Une petite ville du far west est l'objet d'une attaque de vaisseau extra-terrestres, qui emmènent un certain nombre des habitants pour une destination inconnue. Dans la petite ville, les pionniers vont s'unir, entre citoyens, cowboys, policiers et bandits, blancs et Apaches, pour tenter de retrouver les leurs, conduits par un trio inattendu: le colonel Dolarhyde, dont le fils a été enlevé, le bandit Jake Lonergan, le seul homme a avoir réussi à s'enfuir des griffes des aliens, et enfin la troublante Ella, qui connait bien les sales bestioles, et cache un secret inattendu...
Parfois toute critique est impossible: Jon Favreau a vendu son film aux producteurs en leur disant "on va faire un film dans lequel le far west rencontre la science-fiction", et hop! Tout ce qu'on peut imaginer se passe à l'écran. Pour ma part, je pense que le metteur en scène s'amuse d'autant plus à recréer avec un casting franchement impressionnant les codes du western: Harrison Ford, Daniel Craig, Olivia Wilde, Sam Rockwell, Keith Carradine et Paul Dano... Les aliens sont esthétiquement immondes, mais c'est un signe des temps, et tout ça n'est pas bien sérieux...
1983, dans une galaxie pas si lointaine, il y a... un certain temps. Les affiches sont cette fois très claires: George Lucas a gagné son pari, et tout le monde attend son troisième film de la saga. L'imaginaire de Star Wars (La franchise, désormais) est désormais établi, connu et reconnu, et les affichistes sont enfin fidèles à leurs modèles. Plus que le deuxième film, The empire strikes back, qui après tout aurait bien pu se planter dans les grandes largeurs, c'est ce troisième film qui a fini par cristalliser la légende.
Ca aurait pu, voire ça aurait du être un désastre. Parce que ce qui faisait la force de Empire, c'était de pouvoir s'établir à partir des quelques données du premier film (La donne politique, les bons, les méchants, la gentille rivalité amoureuse, les robots, les créatures) et de s'amuser à construire une mythologie en mettant tout le monde convenablement en danger, faire des révélations délirantes (I am your father) tout en ouvrant beaucoup, beaucoup de portes... Qu'un autre film se chargerait de fermer. Bref, Return of the Jedi avait la tâche impossible de rester intéressant tout en finissant le job, et il fallait que ce soit propre et net! Pas de fermer la porte en en ouvrant quinze autres comme n'importe lequel des épisodes de fin d'une saison d'une série HBO!
Certes, du coup, c'est le moins bon des trois films de la première trilogie, mais il possède des moments de grâce: les premières séquences sur Tatooïne, qui jouent avec le spectateur, tout en établissant une bonne fois pour toutes la personnalité du Jedi Luke Skywalker, endurci et au cuir désormais tanné. Sans parler de toutes les interrogations devant ces personnages (Les robots, puis Chewbacca, enfin Leïa et Luke) qui se succèdent pour venir chercher Han Solo chez Jabba le Hutt... Et la formidable poursuite en forêt, un merveilleux moment terrestre gâché un peu par l'arrivée d'une nouvelle créature en collaboration entre les ateliers Jim Henson et les établissements George Lucas: les Ewoks. Car, et c'est l'une des faiblesses du film, Lucas ne résiste pas à l'idée d'en faire trop. On sait, hélas, où ça va nous mener... A une trilogie désastreuse.
X-men, ça finit par ne plus sentir très bon. J'avais applaudi la démarche de Bryan Singer qui était parti du principe qu'il valait mieux prendre la saga au premier degré, au moment de réaliser les deux films inauguraux; mais à force de voir des mutants aux costumes et aux noms ridicules se lancer des boules de feu, se regarder mutuellement avec l'air de découvrir les effets internes de la constipation sur les corps drapés de Spandex qui gratte, et se parler en aboyant des "Magneto!", des "Mystique!" ou autres surnoms tous plus affligeants que les autres... ça lasse.
Donc applaudissons ce reboot (C'est le terme consacré), qui dose justement le premier degré, sous la conduite d'un metteur en scène doué pour le visuel, le rythme et l'action, et qui jamais ne se prend au sérieux, jamais ne prend au sérieux ce qu'il nous raconte (comment le pourrait-il? Il faut quand même reconnaître que cette variation baroque sur le conflit entre affirmation de la différence et assimilation, donne surtout lieu à un festival psychédélique et décadent de cornichonnerie pour ados, non?), mais s'amuse comme un gamin à nous transporter dans l'histoire (la baie des cochons), le mythe (Kennedy est l'un des personnages du film, qui se déroule dans des swinging sixties assez bien reproduites même si elles sont constamment anachroniques), et... le grand n'importe quoi de Marvel.
L'idée était de relancer la machine qui s'essoufflait. Ca a marché, et ce retour aux sources est excellent, profondément distrayant et surtout sans prétention aucune. La suite, pour laquelle Singer a repris les rênes... Est bien plus gênante, je propose tout simplement qu'on la passe sous silence.
Ce film avait avant sa sortie, déjà une réputation désastreuse... Si Kevin Costner, principal instigateur du projet, et selon la rumeur un peu plus encore, avait eu la présence d'esprit de demander conseil à James Cameron, il ne se serait pas fait. Mais comment voulez-cous prendre une telle histoire au sérieux?
Suite à un désastre écologique lambda, la terre est entièrement couverte d'eau... apparemment. Ce qui n'empêche pas le vulgus pecum d'espérer trouver la mythique terre émergée, dont on dit qu'elle existe quelque part. S'il y en a un qui n'y croit pas, c'est bien le Mariner (Kevin Costner), un solitaire qui écume les mers avec son trimaran. C'est un mutant, il a des branchies, lui permettant une telle endurance sous l'eau qu'il a pris l'habitude de piller les villes immergées pour en ramener des trésors, car dans Waterworld, tout s'achète et surtout tout se troque. Par contre, le Diacre (Dennis Hopper), un bandit qui avec sa bande s'est appropriée les milliers de litres de l'Exxon Valdez (sic) croit dur comme fer que la terre existe, et il sait qu'une fille, la petite Enola, possède un tatouage qui est une carte pour la trouver; le Mariner, suite à des circonstances qu'il serait fastidieux de raconter ici, se retrouve flanqué de deux passagères: une jeune femme, Helen (Jeanne Tripplehorn), et sa jeune protégée... Celle-ci bien sûr, n'est autre qu'Enola (Tina Majorino).
Côté pile, Costner voulait faire un film de science-fiction post-apocalyptique quasi intégralement tourné sur l'eau, avec tout ce que la mythologie du genre compte de figures imposées (Les petits groupes humains fragiles, le solitaire, la méfiance permanente, l'apprentissage de l'autre, l'existence d'un mythe pour retrouver une part d'humanité, et bien sûr la bande de zonards/zombies/débiles/ultra-violents ou tout autre truc dans ce genre qui, selon la formule de Joss Whedon dans Firefly, "sont allés à l'autre bout de l'enfer et en sont revenus plus dangereux encore"... Tout y est). Mais c'était miné d'avance, car la chose était un travail de titan, et surtout tellement chargé en kitsch que le spectre de l'auto-parodie involontaire guettait, rigolard, en amont...
Suite, j'imagine à des tergiversations, des négociations, des discussions sans fin, et des changements de personnel, le destin du film a été, heureusement, changé. Par l'expression "changements de personnel", je veux bien sûr parler en particulier du départ de Kevin reynolds, qui n'en pouvait plus d'avoir la star du film constamment sur le dos pour lui dire quoi faire, et qui a claqué la porte... Comme il n'a pas été officiellement remplacé, il paraît sensé de créditer Costner de la réalisation. Et c'est de fait lui, bien qu'il n'en ait pas été crédité, qui a eu le final cut...
...Ouf, il 'a pas fait "Danse avec les phoques"! Et donc, côté face, Costner a laissé l'humour du projet prendre le dessus: Dennis Hopper, en particulier, avec sa bande de kamikazes fumeurs, nous empêche en permanence de prendre quoi que ce soit au sérieux... Costner a veillé à resserrer le montage, mettre en évidence l'action, et au final on a un film parfaitement distrayant, volontiers kitsch, avec tous ces objets rouillés qui s'entrechoquent, et sans temps morts. Et surtout, surtout, parfaitement décérébré...
Comme Costner comprend vite, il a refait le film avec The Postman, mais sur terre. C'est un peu intelligent. Mais pas beaucoup quand même parce que Waterworld a été un échec commercial particulièrement cuisant. Mais il est édifiant de comparer les deux films, leur structure, le personnage principal... Jusqu'à une courte scène de Waterworld qui préfigure la rencontre avec Olivia Williams dans The Postman.
Des fois, il est ardu de commencer une chronique... Mais rarement à ce point. Rappelons pour commencer que ce film est l'un de ces cas à part, tellement reconnu comme étant mauvais, et par tant de monde, que c'en est officiel. Un ratage certifié, qui a raflé tous les prix pour lesquels il avait été nominé... à une distribution de hochets pour les pires films, acteurs, producteurs, réalisateurs, etc...
Bref, c'est un navet officiel. Et pourtant, c'est aussi un film assez rigolo à regarder, et pour lequel on n'a pas regardé à la dépense: il dure presque trois heures. L'énorme succès de Dances with wolves, en 1991, a peut-être beaucoup fait pour que les distributeurs (Warner en l'occurrence) en autorisent la diffusion.
Ils s'en mordent les doigts depuis.
Et pourtant, Costner qui s'est lancé dans ce film à l'issue du naufrage de Waterworld (Signé par Kevin Reynolds, mais tout le monde savait qui était le patron!), aurait dû s'abstenir. Au monde entièrement sous eau de ce dernier film, The Postman substitue un environnement post-apocalyptique plus classique: les étendues sauvages et désertiques du Nord-Ouest, en particulier de l'Oregon. Le gouvernement, les villes, la technologie, rien n'a survécu à une événement d'ailleurs jamais expliqué qui a poussé le monde dans le chaos. Un fermier a profité de l'occasion pour créer une troupe de bandits à sa solde, unis par une sorte d'éthique vaguement militariste, raciste, et basée sur la loi de la jungle. La tâche, pour tout un chacun: survivre.
Dans ce contexte, un voyageur solitaire se voit réquisitionné par la troupe en question, menée par l'illuminé Bethlehem. Il s'échappe, et se réfugie dans un véhicule abandonné: une camionnette de la poste; a l'intérieur, il trouve du courrier, un uniforme de postier, et une idée toute simple: pour donner confiance aux villageois qui pourraient éventuellement le chasser, il va prétendre être un facteur, mandaté par un gouvernement rétabli... En dépit de la méfiance de certains, le truc marche. Mais il marche si bien qu'au bout de quelques temps, le "facteur" commence à croiser d'autres facteurs, mais eux croient à fond en leur mission...
L'idée du roman de David Brin est bonne: d'une part, le poids symbolique du courrier est une réalité, et d'autre part, la façon dont naît une idée, presque par hasard, qui va changer le monde, sied bien à cette histoire improbable située au-delà d'un événement mythique et qui ne sera jamais explicité. Mais au final, tout se résume à une lutte entre deux camps, le bien et le mal, une lutte dans laquelle il est impératif de choisir son camp; et si le réalisateur Costner, lui, a choisi, bien sûr, car il sait ce qu'il veut faire de ces chevauchées, de ces ralentis, de la musique de James Newton Howard, de ses héros. Mais le personnage passe les trois-quarts du film à faire sa chochotte...
Et pourtant il y a des acteurs, Olivia Williams, par exemple, ou Larenz Tate. Il y a même un peu de baroque (Mais pas assez: pensons à ce qu'aurait probablement fait de ce western futuriste le Joss Whedon de Firefly...), et un peu d'humour: notamment à travers ces mercenaires bas du front qui veulent qu'on leur montre un film, mais qui râlent pour qu'on remplace le film d'action qui leur est proposé, par The sound of music... Bref, si le film est plaisant à regarder, c'est certainement très involontaire. Un critique a d'ailleurs rebaptisé le film à sa sortie, en hommage à son réalisateur, Dances with myself. Et je pense que le ratage apocalyptique de ce film a aussi été pour beaucoup, en dépit de la qualité évidente des deux autres oeuvres de Costner, dans le fait que sa carrière s'est arrêtée au bout de trois films (Le troisième, Open range, est un western sorti en 2003, et est d'une grande dignité). Quatre si on compte Waterworld, mais je ne souhaitais pas me mouiller.
Une bonne, voire une très bonne idée. Ca fait des années que je me plains de la tendance saugrenue de George Lucas à vouloir remodeler en permanence la saga qui l'a définitivement consacrée, et qui était si fabuleuse à ses tous débuts, donc l'idée de revenir aux fondamentaux, sans tout casser, sans modifier les films a posteriori, ni donner une explication quasi religieuse à tout pour tout flanquer par terre. Je ne sais pas qui de l'Empire Disney-Lucasfilm, de l'étoile noire de Burbank, ou de la base arrière de ILM, a eu cette idée mais je le redis: elle est excellente.
Il s'agit donc, non de multiplier les univers, à la Marvel, ni de prolonger en des ramifications sans fin une saga dans laquelle, y compris si comme moi on considère qu'elle est pour l'instant réduite à 5 épisodes (Il n'y a rien, mais alors rien à voir dans les films sortis entre 1999 et 2005), on se perd. Non: Rogue one prend acte du fait que selon le Lucas de 1977, il était pertinent de commencer en cours: quand Star wars (1977) commence, on est déjà dans l'action. La rébellion existe, et d'ailleurs Darth Vader est en chasse. Il ne va pas tarder à mettre la main sur la princesse/sénatrice Leia Organa. Donc il suffisait de retourner en arrière, et pour la première fois depuis 1977, offrir à voir un film estampillé Star Wars qui commence et finit dans le cadre de ses 135 minutes!
...Tout en offrant à ceux qui savent des petites allusions rigolotes, des détails qui prouvent qu'on a bien fait son boulot. Bien sûr, je n'ai repéré que des allusions à LA trilogie d'origine, on ne se refait pas.
Donc, le film s'intéresse à la genèse de l'Etoile Noire, cette planète artificielle qui détruit à distance les autres planètes, et aux remords de son principal concepteur, le génie Galen Erso (Mads Mikkelsen). Il a suivi l'Empire plus ou moins contraint et forcé, mais a pris le temps de permettre à sa fille Jyn de s'enfuir. Elle est devenue hors-la-loi, mais selon son propre aveu ne s'occupe pas de politique. Elle est récupérée par la rébellion suite à la défection d'un pilote impérial qui affirme que Galen Erso a des informations à faire passer...
Le travail a été confié à Gareth Edwards; solide réalisateur Britannique qui s'est illustré dans des grosses productions à effets spéciaux. Zéro personnalité, mais du dynamisme, c'est d'une certaine façon tout ce qu'on demande, il s'est glissé dans le moule nécessaire pour reprendre la formule magique (Selon moi, il y a des grincheux) de The force awakens: ne se servir de CGI que quand c'est absolument impératif, et pour le reste, faire confiance aux acteurs, et privilégier les décors réels. Bref, tout ce que GL ne faisait plus...
Et le résultat est plus qu'intéressant, apportant du nouveau sur deux aspects: d'une part, une plongée au coeur d'événements désormais coupés d'une progression compliquée, qui en deviennent plus percutants (Sans parler du fait qu'on y retrouve des réminiscences des guerillas urbaines telles que les nouveaux conflits de nos années troublées les vivent, hélas souvent en direct sur nos médias); et d'autre part, si on admet que tout Star Wars n'est qu'une mise à plat simpliste de la lutte du bien contre le mal, ce film-ci confirme que le "côté obscur" n'est pas réservé aux seuls adeptes de la Force, ni au seul empire. En témoignent le trouble personnage de Saw Gerrera (Forrest Whitaker), un rebelle qui a construit son propre petit empire à l'extérieur des méthodes propres et valeureuses de la Rébellion, ou encore Cassian (Diego Luna), un assassin/espion qui travaille par idéal pour la rébellion, mais n'est jamais regardant sur la morale, ni sur les moyens. Donc, mais oui, des nuances de gris dans Star wars...
Jyn est un personnage qu'on n'aura connu que le temps d'un seul film, mais dont l'énergie, les doutes et le parcours, nous la rendent vite familière. Et elle est comme Han Solo, un de ces héros de Star Wars, qui n'a rien à voir avec la Force, ce qui change un peu, il fait bien le dire! Car si on excepte trois personnages (Darth Vader, aperçu à deux ou trois reprises) et deux hommes mystiques, dont un super-combattant aveugle (...Zatoichi?), on nous laisse un peu tranquille avec les mcGuffin propres à Lucas. C'est une excellente nouvelle... Et le film nous montre comment, de bandit sans foi ni loi, elle devient une authentique rebelle. Edifiant, donc...
Pour finir, je dois admettre que le film est certes un peu long, et un peu trop pyrotechnique à mon goût sur la fin, mais il possède suffisamment de petits trésors, est constamment beau à voir, sans excès, et tient la route en tant que satellite du Star Wars original. Et il offre une paradoxale reprise de quelques personnages, en particulier une "reconstruction" de Peter Cushing, et en guise de dernier plan, le retour d'un personnage recréé là encore en images de synthèse, qui est émouvante (Et pour cause), et qui confirme in fine que là où Rogue one s'arrête, Star Wars commence.
...Et j'ai failli oublier: bien réelle celle-ci, le film comprend une contribution de l'immense Alan Tudyk (Firefly).
A la faveur de la sortie en Bu-ray de la mythique "version télévisée" du film de Richard Donner, enrichie de 48 minutes, faisons un petit voyage dans le temps, vers 1978, donc, inévitablement, vers l'enfance. Pas celle du cinéma, bien sûr, à cette époque le septième art est un digne octogénaire, encore propre sur lui. Non, par enfance, je voulais dire...
La mienne.
C'est sans doute pour ça qu'à l'heure de tenter une réflexion vers Superman de Richard Donner, ou Star Wars, de l'autre, toute distance critique m'échappe soudainement... Mais on va essayer quand même.
Pour commencer, en 1978 ce film de Super-héros était une révolution: on n'avait jamais traité cet univers au cinéma avec un budget conséquent, et autrement que comme un prétexte psychédélique à faire soit du serial crétin, soit de la série Z assumée. Et le pari des frères Salkind avait, derrière leurs gros sabots vaguement mercantiles, un peu de dignité: faire revenir les gens dans les salles en voyant grand, très grand. Même s'ils avaient parfois mauvais goût: confier Dumas à cet abruti de Richard Lester (qui reviendra à la fin de cet article, on n'est jamais débarrassé des escrocs), par exemple, c'était d'une rare crétinerie. Mais l'idée de redonner au cinéma du samedi soir une vraie allure, en fidélisant les spectateurs sur plusieurs séances, avait de quoi séduire. C'était le plan initial.
En effet, pour raconter avec panache l'histoire de Superman, il fallait bien quatre ou cinq heures; c'était donc le plan: un film en deux parties de deux heures et demie, mais unies par la même ligne narrative.
Deux ans après le lancement de la production, pourtant, les circonstances ont décidé d'un changement de direction: Richard Donner était épuisé, le producteur Pierre Spengler ne pouvait plus le voir en peinture, et les distributeurs ne croyaient pas au film géant. La décision a donc été de faire subir à Superman exactement le même traitement que celui qu'a subi le film The wedding march, de Stroheim (Attention, je ne dis pas que Donner est le Stroheim des années 70, hein!): on sort la première moitié telle quelle, et on retouche le reste afin d'en faire un film indépendant... Sous la direction d'un imbécile. Le résultat, Superman II, est sans doute dans le Guiness Book des records, pour avoir été le festival de retakes les plus moches de l'histoire, et si vous coulez mon avis, je ne le reverrai de toute façon pas! Nous voici donc face à un film de deux heures et demie, qui devrait être déséquilibré, mais qui, miracle, ne l'est pas. C'est que donner a au moins réussi à obtenir des Salkind de contrôler cette première moitié, et de lui donner de l'allure...
Quand on aborde un film pareil, il faut abandonner non seulement les habitudes prises devant les 1547 longs métrages jetables sortis par Marvel chaque année, mais aussi son âme d'adulte, raisonnable et réaliste. Toi qui entre ici, reprend donc ton âme d'enfant.
Quand je vous le disais!
Donc ce Superman possède des qualités, beaucoup de qualités: la naïveté indispensable à l'entreprise, une certaine dose de second degré, sans cynisme (Ce qui gène bien sûr aujourd'hui), et une sorte d'esprit comic-book particulièrement réussi; c'est sans doute le meilleur film de Richard Donner, un metteur en scène qui n'a pas vraiment à mon humble avis fait beaucoup d'étincelles, mais qui a pris un certain nombre de bonnes décisions ici. On aurait pu faire mieux (Margot Kidder, par exemple...), mais le film a su passer les années tel quel avec la tête haute. L'humour et le second degré sont d'autant plus poussés qu'ils sont essentiellement confiés à la bande de Gene Hackman, et franchement, l'opposition entre la mégalomanie de BD de Luthor, face à l'héroïsme premier degré de Christopher Reeve, pour moi, font merveille.
Le montage du film, tel qu'il est sorti, a donc été trituré à deux reprises: d'une part pour une director's cut très décente qui fait passer le métrage de 140 à 151 minutes (c'est la version montée par Donner pour les DVD en 2000), d'autre part, pour une 'extended version' montrée à la télévision à l'aube des années 80: le film y passe à 188 minutes; on s'attend à ce que ce soit trop long, l'idée essentielle étant d'allonger les scènes existantes.
...Surprise: je trouve que le film en ressort grandi (sans jeu de mots), que le rythme qui aurait pu être poussif, en acquiert une certaine majesté. Bon, certes, ce n'est ni fast ni furious, mais... tant mieux, non? Et les trois heures sont élégamment divisées en deux parties égales pour permettre un visionnage en deux épisodes...
Et bien sûr, ça donne envie d'allonger la sauce en y ajoutant le remontage de Superman II par Donner, qui y a inséré ses scènes tournées avec goût, en enlevant tout ce que Lester y avait vomi. On va sans doute prolonger l'aventure, donc.
Comment ça, je n'aime pas Richard Lester? Et qu'en savez-vous, d'abord?
On l'attendait au tournant. Non seulement le film, mais aussi et surtout son réalisateur surdoué, Denis Villeneuve... Mais donner une suite à Blade Runner? C'est le genre de projet dont on entend vaguement parler, parce que les têtes pensantes des studios, et les scénaristes de tout poil, passent finalement leur temps à lancer des projets en l'air. C'est un passe-temps, un exercice, une déformation professionnelle... Et quelques fois, une suite sort, qui embarrasse tout de suite, et tout le monde se retrouve face à un objet gênant, vaguement lié au film initial, mais dont on aimerait nier l'existence. Des exemples? 2010, de Peter Hyams... ou Son of Kong, de Ernest Schoedsack! Mais ce film n'entre pas dans cette catégorie...
Le résumer, vraiment? Disons que le titre ne ment pas: ça se passe bien en 2049, dans le futur de l'intrigue de Blade Runner. Et la chasse aux replicants est toujours d'actualité. Sauf que la donne a changé: d'une part, les vieux replicants, ceux qui étaient pourchassés dans le film de Ridley Scott, et se battaient pour trouver une trace d'indépendance face à une vie programmée pour ne pas durer très longtemps, sont du passé. Place aux "nouveaux" robots; l'insulte peu affectueuse qui leur est adressée, "skin-job", est reprise du premier film, et ces androïdes, qui ont été conçus par une nouvelle société qui a supplanté Tyrell industries, sont obéissants. Mais il faut encore faire la chasse aux anciens, les Nexus 7 et 8, des anciens Tyrell plus perfectionnés qui ont survécu, et l'ironie est que cette tâche incombe aux Blade Runners, dont tout le monde sait bien que ce sont des Replicants. Leur travail, personne d'humain ne voudrait le faire...
Le Nexus 9 K (KD6-3.7), interprété par Ryan Gosling, fait partie de ces agents dévoués et efficaces... et détestés. On le rencontre en pleine mission, il s'infiltre chez un fermier qui vit au nord de l'état de Californie, un certain Sapper Morton. Il l'élimine, puis découvre quelques étrangetés sur le site de sa ferme. Pour commencer, il y a un arbre d'un certain âge... Au pied duquel un coffre a été enterré. Une fois récupéré, il s'avère qu'il contient les restes d'une femme. Une replicante avec un détail peu banal: elle a subi une césarienne...
Voilà K parti à la recherche d'un bébé qui aurait, selon toute vraisemblance, environ une trentaine d'années. Un secret bien gardé qui d'une part excite la convoitise de Wallace, l'industriel florissant (Jared Leto) dont l'entreprise a supplanté celle de Tyrell; si les replicants peuvent se reproduire, alors c'est tout bénéfice pour son entreprise qui cherche justement à s'étendre au-delà de la terre. Mais la nouvelle inquiète aussi, et en particulier la supérieure de K au LAPD (Robin Wright), qui craint une guerre entre les replicants et les humains...
Difficile de raconter ce film sans entrer dans le détail, et les détails ne manquent pas... Ils sont autant ce petits cailloux, qui mènent vers une vérité complexe et improbable. Disons qu'on a l'habitude avec Denis Villeneuve, des énigmes un peu délirantes qui structurent ses films tout en les dotant d'une chronologie inventive... A ce sujet, l'énigme est bien là, mais n'occasionnera pas de maux de têtes cette fois-ci, pas plus que la chronologie. Ce qui est bien plus intéressant, c'est le temps dévolu à la vie privée, voire intime, de K. son appartement, dans lequel il a installé une petite amie virtuelle, vendue par Wallace industries (Ana de Armas); il vit comme vivrait un homme, et vient justement d'acheter une extension qui lui permet d'emmener sa petite amie partout. Celle-ci aimerait d'ailleurs lui donner un nom, et suggère le premier qui lui vient à l'esprit: "Joe"... Et il a des souvenirs: en bon replicant, il sait que ceux-ci lui ont été implantés, mais... un fait troublant dans son enquête va lui indiquer que le contraire est possible: sur l'arbre situé dans la ferme du début du film, est gravée une date. Cette date, K la connaît pour l'avoir croisée, associée à un souvenir d'enfance cuisant...
Ce désir d'humanité qui va motiver K pour aller jusqu'à croire qu'il est l'enfant né d'une replicante, est rendu possible par le fait qu'un gigantesque black-out survenu dans le passé a considérablement brouillé les cartes de ceux qui tentent de tenir à jour la population des robots. Du coup, on est devant ce film, face à un être presque humain, qui cherche à prouver sa part d'humanité, et qui la cherche jusque dans les moindres recoins d'un passé mythique. Il y a effectivement de quoi faire un bon film là-dedans, et sans surprise, Villeneuve accomplit sa mission avec flamme, avec talent, et avec une efficacité impressionnante. Et il n'oublie pas la dette inévitable à Blade Runner de Ridley Scott, dont l'intrigue lointaine sert de point de départ en même temps que mythe fondateur (Des acteurs reviennent, ou plus ou moins: Harrison Ford bien sûr, mais aussi Edward James Olmos, et d'une certaine façon l'infortunée Sean Young).
Reste que l'un des éléments les plus importants du film de Scott est ici monté en épingle, au-delà même du film: si pour les nouveaux replicants comme K, ou Luv (Sylvia Hoeks), l'assistante particulièrement dévouée de Wallace, leur nature ne fait aucun doute, on se souvient que le fil rouge des interrogations du film de Scott était de savoir si Deckard (Harrison Ford) était ou non un replicant. Cette interrogation se prolonge sur Blade Runner 2049, et fait que chaque personnage, y compris ceux qui à un moment ou un autre parlent de leurs souvenirs, devient forcément suspect d'être un robot. Un robot qui sait ou ne sait pas, qui il ou elle est. Une presque humanité parallèle, s'interrogeant sur son être, et sur ses mythes fondateurs, à la recherche de réponses qu'elle n'aura jamais. On tourne donc irrémédiablement mais glorieusement en rond, et la science-fiction reste donc sur ses fondamentaux, dans un film qui est visuellement parfaitement réussi.
High treason est un film parlant, mais la version la plus communément montrée est la version muette. Mais paradoxalement, pour un film vu dans une version muette ça se voit qu'il est parlant et sonore! L'importance de la parole et du son, dans cette parabole futuriste et pacifiste, st telle que Maurice Elvey a trouvé un certain nombre de moyens de les transmettre malgré tout, à commencer par une exigence d'énonciation aussi claire et lisible que possible, de la part des acteurs du drame.
L'histoire est inspirée d'une pièce de théâtre de Noel Pemberton Billing, et nous montre, en plein coeur de l'entre-deux-guerres, la préoccupation forte des nations, à savoir la peur que ça ne recommence comme en 1914. Le film est situé en 1950, dans un monde essentiellement divisé entre continents, et les deux plus importants "groupes" sont les Etats-Unis d'Europe, d'un côté, et l'empire des Etats Atlantiques, de l'autre. Ne cherchez pas, le premier groupe est représenté par Londres, le deuxième par New York... Un accident a lieu sur une frontière (ce qui serait donc situé sur la frontière Américano-Canadienne), et le ton monte entre les deux pays. A Londres, l'inquiétude semble n'avoir aucune prise sur Michael Deane et Evelyn Seymour, qui roucoulent encore et toujours, mais... Il est major dans l'armée, et elle est la fille très engagée du président d'une association pacifiste internationale. Il va y avoir du grabuge, et pas seulement entre les nations...
Maurice Elvey a-t-il vu Metropolis? C'est une évidence, mais j'irai plus loin: d'une part, le film prend sa source (visuelle, je ne parle pas ici de sa source dramaturgique) dans le même constat, au vu des grandes métropoles Américaines dont le cinéma relayait l'image chaque jour, que le futur ne pouvait aller que dans le même sens que les cités modernes: toujours plus haut, toujours plus grand! C'est cette réflexion de Lang qui est à la base de Metropolis et Elevey ne va pas dans une autre direction... Sauf que, contrairement à lang qui a situé son film de science-fiction dans une cité et une cité seulement, Elvey internationalise son intrigue situé entre ville et campagne (La frontière au début du film) , d'un continent à l'autre. Il nous montre parlements et sièges de gouvernements, sièges industriels également, et étend encore plus le champ d'action en montrant un élément crucial, utilisé par Lang, mais uniquement pour la communication "verticale" entre Joh Fredersen et ses subalternes: la télévision, ici, est partout, démocratique, quotidienne. Et elle joue un rôle dramatique. Elle est complétée par le visiophone... Notons que la version muette nous donne bien à voir les émissions de télévision, mais elles sont complétées par des intertitres, directement sur l'écran. L'écran du poste de télévision, bien sûr...
Mais si Elvey a vu Metropolis, et qu'il a cherché à étendre son champ d'action afin de ne pas, justement, copier le grand film de Lang, il est prisonnier d'une pièce de théâtre qui est quand même bien mince, et disons-le, d'une naïveté allègre. Mais je pense que c'est inévitable, n'oublions pas que la science-fiction cinématographique n'a rien d'un genre établi, et qu'on n'en utilisait le biais que pour des messages généralement grandiloquents, supposés avertir les générations futures. Il suffit de constater la morale simplissime de Metropolis, ou la tentative gentiment idiote d'exporter la révolution sur Mars dans Aelita, pour s'en convaincre. Donc dans High treason, le conflit militaire qui guette est bien vite remplacé à l'écran par un conflit entre militarisme (Représenté par Jameson Thomas qui interprète le Major Deane) et pacifisme (Incarné avec une certaine fougue par Benita Hume, dans le rôle d'Evelyn Seymour). Le titre est dû à un événement crucial qui est situé vers la fin: la seule solution pour les pacifistes (dont le film adopte le point de vue) est d'effectuer un acte de haute trahison...
Le conflit nous est montré en réalité comme une spéculation de la part de gros groupes militaro-industriels, et bien sûr, ils sont situés à New York! De son côté, le point de vue sur la justice prend acte d'une vision supérieure, au-dessus des groupes constitués et de la justice des hommes. C'est pratique, et ça permet de rendre le message "actuel" en 1929. Mais ce qui est "actuel" aussi, c'est la vision d'un futur, d'abord divisé entre des conglomérats immenses, dont on n'imagine pas un seul instant qu'ils ne sont pas des empires centralisés. D'autre part, les gens, dans le futur envisagé ici, portent bien facilement l'uniforme. Une façon de nous rappeler cruellement que le fascisme, en 1929, apparaissait encore comme une forme de modernité, et on en retrouve des relents visuels dans de nombreux aspects du film...
Mais on y trouve aussi des trouvailles rigolotes, comme cet homme orchestre à la tête d'un synthétiseur géant, durant une scène de danse (Les instruments qu'il reproduit sont insérés en surimpression, dans la version muette); dans cette même scène, la danse est rendue visuellement différente, par un mouvement arrêté toutes les trois ou quatre secondes, tous les danseurs restant immobiles un instant. A la fin de la danse, deux escrimeuses en maillot viennent remplacer les danseuses sur la piste... L'ombre de Metropolis plane aussi sur les images de l'industrie, avec ses hordes d'ouvrières venues enfiler un uniforme blanc pour travailler à l'effort de guerre. Enfin, le metteur en scène soigne sa réalisation, avec utilisation de maquettes, et des séquences de destruction assez enlevées...
Donc oui, c'est une curiosité, dont la réception en 1929 a été sans doute assez froide. Il y avait tant de films insipides, parlants et chantants, à voir... Mais c'est aussi une preuve qu'à sa façon, le cinéma Britannique était quand même une force vivace, curieuse de tout, et qu'il y avait en Grande-Bretagne des metteurs en scène prêts à relever certains défis. Et tous, décidément, ne s'appelaient pas Alfred.
Mal-aimé de la saga Alien, et pas forcément apprécié, ni même parfois connu, des fans de Jeunet, ce film sensé plus ou mettre fin au cycle (Comme le précédent, Alien3) est en réalité situé au confluent de trois univers. Il ne peut être pris que comme une rencontre, donc, entre d'une part l'univers d'Alien (Ripley, les "Xénomorphes", l'ombre de Weyland-Yutani), d'autre part les thèmes chers au scénariste Joss Whedon (Buffy the vampire slayer, Firefly, Angel, Dollhouse, dont le péché mignon est de questionner la féminité dans un contexte de science fiction ultra-référencée), et enfin le monde de Jean-Pierre Jeunet, fait de bricolage, d'une efficacité narrative se reposant sur un enchaînement logique d'événements, et bien sûr son excentricité visuelle...
Rappelons l'histoire, tout d'abord: sur un vaisseau spatial appartenant à un conglomérat terrien, en collaboration avec l'armée, on attend une cargaison particulière. Des scientifiques présents sur le vaisseau ont réussi, à partir de prélèvements effectués avant la mort de Ripley (Dans Alien3), à cloner cette dernière, interprétée une fois de plus par Sigourney Weaver, évidemment. Après 8 tentatives, ils ont obtenu de la "ressusciter', elle est l'alien qui est en gestation dans son abdomen. L'alien a été 'extrait' de façon chirurgicale, ce qui était le but de la manoeuvre, mais contre toute attente, Ripley a survécu... Un médecin (Brad Dourif) a donc décidé de la garder en vie, ce qui n'était pas prévu au départ, pour voir...
La cargaison attendue, donc, est un chargement d'humains frais, en hibernation: quand la "reine" Alien va être opérationnelle, elle ne manquera pas de pondre, et il faudra, pour chaque oeuf, un humain prêt à devenir l'hôte d'un petit. La cargaison en question est amenée par des commerçants d'un genre particulier, à la fois convoyeurs et mercenaires, ils sont des spécialistes des jobs difficiles, dangereux, qui dépassent allègrement les limites de la légalité. Ils sont 6: Elgyn, le capitaine du vaisseau (Michael Wincott), sa compagne et mercenaire Hillard (Kim Flowers), Christie, rompu au maniement des armes (Gary Dourdan), le grand costaud Johner (Ron Perlman), gros bras, gros flingue et petite tête, Vriess (Dominique Pinon), qui se déplace en fauteuil roulant, ce qui ne l'empêche ni d'être efficace, ni d'être dur à cuire, et enfin la petite nouvelle, Call (Winona Ryder). Autant le dire tout de suite, c'est un robot, nouvelle génération, ceux qui sont créés et maintenus par des robots. Et elle est sacrément militante: elle s'est introduite sur le vaisseau-cargo dans le but d'infiltrer la mission de recréation des aliens, car elle a une mission: protéger les humains contre leurs mauvais instincts...
Trois choses vont donc se passer: d'une part, quand on manipule des aliens, ça finit toujours de la même façon. Ensuite, Call va tenter d'intervenir, simultanément à l'évasion des aliens, qui échappent à leurs gardiens et se retrouvent en liberté totale dans le grand vaisseau. Et Ripey, qui est rappelons le un clone issu de la résurrection d'une Ripley AVEC une reine alien à l'intérieur, est, pour le moins, imprévisible! Lors de la pagaille monumentale qui s'ensuit, elle s'allie avec les "commerçants"... Mais jusqu'où?
"Pagaille", disais-je: c'est le maître-mot. Depuis Alien (Ridley Scott, 1979), on est habitué à la montée progressive d'un suspense de plus en plus étouffant. Mais ce qu'on a ici, c'est plus l'annonce d'un catastrophe qui se produit trop tôt, suivie d'une longue, mais alors logue agonie du film. On aimait l'alternance, d'un film à l'autre, entre une invasion d'un vaisseau, ou d'une planète (Alien3, David Fincher, 1991) par un seul individu, et la plongée des humains dans un nid, un nuage, une marée, un océan d'aliens (Aliens, James Cameron, 1985)... Mais ici, ça tourne au trop-plein: trop de bestioles, trop de possibilités, et... trop de gore, ça oui. Ca tourne même au ridicule absolu quand la reine, qui provient du même mélange que le clone de Ripley, accouche littéralement d'un être mi-humain, mi-alien, qui est d'une laideur inconfortable, et qui va rencontrer l'une des fins les plus dégueulasses qui puissent être. Voyez le film avec une cuvette à cet égard... Donc, si le film offre à Ripley une "fin" plus décente que celle que lui avait donnée Fincher, il tend à gâcher l'héritage en permanence.
La faute à qui? On a envie d'utiliser le dicton anglais "Too many cooks in the kitchen spoil the broth", dont vous irez si vous ne la connaissez pas chercher la signification sur internet, autant que ça serve ces petites machines. Comme tous les autres films de la saga, il y a eu du monde sur ce bébé-là, et... y-avait-il un capitaine? On sait qu'il y en avait un sur tous les autres films, y compris quand la Fox et Brandywine Productions mettaient des bâtons dans les roues de David Fincher. On sait aussi que sur un plateau de Jean-Pierre Jeunet, il est le seul maître à bord, engagé à 300% sur son film. Mais... le langage, peut-être? la timidité face à la tâche titanesque? Jeunet n'est pas à son aise, ni dans le genre, qu'il connaît bien en tant que fan, ni dans les règles imposées, qui sont habituellement imposées... par lui. Ici, le cahier des charges n'est absolument pas de sa responsabilité, et ça se sent. Alors on retrouve certains aspects de son oeuvre, des inventions inattendues comme le cube de whisky, des bricoleurs de génie comme la troupe de mercenaires, ou encore quelques moments qui reposent sur un enchaînement d'événements, mais... c'est assez peu. Reste son efficacité? Oui, mais elle est mise à mal par le souci du langage, et un script dont les dialogues possèdent peu de subtilité ('Die, you motherfucker'). Au final, on sait que c'est du Jeunet, tout de même. Il y a Dominique Pinon!
Et Joss Whedon dans tout ça? Même si ça ne sauve pas le film, on constate que dans ce script probablement conçu au début des années 90 par le jeune aspirant scénariste, on retrouve beaucoup, mais alors beaucoup de ses thèmes. La prépondérance des femmes, avec ici quatre figures de féminité, de la maternité carnassière (la Reine), à l'amazone fragile (La scène durant laquelle Hillard perd son amant est touchante), en passant par les deux bizarres: Call, le robot que certains mercenaires auraient bien mise dans leur lit, et bien sûr la Ripley-Alien, qui est au centre de toutes les interrogations. Elle a été au bout de l'enfer, et en est revenue, comme Buffy, ou Darla (Dans la série Angel). Et comme elles, elle est revenue... différente. une constante, là encore des personnages féminins de Whedon: Fred/Illyria, Cordelia Chase, Echo, Skye, River Tam... Mais ce qui frappe aujourd'hui, c'est à quel point Whedon avait en tête, des années avant, une équipée à la Firefly: un équipage de bras cassés revenus de tout, effectuant des livraisons légales ou illégales, dans un vaisseau cassé de partout et rafistolé, et tous rompus au maniement des armes. Bon, admettons quand même que Firefly est bien, bien meilleur, et de très loin, que ce film dans lequel une fois de plus un(e) héros/héroïne questionne son humanité, film sympathique, mais...