Un cordonnier et son épouse sont fatigués, et misérables: ils vont manger leur dernière chance de nourriture, une tartine de pain dur, et le brave homme qui voit cinq oiseaux grelotter de froid dans la neige dehors, décide de se sacrifier en le leur donnant... Une bonne idée puisque ce sont des lutins qui vont leur sauver la mise pendant la nuit...
C'est expéditif, pour le meilleur: je ne pense pas que ce résumé couvre plus d'une minute de film, et il y a aussi un narrateur qui exagère à l'envi le ton larmoyant. On est donc en pleine parodie des films parfois lénifiants, mais surtout bien sûr on est dans un prétexte à gags: les lutins vont donc passer la nuit à faire ce que le vieux cordonnier ne peut plus faire: une fabuleuse collection de chaussures, ce qui va les sauver. Et donc on a une collection de vignettes réjouissantes et rigolotes... Et Avery pratique allègrement son mélange favori d'humour très noir et d'absurde...
Et il fait aussi merveille avec un truc qui était d'ailleurs partagé entre Warner et Disney dès les années 30: choisir un détail, ici des chaussures, et en déduire tout un folklore. Les chaussures finies s'animent et dansent, et chaque modèle renvoie à une époque, ou un folklore spécifique: les bottines 1900 ne danseront évidemment pas de la même façon que les bottes de cow-boy...
Un chien souhaite enterrer un os, mais il ne le peut pas parce que le jardin est déjà quadrillé par un chien de prairie qui n'est pas partageur... Le combat sera rude. Et... inégal!
C'est presque une curiosité, l'un des moins diffusés parmi les courts métrages MGM du maître, dans la mesure où il a souvent été oublié par Patrick Brion, qui reconnaissons-le, a quand même beaucoup contribué à nous faire découvrir la majorité de ces 65 films! Bref, quand il est devenu plus accessible, ce merveilleux petit film a pu nous enchanter avec ses gags totalement dépourvus de paroles, qui le rapprochent assez clairement du meilleur des Looney tunes, un croisement entre Clampett, pour l'animation gonflée, et Chuck Jones pour l'acharnement voué à l'échec...
Nous enchanter, disais-je, oui mais... à un détail près. Un gag jugé raciste, comme souvent les gags qui jouent avec les stéréotypes dans les films de Tex Avery, a valu au court métrage d'être censuré, c'est-à-dire que la chute du gag a été tout bonnement supprimée dans ses éditions vidéo.
Jusqu'à aujourd'hui, et ça, c'est la bonne nouvelle!
La vie amoureuse trépidante de Clem et Daisy, deux gallinacés habitant les riantes montagnes du Kentucky... Ils s'aiment, mais l'attrait d'un beau coq étranger aux intentions interlopes, menace leur fragile bonheur...
Ce film très drôle appartient à la veine gonflée de Tex Avery, celle qui joue sur les clichés. Ici, la cible sont les habitants des montagnes rocheuses, et autres zones rurales, présentés le plus souvent comme assez franchement arriérés, et dont Clem (qui possède 20 orteils au pied droit, quoi de plus naturel) est un assez digne représentant...
Par ailleurs, une fois de plus, Avery convoque pour son séducteur de basse-cour (...littéralement) une superbe imitation de Charles Boyer, à laquelle Daisy répond, pour notre plus grand bonheur, en se livrant à une imitation de Katharine Hepburn... Bref, on rigole.
Notons également la présence d'un gag récurrent dans lequel Avery souligne le fait qu'on est dans un dessin animé, avec ce Taureau qui annonce la couleur en menaçant de se faire sauter le caisson la prochaine fois que Clem lui enlèvera sa peau (littéralement)...
Oubliez les évidences, les facilités, le fait que l'un des deux buzzards du film ait la voix de Jimmy Durante, le jeu de mots idiot du titre: le fait est que ce court métrage d'ailleurs assez long pour Avery (plus de huit minutes) est l'un des sommets de l'oeuvre... J'y vois une probable influence pour Chuck Jones et son coyote, même si la sauvagerie ici présente est sans commune mesure. Mais les temps sont durs pour les deux héros de ce film, tout comme pour le coyote malchanceux - et nécessairement famélique.
Car si les deux vautours concurrents ont ici une proie potentielle, un lapin qui disparaît très vite du champ pour ne réapparaître qu'au final, la vérité c'est qu'il s'agit d'une histoire de cannibalisme. De deux personnages au bout du rouleau, qui n'auront pas d'autre issue que de tenter de ses bouffer l'un l'autre. Et c'est magistral...
Sinon, il y a aussi un steak, un gag facile, mais réjouissant.
Ce court métrage consacré, comme l'indique assez clairement son titre, au base-ball, fait partie des films qui sont sans doute plus intéressants pour le public Américain, dans la mesure où une large part est dépendante d'une certaine familiarité avec cette étrange manie de regarder des gens s'envoyer une balle dans la figure, habillés avec des casquettes moches (ce qui n'a rien de plus douteux que de regarder onze analphabètes milliardaires affronter onze autres analphabètes milliardaires, habillés d'un short ridicule, avec des coiffures d'une laideur à vomir, mais je digresse).
Cela étant dit, le film est drôle, reposant sur les extrapolations autour de figures imposées du sport, sur la répétition de gags, et sur la mise en relation littérale d'une expression imagée et de son application: bref, quand quelqu'un hurle "à mort l'arbitre", c'est suivi d'un coup de feu...
Et il y a une belle et flagrante application du principe de destruction de la barrière entre le personnage et la fiction, le fameux "quatrième mur", puisqu'un joueur se plaint que le film ait commencé trop tôt, sans qu'un générique n'ait détaillé le nom des artistes, et sans que le lion de la MGM n'ai rugi...
Patrick Brion a réservé, dans son ouvrage consacré à l'histoire du film noir, au milieu de 80 films du genre, une place à ce court métrage: un clin d'oeil au fait que l'historien est aussi un des spécialistes de l'oeuvre de Tex Avery qu'il a d'ailleurs largement contribué à faire découvrir en France à travers ses diffusions de la totalité de ses film MGM, et d'une bonne trentaine de ses films Warner. Pour ma part, je relie ce film, beaucoup plus au genre inauguré dans les années 20 avec des films comme The bat, ou l'excellent The cat and the canary: maisons hantées, ambiances gothiques, etc...
Un présentateur nous annonce doctement que nous allons assister à la recréation par un cartoon d'une sombre affaire de meurtre, et sans transition nous entrons dans l'intrigue: dans une bien étrange maison, un vieil homme est tué. L'inspecteur entre en action: qui a tué? ...Ou comme l'annonce le titre, "qui a tué qui?", tellement c'est peu clair et de toute façon accessoire: ce qui compte, ce sont les variations sur les figures du genre: coucou suisse qui est un squelette, messages étranges, mort qui prend la pose pour les photographes, pièges, trappes, etc. Les gags se suivent à un rythme assez effréné, malgré la lenteur calculée et glauque de l'accompagnement à l'orgue Würlitzer.
C'est l'un des rares films de Tex Avery dans lequel il a utilisé directement un personnage filmé en live-action...
Voilà un film qu'on ne présente plus... Les personnages du Petit Chaperon Rouge se rebellent et souhaitent faire partie de la distribution d'un cartoon plus moderne... On les retrouve dans une métropole, évoluant dans la vie nocturne, autour de gratte-ciels avec tous les derniers conforts: le loup, désormais un séducteur de night-club, Red, chanteuse ultra-sexy, et sa gran-mère, qui n'attend qu'une seule chose: la visite du loup!
"Red", la jeune chanteuse animée de mains de maîtres par Preston Blair (un ancien de chez Disney qui avait besoin de tâches plus, disons, intéressantes, et qui était préposé aux jolies filles dans l'unité de Tex Avery), le loup: ces deux personnages vont devenir des archétypes de la production du metteur en scène, et leur dynamique génératrice de gags enchaînés sera vue dans plus d'un film... On retrouve aussi avec plaisir la caricature de Kate Hepburn à laquelle la filmographie Warner du réalisateur nous avait habitués, assortie en prime d'allusions à la voix de Red Skelton!
Mais l'essentiel du court métrage reste quand même la séduction tentée par la grand-mère (totalement obsédée, et qui l'assume particulièrement bien!) sur le loup qui n'en demande pas tant: c'est gonflé, c'est au ras des pâquerettes, mais c'est aussi et surtout hilarant.
Un touriste jette une cigarette allumée dans le parc de Jello-Stone, et... c'est le début d'un incendie. Les deux rangers pompiers George et Juniors interviennent donc...
Peu de choses à dire, c'est un film qui se place de suite en pilotage automatique. C'est aussi l'une des fois où Avery a recours à un truc plus associé à Disney: il donne à son feu le physique d'un espiègle galopin, un sale gosse après lequel les deux héros pas vraiment très efficaces courent du début à la fin...
Avery va aussi donner une figure concrète au rapport très particulier entre George, le meneur du duo, et son acolyte Junior, qu'on mène gentiment par le bout du nez: quand il a commis une bêtise, Junior se voit obligé de se pencher en avant ("Bend Over, Junior!") par George, qui lui administre alors un impressionnant coup de pied aux fesses. Mais on a droit à des variations de ce gag à de nombreuses reprises dans le film: Avery s'ennuyait-il?
Outre Droopy et Screwy Squirrel, Avery a tenté de lancer une autre série de courts métrages qui n'aura qu'un succès limité, s'arrêtant au bout de quatre films... Hound hunters est le deuxième (le premier s'appelle Henpecked hoboes), et présente assez bien la dynamique à la Laurel et Hardy entre les deux vagabonds (...vaguement des ours) George et Junior.
Lassés d'être sur la route, ils postulent pour travail à la fourrière et doivent donc attraper les chiens errants, ce qui ne sera évidemment pas de tout repos. Notons qu'ils retrouvent à travers cette situation les prémisses d'une comédie burlesque à l'ancienne, en montrant les héros s'engager dans une nouvelle voie afin de se nourrir.
Mais si les deux personnages ont déjà leur mode de fonctionnement, avec le petit George en tête pensante et autorité morale sur le gros Junior-tête-en-l'air, il n'y a pas encore le gimmick qui sera beaucoup mis à profit dans les films suivants: "Bend over, Junior!". Maintenant, si Avery s'est vaguement inspiré du duo de vagabonds de Steinbeck (Of mice and men) pour ces deux personnages, il a aussi fait appel à l'autre personnage inspiré directement de ce roman, Le Lenny de Lonesome Lenny, qui revient pour une apparition éclair.
Ce film situé entre Big-Heel-Watha et Lonesome Lenny voit l'écureuil dingo affronter une variation de MeatHead, le chien pas très intelligent qui était son, disons, partenaire de jeux dans son premier film, Scewball Squirrel: c'est qu'il y a école, et que le chien a pour mission d'obliger la bête à s'y rendre...
Ce qui tient suffisamment le rôle d'une intrigue... Pour le reste, on ne sera pas surpris d'y retrouver le même chaos réjouissants, le "quatrième mur" ayant de toute façon depuis longtemps volé en éclat. Maintenant on tourne clairement en rond, et il est évident que Tex Avery n'a jamais réussi à échapper à l'inévitable: un personnage avec lequel tout est permis n'aura au final pas grand chose à dire, à moins qu'on ne varie l'ordinaire: ce qui était possible avec Droopy, la feuille blanche, ne l'était pas avec ce proto-punk de Screwy!
...Ce qui explique pourquoi le cartoon suivant sera le dernier. Ce qui n'empêche pas ce film d'avoir un certain nombre de gags mémorables.