous dans sa continuité, des failles aussi dues à un montage parfois chaotique. Est-ce que le temps a manqué, à cause d'une date de sortie imposée par Disney (deux ans après le film précédent, au lieu des trois années habituelles)? Est-ce que le choix a été de privilégier le lyrisme et l'esthétisme sur l'efficacité? Peut-être les deux... Mais la structure du film prend l'eau, du début à la fin. Néanmoins, on y prend du plaisir, on y avance sur l'intrigue sans avoir à se coltiner les leçons de morale à la Lucas, et on y clôt en douceur le parcours d'un certain nombre de personnages. Maintenant, si on a évité à ce film de n'être qu'un épisode de trop d'une saga en perte de vitesse, on sait que les troisième acte sera déterminant. Pression...

J'oubliais! Les acteurs sont souvent excellents dans ce film: Benicio Del Toro fait une apparition remarquable, Laura Dern (Laura Dern!!!!!) se plante en beauté, et Justin Theroux quant à lui est juste là pour un cameo. Mais sinon, on a un atout de choix: Adam Driver! Je passe mon temps à dire que ce gars-là ira loin. Il y est déjà.

 

 

 

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Published by François Massarelli - dans Star Wars Science-fiction
23 juillet 2018 1 23 /07 /juillet /2018 07:26

La télévision mène à tout, sauf que, parfois, c'est le contraire: tout peut aussi vous mener à travailler pour ce média. OU pour ce qui en tient lieu aujourd'hui, je suis de la vieille école et ne suis pas très au fait de tous les modes de consommation d'images qui sont actuellement disponibles... Bref. Ce court métrage est une réalisation de Karen Nielsen, coordinatrice des scripts d'un certain nombre de séries; la plus emblématique est sans doute, dans sa dernière incarnation, X-Files

Nielsen vient du court métrage, un médium à part entière. Il serait faux d'imaginer que le format court soit uniquement une carte de visite pour des réalisateurs en quête d'une carrière ou d'une reconnaissance; certains artistes travaillent strictement dans ce format... Peu décrochent la timbale, il est vrai. 

Dans Grace, nous assistons en moins de dix minutes à une histoire située dans un mode de toute évidence post-apocalyptique. Grace (Jena Skodje) est une petite fille seule avec son chien Maverick, qui se débrouille comme elle peut: on la voit chasser un lapin. Elle croise la route d'un homme, William (Daniel Arnold) auquel elle accepte de donner à manger. Ils parlent de leurs parcours, et de la façon dont Grace est devenue seule au monde. Puis William devient menaçant...

C'est d'une grande efficacité, même si ça devient prévisible, un peu à l'envers... Mais on ne va pas bouder le plaisir qu'on prend devant un film qui installe en moins de dix minutes un univers, grâce à deux personnages, un chien et un flashback...

Plus un lapin à la broche.

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Published by François Massarelli - dans Science-fiction
13 juin 2018 3 13 /06 /juin /2018 18:04

...Ou comment, quand un cinéaste se lasse de la franchise qu'il a contribué à créer, et qu'il refile le bébé à un subalterne (aguerri, ça oui), on en retire une plaisante surprise! Que Spielberg ait eu envie d'arrêter, on peut le comprendre tant l'univers de Jurassic Park, ses opportunités pour le suspense, et la thématique familiale omniprésente n'avaient plus le moindre intérêt pour lui. Et en dépit des grincheux de tout poil, le réalisateur avait rendu sa copie définitive sur le thème avec l'étrange mais si séduisant The lost world. 

La mission de Joe Johnston est donc essentiellement de distraire, de le faire efficacement et si possible sur peu de temps. Et l'intrigue ici ramenée justement à la thématique susdite (un couple séparé recherche leur fils perdu sur une île infestée des dinosaures du Dr Hammond, avec l'aide involontaire du grognon Dr Grant, amené sur les lieux avec un mensonge éhonté et la promesse d'une bourse qu'il ne verra probablement jamais) est simple comme bonjour, et permet toutes les figures imposées du suspense propre à la série. Le dosage est dans les mains d'un routier qui ne la ramène jamais et réussit à circonscrire son film en 90 minutes, et en prime le couple est joué par deux excellents acteurs de comédie, Téa Leoni et le grand William H. Macy. Donc la visite de l'enclos des spinosaures est recommandée.

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Published by François Massarelli - dans Science-fiction
18 mai 2018 5 18 /05 /mai /2018 17:31

Claude Ridder (Claude Rich), rescapé d'un suicide, est choisi par une équipe de scientifiques qui travaillent sur le voyage dans le temps. Ils sont à la recherche d'un humain qui n'a pas grand chose à perdre, et l'homme est le cobaye idéal, comme il le dit lui-même... Il est donc enfermé dans une structure étrange, et va voyager en revivant littéralement une minute de son passé. Mais la machine se détraque, et Claude part pour un voyage en lui-même, qui passe sans s'arrêter, et de façon aléatoire, d'une minute à l'autre de sa vie.

Et ainsi nous remontons jusqu'au moment où Claude a attenté à sa vie, point d'orgue d'une relation tumultueuse avec son épouse Catherine (Olga George-Picot).

Le film était prévu pour le festival de Cannes de 1968, celui qui n'a pas eu lieu, et n'a absolument pas intéressé le public lors de sa sortie. Privé de soutien de la part de la critique, il a quasiment disparu des radars, malgré des diffusions occasionnelles à la télévision dans les années 1970. c'est pourtant un film de Resnais qui reste bien dans la lignée de ses oeuvres plus connues et plus fêtées, comme Hiroshima mon amour ou L'année dernière à Marienbad.

L'intrigue de science-fiction y devient le prétexte à une expérience narrative formidable, qui permet au spectateur de tenter de reconstituer le puzzle de la vie de Claude Ridder, dans lequel Claude Rich y joue le jeune, l'adulte, et y est parfois confronté à des variations inattendues. On ne saura pas quelle est la part du rêve, des souvenirs, de l'hallucination, ni de la poésie langagière ou surréaliste, lors de ces minutes disjointes, poignantes ou absurdes, pathétiques ou drôles, aux répétitions aléatoires et toujours changeantes... Mais pour ça, il faudra se laisser aller, d'abord dans l'introduction froide, puis dans le grand plongeon narratif, et se laisser faire.

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Published by François Massarelli - dans Alain Resnais Science-fiction
13 mai 2018 7 13 /05 /mai /2018 00:05

En 1994, Zemeckis  triomphé au-delà de toute espérance avec Forrest Gump: il aurait pu cesser toute activité, et se reposer jusqu'à la fin de ses jours sur ce film, un des rares des années 90 à avoir acquis et conservé le statut enviable de classique absolu et universel. Un film qui a révolutionné à sa façon le cinéma, tout en offrant une vision du passé, qu'on peut prendre ou laisser, mais qui est malgré tout une philosophie en soi, et qui parle, finalement, à la terre entière... Mais Zemeckis est un joueur, envers et contre tout, un artiste aussi; quand il s'exprime, il peur être cassant, voire désarmant parce qu'il donne l'impression de ne s'intéresser qu'à la technique. Mais ses films, ses séquences, ses plans mêmes parlent d'eux-mêmes...

Et Contact, le projet immédiatement suivant, nous montre le cinéaste se mettre en danger, car d'une certaine façon il tente d'y résoudre la quadrature du cercle: d'une part, il souhaite réaliser un film de science-fiction plausible, en utilisant la machine à mentir qu'est le cinéma (il vient de le prouver en faisant dialoguer Tom Hanks avec le président Kennedy!); d'autre part il entend confronter la foi en Dieu et la foi en la science au sein d'un film unique. Celui-ci est une adaptation d'un roman de Carl Sagan, qui a eu un énorme succès en 1985, d'ailleurs ravivé par le film. 

Ellie Arroway (Jodie Foster), une scientifique obsédée par l'idée de créer le contact avec les exta-terrestres, est récompensée le jour où elle reçoit enfin un message d'une intelligence inconnue. Avec l'aide de nombreuses personnes, elle va réussir à suivre les instructions des êtres mystérieux qui l'ont contactée, et tenter d'entrer en contact, à travers une mission qui connaîtra bien des péripéties... Mais en même temps, elle va entrer en conflit plus ou moins pacifique avec un supérieur, qui entend bien lui dérober la paternité de sa découverte (Tom Skerritt) et rafler les honneurs à sa place, un responsable ambitieux et sceptique de la défense (James Woods), plusieurs représentants de la foi Américaine, dont un sénateur de droite (Rob Lowe) qui parle au nom des fondamentalistes, un fou de Dieu (Jake Busey) tenté par le terrorisme, et surtout Palmer Joss (Matthew McConaughey), un jeune pasteur progressiste avec lequel elle a eu une aventure. Pour Ellie, la foi religieuse telle que Palmer la conçoit, qui croit en raison de convictions impossibles à étayer, est non-scientifique. Pour lui, la foi reste un élément indissociable de l'humanité. Les questions posées par le déroulement du film sont les suivantes: Ellie va-t-elle oui ou non rentrer en contact avec les aliens? Si oui, va-t-elle pouvoir retirer quelque chose au-delà de la satisfaction, de cette rencontre, qui lui permette d'avancer? Et enfin, va-t-elle se réconcilier avec Palmer, le convaincre ou être convaincue par lui?

En d'autres termes, Zemeckis choisira-t-il de céder aux sirènes du politiquement-et-religieusement correct en rangeant sa scientifique auprès des religieux, ou saura-t-il être un peu plus subtil?

Je ne répondrai pas, parce que la réponse fait le sel du film; ça, et bien d'autres choses: la façon dont Zemeckis inclut son film réaliste dans la fiction des images de synthèse, à moins que ce ne soit le contraire. Il y aura de la sale manie, dans les films d'animation des années 2000 (Beowulf en tête) où le cinéaste s'abîmera, mais la maîtrise qu'il garde sur son film de science-fiction est impressionnante. Il est d'ailleurs intimement lié à Forrest Gump: derrière Ellie Arroway, petit bout de bonne femme qui court contre l'univers entier, Zemeckis donne du sens à l'existence en honorant à la fois la part de conquête et de recherche du savoir inscrite en l'homme, et sa part d'absolu. Bref, il réussit à trouver une manière respectueuse de chacun d'allier la science et la foi, ou plutôt de les faire cohabiter. Sans jamais prendre parti, mais en épousant la part de merveilleux contenue dans la recherche spatiale, et en créant à partir de là un majestueux album d'images qui s'émerveillent d'un rien, et en faisant évoluer ses personnages dans des décors fabuleux (et souvent réels), Zemeckis crée un film d'aventures et de science-fiction à la fois concret et inépuisable: un film qui garde pour lui ses clés, laissant le spectateur se faire son idée. C'est aussi une montagne russe d'émotions, servi sur un plateau à une actrice de génie: bref, c'est un chef d'oeuvre. ...Auquel il faut accéder sans cynisme.

 

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Published by François Massarelli - dans Science-fiction Robert Zemeckis Jodie Foster