Le coyote tente de chasser l'oiseau, et ça ne marche pas... comment voulez-vous décrire un tel film quand on a vu tous les courts métrages de la série, et qu'aucun d'entre eux ne diffère dans ses intentions?
Le film est plaisant, mais on y sent l'évolution évidente dans deux sens bien affirmés: d'un côté, la stylisation de plus en plus poussée des décors, de l'autre l'animation de plus en plus schématique.
Pour le reste... C'est une définition de la routine affirmée! On notera l'apparition de gags à ramifications multiples, qui cassent légèrement l'impression (revendiquée et soulignée en rouge) de redite...
Bref, vous avez compris... C'est un bon film de transition, construit de façon rigoureuse comme tous les autres films ou presque, avec les appellations latines habituelles en générique, et un ensemble de tentatives ratées.
L'une d'entre elles mérite de rester dans l'histoire à cause de son improbabilité absolue: pour triompher de son oiseau tant convoité, le coyote a l'idée de commander un costume d'homme-chauve souris... vert.
Retournant sans cesse au charbon, le coyote aura-til enfin gain de cause? ...Cette question méritait-elle d'être posée?
En 1961, l'unité de Leon Schlesinger a bien changé, et l'appellation Looney Tunes est plus une convenance qu'une marque de fabrique. D'ailleurs chacun des réalisateurs impliqués a sa propre unité, et évidemment celle de Chuck Jones sort régulièrement un nouveau cartoon qui offre une série de variations en formes de gags sur l'échec absolu et programmé des initiatives du coyote pour attraper le Roadrunner...
Sauf que les temps sont durs, l'heure au recyclage et à l'économie. Por ce qui est de l'économie, le court métrage est plus raide, moins franchement animé... Ce qui est accentué par le style plus anguleux du metteur en scène. J'imagine qu'il y a des adeptes.. Mais aussi, les gags en eux-mêmes me smblent réchauffés, comme si Jones avait fait le tour des possibilités...
Est-il besoin de rappeler l'intrigue? Désert, Coyote, Roadrunner, Acme... Bon, je pense que vous avez repéré l'intention, le dosage dramatique, la mission à accomplir, et ses échecs inévitables...
C'est la période durant laquelle Jones n'avait pas encore totalement opéré la transformation de son style en l'enlaidissant, et ses animaux, encore plus ou moins ronds, contrastant avec un décor de plus en plus stylisé de Maurice Noble...
Et c'était aussi l'époque durant laquelle Jones, conscient de la répétitivité absolue de la franchise, cherchait des moyens pour surprendre le public à l'intérieur même des gags, et aussi (et surtout) en délayer de façon impressionnante la résolution: ainsi ici, un gag particulièrement élaboré... L'idée est d'écraser l'oiseau avec une grande pierre plate, jetée dans le vide à son passage. Pour l'instant la proposition est très classique... Sauf que la pierre, au lieu de tomber, reste en équilibre sur le rebord de falaise. Le coyote tente une pression, légère au début. Puis il intensifie ses gestes, jusqu'à sauter entre la pierre et le sommet de son rocher... Quand il n'y tient plus, il se place sur la pierre et saute sans arrêt... jusqu'à ce que la pierre finisse par céder, et tombe. Il ne s'en aperçoit d'abord pas du tout. Au moment de la réalisation, Jones a eu l'idée de montrer le coyote immobile sur sa pierre (durant la chute, vertigineuse, et même interminable), une expression réduite à deux points à la place des yeux. Effet garanti. Et pendant ce temps, l'attente du dénouement (inévitable) continue pour le spectateur. Non seulement le gag n'est toujours pas résolu, mais en prime, le personnage nous entraine derrière lui, avec des regards caméra de toute beauté, et un timing diabolique.
Pour un court métrage des mésaventures du coyote contre son destin (et accessoirement un oiseau), ça commence très étrangement, le premier signe qu'on est devant un "à la manière de", et non un film très authentique: deux magiciens se battent en duel... Comme ils sont de force égale, ils s'éliminent mutuellement, donc cette fois en lieu et place d'Acme, le Coyote aura accès à leur outils...
C'est parfois réussi, parfois mal fichu, et les transgressions multiples laissent volontiers perplexe: pourquoi donner le dernier mot à l'oiseau? ...je sais, en France on l'appelle Beep-Beep et on est persuadé qu'il est le héros, mais en anglais il n'a jamais été nommé, il est juste un événement de passage (littéralement) dans la vie tumultueuse et ridicule du coyote le plus malchanceux qui soit...
Ce film qui tente de relancer la saga en la renouvelant (ce qui est un sacrilège) a été utilisé comme complément de programme du sympathique mais tout aussi étrange long métrage de Joe Dante, Looney Tunes, back in action, en 2003.
Comme d'habitude, en plein désert, un animal sous-nourri rendu probablement cinglé par la privation, tente par tous les moyens du moment qu'ils soient idiots et impossibles, de s'offrir la peau d'un oiseau qui va très vite afin de cesser cette période de disette!
La non-structure de ces films est une fois de plus présente au grand jour, immuable ou presque! donc, des noms latins idiots (Hard-Headipus ravenus pour le Coyote, et Speedipus Rex pour le Roadrunner), des inventions Acme, des tentatives qui passe le seuil de l'absurde, et des gags à rallonge, comme les rasoirs jetables trois lames: la première lame installe le gag attendu, la deuxième offre une pote de sortie au coyote, qui se prend la troisième dans la figure! Le rythme est entièrement dévoué au gag, et rien ne change.
Donc clairement, à la fin, le Coyote, tel Sisyphe, a fait tout ce qu'il a fait pour absolument rien... Et reviendra certainement dans un autre cartoon pour y expérimenter exactement le même résultat..
Donc, quand même, la seule évolution dans ces courts métrages, c'est le décor de plus en plus abstrait, et le design des personnages, qui s'enlaidit hélas de plus en plus...
Un Coyote de plus... Je pense qu'à un moment, quelque chose s'st mis à ne plus tourner rond chez Chuck Jones. Il a suivi les sirènes de la modernité, jusqu'à embrasser une carrière de producteur de dessin animé désincarné, et a fini par se prendre à son propre piège... Regardez ses films des années 40 et 50, ils sont animés...
Pas celui-ci, qui est paresseusement composé à l'économie, avec un minimum d'animation, et des situations répétitives privées de ce je-ne-sais-quoi qui avait fait leur prix: un âme, en quelque sorte. Les tentatives du malheureux coyote deviennent mécaniques, et finissent par ne plus être drôles...
Mais il y a pire: c'est épouvantablement laid. Et on a l'impression que c'est volontaire... Finalement, le meilleur atout de ce film? C'est le titre...
C'est un film tardif de la série des aventures désastreuses du coyote le plus célèbre de tous les temps, et c'est le seul à avoir été co-cigné par Abe Levitow, assistant et bras droit de Jones, avec lequel il a souvent partagé la direction de leurs unités, aussi bien à la Warner que dans d'autres studios...
D'un côté, donc, la même intrigue que d'habitude, qui produira les mêmes effets: un animal souhaite en manger un autre, et cela résultera par un ratage total... C'est idiot, répétitif, et comme certains plaisirs musicaux, tout est dans le dosage et la précision des variations...
De l'autre, c'est probablement le moment où la série, qui plus de dix ans d'âge, commence, ou plutôt finit par tourner en rond...
Le coyote poursuit, pourchanger, Bugs Bunny, qui nous explique que l'oiseau habituel n'a pas pu venir. Pour le reste, ce serait un festival de ratages tous plus glorieusement lamentables les uns que les autres, s'il n'y avait un grain de sable...
Le grain de sable, c'est qu'on nous explique, justement. La grande force des aventures du coyote, c'est d'être un simple récit visuel, dépourvu de tout enjeu (on SAIT ce qu'il va se passer), une épure absolue, constamment renouvelée. Ici, un personnage bavard et qui se croit très drôle, nous explique tout? Cette redondance flingue totalement le film.
En 1959, Chuck Jones réalise pour la Warner des films à sa guise, et le studio a bien changé. En témoignent un certain nombre d'indices: d'une part les décors, particulièrement ceux des aventures désastreuses du Coyote (oui, vous n'imaginez quand même pas que le héros soit l'oiseau, quand même?) sont de plus en plus abstraits, et c'est frappant de voir à quel point Jones et Maurice Noble, responsable ds décors (et souvent crédité à la co-réalisation, un signe qui ne trompe pas) sont inventifs avec les paysages typiques de ce qu'on trouve en Arizona...
Et sinon, le film continue à rendre toujours plus austère la quête du vide du Coyote, condamné à chasser pour rien un oiseau qu'il n'attrapera jamais, et mangera encore moins, tout en étant, vaguement, un reflet de son époque: la vente par correspondance, par exemple, le hobby du bricolage, sont des passe-temps qui sentent bon les années 50, quand la vie s'est allégée... Et le jet, très présent dans ce film, est lui typique d'une tentation de la modernité un peu inutile, qui allait s'exprimer un peu partout (et notamment avec le jet-pack, dans Thunderball (Opération Tonnerre)!
Et donc, je viens, sans effort apparent, de comparer James Bond et le Coyote. Il fallait le faire.