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8 juillet 2025 2 08 /07 /juillet /2025 16:15

A Vera Cruz, un tueur (Francisco Rabal) exécute tranquillement, froidement un homme avec une arme de poing.

A Jérusalem, un groupe de jeunes hommes coiffés de Kippas déposent négligemment près de la porte de Damas un colis et prennent le bus... Pendant que leur bus s'éloignent, une explosion retentit. Mais la police Israélienne les repère vite, et seul l'un d'entre eux, Kassem (Amidou), s'en sort. Il doit se fondre dans la foule... 

A Paris, Manzon (Bruno Cremer), un entrepreneur aux abois a fait de bien mauvais choix. Il a 24 heures pour redresser la situation avec l'aide de son associé, son beau-frère (Jean-Luc Bideau). Mais celui-ci se suicide... Manzon prend la fuite.

A Elizabeth, New Jersey, un groupe d'Irlandais attaquent un presbytère et se saisissent des recettes du bingo. Dans la confusion, un prêtre est touché... La voiture des gangsters est accidentée, et un seul d'entre eux, Jackie Scanlon (Roy Scheider) en réchappe. Mais il est un homme traqué, lui aussi: l'église était la paroisse d'un mafieux, dont le frère est justement le prêtre blessé...

Ces quatre hommes se retrouvent tous, des mois plus tard, au fin fond dela jungle d'Amérique Centrale, dans un petit village où ils végètent, séparément, sous de fausses identités. La population locale vit au crochet d'une compagnie Américaine qui organise des forages de pétrole: tous les jours ils viennent chercher du personnel au village. Un jour, une explosion sur le site de forage contraint les Américains à acheminer de la nitroglycérine sur place, mais c'est un travail comlpiqué, qu'il leur faut confier à deux équipes, formées d'hommes qui n'ont rien à perdre...

Disons-le tout de suite: Friedkin a fait tout ce qui était en son pouvoir (et il était très grand!) pour éviter que le film soit une redite, un remake ou une pâle copie du film de Clouzot, adapté en 1953 du même roman de Georges Arnaud, Le salaire de la peur. Il a d'ailleurs dédié son film à Clouzot qui était décédé au début de l'année 1977. Le seul point commun, au-delà de la trame des deux films, est l'impressionnante dose de suspense confiée à deux metteurs en scènes surdoués. D'emblée, là où Clouzot conte les aventures des quatre aventuriers qui rempliront cette mission suicide à partir du moment où ils sont coincés en Amérique du Sud, Friedkin choisit au contraire de raconter la chute de chacun des hommes, le actes qui ont fait d'eux des parias. Ca précise bien des choses sur non seulement leurs caractères, mais aussi leurs enjeux personnels. Le choix est strictement binaire, à mon avis, tant la réussite des deux films est indéniable...

Celui-ci est sans doute plus spectaculaire sur un certain point: il serait bien difficile d'imaginer que Le salaire de la peur, version Clouzot soit considéré comme un documentaire, même si dans l'esprit du metteur en scène il s'agissait de s'approcher de la misère humaine en filmant des trajectoires brisées dans des lieux terrifiants de pauvreté (mais reconstitués en Provence!): Friedkin, lui, a choisi la jungle plutôt que le désert, et sa mise en scène adopte la même urgence de guerilla qui caractérise ses films depuis French Connection... C'est donc un tour de manège rude, parfois inconfortable, mais constamment hypnotique...

Quant au titre... On verra d'abord une figure mystérieuse (qui n'est pas sans évoquer une version différente de Pazuzu, le démon de The exorcist, mais en version vaguement pré-colombienne) sur un décor que les camions croisent. Le mot Sorcerer est écrit sur le flanc d'un des camions (l'autre s'appelle Lazarus). Et le "sorcier" hypothétique du titre, finalement, ne serait-il pas tout simplement le destin, qui a réuni ces quatre hommes, et leur joue, il faut bien le dire, tour de cochon après tour de cochon?

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Published by François Massarelli - dans William Friedkin
10 février 2016 3 10 /02 /février /2016 10:01

La réussite d'un film tient parfois à pas grand chose... et parfois, c'est le contraire. Non que Friedkin ait usé de moyens malhonnêtes pour réussir son film, mais il a tout fait dans le bon sens, n'a pas commis la moindre erreur, et on se retrouve aujourd'hui avec un classique. Bien sur, des vendeurs de pixels vous le proposent aujourd'hui dans les magasins sous l'appellation de "Film le plus effrayant de tous les temps", ce qui est non seulement hors-sujet, c'est aussi profondément insultant (Sans parler de la soi-disant "Director's cut" qui va précisément à l'encontre des principes qui étaient ceux de Friedkin à l'époque de la conception du film), et pour résumer, c'est du pur marketing. Revenons donc à la source...

L'intrigue du film est, en apparence, l'histoire d'une possession, celle d'une jeune fille de 12 ans par un démon, Pazuzu, et les déboires qui s'ensuivent lorsque la mère (Séparée de son mari) doit gérer non seulement la "maladie" de sa fille, mais aussi les manifestations physiques et surnaturelles liées au phénomène... Mais c'est aussi un peu plus l'histoire d'un prêtre Catholique issu de l'immigration Grecque, le père Karras, qui perd la foi, et cherche d'autant plus une porte de sortie que sa mère vient de mourir et qu'il se sent responsable, sans parvenir un seul instant à croire qu'elle ait quitté son enveloppe terrestre pour un endroit meilleur. Mais ce que nous révèle le prologue, qui n'est absolument pas anodin, et qui a été tourné incidemment en Irak, près de Mossoul (Actuellement en proie à un autre type de possession), c'est que le film est en réalité le récit d'une confrontation, une rencontre titanesque entre le bien, incarné par un prêtre âgé et malade, le père Merrin, et un démon antique qui vient de se réveiller, Pazuzu. Un plan ici annonce la bataille à venir: Merrin est debout sur un promontoire, et il a face à lui la statue triomphalement priapique du démon en question: le film peut commencer...

En effet, la jeune Regan (Linda Blair) n'est pas le centre du film, encore moins le centre du monde, elle n'est finalement qu'une victime collatérale du combat éternel entre le bien et le mal... Bien sûr, il faut l'oser. Mais la force du film vient précisément du fait que Friedkin, de bout en bout, utilise la rigueur comme premier principe; et pour commencer en disciple d'Hitchcock il s'interdit de tomber dans le piège de ce que j'appelle le "Syndrôme de la Marie-Céleste", du nom de ce bateau trouvé un jour vidé de tous ses passagers, sans qu'aucune explication immédiate puisse rassurer les cartésiens. A toute proposition d'en faire un film, Hitchcock répondait par la négative, parce qu'il savait que le spectateur demanderait des explications, et aucune explication de ce mystère ne saurait être plus intéressante que le mystère lui-même... un piège à éviter, donc, consistait à laisser planer le doute sur la réalité de la possession vis-à-vis du spectateur, en le laissant dans l'attente d'une confirmation spectaculaire, ou d'une explication logique. Afin d'éviter ce piège, Friedkin a donc décidé de placer le film dès le départ sur le terrain mystique, puis a continué dans ce sens en intercalant les passages concernant Regan et sa mère d'une part, et ceux concernant le père Karras d'autre part: en faisant de la sorte, il confirmait d'entrée, voir annonçait le fait que la possession de Regan était bien de nature religieuse, et qu'elle se jouerait probablement entre les prêtres et le démon...

Donc après l'avoir montré en action (Participant à des fouilles, prenant le thé, puis finalement en tête à tête avec la statue de Pazuzu), Friedkin enlève du film le père Merrin pour ne plus nous le restituer que trente minutes avant la fin... dans les 80 minutes de pellicules durant lesquelles il n'apparaît pas, le récit de possession se met en place à Georgetown, et Friedkin ménage ses effets au maximum (Du moins dans la version initiale, car la version de 2000 rue dans les brancards en ne ménageant plus rien, toute en images subliminales et en concessions au mauvais goût), laissant le spectateur, consciemment ou non, attendre l'arrivée du vieux prêtre. Il a suffisamment mis d'indices dans ces dix premières minutes pour qu'on se raccroche de manière sure à la continuité, avec en particulier un objet dont la présence est inexplicable: pourquoi en faisant des fouilles d'un site antique, le père Merrin trouverait-il une médaille de St Joseph? Pourquoi cette même médaille se retrouve-t-elle au cou du père Karras, à Georgetown, alors que les deux hommes ne se sont jamais rencontrés? Afin de ne pas faire de son film une surcharge de sens, Friedkin nous écarte aussi pour des moments-clé: un ami de Chris, la maman de Regan, a passé une vingtaine de minutes dans la chambre de celle-ci avant d'être défenestré, puis de mourir. La scène n'est racontée qu'après coup: que s'est-il passé? De même, la mort de l'un des protagonistes n'est-elle découverte qu'après...

Le film a été tourné avec la collaboration de plusieurs autorités ecclésiastiques, et Friedkin s'est beaucoup documenté (il a même recopié in extenso les phrases entendues sur une bande magnétique enregistrée sur le lieu d'un exorcisme, durant sa phase de documentation), et il a été jusqu'à faire jouer plusieurs prêtres dans le film; de plus,  Jason Miller qui joue Karras est un ancien séminariste! C'est paradoxal, car William Peter Blatty, auteur du roman, voulait un athée pour diriger l'adaptation de son film... Mais Friedkin, croyant ou non, a choisi de considérer la notion d'exorcisme comme réelle dès le début et a fait de son film une authentique et rigoureuse bataille entre la foi et le diable. Si en plus on ajoute qu'il était aussi un documentariste, on aura compris que l'attelage était inattendu. Le résultat est sans appel: ce qui rend précisément ce film si parfait, c'est son équilibre entre faits et fiction: Les truquages sont tous mécaniques, et un parfum de captation de la vérité est permanent dans le film, dès les séquences tournées en Irak. Aucun artifice n'est là pour nous forcer à y croire, et le résultat n'est jamais atténué par une quelconque explication. Les quelques rares "apparitions" subliminales ne gâchent jamais le reste. L'extraordinaire prestation de tous les acteurs, à commencer par Linda Blair (Mais Ellen Burstyn, en mère affolée et au bout du rouleau, et bien sur les prêtres joués par Max Von Sydow et Jason Miller sont eux aussi splendides), et la caméra distante, plus l'impression de plans parfois volés dans les rues, font de ce film-coup de poing un chef d'oeuvre des années 70. Et les choix moraux en permanence du réalisateur, font de ce film un digne successeur de Psycho, autre film hautement digne dans sa conception, autre réussite absolue du cinéma Américain, et au passage autre film mal perçu et mal vendu aux jeunes générations consommatrices de pop-corn et de film, qui le traitent à égalité avec des nanars. Non, cet Exorciste, en plongeant tête la première dans la lutte entre le bien et le mal, se situe à la source même des arts graphiques et narratifs, nous laisse en paix avec nos consciences et nos désirs de croire ou ne pas croire, et oui, bien sûr, nous fait d'autant plus peur.

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Published by François Massarelli - dans William Friedkin