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Evacuons de suite les rumeurs: quand Steven Spielberg a réalisé son troisième long métrage, Close encounters of the third kind, il y a intégré ce qui est probablement un fantasme personnel, à travers l'idée d'une rencontre entre l'homme et d'autres êtres. Une sorte de cerise sur le gâteau des trente glorieuses, cette période dorée et insouciante (malgré les horreurs qui se déroulaient quotidiennement), l'idée que nous ne soyions pas seuls, qui franchement semblait pouvoir nous élever... Disclosure day est bien différent. D'une certaine manière, The war of the worlds, le troisième long métrage dans lequel Spielberg (en 2005) s'est intéressé à ces "rencontres", a plus ou moins soldé cette expérience de l'homme face à d'autres mondes en servant de métaphore sombre et pessimiste (jusqu'à un certain point) de l'état de l'humanité après le 11 septembre. Avec ce nouveau film, la logique est semblable: "le film d'aliens", d'ailleurs des aliens souvent discutés mais pas si présents dans le film, est à nouveau un prétexte pour parler d'autre chose... Et bien sûr il s'agit du monde dans lequel nous vivons.
Alors qu'une troisième guerre mondiale est imminente, deux personnes vont voir leur destin bouleversé. L'un parce qu'il l'a voulu: Daniel Keller (Josh O'Connor), un petit génie de l'informatique, a dérobé des secrets sensibles d'une agence plus ou moins gouvernementale, la Wardex: des films et autres fichiers qui prouvent les relations compliquées entretenues par des gouvernements Américains avec une intelligence extérieure, et la façon dont les militaires Américains ont procédé en secret à des expériences atroces sur les êtres vivants. Avec des troupes armées jusqu'aux dents, il fuit Noah Scanlon (Colin Firth), le directeur de l'agence. Avec Jane (Eve Hewson), sa petite amie, qui découvre son implication au fur et mesure, il tente de rejoindre Hugo Wakefield (Colman Domingo), un autre transfuge de la Wardex qui organise sa fuite à distance.
Parallèlement, à Kansas City (Missouri), une présentatrice de la météo d'une chaîne de télévision locale, Margaret Faichild (Emily Blunt), développe soudain des facultés linguistiques inattendues (elle parle et comprend le Coréen et le Russe, deux langues qu'elle n'a jamais pratiquées) suite à une rencontre avec un oiseau, un cardinal qui s'est introduit dans son appartement... Arrivée en retard à son travail, elle interrompt soudainement son bulletin météorologique pour parler dans une langue que personne ne comprend...
Sauf Daniel Keller, auquel Hugo Wakefield a transmis la vidéo. Désormais, les rebelles autour de Wakefield tentent non seulement d'organiser la fuite de daniel, mais aussi de permettre à Margaret de les rejoindre...
La forme est classique, et le film adopte sans sourciller une narration linéaire. Ce qui ne l'empêche pas de commencer de façon surprenante par des images d'une violence rare et surprenante: la caméra nous transmet en effet le point de vue d'un lutteur qui se prend des coups de pieds au visage sur un ring... Sans aucune mise en contexte préalable, c'est inattendu, mais non dénué d'ironie... Le fait est qe cette vision d'un ring sur lequel deux montagnes de muscles probablement mous du cerveau s'affrontent est en réalité le théâtre des opérations de la Wardex, qui vont tenter de mettre la main sur Daniel Keller réfugié dans le public. Oui, le film commence de façon très dynamique, et Spielberg va utiliser le temps mis à sa disposition pour installer les choses à savoir sur les personnages au fur et à mesure de l'action plutôt que de passer du temps sur une quelconque exposition. Un choix payant, qui donne aux vingt premières minutes une efficacité sans pareille. Et ce parti-pris est également adopté sur les séquences qui nous présentent Emily Blunt, avec cependant beaucoup plus d'humour: une bonne idée, du reste... Le personnage n'est pas a priori une personne des plus remarquables, une jeune journaliste de télévision, licenciée en communication, qui fait ce qu'il faut pour monter les échelons, car clairement elle n'entend pas rester au même poste toute sa vie: donc elle met des robes, des talons hauts, l'uniforme de son métier... Un uniforme qu'elle abandonnera assez facilement quand elle aussi aura rejoint la fuite vers l'inconnu des anciens de la Wardex.
Ces notations vestimentaires n'ont rien de gratuit: bien plus qu'un commentaire sur le formatage de la météo, c'est un symptôme d'une certaine façon d'objectiviser les femmes, médiatiquement, qui est assez proche de ce que certains gouvernements font, notamment celui des Etats-Unis: en choisissant une femme comme personnage principal, Spielberg sait parfaitement ce qu'il fait. Et il le fait à l'encontre des salopards de la pire espèce qui ont humilié Bryce Dallas Howard dans Jurassic World, idiote en talons hauts qui servait de potiche à des hommes musclés et rompus à l'action. Non, ici, l'action est fournie par des gens qui n'ont pas de muscles à revendre, et par une femme en baskets qui soudain développe des facultés cognitives hors normes.
Un film de Spielberg, même Schindler's list, Amistad ou Munich, c'est aussi, certains diront même surtout, un enchaînement dynamique et rigoureux de séquences mémorables. Parfois au détriment de l'unité du tout (je pense à son dernier Indiana Jones, The Kingdom of the crystal skull), mais ce n'est pas le cas ici. Les séquences parfois spectaculaires, de poursuite ou de fuite, et une nouvelle scène de train à couper le souffle, nous fédèrent autour de ces personnages qui fuient eux-mêmes sans forcément trop savoir (Eve Hewson, Emily Blunt) où ils/elles vont. Spielberg étant un des plus grands metteurs en scène pour ce genre de scène, on ne s'en plaindra évidemment pas... Et depuis que The Fabelmans nous a éclairés sur le rôle qu'a joué la vision de l'accident de train dans le premier film vu par le jeune Steven, The greatest show on earth (Cecil B. DeMille), on s'attend effectivement à ce que le cinéaste s'adonne à son péché mignon... Donc si message il y a, ce n'est pas au détriment des plaisirs du cinéma...
Le "message", donc... Car oui, un rappel: Spielberg, comme tant de cinéastes, ades choses à dire. Et il a un métier autant qu'un savoir-faire qui lui permettent de le dire d'une façon constamment intéressante, un luxe dont il ne s'est jamais privé. Sans véritable étonnement de ma part, on parcourt internet pour constater que les gens sont passés à côté du sens de ce qui leur est montré, ainsi bien sûr que de sa fin. En notre époque de consommation bêtement matérielle, les gens n'aiment pas les fins ouvertes: ils sont service ici, car ces 2h25 mènent à une conclusion brutale, inachevée et ouverte sur l'infini... Une manière de situer le film dans l'actualité, en quelque sorte. Car ce film qui prend prétexte de montrer l'humanité réaliser les exactions d'un gouvernement sur des êtres vivants, ne parle pas des extra-terrestres. Ils sont vus, oui, mais pas beaucoup.
Trop, d'ailleurs, si vous voulez mon avis, la fin semblant presque se vautrer dans l'utilisation de leur présence pour réaliser un vieux fantasme de quelques imbéciles qui se seront peut-être plaints dans une vidéo Youtube que Close encounters soit nul parce qu'on n'y voyait jamais les aliens... Il faudrait ne jamais écouter les imbéciles: ces scènes sont les pires de ce nouveau film!
Mais le propos, ici, est simple: nous avons perdu notre faculté à cimmuniquer parce que nous ne savons plus écouter (le dernier mot du film? Si vous lisez encore, sachez-le: c'est "Listen"); et les mensonges des gouvernements, d'un en particulier, se sont installés d'autant mieux que les gens sont coincés dans leur logique, leur absence de communication, leurs routines (Emily Blunt arrivant à son travail a des obligations professionnelles qui passent par le maquillage et les talons hauts, je le disais tout à l'heure), l'enfouissement de leurs expériences passées aussi: je pense d'ailleurs que ce dernier point est l'un des plus faibles du film, qui établit de façon assez floue un lien qui ne sera jamais totalement palpable entre Daniel et Margaret, et qui provient de leur enfance... Un prétexte à utiliser des images oniriques (Cerf, renard, raton-laveur) qui certes font très joli dans une bande-annonce, mais qui restent difficiles à décrypter!
Le film n'en est pas moins intéressant sur sa foi xprimée, réitérée, non seulement en l'humanité (Colin Firth, en professionnel des coups fourrés à la sauce barbouze, sera le premier à déposer les armes le moment venu), mais aussi en les médias, un corps constitué qui est attaqué, diabolisé, mis à mal par les apprentis dictateurs du monde entier, le plus connu et le plus emblématique de tous ayant aussi une fâcheuse tendance à vouloir étouffer les secrets et dissimuler les fichiers. Je suppose que ce n'est pas totalement un hasard, Spielberg éyant à plus d'une reprise pris ses distances avec Mar-a-lago. Ici, les médias, dans une scène impressionnante (et un poil trop démonstrative) jouent un rôle positif... Et je parle des médias, des vrais, des télévisions en particulier et de eur faculté à propager, pour peu qu'on leur en donne la possibilité, la vérité. Spielberg nous présente aussi, de façon intéressante, à travers un personnage qui a tout pour n'être que secondaire, une autre option: celle de la foi Le terme est galvaudé, mais peut servir de multples façons... Jane, la petite amie de Keller, ne sait rien au départ, et va devoir se faire une raison, se mettre ou non au diapason des activités de l'himme qu'elle aime, ou le lâcher et passer à autre chose. Elle est catholique, ancienne novice, et a gardé des contacts avec une congrégation religieuse, autant de points qui à un moment lui feront choisir la bonne marche à suivre. Ce choix basé sur la foi, on peut le rapprocher des choix faits aux pires moments pas tant de héros de Spielberg, à commencer ien sûr par Roy et Jilian dans Close encounters of the third kind, les deux héros malgré eux, précipités dans une quête qu'ils ne comprennent pas vraiment, mais dont ils savent qu'ils ont raison.
Bon, on l'aura compris, ce nouveau film n'est pas, sans doute, le meilleur de son auteur. Il n'a plus rien à prouver, sinon aux imbéciles qui ont la mémoire courte, donc à ce niveau on est tranquilles... Mais il prouve au moins qu'il n'a pas pour autant rangé son culot, et s'il débouche sur un film au moins assez réussi, qui propose quelques séquences mémorables, et nous attache à des personnages tout en réaffirmant sa foi en l'humanité, on ne peut que s'en satisfaire.
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C'est sûr, il ne s'arrête jamais; comme Roald Dahl lui-même ne s'arrêtait jamais, faisant en permanence un passage entre les siècles par une oeuvre féconde et sans limites dans son imagination, et permettant aussi un passage entre le monde de la fiction pour les enfants et celle, plus codifiée et nettement moins permissive, des adultes... Et c'est là un autre paradoxe entre le Gallois et l'Américain: leurs oeuvres transcendent les limites d'âge, et avec eux on en prend pour une vie entière. Raison de plus pour accueillir un nouveau film de Spielberg comme une nouvelle compagnie indispensable. De prime abord, ce qui peut éventuellement gêner, c'est d'ordre esthétique: ce film qui invente un monde repose donc sur les effets numériques et l'animation 3D... Et ces derniers temps, l'animation 3D, elle ne s'arrange pas! Pourtant on échappe largement au désastre ici, avec une esthétique qui réussit à la fois à rendre hommage à Quentin Blake, sans chercher à l'adapter au réalisme graphique en vigueur. C'est une réussite.../image%2F0994617%2F20230818%2Fob_b3b4cc_01bfg-superjumbo-v2.jpg)
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War Horse appartient à la veine épique de Spielberg, celle qu'il a inauguré avec The color purple en 1985, et qui a produit des films souvent mal accueillis (Empire of the sun), parfois avec raison (Amistad), mais aussi des triomphes justifiés (Schindler's list, Saving Private Ryan). Depuis Munich, on avait le sentiment que cette facette du metteur en scène était en sommeil, d'autant que son grand projet sur Lincoln semblait ne jamais devoir aboutir... Et puis comme d'habitude tout a été très vite: spielberg a vu la pièce tirée du roman de Michael Morpugo, Dreamworks s'est saisi du film, Spielberg a travaillé en collaboration avec Richard Curtis, réalisateur mais surtout scénariste Anglais. Le travail avec Curtis a poussé Spielberg à ne pas se contenter de la casquette de producteur, et il est donc devenu le réalisateur, d'autant que le travail d'animation sur The adventures ofTintin le contraignait à attendre. Comme à son habitude, le metteur en scène a fait en sorte que les choses se fassent en grand, et très vite.
fils Albert (Jeremy Irvine) et sa complicité avec le cheval qu'il a nommé Joey vont accomplir un miracle. Mais ce miracle est de courte durée, la malchance et la météo ayant finalement raison des récoltes. La guerre arive et le père décide de revendre Joey à l'armée. Albert se jure de le retrouver...
Puis Joey se retrouve pendant quelques temps dans une petite maison Française, à coté d'un moulin, recueilli en compagnie d'un autre cheval par un homme seul (Niels Arestrup) avec sa petite fille, Emilie (Céline Buckens). Joey et cette dernière auront une complicité proche de celle avec Albert; le cheval est de nouveau récupéré par l'Armée Allemande, en position de plus en plus difficile, et en 1918, le cheval et Albert, désormais engagé, sont à quelques mètres l'un de l'autre...
semaines. L'attaque, magnifiquement orchestrée, se déroule comme prévue, avec des plans superbes qui renvoient au viol de la nature par l'armée dans les films de Malick, des cavaliers qui piétient un champ. Les chevaux se voient à peine. La caméra adopte le plus souvent deux points de vue: celui des Allemands que l'attaque surprend d'une part, et un mouvement de droite à gauche (C'est à dire le mouvement le plus souvent des antagonistes), ce qui fait effectivement des Anglais les agresseurs. Mais le mouvement de fuite des fantassins sou la puissance de la charge s'arrête... sur une mitrailleuse; et à partir de là, le processus s'inverse, et les cavaliers Anglais sont décimés. Ils avaient tort: les Allemands ont anticipé, ils ont tout simplement réfléchi, et contrairement aux cavaliers Anglais, qui vivent toujours au XIX' siècle, ...ils ont évolué. D'une manière générale, Spielberg évite le piège de la prise de parti, et nous montre les souffrances des deux cotés.