McCutcheon était principalement un opérateur, un caméraman donc. Mais en cette fort lointaine époque, filmer était déjà un acte de création en soi. Et du reste, l'habitude n'était pas encore prise de compartimenter les rôles...
C'est une intrigue très simple, mais c'est clairement de la comédie: dans ce petit film, un jeune homme tente de conter fleurette à une jeune femme qui lui préfère son caniche. Celui-ci d'ailleurs finit par le mordre...
C'est une évolution, à n'en pas douter, dans un art qui jusqu'alors se contentait beaucoup de placer des enfants et des chiens devant la caméra et d'attendre qu'il se passe quelque chose. Ici, il se passe clairement quelque chose!
Une jeune femme accompagne un enfant à la plage et après le bain, lui fait partager un biberon avec un chien...
Ce film anonyme participe assez clairement de la tendance très affirmée du jeune cinéma, de montrer, pour plaire à toute la famille, des chiens dans les films, où on les oppose à des bébés, ou de très jeunes enfants... Ce n'est pasvraiment la dimension la plus glorieuse du cinéma naissant. Sans parler des aspects hygiéniques sérieusement embarrassants...
Cette même année 1904, Porter avait réalisé pour Edison un petit film, Babe and puppies, dans lequel un bébé se laissait envahir par des chiots, qui devenaient tellement embêtants qu'il finissait en pleurs... Un film navrant, mais qui fut un gros succès.
Quelques temps plus tard, Bitzer (caméraman, mais unique "auteur" de ce court métrage) en réalisait une fort pale copie, tout aussi navrante et anecdotique...
Des enfants jouent. Le plus jeune reste au sol, et est bientôt envahi d'une meute de chiots...
Il aura donc fallu le talent de l'un des premiers metteurs en scène important, si ce n'est le premier, du cinéma Américain, qui à cette époque avait déjà réalisé (l'année précédente) ses deux fimls les plus importants, pour établir que des fois une mauvaise idée reste bien une mauvaise idée: car le principe de laisser les chiots envahir bébé, pour créer un effet comique, débouche surtout sur une navrante situation: par leur enthousiasme, les nombreux chiots finissent par devenir trop pressants, et le bébé pleure toute la misère du monde. Cet ancètre du zapping est très embarrassant à regarder...
...Et comme une mauvaise idée n'est jamais perdue, il y aura même au moins un plagiat!
Bon, on touche le fond avec ce film, qui pour commencer nous montre trois chiens se soulageant sur une fleur dans un jardinet, puis partir satisfaits, miction accomplie...
Dans un deuxième temps, un jeune homme s'approche de la fleur et la trouve tellement à con goût qu'il la cueille, avant de l'offrir à sa petite amie, qui bien entendu est ravie...
C'est aussi dégoûtant qu'affligeant, et ça nous rappelle que même chez les gens vaguement sophistiqués de la compagnie Gaumont, le bon goût n'était pas forcément systématiquement au programme dans ces temps héroïques du cinéma. Alice Guy l'a particulièrement illustré...
Une petite fille s'amuse avec un petit chien, qu'elle nourrit au biberon...
Une deuxième preuve du fait que pour plaire au public, les enfants n'étaient plus du tout suffisant, à l'approche du XXe siècle, pour déclencher la sympathie du spectateur. Le chien devenait donc un facteur d'engouement... Par contre, il y aurait beaucoup à dire sur le fait qu'on semble vouloir à tout pris déclencher la chute du chiot, ce qui est quand même un rien exagéré, non?
Ce film de 1898 n'a pas de réalisateur revendiqué, et c'est sans doute bien normal... Les seuls films qui étaient vraiment attribuables à cette époque lointaine étaient les productions Méliès... Ce très court métrage (présenté comme l'un des plus gros succès du catalogue Biograph) ne raconte rien, mais plutôt il montre: une adolescente et un chien se tiennent sur une corde au bord d'un étang. La jeune fille fait des signes complices au caméraman, puis les deux tombent à l'eau...
C'est tout, et ça ne dire que quelques secondes. Dans ces primitifs quelques mètres, ces quelques bribes de proto-cinéma, on a quand même l'idée que pour occuper le terrain et plaire au public, il fallait parfois lui fournir des images qui puissent être un reflet du quotidien, aussi, pas seulement lui fournir de l'exotique. Et en prime, on peut sans doute considérer que ces quelques images ressortent plutôt du genre de la comédie... A son plus cru, son plus fondamental, bien entendu. Voici une entrée en matière appropriée pour entamer une anthologie consacrée aux chiens du cinéma muet, Wonder Dogs, chez Kino...
Charley Chase a peur des chiens, il a toujours eu peur des chiens, et c'est pour cette raison que le destin le met en présence d'une conversation téléphonique à laquelle il n'aurait jamais du participer: la cabine dans laquelle il entre pour échapper à son poursuivant (un chien, donc) vient en effet d'être libérée par son occupant, qui est parti à la recherche de menue monnaie... Il était en communication avec une jeune femme qu'il courtise: elle ne l'aime pas, mais ses parents (Joephine Crowell, William Orlamond) en revanche sont attirés par ses titres. En le remplaçant dans la cabine, Charley est tout de suite attiré par la belle voix de la dame...
Et donc la machinerie se met agréablement en route, à partir de ces quelques éléments: la jeune femme (Mildred June) sera en effet très réceptive des affections du héros, la famille aura un chien, et non des moindres... et le nobliau s'avère en réalité un cambrioleur chasseur de dot!
C'est compliqué, mais il me semble que c'est vraiment pour la bonne cause... Chase en fuite face au chien, on ne pouvait pas imaginer une entrée en matière plus absurde et plus idiote que celle-ci, et le film fait tourner cette accumulation de quiproquos (et encore, 'jai vraiment résumé) à l'avantage du spectateur, car chaque ajout d'un ingrédient sur le chateau de cartes, s'accompagne d'un gag de la plus belle eau...
Maintenant, c'est le deuxième film consécutif sans Katherine Grant ou Martha Sleeper, il est clair que les choses bougeaient. Mildred Harris dans le film précédent me paraissait bien faire partie de ces stars déclassées (Theda Bara, Priscilla Dean, Mabel Normand) qui faisaient parfois un tour chez Hal Roach à l'époque, même si son principal titre de gloire était d'avoir été Mrs Chaplin... Mildred June de son côté est intéressante, elle possède l'innocence paradoxale des flappers du jazz age, et est assez vivace... Mais elle ne fera pas de vieux os dans la comédie.
Par contre, en parlant de vieux os dans la comédie, le film nous présente l'immense, la fabuleuse Josephine Crowell, dans un rôle de mère acariâtre... Elle est excellente, et Chase et McCarey retiennent la leçon de Hot water (de Harold Lloyd): avec Josephine Crowell, les gags liés à l'impression de surnaturel fonctionnent toujours...
Une dame (Gertrude Norman) vit avec sa fille dans un appartement qu'elle loue. La petite provoque un accident dans lequel elle perd la vie... Restée seule avec son chien, la dame doit faie face à un propriétaire acariâtre, qui lui réclame un loyer, sinon elle sera à la rue... Mais un enfant, dans la rue, a repéré son chien, et elle se résoud à le vendre...
C'est un mélodrame particulièrement tire-larmes, qui serait probablement anecdotique si ce n'est pour un détail: d'une part il est rare de voir un film de cette époque (et un film tout court d'ailleurs) qui fasse reposer autant sur la mort d'un enfant sans offrir la moindre contrepartie aux personnages et aux spectateurs! Mais surtout, une large part du film repose aussi sur la visite de la femme sur la tombe de sa fille... Une scène simple, mais qui nous fera immédiatement penser à l'admirable The mothering heart de Griffith. Une autre paire de manches, et Gertrude Norman (annoncée en toutes lettres au début du film) n'est pas Lillian Gish...