Le loup et les trois petits cochons, révisés dans l'optique de la propagande anti-nazie, avec comme mission de faire vendre des bons de la défense, ça valait bien un film qui dépasse un peu le cadre habituel des productions MGM. Il fallait vraiment croire en Tex Avery pour lui laisser faire ce qu'il voulait avec ce film, qui se situe d'emblée bien au-dessus de la production patriotique d'alors, que ce soit chez Disney (Der Fuerher's face) ou chez Warner (Confessions of a nutzi spy). Car avec Blitz Wolf, Tex Avery ne force rien, ne change rien à son univers ni à sa méthode, en profitant même pour raffiner des gags géniaux qui trouvent ici leur expression définitive...
Des exemples? La façon dont Avery démultiplie l'approche de Hitler (représenté bien sûr en loup) en le montrant aux commandes d'une machine qui va souffler (huff and puff, les deux verbes qui sont des clichés du conte dans sa version Anglaise), ou encore le fait que le loup, visé par des multitudes de balles, prétend ne pas avoir été touché alors qu'il laisse filtrer la lumière...
Et puis l'animation est belle, fluide, ronde et d'une immense qualité, rien à voir avec ce qu'elle deviendra en moins de dix ans, officiellement pour évoluer avec son temps mais en réalité pour économiser du temps: Blitz Wolf est un manifeste spectaculaire du talent de Tex Avery et de son équipe à leurs débuts à la MGM, et en prime on y parle des nazis comme il doit en être fait mention. Aujourd'hui ce serait impossible de faire un tel film, parce que les fascistes, on les invite à la télévision, et on les édite même chez Albin Michel!
C'est a priori le premier film MGM de Tex Avery, éclipsé par le deuxième, sorti avant: ces deux films sont d'ailleurs d'une durée bien supérieure à la normale, puisque Blitz Wolf dépasse 9 mn, et celui-ci les atteint presque...
C'est un ensemble de situations entre un oiseau, un ver et un chat: autant dire le tout-venant du dessin animé tel qu'il était pratiqué aussi bien chez Disney que chez Warner. Donc dès le départ, Avery affiche aussi bien son style que ses envies et ambitions: situer dans le terrain de jeu des animateurs de tous bords un combat entre la rationalité d'une narration liée au conte, et une furieuse envie de dynamiter les limites narrative et le bon goût... Tout en se livrant à un commentaire permanent sur le cinéma, par exemple il est ici fait allusion à un film MGM qui s'appellerait Mrs Minimum...
Mais au vu de Blitz Wolf on comprendra aisément qu'il soit plus célèbre que celui-ci et que leurs sorties aient été interverties...
Tout en étant un remake partiel de Porky's duck hunt, ce court métrage en couleurs (d'ailleurs splendides), fait donc partie de la série "merrie melodies", à laquelle Avery était préposé en priorité. Parodie de la série Disney Silly Symphonies, on y tournait autour de la musique, e qui explique ici le recours à une chanson entonnée par Daffy Duck: The merry-go-round broke down, qui date de la même année, deviendra plus tard le thème obligé des dessins animés Warner.
On voit comment, dès le départ, Avery fait se mesurer les deux héros sur l'autel de la folie pure, puisqu'il les fait sortir de deux coquilles de noix avant de s'affronter... Le film est aussi une variation sur le thème de la chasse, ce qui me permet de faire une transition osée: en effet, Egghead est la première incarnation d'un personnage qui deviendra, un jour, Elmer Fudd. Mais pour l'instant, il chasse les canards...
Ni bon ni mauvais, le film est surtout notable pour sa réutilisation d'une séquence de folie pure de Porky's Duck Hunt dans laquelle Daffy Duck, animé par Bob Clampett, partait en vrille et dans tous les sens. Inutile de dire que l'effet de répétition lasse un peu...
Avery nous promène au gré de sa fantaisie, aux Etats-Unis, en sautant avec allégresse et sans aucun scrupule d'un abominable jeu de mot à l'autre, d'une situation absurde à l'autre...
C'est un de ces travelogues idiots qui sont si nombreux dans l'oeuvre du réalisateur, mais c'est tout de même un poids léger. Le fil rouge, car il y en avait toujours un, est l'ascension apparemment inexorable d'un "homme-mouche" sur le flanc d'un immense building, qui renvoie à une manie des records idiots, née dans les turbulentes années 20 (voir Safety Last, de Harold Lloyd, basé sur une telle ascension).
Fidèle à la malédiction du metteur en scène Avery, le film est souvent censuré pour cause de gags ethniques... Pourtant bien innocents. On verra donc ici détournée l'expression "cliff dwellers", qui désigne les troglodytes du Sud West (notamment les indiens Hopi), la fameuse "snake dance" , mais on verra aussi un inuit (on disait alors un eskimo, mais c'est péjoratif) qui ramène chez lui un afro-américain qui se languit du Sud, grâce à une très hypothétique frontière entre l'Alaska et la Virginie...
Ce dernier film de la série "Of tomorrow" occupe une place à part dans la série, parce qu'il s'occupe d'un domaine finalement bien moins novateur, en apparence, que les trois autres (dans l'ordre, House, puis Car et enfin T.V.). Le futurisme ici est affaire de science et de génétique, puisqu'une bonne part du film se consacre essentiellement aux croisements possibles entre animaux... Prétextes à gags bien sûr, mais aussi à jeux de mots, tous glorieusement plus lamentables les uns que les autres...
Soyons juste, on y trouvera aussi des incubateurs modernes et des machines à trier les oeufs. Mais il semblerait que le sujet ait été assez rapidement abandonné par l'équipe.
Le troisième film de la série de pseudocumentaires de Tex Avery s'intéresse à un domine particulier, qui le fascinait... La télévision, qu'il ressentait probablement comme une menace sur son métier (ce en quoi il avait parfaitement raison) est en effet omniprésente à partir de la fin des années 40 dans ses courts métrages. Ici, il lui fait un sort en imaginant de quelle façon les concepteurs d'écrans vont adapter les téléviseurs à l'avenir et en particulier à la personnalité des membres de la famille...
Il a donc conçu la maison comme s'organisant autour de la télévision dans le futur, et chaque situation renvoie aux stéréotypes de l'époque, comme ce téléviseur à plusieurs écrans qui montre des programmes différents selon les publics visés... Comme toujours dans ces documenteurs il exagère avec méthode, montrant ses gags avec autant de clarté que possible pendant qu'un narrateur impassible fait l'article avec enthousiasme. Et bien évidemment il va se débrouiller pour décliner les images de western qui sont pour lui toujours associées à ce média, qui il est vrai montrait à l'époque aux garnements des fusillades durant toute la journée aux chères têtes blondes.
Après le pseudo-visionnaire The house of tomorrow qui imaginait es débordements hilarants des architectes dans le futur cosy et tiède qu'on envisageait dans les années 50, Avery continue sur sa lancée avec le deuxième film de la série (sur 4): à nouveau, c'est un faux documentaire promotionnel qui part de toutes les figures imposées de la famille, de la vie quotidienne, et va jusqu'à imaginer des voitures "ethniques" qui bien entendu donnent lieu à des gags douteux, glorieusement douteux!
Et le film va assez loin pour nous rendre compte d'une certaine vérité, notamment quand il imagine des voitures équipées d'un système qui rend impossible toute échappatoire pour le piéton, victime potentielle des chauffards: un modèle prévoir d'ailleurs un plancher vitré pour que le chauffeur du véhicule puisse voir la victime...
Six mois après The counterfeit cat, Avery sort un autre film mettant en scène le bouledogue Spike aux prises avec un chat malhonnête. Celui-ci a pourtant eu un cri du coeur assez compréhensible, ayant écrit "I hate dogs" sur une palissade. Pour se débarrasser du chien, et lui jouer un mauvais tour, le chat va donc se servir d'un gadget inventé pour les besoins du film, un "projecteur de voix" pour ventriloque lui permettant de faire miauler n'importe quel objet du voisinage... Voici donc Spike parti chercher des chats qui n'existent pas, et des ennuis bien réels...
C'est l'animation classique, le style encore rond et hyper-lisible de l'âge d'or, et on sent l'équipe à l'aise. Il n'y a d'ailleurs aucun dialogue, et aucun besoin d'en ajouter! Pourquoi la "série" Spike a-t-elle été arrêtée à ces deux films, je ne sais pas, en tout cas, le personnage du gros bouledogue profitait sans doute plus d'être un faire-valoir de Droopy, ou peut-être qu'Avery ne se sentait pas inspiré. Allez savoir. En tout cas il y a dans ce film quelques-uns des plus beaux moments de réaction d'un chat qui puissent être, généralement hirsutes et spectaculaires...
Un chat a faim, et on sait à quel point ça peut faire un bon point de départ pour un dessin animé... Car il y a un oiseau dans les environs. Le problème, c'est que dans la même maison, il y a aussi un chien, vous savez, ce mammifère qui sent mauvais et qui prend toute la place en faisant beaucoup de bruit... Et qui n'aime pas les chats. Spike le chien a pour mission d'empêcher le félin de venir se servir à manger dans la cage, mais a l'autorisation de jouer avec son voisin... Le chat a entendu la maîtresse, et va donc se déguiser: pour ça, il, eh bien, arrache donc le scalp du chien voisin, et s'introduit sur les lieux en faisant semblant d'aboyer...
Il y aura donc un gag récurrent: le chat déguisé en chien tente une approche pour essayer d'attraper le canari, mais le chien arrive et pour s'en débarrasser, il sort un os de nulle part, et le gros chien rendu fou de joie n'a plus qu'une obsession: enterrer la chose... et la hache de guerre.
Par ailleurs, dans ce film où les animaux sont souvent très près les uns des autres, on constate que les uns et les autres s'attrapent beaucoup, par la langue notamment! On y touche, voire arrache les dents des autres animaux... Ce qui vient ajouter un peu plus de sauvagerie à un tableau rendu déjà assez noir par l'idée d'arracher la coiffe d'un chien en début de film! Bref, on est bien chez Avery, ce qu'a compris le canari: quand on s'approche d'un peu trop près, lui aussi est capable de se défendre... avec les crocs. Non mais! Il y aura un autre film de Spike avec un chat similaire, The ventriloquist cat...
Dans ce film où l'animation "angulaire" à la UPA domine, Droopy perd toute substance en étant un chien-chef d'orchestre, obsédé par le Dixieland (mais pourquoi?) et qui rêve de remplir le Hollywood bowl en y dirigeant un orchestre. Il fait une rencontre déterminante, celle du trompettiste Pee Wee Runt, qui comme les membres de son orchestre, est...
...Une puce.
Il conviendrait d'étudier un jour le démon qui pousse Avery à assimiler de manière systématique les chiens à la puce. Et ce qui le pousse à revenir constamment sur le gag de la puce savante... Mais ce n'est pas le propos ici: je me borne à constater, et le film est pour moi sans appel: c'est bien médiocre, tout ça...