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12 décembre 2024 4 12 /12 /décembre /2024 11:36

Pendant la guerre des Balkans, entre 1912 et 1913, un journaliste Américain (Marc Cramer) sur le front Grec accompagne un général (Boris Karloff) qu'il juge cruel et autoritaire sur une île où l'officier souhaite lui montrer la tombe de son épouse... Mais d'une part la tombe a été manifestement profanée, et d'autre part les deux hommes rencontrent un groupe d'habitants, qui les invitent à passer la nuit. Mais la peste est présente sur l'île, et certaines superstitions pointent du doigt une jeune femme, Thea (Ellen Drew), qui a manifesté vis-à-vis du général, qu'elle considère comme un boucher, une vraie défiance... et celui-ci surveille celle que d'aucuns considèrent comme possédée d'une force maléfique...

Ce ne fut pas facile à résumer! Le film tient de façon très ténue sur ces quelques lignes enchevêtrées, entre surpersition, suggestion, atmosphère fantastique et philosophie morbide. D'un côté, une histoire presque rationnelle, avec des protagonistes de chair et d'os, qu'une coïncidence de faits a précipité ensemble: le général, dur mais se justifiant par la présence d'une menace mortelle; Thea, mystérieuse et fantasque, mais qui s'avère de chair et d'os... Et le journaliste, sans doute le plus conventionnel des personnages, sert ici de fil conducteur, et de passeur à l'intrigue.

Reste que le film fait un usage sans équivoque du concept de "l'île des morts", entre l'évocation évidente lorsqu'on voit le lieu, du tableau d'Arnold Böcklin, et l'oeuvre de Rachmaninoff... En usant de ces références hautement romantiques, Robson et Val Lewton précipitent le film dans un au-delà, que les images, comme toujours dans l'oeuvre du producteur, transforment aisément en conte fantastique dans lequel les lectures (surnaturelle, logique ou symbolique) peuvent partir en tous sens...

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Published by François Massarelli - dans Val Lewton Mark Robson
11 décembre 2024 3 11 /12 /décembre /2024 17:30

Un jeune officier de la marine marchande se retrouve engagé pour seconder le capitaine d'un bateau. Il commence par sympathiser avec le capitaine (Richard Dix) dont la philosophie lui apparaît comme saine avant qu'il ne commence à avoir des doutes... Le vaisseau devient un endroit hostile, et les morts violentes se succèdent... Tom Merriam (Russell Wade) en vient même à accuser son patron d'avoir provoqué sciemment la mort d'un matelot...

Etrange film, qui va plus loin encore que The leopard man dans la mise en place d'une atmosphère fantastique sans qu'il y ait vraiment la moindre matière à surnaturel... à l'exception d'un énigmatique marin, dont le visage laconique est éclairé d'une bien particulière façon, comme s'il représentait un choeur grec: il nous partage d'ailleurs ses pensées, ce qui ne le rend pas moins énigmatique! C'est surtout, comme il nous le dit directement, qu'il est muet...

Robson, qui a déjà tourné la Septième victime pour Lewton, et son mélange audacieux d'atmosphère fantastique et de film noir, distille une ambiance vénéneuse, aidé en cela par Dix, l'acteur vétéran qui joue à fond de la douceur de son ton pour installer le malaise... Ce n'est pas, objectivement, le plus remarquable des films de Lewton à la RKO, mais c'est une étape intéressante...

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Published by François Massarelli - dans Mark Robson Val Lewton
8 décembre 2024 7 08 /12 /décembre /2024 17:42

XVIIIe siècle, à Londres... L'asile de Bedlam est tenu d'une main de fer par l'apothcaire général Sims (Boris Karloff)... Nell Bowen (Anna Lee), la protégée d'un noble influent, soupçonne l'homme de sadisme et de cruauté. Mais Sims la fait interner par une série de manipulations...

En neuf films, les productions de Val Lewton à la RKO ont su se renouveler de façon impressionnante. Comme pour The body snatcher, de Robert Wise, Robson a donc pu sortir du cadre contemporain défini dans Cat People, et maintenir dans cette nouvelle donne les exigences d'économie, de suggestion et d'installation d'une ambiance très particulière... C'est un film absolument splendide, avec une utilisation incroyablement riche de l'ombre et de la lumière, et qui est cette fois situé totalement dans la vraisemblance...

Ce qui n'empêhe ni le baroque ni l'angoisse. Sims tient son monde, dont il assume la part honteuse en enfermant à loisir les simples d'esprit, et dans bien des cas certains gêneurs, dont Nell Bowen est un parfait exemple... La société n'est que trop heureuse de se débarrasser de ceux que tout le monde, ou presque, appelle les "Looneys", ou les cinglés. Et pourtant dans la peinture de Bedlam, au-delà de la nécessaire (par rapport au genre) appropriation de tout ce qui est cage, cellule, salles souterraines, etc... le metteur en scne nous montre aussi une humanité mise de côté qui a beaucoup à offrir, et le prouve dans une scène hallucinante de procès alternatif! 

Et de son côté, Nell Bowen, qui est une femme indépendante mais aussi audacieuse, et souvent même hautaine, va risquer sa propre santé mentale en prenant l'habitude de questionner sa propre intelligence...

Mais comment lutter? Le rôle extraordinaire de Karloff est le point le plus spectaculaire du film, un personnage d'autant plus inquiétant qu'il est parfaitement sain d'esprit, ce que vont prouver les simples d'esprit réunis en un simulacre de procès. Non, il est tout simplement un abominable sale type qui s'avère être un sadique fini...

 

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Published by François Massarelli - dans Mark Robson Val Lewton
13 novembre 2024 3 13 /11 /novembre /2024 17:31

1831, à Edimbourg, le Docteur Mac Farlane (Henry Daniell) est un excellent anatomiste, mais un médecin sec... Il enseigne et l'un de ses étudiants les plus prometteurs, Donald Fettes (Russell Wade) lui fait comprendre qu'il ne pourra continuer ses études, car il n'a pas les moyens. Il est donc engagé par Mac Farlane, afin de l'assister...

Les deux hommes doivent s'occuper d'une petite fille, Georgina; elle est atteinte d'une tumeur qui presse sur la colonne vertébrale et l'empêche de marcher. Mais Mac Farlane refuse de l'opérer, car il considère n'en avoir pas le temps. Intrigué, Fettes (qui aspire à aider Georgina et sa charmante maman) découvre la présence occasionnelle, dans le sillage de Mac Farlane,du cocher Gray (Boris Karloff), un personnage hautement inquiétant, qui lui fournit des cadavres pour son école d'anatomie: la provenance en est douteuse... Un soir, Gray fournit le cadavre d'une jeune femme que Fettes a aperçue le jour même...

C'est l'adaptation d'une nouvelle de 1884 de Robert Louis Stevenson, l'auteur immortel de L'étrange affaire du Dr Jekyll et de Mr Hyde... et le film justement joue énormément la carte d'un lien trouble et morbide qui unit le dangereux et diabolique Gray, et le bon docteur Mac Farlane, foncièrement un brave homme avec une morale saine, mais qui est tombé dans les griffes d'un criminel... Et de l'autre côté, bien sûr, l'influence de Gray sur Mac Farlane va forcément déborder vers Fettes, qui lui aussi, comme Mac Farlane, aspire au bien, mais sait qu'ils ont tous les deux besoin de la fourniture de cadavres...

Le film est typique de la production de Val Lewton: à la fois économique et produit avec astuce, et d'une profonde richesse visuelle et thématique. Un modèle de film fantastique, matiné comme l'était déjà The leopard man de Tourneur, de film noir. Wise, qui venait de passer à la mise en scène après avoir été un monteur doué, maîtrise admirablement l'économie particulière de ce cinéma nocturne, qui fonctionne sur beaucoup d'illusions, beaucoup de suggestion et quasiment aucune démonstration. Et comme la distribution dispose de deux atouts de poids (non seulement Karloff, génial et inquiétant à souhait, dans son rôle probablement le plus diabolique de toute sa carrière, mais aussi Lugosi dans un personnage secondaire et inattendu), la réussite de ce film est absolument indéniable...

 

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Published by François Massarelli - dans Robert Wise Val Lewton
13 octobre 2024 7 13 /10 /octobre /2024 09:04

Mary Gibson (Kim Hunter), une pensionnaire d'une école privée très rigoureuse, est informée que sa soeur, qui paie sa scolarité, a disparu sans laisser de traces. Elle doit donc partir ou travailler pour l'institution. Mais Mary décide de retrouver Jacqueline (Jean Brooks)...

Elle se rend donc à New York, où elle va prendre contact avec des connaissances de sa soeur: son mari, Gregory Ward (Hugh Beaumont), et un psychiatre, Dr Judd (Tom Conway). Elle fait également la connaissance d'un écrivain, Jason Hoag (Erford Gage), qui va l'aider. Mais en engageant un détective privé, Irving August, qui est tué lors de leur visite nocturne d'une entreprise où Jacqueline a travaillé...

Le film a une réputation d'incohérence qui n'est pas injustifiée, et c'est pourtant un film exemplaire de la manière des productions de Val Lewton! Il était prévu de confier à Jacques Tourneur la direction, ce qui ne s'est pas fait; en lieu et place, le film est donc devenu la première réalisation de Mark Robson, monteur à la RKO. Sous une intention qui l'apparente aux films d'horreur bien particulier de l'unité Lewton, The Seventh Victim ressemble énormément à un film noir, et un film noir exemplaire en plus: Mary Gibson, jeune femme naïve et n'ayant jamais vécu en dehors de l'école où elle a passé sa jeunesse, est confrontée à un monde qui se révèle à elle au fur et à mesure, de plus en plus corrompu...

Le film est nocturne, et ne se prive jamais de tomber dans le bizarre, le baroque. Le Dr Louis Judd, incarné par l'impeccable Tom Conway (le frère deGeorge Sanders, qui jouait déjà un psychiâtre qui répondait au même nom dans Cat People), fait volontiers tomber l'intrigue vers le soupçon, tant il lui est facile d'incarner presque sans un mot le mystère et l'intrigue... Ce sera pourtant vers un autre groupe de gens étranges qu'il faudra se tourner, pour comprendre la clé du mystère, un groupe de satanistes particulièrement cinglés!

Mais qu'importe... En proposant une mise en scène attentive aux codes du film noir, et en allant au bout de son pessimisme, le film est passionnant non seulement malgré les imperfections, mais probablement aussi à cause d'elles... Et c'est un bel exemple du cinéma d'épouvante de l'époque, que ce soit en créant de toutes pièces des climats étranges (la séquence de la douche, celle du métro) ou en citant délibérément une scène célèbre de suspense de Cat People, totalement reprise au niveau du montage.

 

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Published by François Massarelli - dans Val Lewton Mark Robson
2 janvier 2020 4 02 /01 /janvier /2020 10:59

La phrase qui sert de titre au film contient les mêmes ingrédients que les titres du film précédent de Tourneur et Lewton, Cat people, ainsi que du troisième, The leopard man, sorti un mois et demi après celui-ci (!): l'onirisme factice et indicatif du genre fantastique, dans son versant le moins noble d'un côté, et une description désarmante de fidélité d'un aspect réel du film d'autre part, car l'héroïne jouée par Frances Dee a effectivement "marché avec un zombie"!

L'infirmière Betsy Connell (Frances Dee) est engagée pour s'occuper d'une malade bien particulière, dans une petite localité des Caraïbes. Durant le voyage en bateau, elle rencontre son employeur, le séduisant Paul Holland (Tom Conway). Son épouse est depuis quelques années dans un état de catatonie permanent... Elle rencontre aussi, dans une propriété dont les domestiques, tous noirs, sont adeptes de nombreux aspects du vaudou, la mère de Paul, le Docteur Rand (Edith Barrett), qui tient un dispensaire local, et son fils d'un autre mariage, le demi-frère de Paul Wesley (James Ellison), qui va bien vite, malgré lui, lui révéler l'abominable secret de la famille: c'est en essayant de fuir Paul avec Wesley que Jessica Holland (Christine Gordon) a été frappée par la fièvre, suivie de sévères complications...

Résumer l'intrigue du film est d'une grande difficulté, car la narration, qui incombe à Betsy, et donc à la personne étrangère du logis où se déroule l'essentiel de l'action, est marquée par les émotions ressenties. C'est même assez poisseux, pour ne pas dire boueux: de ces boues qu'on trouve à des milliers de kilomètres, dans le Yorkshire, sur la lande... Car le script est fortement inspiré de Jane Eyre de Charlotte Brontë, en contrebande bien entendu. Et puis Tourneur, qui est ici très à son aise, a décidé de laisser les rites Vaudou, et cette atmosphère de sorcellerie au quotidien, dicter le rythme du film.

Bien plus qu'un film d'horreur ou d'épouvante, I walked with a zombie ressemble à un voyage initiatique inachevé, dans lequel le spectateur en saura toujours plus que les personnages, tout en ne disposant pas de toutes les clés. Inachevé, car pour reprendre les mots de la fin de Night of the demon, prononcés par le Dr Holden: "Sometimes it's better not to know", quelquefois il est préférable de ne pas savoir. Et c'est justement le credo de Tourneur, un homme qui prétendait être fasciné par l'occulte et les fantômes, mais qui n'avait pas son pareil pour le mettre en scène avec les artifices les plus simples. Un "croyant" selon ses propres termes qui ne dédaignait jamais de tricher avec le spectateur, d'où l'impression que son film ne voudra pas choisir entre le rationalisme occidental (représenté par la famille Rand-Holland) et l'attrait de l'onirisme et de la culture Vaudou.

Mais voilà: Tourneur s'est senti particulièrement proche de cet aspect du sujet, lui qui avait déjà évoqué le Vaudou dans son court métrage Tupapaoo... Il a donné à ses manifestations de sorcellerie des images sublimes, définitives (et parfois sacrément effrayantes), et a été plus loin encore: car I walked with a zombie, sans se livrer à la moindre exploitation gratuite (contrairement par exemple à Angel Heart d'Alan Parker), est une exploration honnête d'un des fondements du particularisme Vaudou, le fait que c'est un culte qui vient de l'inégalité de l'esclavage et de la nécessité de développer une culture parallèle pour survivre en tant que peuple, pour les esclaves arrivés là contre leur gré, et assujettis à leurs maîtres. Le film souligne fortement cet héritage de multiples façons, en laissant la part belle à une interprétation strictement surnaturelle, qui est opposée mais pas contredite par les interprétations des occidentaux: ce qu'on voit à l'oeuvre dans ce film, c'est donc la confrontation de deux mondes séparés par l'horreur de l'esclavage... 

Tout ceci permet à ce film étrange et formellement très beau, d'accéder à une position très particulière dans l'oeuvre de Jacques Tourneur, un cinéaste qui s'est toujours intéressé aux histoires d'exclusion et d'ostracisme, jusque dans les recoins les plus sombres de Stars in my crown, Out of the past ou Great day in the morning.

 

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Published by François Massarelli - dans Jacques Tourneur Criterion Val Lewton
1 janvier 2020 3 01 /01 /janvier /2020 11:57

Difficile de voir ce film, la troisième des productions de Val Lewton pour la RKO, en faisant abstraction de Cat People. Pour commencer, ce n'est pas une suite, et c'est même un film extrêmement différent du précédent; une fois admis que le titre est un rappel gratuit et un peu malhonnête, l'effort de Tourneur pour ce nouveau film est situé dans un monde bien éloigné de l'univers du précédent film... 

Au nouveau-Mexique, dans un petit village frontalier, deux femmes travaillent pour un night-club, et se font concurrence à travers leurs numéros respectifs. Kiki (Jean Brooks) sent bien que Clo-Clo (Margo), une jeune femme locale, la bat en sensualité et en flamboyance avec sa danse flamenco, alors son manager (Dennis O'Keefe) lui confie un accessoire pour marquer les esprits: il a emprunté un léopard pour qu'elle fasse une entrée remarquée lors de la prestation de sa rivale. Mais celle-ci ne se laisse pas démonter, et elle effraie la bête avec ses castagnettes. Lors de sa fuite, le léopard va tuer une jeune paysanne... Puis une deuxième jeune femme meurt, et Kiki et son manager sont rongés par la culpabilité...

Je disais plus haut que le titre était un peu plus publicitaire qu'autre chose, visant à attirer la clientèle, mais il est malgré tout un peu justifié par l'intrigue de ce nouveau film: certes il n'y a cette fois pas de créature maléfique et féline, mais tout bêtement deux personnes qui peuvent porter cette appellation: le propriétaire du félin mentionné dans le synopsis, et un scientifique bien pratique, qui joue le rôle d'expert que les héros consultent dans le but d'avancer aussi bien l'intrigue, que les spectateurs... Mais ce que voulait probablement le public, et ce que fournit le film à trois reprises, c'était des scènes mémorables: et si d'une manière générale le film surprend par un manque apparent de cohésion (des digressions insistantes), les séquences en question sont remarquables... La plus belle est une nouvelle évidence de la maîtrise narrative de Tourneur et de son habileté peu commune à jongler avec les ingrédients et avec le dosage de l'angoisse; c'est le premier meurtre, une jeune fille qui sait qu'un fauve rode, est amenée à aller chercher de la farine la nuit, par son impitoyable mère. Son angoisse monte au fur et à mesure que le tempo ralentit. Tourneur profite de la scène pour refaire le gag du bus de Cat People (il fait intervenir un élément extérieur pour surprendre le public et le faire sursauter au moment opportun, mais surtout il assène l'angoisse sans rien montrer ou presque... jusqu'à ce qu'il ne soit trop tard pour la jeune fille.

Et en parlant de jeune fille, le sous-texte de ce film plus sérieux qu'il n'y paraît est fascinant, car d'une part il est ici question d'un serial-killer, non seulement en discussions, mais aussi dans les faits; c'est à ma connaissance l'une des premières fois dans le cinéma Américain. Et derrière ses héros, ces deux Anglo-saxons qui sont venus se perdre au Nouveau-Mexique, se cache une réflexion d'une grande noirceur, sur la différence entre d'un côté les W.A.S.P., tel les peu sympathiques personnages principaux, ou encore ce milliardaire aperçu au volant d'une grosse voiture, et de l'autre les Indiens et Hispaniques qui peuplent le village. A un moment, le scientifique mentionne d'ailleurs que la ville a été construite sur les ruines d'un pueblo autrefois habité par les Indiens, et qui avait été rasé par les Conquistadores.

Et c'est là que se justifient les apparentes digressions du film: car les auteurs nous promènent beaucoup dans cette petite ville, et semblent dévier aussi souvent que la caméra le permet, et en particulier quand on nous montre les "héros" paradoxaux, ces Américains moyens qui font venir malgré eux l'horreur dans le village. On suit un personnage, et on verra tout à coup la caméra prendre des chemins de traverse, et s'intéresser à quelqu'un dautre, comme cette petite adolescente hispanique, qui sera la première victime... Tout le film fonctionne de cette façon, finissant par nous convaincre que les personnages principaux ne sont pas vraiment à leur place...Dans The Leopard Man, Jacques Tourneur nous montre sans se priver une ville devenue Anglo-Saxonne malgré elle, où la misère des gens d'origine locale est évidente, au point où certains d'entre eux semblent surtout tolérés.

...Tiens donc.

 

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Published by François Massarelli - dans Jacques Tourneur Val Lewton
4 juillet 2018 3 04 /07 /juillet /2018 17:54

On se souvient de Cat People, le classique de Jacques Tourneur, réalisé en 1942 par l'équipe de Val Lewton dont c'était la première production: le titre (idiot) avait été imposé à Lewton avant même que la moindre idée de script ne fasse son apparition. Cette suite (inévitable compte tenu du succès du film) est une nouvelle surprise: en lieu et place d'une tentative de récupérer l'aura du film de Tourneur, Lewton et Wise (Oubliez Von Fritsch, il semble qu'il n'ait pas été concerné par le film très longtemps) ont concocté une suite très étonnante, et d'ailleurs, peut-on vraiment parler de suite?

Oliver (Kent Smith) et Alice Reed (Jane Randolph), mariés après les événements troublants et tragiques de Cat People, ont réussi à surmonter le passage dans leurs vies de la "Féline" Irena (Simone Simon). Ils ont une adorable petite fille, Amy (Ann Carter), mais celle-ci, hélas, a du mal à s'intégrer à l'école: la faute à une imagination par trop débordante. C'en vient au point où Oliver se fâche tout rouge près sa fille pour qu'elle cesse de prétendre passer du temps avec une amie imaginaire. Surtout qu'il s'avère que celle-ci n'est autre qu'Irena...

Mais Amy a des problèmes aussi avec les vivants, notamment avec une voisine (Elizabeth Russell), qui apprécie très peu que sa propre mère laisse entrer Amy chez elles, alors qu'elle refuse son amour à sa propre fille...

Ps de chat, finalement, dans cette histoire: Lewton, qui avec le génie autant que le savoir-faire de Tourneur, a parfaitement réussi le premier film en faisant rigoureusement ce qu'il voulait, n'a tout simplement pas pensé que ça pouvait avoir la moindre importance, les personnages d'Irena, Oliver et Alice pouvant tout à fait justifier le recours à l'allusion a premier film. Mais pas d'horreur non plus, le long métrage étant essentiellement consacré à l'exploration psychologique de la situation troublante d'une petite fille qui ne se sent pas à l'aise dans le monde, et provoque en retour le cercle vicieux du rejet par les autres. Un thème largement autobiographique pour Lewton, qui a trouvé en Robert Wise un excellent substitut au maître Tourneur: la façon dont Wise s'approprie les atmosphères de l'Est Américain pour le transformer en Gothique, est une bonne indication de la tournure que prendra sa carrière...

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Published by François Massarelli - dans Val Lewton Robert Wise
2 octobre 2016 7 02 /10 /octobre /2016 11:01

Sous la responsabilité de Val Lewton, la RKO va se doter d'un petit groupe de productions fantastiques d'une grande qualité, qui vont pouvoir faire oublier le désastreux score de Kane au box-office, qui a probablement du plomber sérieusement aussi bien la crédibilité que le tiroir-caisse du studio... Comme on le sait, ce film, qui fut un grand succès, est le premier de la série, et sans aucune seconde réflexion, le meilleur. Comme on le sait aussi, producteur longtemps dans l'ombre de Selznick, Lewton a projeté beaucoup de lui-même dans ces films, en particulier celui-ci (Au hasard, la phobie des chats et celle du contact humain), et il a vraiment piloté ces tournages avec bon goût, sens de l'improvisation et savoir-faire. ceci étant dit, je trouve absolument scandaleux la façon dont on parle des "films de Val Lewton" à tour de bras, quand on voit l'importance de ce film dans la carrière de Tourneur, ou celle du plus secret mais tout aussi intéressant I walked with a zombie. Donc on ne parlera plus ici de Lewton, pour se concentrer un peu sur Tourneur, qui fait une démonstration de son génie dans chaque séquence, chaque plan de ce film.

Le script rend bizarrement justice au titre (Qui rendait sceptique le public des previews, s'attendant à un nanar avant de se raviser devant la maîtrise du film), avec cette histoire de jeune femme possédée par une malédiction: obéissant à la règle thématique des films fantastiques, qui renvoient systématiquement à leur principal ingrédient, l'intrigue commence dans un zoo au coin des panthères, où un jeune homme bien sous tous rapports rencontre une jolie artiste, qui répond au nom si mystérieusement exotique d'Irena Dubrovna. Elle est Serbe, et elle ne sait pas encore qu'elle est une "femme-chat", soit une victime de la malédiction de son village, une panthère possédant une jeune femme... Elle connait la superstition, mais son mariage avec Oliver, le beau jeune homme, va vite tourner en eau de boudin: effrayée par la croyance superstitieuse de son village en les "cat people", elle ne va pas laisser le jeune homme s'approcher... C'est là qu'Alice, la collègue de travail et confidente d'Oliver, va précipiter les choses en prenant un peu trop de place dans la vie du mari d'Irena...

Une superstition, un soupçon de psychanalyse, un docteur aux idées bien arrêtées, un Américain moyen et une jeune femme destinée à devenir une tueuse, on est dans une figure classique du film fantastique, mais le sens de l'économie qui préside au tournage, plus les bonnes idées de Tourneur, plus l'influence du film noir, vont transformer le film en un joyau pictural, et un exemple parfait de l'utilisation créative de l'atmosphère. Les nombreuses séquences nocturnes Nicholas Musuraca est le responsable de la photo), et la rigueur (austère, elles sont le plus souvent privées de musique) des scènes de terreur sont justement célèbres... Et bien sur, le principal atout du film reste son pouvoir de suggestion, l'utilisation de l'ombre, du son, plutôt qu'une terreur explicite. Tout ceci concourt à faire de cette histoire un modèle de film fantastique, tout en traitant chez une jeune femme de peur/refus du sexe. Frigidité? Lesbianisme? Peur du viol? Aucune piste n'est écartée, ce qui est un tour de force dans un film de 1943, mais aucune piste ne sera non plus privilégiée. Et pour couronner le tout, le psychanalyste du film, interprété par Tom Conway, a beau être un (délicieusement) insupportable M. Je-sais-tout, il va néanmoins subir un sort peu enviable.

Donc, avec sa fameuse scène de terreur dans une piscine nocturne, c'est un chef d'oeuvre, celui de Tourneur bien sur, aisément son meilleur film. Il est bien aidé par sa distribution, aussi, de Kent Smith, le brave type, à Jane Randolph qui joue son amie Alice, en passant par une apparition troublante, celle de Elizabeth Russell: elle joue la "femme-chat" qui parle à Irena lors de son mariage, ce qui sème le doute dans son esprit sur sa vraie nature. Elle joue donc l'un des McGuffins les plus mémorables de l'écran! Enfin, on n'oubliera pas de mentionner la prestation de Simone Simon, de loin son meilleur rôle... Enfin, Tourneur profite de ce film pour inaugurer l'un de ses traits les plus célèbres, la peur "du bus": quand Alice, dans la scène la plus célèbre du film, réalise qu'elle est suivie et que l'angoisse monte, Tourneur prend un malin plaisir à lui/faire peur avec l'irruption inopinée... d'un bus très bruyant. Un gag qui a du lui faire plaisir, puisqu'il l'a réédité souvent, très souvent...

 

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Published by François Massarelli - dans Jacques Tourneur Criterion Val Lewton