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29 octobre 2017 7 29 /10 /octobre /2017 09:39

Une société forcément futuriste puisqu'elle n'existe pas, un décor de cauchemar, et des intrigues pas forcément toujours claires; voilà en résumé un aperçu du deuxième film de Jeunet, qui signait encore, pour la dernière fois, "Jeunet et Caro"... S'il faut comparer ce long métrage à un autre film de Jeunet, ce ne sera pas en effectuant un parallèle avec Delicatessen (1991) ou Un long dimanche de fiançailles (2005) qu'on obtiendra quelque chose. Non, il faudra peut-être plutôt aller chercher, en amont, du côté du Bunker de la dernière rafale (1981) ou en aval, en se penchant sur le film mal-aimé, qui est du reste sa conséquence directe: Alien resurrection (1997)... Avec le moyen métrage, La cité... partage une intrigue sombre, et une société qui encourage des déviances ultra-droitières, comme cette secte/milice de cranes rasés qui se sont crevé les yeux; avec le Alien, ce film partage l'idée d'un monde poisseux, complexe, dans lequel on est constamment enfermé, que ce soit dans des vaisseaux, ou dans une ville sale et tentaculaire. Bref: un film qui tache.

Le monde dans lequel vivent les personnages de ce fil est une cité portuaire, un lieu sale et entièrement dédié, soit à la mer (Bars à matelots, donc, et filles de joie), soit au fait de s'en détourner (Foires, et distractions diverses). Est-ce après une guerre? S'agit-il de la partie "côtière" du monde post-apocalyptique de Delicatessen? On n'en saura rien, et ce n'est pas le sujet. Ce qui importe, c'est de constater que l'humanité fait ici ce qu'elle fera toujours, elle se recroqueville sur le chacun pour soi, et chacun devient une proie pour l'autre. Chacun vit dans le souvenir de sa splendeur (?) passée. Et des êtres inquiétants, les "cyclopes", rôdent. Dans un premier temps, ce sont des hommes qui entrent dans une secte en abandonnant leurs yeux, pour ne pas voir le monde abject qui est autour d'eux. Dans un deuxième temps, les "meilleurs" deviennent "cyclopes", en se dotant d'un oeil électronique...

One (Ron Perlman) est un costaud de foire, qui vit essentiellement pour subvenir aux besoins de celui qu'il appelle son "petit frère", qui répond au doux nom de Denrée (Joseph Lucien). Un enfant apparemment sans souci, et qui mange comme quatre... mais qui est enlevé. Pourquoi? Nous le saurons. Par qui? Eh bien, par ceux qui enlèvent les enfants: tous les jours, ils disparaissent par grappes. Et comme les parents ne sont pas toujours là pour les protéger, il est relativement facile de les kidnapper. Aidé d'une petite fille, Miette (Judith Vittet), qui mène une bande de petits voleurs, One va chercher son "petit frère"...

Pendant ce temps, celui-ci est amené sur une étrange plate-forme en pleine mer: un laboratoire délirant dans lequel un savant fou et génial a créé de nombreuses entités. Il s'est créé une femme (Mireille Mossé), mais celle-ci est trop petite. Il a créé un être d'une grande intelligence et d'une grande sensibilité, Irvin (Jean-Louis Trintignant), mais celui-ci, cerveau maintenu en vie dans un liquide nourricier, n'a pas de corps. Il a créé des clones, au nombre de six (Dominique Pinon, Dominique Pinon, Dominique Pinon, Dominique Pinon, Dominique Pinon, Dominique Pinon), qui ne sont pas très fins. Enfin, son chef d'oeuvre: un homme intelligent, doté de tous ses membres, complet, de la bonne taille... Mais il vieillit trop vite, et il est si réussi qu'il en ressent autrement plus cruellement ce qui lui manque: il ne rêve pas. Et cette dernière créature, Krank (Daniel Emilfork), a pris le contrôle de la plateforme, en chassant le créateur, et en mettant désormais tout ce petit monde baroque à son service, dans le but de lui créer les conditions du rêve. La dernière trouvaille de Krank, c'est donc de voler les enfants pour leur arracher leurs rêves...

Qu'est devenu le créateur? One retrouvera-t-il son "petit frère"? les enfants pourront-ils être sauvés? Voilà les questions essentielles posées par ce film, dont Jeunet et Caro ont élaboré l'univers dès le début des années 80, mais il leur a fallu plus de dix années pour accomplir le film. Et celui-ci, paradoxalement, a été rendu possible par la réalisation et la sortie d'un "plan B": Delicatessen, dont le succès certain a persuadé Claudie Ossard, la productrice du premier long métrage, de donner le feu vert à cette entreprise peu banale...

Côté face, un immense décor "physique" reconstitué dans un studio pour un tournage de plusieurs mois, et des prouesses à tous les étages: tourner avec des enfants, intégrer des images de synthèse et des techniques de pointe dans un décor physique, tourner avec des animaux, et de l'eau... un scénario qui multiplie les rebondissements qui sont autant de "chaînes" d'événements, un procédé qui plaît énormément à Jeunet. Bref, un film français d'une ambition rare, d'une réalisation maîtrisée, et qui s'exporte.

Côté pile, on a un budget certes faramineux, mais qui a tendance à se voir à l'écran, et ce n'est pas toujours une bonne nouvelle; une histoire contée autour d'un acteur qui est physiquement le rôle, mais qui parle peu et pourtant encore trop; des rebondissements trop appuyés dans lesquels on se perd parfois; des cauchemars qui prennent toute la place, et qui me font me poser la question: peut-on faire un film situé dans un monde inquiétant sans pour autant nous pousser en dehors? La réponse est oui: Metropolis, Blade Runner, Alien... Mais pas La cité des enfants perdus, hélas...

Car le film est souvent pris en flagrant délit de froideur, d'excès de zèle. Jeunet n'est pas Luc Besson, heureusement, mais là, il est quand même en permanence en train de faire la démonstration de son talent. Bien sûr, il est venu sur le tournage avec ses boîtes à gâteaux remplies d'objets en plastique moche des années 50, sa tendance au recyclage franco-franchouillard, mais ses nappes Vichy en formica sont constellées d'objets métalliques qui créent le malaise... bref, pour oser une formule à la con: trop de Caro tue le Jeunet.

Si La cité des enfants perdus fonctionne, c'est moins dans la création d'un univers cohérent (A trop ruminer leur film, les deux auteurs l'ont probablement vidé un peu de sa substance), plus dans l'anecdote. Alors là, oui, c'est du tout bon: la façon dont certains détails s'enchaînent, les "caractères", pour reprendre un mot hérité de l'anglais, sont formidables. Miette, incarnée par la fantastique Judith Vittet; Jean-Claude Dreyfus, de retour en vieux montreur de cirque consumé par l'opium; les deux soeurs siamoises du film, qui fricotent avec le mal (Geneviève Brunet, Odile Mallet), et connues collectivement sous le surnom de "la pieuvre". Des acteurs de Delicatessen reviennent, un peu (Ticky Holgado, Dominique Bettenfeld), beaucoup plus (François Hadji-Lazaro, Rufus, Dreyfus déjà mentionnés), voire multipliés par... sept (Dominique Pinon). Jeunet expérimente aussi pour la première fois avec certains acteurs qui reviendront, dont Ron Perlman, mais aussi Serge Merlin ("L'homme de verre" dans Amélie), qui joue le chef des Cyclopes. L'humour a droit de cité heureusement, malgré tout le poids dramatique de cette sombre histoire qui ressemble souvent à un cauchemar, et fournit les meilleurs moments d'un film qui aura plus de prestige que de succès. mais on constate que si La cité des enfants perdus a ouvert à Jeunet les portes d'Alien Resurrection (Le moins bon des films de la franchise, quoi qu'on dise), il a en revenant en France complètement redéfini son univers avec Amélie Poulain et Un long dimanche de fiançailles. Deux films qui doivent beaucoup plus à Delicatessen, et qui restent aujourd'hui ses deux meilleurs films, de loin. ...Et qui n'ont pus grand chose à voir avec ce film.

 

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Published by François Massarelli - dans Jean-Pierre Jeunet Science-fiction
18 octobre 2017 3 18 /10 /octobre /2017 14:33

Un homme rencontre une femme, à LA, et c'est immédiat: le coup de foudre, quoi. Ils sont jeunes, ils sont raisonnablement beaux, et tout va bien ou tout ira bien, sauf que leur rendez-vous décisif est gâché: monsieur (Anthony Edwards) doit passer prendre madame (Mare Winningham) à la sortie de son travail, et ensuite elle promet monts et merveilles, et pas du genre qu'on fait en public. C'est l'amour fou, mais... Monsieur fait une sieste et se réveille trop tard, elle rentre chez elle en pleurs, et il doit la contacter par tous les moyens. Par hasard, il décroche un téléphone qui sonne et apprend que la fin du monde est enclenchée, et qu'une pluie de missiles est en route vers Los Angeles. Il lui faut donc ne pas paniquer, prévenir la jeune femme, et fuir avec elle. Sauf que rien n'est facile dans un tel programme...

"Film miraculé", nous dit-on, suite à un message posté sur Facebook par Joe Dante, qui criait au chef d'oeuvre. Ressorti, restauré, on peut de nouveau voir ce film oublié... et rester perplexe. Oui, l'ide est bonne, et l'insistance pour faire d'Anthony Edwards (Un vrai monsieur-tout-le-monde, du coup) une sorte de prophète que personne n'écoute finit par agacer. Tout comme le jeu survolté de tous ces acteurs, qui eux croient à leur situation, mais ce n'est pas forcément le cas des spectateurs. L'ironie de cette ville dans laquelle finalement tout le monde ne roule que pour lui-même tombe souvent à plat, vous savez pourquoi? 

...La date: 1989. Ses costumes à épaulettes, ses cravates moches, ses coiffures "mulet", son body-building, la musique écoeurante de Tangerine Dream... Miracle mile est arrivé au mauvais moment. Vraiment. 

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Published by François Massarelli - dans Science-fiction
31 août 2017 4 31 /08 /août /2017 16:32

En 1950, on n'est encore jamais allé très loin en matière de science-fiction. La quasi-totalité des films du genre, si j'excepte les rares incursions européennes (Metropolis, Aelita, Die frau im Mond, Things to come) sont des serials fort peu glorieux. L'idée pourtant de passer le monde contemporain à la moulinette métaphorique est dans l'air: d'une part, la science-fiction vraiment démarre à cette période, et des films importants vont voir le jour, mais il y a aussi des essais plus ambitieux, et disons plus étranges, comme The next voice you hear, de William Wellman.

The day the earth stood still est à la croisée de ces chemins, étant d'une part le premier des grands films de science-fiction classique, et le premier film donc dans lequel la terre se prépare à recevoir une visite extra-terrestre; d'autre part, il est clairement un commentaire inquiet et métaphorique sur la situation du monde en 1950-1951: le retour des conflits "physiques" avec l'intervention en Corée, la montée de l'anti-communisme, la méfiance à l'égard des "autres"... Autant de sujets qui sont développés dans des éditoriaux en 1951... Et comme la Fox puisait plus d'un sujet de film dans les titres de journaux, ce film ne va pas faire autre chose.

On ne perd pas de temps, en cinq minutes, le film expose sans attendre le problème: un vaisseau extra-terrestre arrive à Washington, se pose, et un être mystérieux (Michael Rennie) en sort... La foule et l'armée, massées à attendre dans l'angoisse, sont prêts les uns à paniquer, les autres à tirer au moindre geste. Ce que fera un soldat qui aura mal interprété un mouvement de "l'homme de l'espace", accompagné de son immense robot métallique, Gort. Klaatu, l'extra-terrestre aux manières aimables, est amené à l'hôpital, où on l'observe sous toutes les coutures, pendant qu'il se remet de sa blessure en un clin d'oeil. Il s'avère qu'il est l'émissaire d'une civilisation "voisine" mais très avancée, et qu'il vient dans le but de parler à la terre entière. Mais les terriens s'avérant incapables de s'entendre sur le lieu où entrer en contact avec l'étranger, celui décide de leur fausser compagnie, et de mener sa mission malgré les humains. Et pour commencer, il s'installe sous une fausse identité dans une petite pension de famille, le meilleur moyen pour lui d'observer l'homme de la rue d'une part, mais aussi de se lier avec des terriens, en particulier la jeune veuve Helen Benson (Patricia Neal) et son fils Bobby...

Pendant ce temps, la presse, le public et les autorités des Etats-Unis, murés dans une incompréhension parfaitement idéologique, cherchent "l'homme de Mars", qu'ils soupçonnent de faire un mauvais coup: pensez, il s'est infiltré dans la société...

Ce film est remarquable, en tous points: d'une part, Robert Wise ne rate aucune scène, contourne tous les écueils, et profite d'un superbe script de Edmund North pour inventer le film noir de Science Fiction! La photo de Leo Tover est constamment dans la plus pure tradition des films noirs de la Fox, qui faisaient de l'or avec des bouts de ficelles. La musique de Bernard Herrmann est un autre atout du film: étrange, électronique, mais surtout parfaitement répartie, la musique est souvent là où on ne l'attend pas, et sert constamment le propos du film, qui rappelons-le ne tarde pas à adopter le point de vue de l'alien...

Et dans ce film qui montre comment un intrus avec de relativement bonnes intentions (Klaatu) vient, après tout, pour dire aux terriens que s'ils s'arrêtent de mettre l'univers en danger avec leur escalade de guerres, ils seront des amis des autres civilisations avancées) est systématiquement traité comme un danger par des Américains totalement paranoïaques. La chasse aux sorcières a déjà commencé, et elle est là sous nos yeux, qui s'étale au grand jour: dans la pension de famille, l'extra-terrestre entend une dame bien comme il faut commenter l'actualité en disant qu'à son avis, ce "martien" que tout le monde cherche vient en fait de notre terre, puis lance un oeil qui dit clairement "suivez mon regard"... Surtout tous les Américains, confrontés à un être infiniment supérieur, ne peuvent pas, ne veulent pas voir le monde différemment, et vont essayer de le faire entrer dans leurs schémas...

Oui, le film a la dent dure, mais il a aussi la métaphore hardie: au-delà de l'intrigue de science-fiction (qui permet d'ailleurs de splendides moments de suspense et d'angoisse, avec des effets spéciaux qui feront date), le script franchit aussi d'autres portes sans hésitation. Ainsi, le nom d'emprunt choisi par Klaatu au moment de se cacher dans la pension de famille, sera par le plus grand des hasards Carpenter, soit "charpentier"... Une façon d'avancer l'idée que si un être débarquait, en cette époque de l'atome et de la Guerre de Corée, dans un pays aussi religieux que les Etats-Unis, en rappelant qu'il est le dépositaire d'une autorité supérieure, et se présentait comme Jésus, il est fort probable qu'il se ferait tirer dessus... 

Remarquez, aujourd'hui aussi. Et jusqu'à ce que mort s'ensuive.

Les films du genre qui vont venir rentreront dans le rang, en prônant de "regarder le ciel", et de croire que l'invasion extérieure, qu'elle soit physique ou intellectuelle, ne peut qu'être inamicale! Ce qui fait de ce film un exemplaire presque unique. Et même sans cette charge métaphorique qui est subtilement appliquée, le film est un classique unique: les pieds fermement sur terre avec cette intrigue noire et à suspense, et la tête carrément dans les étoiles avec cette intrigue métaphorique inédite à l'époque, et dont la descendance force le respect... Et enfin, définitivement unique avec ses sons venus d'ailleurs!

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Published by François Massarelli - dans Science-fiction
26 août 2017 6 26 /08 /août /2017 09:17

Durant quinze minutes, le premier film de court métrage d'Albert Dupontel nous propose une vision d'avenir qui devrait faire sérieusement froid dans le dos, avec une thématique qui lui permet de franchir une des limites du cinéma, tout en s'amusant à tout casser. Pas de surprise quand on connait le personnage, et des thèmes qui résonnent encore dans son film Neuf mois ferme... Bien que celui-ci soit quand même nettement plus raisonnable!

Désiré nous montre un hôpital imaginé de 2050, dans lequel on attend la naissance de Désiré Jacquinot. La mère s'impatiente en mâchant du chewing-gum, le père est à la ramasse et caméscope tout, sauf l'événement, et les docteurs ont tellement confiance dans leur système ultra-moderne qu'ils ne vont à aucun moment s'intéresser à l'événement. Le système prévoit une heure d'extraction du bébé, une série de tâches mécanisées (Couper le cordon et cautériser la plaie, etc). Mais ces braves gens n'ont pas prévu un grain de sable: le bébé lui-même. Je ne sais pas si Désiré l'est vraiment, désiré, au vu du peu d'intérêt qu'on semble lui porter... Mais lui a envie d'y aller en tout cas. Cela dit, comme le fait qu'il prenne lui même les choses en main est totalement exclu du protocole, ça va être l'horreur...

Dupontel incarne lui-même le docteur en charge, et parmi les comédiens qui l'entourent, on reconnaît beaucoup de gens qui reviendront dans ses longs métrages. En marge de l'accouchement proprement dit, il nous montre un environnement dans lequel les humains sont devenus des imbéciles (Plus que maintenant, du moins), et en profite pour brosser le portrait d'un infirme, incarné par Michel Vuillermoz, qui va avoir une crise de jalousie terrible à l'égard de ce bébé: "Moi, quand ma mère a accouché, elle a cru qu'elle avait fait caca!"... La vision du futur de Dupontel, un futur mécanisé et dans lequel l'homme abandonne toute responsabilité, serait terrifiante s'il n'y avait cette accélération systématique du mouvement, provoquant moins le malaise qu'un effet burlesque, et qu'on retrouve jusque dans des films beaucoup plus récents. Mais le ton est délibérément à la provocation, en particulier par rapport à ce qu'on ne voit pas, mais qu'on entend à la fin du film, alors que le générique démarre: une réflexion du médecin sur le bébé, se posant la question suivante: "qu'est-ce que c'est, ce liquide rouge?".

Bref, punk, quoi.

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Published by François Massarelli - dans Comédie Science-fiction Albert Dupontel
21 août 2017 1 21 /08 /août /2017 09:09

Dans la pléthore des films et séries Marvel, je ne sais pas pour vous, mais j'avoue avoir de moins en moins de patience. Ce qui était une bonne idée sur la base d'un film par an, tourne à la fois à la mauvaise manie, et au chantage commercial: en substance, venez voir nos films et prenez des notes car sinon vous n'y comprendrez plus rien. Un film, quel que soit son contexte, et sa participation à une série ou un ensemble, doit tenir tout seul. Je réclame le droit de voir L'empire contre-attaque sans avoir vu Star Wars, sans être obligé d'aller voir Le Retour du Jedi... Ce qu'il est impossible de faire avec Avengers, age of Ultron, par exemple. Mais ça, les frères Russo l'ont semble-t-il bien compris, qui jettent ça et là des balises immédiatement compréhensibles, et du coup la narration du film est fluide. C'est un excellent point...

Pourtant ça commence (De mon point de vue du moins) assez mal: une scène de castagne et grosse baston, en pleine rue, à Lagos, qui vire à l'accident bête: les Avengers, déjà sous le feu des critiques, ont effectué une intervention avec dommages collatéraux... Ce qui nous amène dès le départ au thème principal du film: toute action a ses conséquences, alors vivre une vie de super-héros, ça laisse des traces. L'affaire "Ultron" a déjà fait des dégâts, mais Lagos est la goutte d'eau qui fait déborder le vase.

Les Nations-Unies posent un ultimatum aux Avengers, qui vont devoir passer sous contrôle, afin d'éviter toute conséquences de leur impulsivité. Le groupe est sérieusement divisé en deux factions, on devrait d'ailleurs dire trois: un certain nombre d'entre eux (Dont les particulièrement incontrôlables Bruce Banner et Thor) sont dans la nature... Les deux groupes qui sont en désaccord sur la proposition des politiques sont menés par une forte tête: autour de Tony Stark, qui regrette encore amèrement l'affaire Ultron dont il se sent responsable, les super-héros prêts à suivre les Nations-Unies sur leur proposition de contrôle. Autour de Captain America, ceux qui en revanche n'en attendent rien de bon...

Et les deux groupes vont se déchirer, suite à un attentat qui n'est rien d'autre qu'une manipulation: tout porte à croire qu'il a été perpétré par "Bucky" Barnes, un ancien ami du Captain, mais celui-ci en doute, et va se mettre dans l'illégalité en venant en aide à son ancien copain...

Voilà du nouveau, et plutôt intéressant: le Captain, anciennement le symbole du patriotisme à l'ancienne, celui qui ne pose pas de questions les yeux rivés sur la bannière étoilée, est désormais envahi par le doute. Et il va questionner ses valeurs... Sinon, le fait de mettre face à face pour une confrontation musclée mais jamais privée d'humour les deux personnages principaux, apporte beaucoup d'avantages au film, et en particulier une vraie lisibilité. Encore un bon point: chacun des deux camps va faire appel à des nouvelles recrues pour pallier à la division; si Captain America réussit à s'adjoindre les services de Scott Lang (Ant-Man), Tony Stark va lui former un jeûnot qui vit à New York chez sa tante, et s'est tricoté un costume dans le plus grand secret. C'est ainsi que Marvel lance le nouveau reboot de Spider-Man (Il y a tellement de reboots de Spider-man que chaque film semble être le premier). Ces deux apports fonctionnent à merveille...

Le film est entre les mains de deux metteurs en scènes qui savent doser l'action (Même si celle-ci, adaptée à cette ère de jeux vidéos, va décidément trop vite pour moi) et les autres scènes, gardent les acteurs (Y compris Downey, et ça il faut le faire, la diva ayant déjà fortement plombé les deux pires films du cycle) fermement sous contrôle, et réussissent à montrer intelligemment le thème principal. C'est d'ailleurs l'occasion en or de lancer Spider-man, dont toute la saga et toute l'ambiguïté du personnage repose précisément sur la même notion: les conséquences. Un super-héros met le monde qu'il veut sauver en danger (En sauvant Captain America, Wanda provoque une explosion d'un building et la mort de dizaines de personnes). Un super-héros n' pas le droit à la tranquillité (Clint Hawkeye doit abandonner sa retraite). Un super-héros n'a pas la possibilité d'une vie de famille (Spider-man demande à Tony Stark de laisser sa tante en dehors de sa vie)... Et tout le film passe, fluide, de fil en aiguille et de conséquence en conséquence. Pari réussi... Avant le prochain, car ces gens ne s'arrêtent jamais.

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Published by François Massarelli - dans Marvel Science-fiction
18 août 2017 5 18 /08 /août /2017 09:19

Dans l'espace, personne ne s'attend à ce qu'un vaisseau destiné à se rendre sur une planète lointaine, avec 2000 colons à bord et tout l'équipement nécessaire pour créer les conditions d'une vie durable, y parvienne. Pourquoi? Parce qu'Alien. C'est donc à ce scénario qu'on est confronté pour la nouvelle (Et troisième) incursion de Scott sur ce terrain.

Et Alien: Covenant est à la fois un prequel, et une suite. Situé 18 années avant les événements contenus dans le film Alien (1979), il commence un nouveau cycle qui va je suppose se charger de donner aux obsédés de la mythologie Alien des éléments de réponse, dont je pense qu'ils ne serviront d'ailleurs absolument à rien, quant aux questions nombreuses qu'on est supposés se poser sur les créatures dangereuses et leur raison d'être... Et il est aussi la suite plus ou moins directe de Prometheus.

Le prologue renvoie d'ailleurs explicitement à ce dernier: on voit Peter Weyland (Guy Pearce), jeune, qui discute lors de ses préparatifs de la mission Prometheus avec l'androïde qu'il vient de créer, David (Michael Fassbender). La conversation porte sur ce qui sera le sujet essentiel du film, la création, vue sous l'angle obsessionnel. On le sait quand on a vu Prometheus: c'est en effet la marotte de Weyland... Ca va devenir celle de David. 

Fast forward vers 2104: le Covenant, un vaisseau de la compagnie Weyland-Yutani est en route pour une planète lointaine afin d'y terraformer l'environnement, et d'y créer une colonie. L'équipage est composé d'une quinzaine de baroudeurs, hommes et femmes, qui quittent tout, et donc sont venus en couple. Sinon, le vaisseau contient 2000 colons et un nombre imposant d'embryons... Tout le monde est en pleine cryogénisation mais Mother, l'ordinateur de bord, réveille la troupe: il va y avoir un problème créé par une éruption stellaire, durant lequel des membres d'équipage vont être tués. Parmi eux, le capitaine de l'expédition (James Franco), compagnon du premier officier Daniels (Katherine Waterston)... C'est donc au second, Oram (Billy Crudup) que le commandement échoit. Et l'équipage, avant de retourner pour un sommeil de plusieurs années, reçoivent un message humain qui provient d'une planète toute proche... Oram décide, contre l'avis de Daniels, d'aller y faire un tour et d'en évaluer le potentiel, pour voit si on ne pourrait pas gagner plusieurs années de voyage dans l'espace... C'est une très mauvaise idée, mais elle fait partie de ces idées stupides qui font l'histoire de la science-fiction: "si je construisais un robot presque humain pour me venger de mon meilleur ami tout en faisant renaître la femme de ma vie?", "Ce monolithe nous pousse à aller aux confins de l'espace, allons-y", ou encore "Cette planète me semble épouvantablement hostile, je suis sûr qu'elle recèle des dangers hallucinants, donc allons-y"... Si les personnages de ces films ne commettaient pas ces erreurs funestes, on s'amuserait moins.

Et de toute façon, Daniels (qui est l'héroïne, ce qui maintient la tradition, de Ripley à Daniels en passant par Shaw) n'est pas celle qui peut prendre la décision. C'est donc avec sa désapprobation totale que le très hésitant commandant du vaisseau lance une expédition de reconnaissance sur la planète inconnue: dans l'espace, personne ne vous entend vous mordre les doigts...

Bien sur qu'il va y avoir des problèmes, qui font d'ailleurs écho à ceux du films Alien: arrêt imprévu, transmission inconnue, problèmes de leadership, exploration assortie d'infection par un organisme étranger, puis retour sur le vaisseau... Ca rappelle des souvenirs, mais les proportions ne sont pas les mêmes: l'épisode sur la planète occupe une large proportion de l'intrigue, et c'est là que les membres d'équipage vont rencontrer... David. Ce qui va créer un choc, en particulier pour Walter, qui est l'androïde de la mission Covenant: c'est un "petit frère" de David, avec une différence notable: le premier modèle était trop indépendant, et les nouveaux modèles ont été mis à jour afin de la ramener un peu moins... Quoi qu'il en soit, David est le seul "rescapé" de la mission Prometheus, et il vient au secours des membres de l'équipage du Covenant, qui ont fait la découverte, fatale pour certaine d'entre eux, d'une espèce animale qui s'infiltre par un contact entre un être vivant et des "oeufs" posés au sol, avant de "pondre" dans le corps, une bestiole qui se libère en tuant son hôte, puis massacre tout ce qui passe à sa portée. 

Je sais, la description qui précède était probablement inutile, mais... ce n'est pas la créature de Giger. C'était l'un des points les plus troublants du film Prometheus, qui justifiait sans doute le fait que le titre ne contenait pas le nom de la saga! Et d'ailleurs, le premier titre de travail de ce nouveau film était Prometheus 2... Justement, le film va éclaircir sur un certain nombre de points le lien entre Prometheus et Alien, en montrant le cheminement de ces aliens différents de ceux qu'on a connus depuis 1979, et la créature "finie". En installant une barrière à mon humble avis infranchissable entre Alien (Ridley Scott, 1979), et Aliens (James Cameron, 1985). Ca ne colle plus... Pour faire court, une réplique de David m'a mis la puce à l'oreille: "Ils sont en attente de mère"... Les aliens de ce film, des xénomorphes parfaitement formés, n'ont pas besoin de la "mère", ou de la "reine", cette créature imaginée par les concepteurs du film de Cameron, et qui était déjà incompatible avec certaines scènes contenues dans une première version abandonnée (Mais tournée, et même montrée dans une édition spéciale sortie en 2005 sur un DVD) du film de 1979. Est-ce à dire que Ridley Scott, revenu sur la franchise qu'il a créé en 1979, a décidé d'effacer les trois films qui suivront, et leur mythologie? Ce faisant il met aussi à mal le sien aussi.

Pourquoi pas? Ce n'est que du cinéma...

Et le film, comme Prometheus, parle de création, et on revient justement à la création de la créature, littéralement. Voulue, planifiée, orchestrée comme on crée un film. Une mise en abyme, donc, qui s'amuse même à égrener ça et là des allusions au film fondateur, non seulement dans sa structure mais aussi de façon plus explicite: des citations de la musique de Jerry Goldsmith, le petit oiseau en plastique qui orne la cuisine, et des dessins de Giger retrouvés dans les affaires de David. Mais si vous voulez mon avis, l'ingénieur Scott s'amuse aussi beaucoup à dézinguer toute tentation de sérieux derrière tout ça, tout en se choisissant une cible imposante: le Créateur avec un grand C! En voyant Peter Weyland qui frissonne de plaisir en observant la créature parfaite (et si blonde) interpréter du Wagner au piano, avec ce David qui contemple la providentielle arrivée d'humains qui vont enfin l'aider (malgré eux) à accomplir un projet démesuré, l'acte de création est ici moqué, et je pense qu'il faut pour y prendre tout le plaisir prévu, une bonne dose d'humour pour apprécier ce film. Ce n'est pas une critique en soi, loin de là...

Sinon, Scott s'est amusé, et a fait ce qu'il sait si bien faire: construire des univers jusque dans leurs moindres recoins, puis il a mis des gens en danger en faisant monter graduellement la sauce du suspense, dégagé les personnages inutiles, isolé celle qu'on doit suivre... Le film est 2017-compatible, c'est à dire qu'il va vite (Très, trop vite même parfois), qu'il frappe fort, et qu'il doit apparaître à son consommateur moyen comme un produit de consommation courante... Mais il est un peu plus, donc. Si je pense que c'est une erreur de vouloir donner aux fans de la franchise des solutions qui n'auront pour seul effet que de rendre caduques les merveilleuses questions sans réponse qui font justement le sel du premier film, au moins Scott se réaffirme-t-il en créateur en chef de ces histoires de bestiole qui fait peur, en s'amusant comme il ne l'avait encore jamais fait, à explorer toutes les combinaisons de scènes terrifiantes: dans un champ de blé, sur une planète, et dans une douche. Bref, il s'amuse. Et nous aussi, alors... Peu importe finalement que ce nouveau film ne puisse nous fournir qu'une fraction du plaisir du premier film, qui reste et restera longtemps ce qu'il est.

 

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Published by François Massarelli - dans Ridley Scott Science-fiction
5 juin 2017 1 05 /06 /juin /2017 19:10

Après le grand bruit généré par la sortie de ce film au printemps 2014, on constate quand même que tout ça pour ça... Qu'il est loin le temps où Singer faisait oeuvre de révolutionnaire en osant prendre de front le mythe aussi plastique que thématique des X-men, les rebelles et résistants en skaï jaune fluo, et redonnait des lettres de noblesse à une saga de super-héros au premier degré. Il fait écho à son premier film ici avec un début qui rappelle l'allusion aux camps d'extermination, pour tomber ensuite dans le tout-venant: des effets spéciaux, des voyages dans le temps et des mutants qui ne servent pas à grand chose, si ce n'est à apparaitre deux minutes voire moins, faire leur show, et puis s'en vont. La concurrence musclée avec les autres Marvel (Ceux sui sont sous l'écurie Disney) tourne au ridicule, mais de toute façon, en matière de scénario bien ficelé, de personnages qui flirtent avec le second degré et même, pardon Bryan, de mise en scène (Il baisse le gamin, il commence à ressembler à Luc Besson), la lutte est inégale. Singer en fait trop, ou pas assez, son premier degré finit par virer au ridicule, et encore une fois, Hugh Jackman est caricatural. C'est dommage, mais décidément X-Men, c'est gentil, mais on ne fera sans doute pas mieux que X2 (Singer) et First class (De Matthew Vaughn, le jeune prodige qui monte)... 

Et puis l'intrigue avec voyage dans le temps dans laquelle tout est bien propre, bien rangé, c'est pas bien ça: un film avec voyage dans le temps, c'est fait pour donner mal à la tête! Pour compliquer le tout mais pas le paradoxe temporel hélas, Singer, qui a si souvent dit qu'il ne ferait jamais de director's cut, vient d'ajouter une nouvelle version, pas beaucoup plus convaincante, à ce qui reste un film de transition. Un peu plus de liberté, certaines scènes incontournables (La scène mythique dans la cuisine, par exemple) et bien sur les moments hautement ridicules durant lesquels Halle Berry, en pose super-héros, déclenche la tempête de la mort qui tue... Basiquement, c'est le même film. Bon, on l'aura sans doute assez vite oublié, hein!

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Published by François Massarelli - dans Science-fiction
15 mai 2017 1 15 /05 /mai /2017 11:59

Tout à une fin, dit-on souvent. On est tenté, devant ce film qui nous prend par surprise par la nostalgie et même par l'embarras, de dire aussi que tout a un début. On assiste, avec ce film qui était à l'origine à peine plus qu'un modeste divertissement de samedi soir dans l'esprit de ceux qui l'ont promu, à la naissance d'un mythe, d'une saga cinématographique et d'un cinéaste. Concernant ce dernier, James Cameron, il convient sans doute de rappeler qu'il est dans le circuit depuis quelques années au moment ou ce film sort, ayant assisté John Carpenter (New York 1997) et même tourné un long métrage pour la galaxie Corman (Le très embarrassant Piranhas 2, the last spawn). Bref, il a fait ses classes... Mais The terminator, c'est son premier film personnel, imaginé, écrit et dirigé par lui.

Faut-il raconter l'histoire? The Terminator nous explique omment un jour de 1985, un cyborg venu du futur, très rapidement suivi par un homme, son ennemi, se mettent dans le L.A. qui est le passé pour eux, à chercher Sarah Connor, la future mère du futur chef de la résistance aux robots, l'un pour la tuer (Et empêcher toute rebellion par voie de conséquence), et l'autre pour la prévenir, la protéger, voire la sauver au péril de sa vie. et plus si affinités... Le robot, c'est un Terminator, une machine qui a tout de l'humain sauf les sentiments et la fragilité (Arnold Schwarzenegger), et c'est le mythe qui naît dans ce film, que Cameron fera fructifier et rendra définitivement immortel avec un autre film... Mais n'anticipons pas.

L'histoire est simplissime, réellement, sans autre enjeu que la survie basique, pure et dure, de son héroïne, qui doit à la fois courir, survivre et apprendre à vivre avec la menace permanente qui pèse sur elle, alors qu'elle n'est pour rien dans ce que lui reproche cette société du futur qui se dessine. mais le film est décidément du Cameron typique, à savoir qu'il s'agit pour le metteur en scène d'explorer l'interpénétration de deux mondes situés à deux époques différentes, en se situant à leur point d'impact exact: la tentative d'imposer une colonie dans l'espace (Aliens), la rencontre sous-marine du troisième type (The Abyss), et l'aventure du Titanic ne seront pas autre chose. Mais il y a aussi une thématique souvent présente, le metteur en scène étant fasciné par les machines comme étant une extension de l'humain. Le Terminator, mais ausi les armes et tous les procédés de survie au jour le jour manipulés par Kyle Reese (Bill Paxton) en montrent des exemples.

Maintenant, j'avais parlé d'embarras au début: il faut qund même reconnaître qu'en choisissant de montrer Sarah Connor en jeune femme bien de son temps, le metteur en scène n'a pas eu le nez creux... On a donc droit à l'esthétique dégueulasse, la mode infecte, la musique vomitive et surtout, surtout, la coiffure caniche de Linda Hamilton.

...Ouch!

Mais que cela ne nous fasse pas bouder notre plaisir devant ce qui reste une aventure très efficace, qui n'a sans doute pas coûté grand chose, mais qui fait son petit effet...

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Published by François Massarelli - dans James Cameron Science-fiction
13 avril 2017 4 13 /04 /avril /2017 09:54

Le docteur Louise Banks, linguiste de renom, est un personnage solitaire; elle enseigne à l'université et vit isolée dans une volonté évidente de repli sur elle-même... Au début du film, on nous montre le plus grand drame de sa vie: comment sa fille, qu'elle a fini par élever seule, a souffert d'un cancer inopérable, et comment elle l'a accompagnée jusqu'à la mort. Mais l'intrigue principale de Arrival reste bien sûr ce qui se passe à partir du moment où Louise Banks, aux côtés du scientifique Ian Donnelly, est appelée par l'armée Américaine pour participer à une aventure hors du commun que vit désormais l'humanité entière: 12 vaisseaux extra-terrestres se sont en effet installés sur terre, à douze endroits différents, et elle doit entrer en contact avec ceux qui sont stationnés dans le Montana, pour décoder leur langage et entrer en communication avec eux... Mais surtout, elle doit permettre à son gouvernement de faire le bon choix: l'arrivée des extra-terrestres est-elle invasion ou visite de courtoisie? Faut-il répondre militairement ou diplomatiquement?

C'est elle, interprétée par Amy Adams, qui est le personnage central d'un nouveau film de Denis Villeneuve, qui comme souvent nous manipule en nous faisant intervenir contre notre gré dans sa mise en scène... Et cette fois-ci, c'est à la science-fiction qu'il fait appel, pour une intrigue qui sonde deux aspects de l'humanité: le pouvoir du langage (Pas celui de la communication) d'une part, et le choix d'un humain d'autre part. Ce dernier thème est déjà au coeur de bien des films du réalisateur qui nous a montré des êtres face à plusieurs dilemmes: dans Maelstrom, Polytechnique, Incendies, Prisoners, Enemy, Sicario, invariablement les personnages sont dotés de ce libre-arbitre, et les circonstances du choix deviennent l'enjeu principal du film. Mais dans toutes ces oeuvres, le metteur en scène s'est plu à nous embrouiller, notamment en jouant sur la chronologie... Le meilleur exemple de cette tendance est sans doute Enemy, dont les lectures multiples aujourd'hui n'ont pas encore épuisé son capital d'étrangeté.

Ce sera plus simple avec ce film, qui obéit à certains codes de la science-fiction, en nous laissant en particulier appréhender ce qui est toujours un facteur de frisson inégalable, à savoir une nouvelle confrontation avec une civilisation inconnue, sous l'angle non de la guerre, mais plutôt de la rencontre: plutôt Spielberg, donc, que Michael Bay. De quoi se tourner vers ce film avec toute la bienveillance dont nous pouvons être capable, donc... Même si une fois de plus c'est un leurre... Vous ne croyez quand même pas que ce film nous parle vraiment de la marche à suivre au moment de rencontrer les aliens, non?

Et c'est un professeur de langue qui s'adresse désormais à son lecteur: ce film nous parle donc, en le comparant au pouvoir de la science (certes immense), au pouvoir de la science militaire (trop important si vous voulez mon avis), voire au pouvoir de la diplomatie, du pouvoir du langage tout simplement. Un petit bout de bonne femme tient tête à une junte militaire armée jusqu'aux dents (commandée par Forrest Whitaker, un revenant: il est excellent), à un scientifique un peu railleur et dragueur, qui se moque gentiment de la linguiste timide, avant de tenter de la séduire (Jeremy Renner), puis à l'humanité toute entière. Et celle-ci contient en particulier un général Chinois un peu pressé de la gâchette, et elle va expliquer à tout ce monde qu'avant de précipiter quoi que ce soit, et avant de poser n'importe quelle question, il convient d'établir tout ce qui doit être établi: comment pose-t-on une question? A quoi doit-on la reconnaître? Quels sont les sens de chaque item de la question, et comment puis-je les faire passer, car leur compréhension est indispensable au bon déroulement du message. Elle leur fait donc la leçon: pour communiquer, et avant de tirer dans tous les sens à tort et à travers, il convient d'éduquer au langage, de le rendre aussi limpide que possible, et là seulement on pourra communiquer. Bien évidemment, le temps presse, car non seulement l'armée dans la plupart des pays a la gâchette qui démange, mais les populations sont au bord du chaos devant ce qu'elles considèrent comme un risque majeur: toujours cette peur de l'autre...

Le film sera donc assez statique, entièrement ou presque situé au milieu de ce champ du Montana au-dessus-duquel un vaisseau oblong stationne, comme suspendu, et dans des rencontres passionnantes, entre une linguiste, un scientifique fasciné, des militaires éberlués, et deux extra-terrestres nimbés de brume, que les humains ne vont pas tarder à appeler Abbott et Costello! A ce titre, le film passe par une esthétique à la fois jamais vue, et classique, sans rien forcer en terme de morphologie des aliens, et en les rendant jamais trop visibles, deux règles parfaitement indispensables à mon sens. Donc Arrival se pare d'une poésie de science-fiction qui fait merveille, d'un suspense plutôt bien mené.

...et nous mène, bien sûr, en bateau. Ce que, je le dis et le répète, Villeneuve fait systématiquement, et le fait bien car c'est justement le but de ses films. Mais voyez Arrival, traduit si vous voulez mon avis de manière malencontreuse en "Premier contact". Et là, je ne peux absolument pas en dire plus, surtout que j'en ai déjà, certainement, trop dit.

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Published by François Massarelli - dans Denis Villeneuve Science-fiction
2 avril 2017 7 02 /04 /avril /2017 22:55

1979: une bande d'ados Américains, de vrais nerds, tournent un film en super 8... Et sont témoins d'un accident spectaculaire. Mais ce qu'ils ne savent pas c'est qu'au beau milieu de cet accident, il ont aussi assisté sans le savoir à l'évasion d'un extra-terrestre, qui n'a qu'une envie: rentrer chez lui. Mais l'armée, faite d'uniforme, de mous du cerveau (c'est l'armée, donc pas de surprises de ce côté-là) et d'ordres secrets et fumeux, va tout faire pour que ça tourne à la grosse catastrophe...

Le nom de Spielberg en lettres aussi grosses que celui du réalisateur-scénariste-manitou, c'est une touche d'autant moins subtile que Tonton Steven est partout. Pas en tant que producteur ni réalisateur ou quoi que ce soit, non. Ce film est un "à la manière de" tellement réussi qu'on pardonnerait presque la horde de geeks qui n'y connaissent rien qui vont illico attribuer ce joli film au barde barbu de Cincinnati. Sinon, au-delà, je pense que les trente premières minutes sont le meilleur moment: comme d'habitude, mettez un mystère, c'est magnifique, commencez à l'expliquer, tout le monde s'en fout. Abrams devrait le savoir, il a été impliqué dans Lost, cette gigantesque escroquerie.

Mais là, que voulez-vous, c'est tellement réussi, et le film fait merveille à dérouler avec classe le bon vieux suspense à l'ancienne, avec un art de montrer ET de ne pas montrer: c'est un plaisir. Tout sent la madeleine dans ce film situé en 1979 de A jusqu'à Z, à commencer d'ailleurs par la pulsation si empreinte d'une totale et réjouissante absence de subtilité du batteur Bev Bevan, lançant l'introduction de Don't bring me down de ELO... Le script emprunte intelligemment à E.T. et chacun y retrouvera des souvenirs, des vrais d'une part, et des souvenirs de cinéma d'autre part, dans un film qui donne l'impression d'avoir été intégralement tourné à l'ancienne: le montage, les lumières, le ton des acteurs, la teneur même du dialogue, les préoccupations de ces jeunes gens... C'est diabolique.

Et tous ces gens se comportent d'ailleurs en héros Spielbergiens: ils regardent, et certains d'entre eux voient. Tout passe par le regard et par l'optique dans ce film d'un réalisateur qui a révisé ses classiques (et n'a pas oublié de copier certains défauts optiques de ses films-modèles, comme par exemple cette insistante manie des lumières bleutées à baver, tellement présente qu'Abrams en fait la dernière image de son film...

...Et le grand sujet c'est bien sûr le cinéma, alors avec ces ados qui sont obsédés par le tournage d'une épopée en super 8, et qui vont expérimenter pour de vrai le frisson de capter l'impossible sur leur petite caméra, on est en plein dans une sorte de définition absolue du plaisir cinématographique comme étant un substitut de l'air que l'on respire. 

 

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Published by François Massarelli - dans JJ Abrams Science-fiction