Lors d'une croisière, le très très ennuyeux, et très avare Larry Wilson (William Powell) est impliqué dans le sauvetage d'un homme qui est tombé à l'eau... Un coup de rame lui est donné malencontreusement. Mais quand il se réveille, il n'est plus Wilson, mais un escroc, un dur-à-cuire qui a perdu la mémoire depuis 1931. En découvrant l'état du compte-en-banque de Wilson, il décide de continuer à se faire passer pour lui, avec l'aide d'un autre escroc, Ryan (Frank McHugh). Mais en rentrant chez "lui", le nouveau Larry Wilson aura plusieurs surprises. Deux d'entre elles: d'une part, il est marié à la ravissante Kay (Myrna Loy)... D'autre part celle-ci s'apprête à divorcer...
On peut difficilement faire plus improbable, e fait mais avec Powell et sa complice numéro 1, Myrna Loy, tout est possible, finalement. Le film nous montre donc l'escroc en peau de Wilson tenter de mener une affaire d'escroquerie de haut rang (impliquant du pétrole) tout en reconquérant le coeur de son épouse, dont il vient en quelque sorte de faire la connaissance... Ouf. Je le répète: tout ceci est du grand nimporte quoi, mais que voulez-vous? Suite à leurs rôles en collaboration dans tant de films, l'alchimie en Loy et Powell est toujours parfaite.
Et leur vieux complice Van Dyke qui les a dirigés dans plusieurs films de la série des Thin Man, et dans Manhattan Melodrama, les connaît décidément fort bien. Même si on pense plus facilement à Lubitsch, Sturges et Hawks quand on évoque le genre, le fait est que son cinéma plein d'assurance s'accomode très bien des habitudes de la screwball comedy. Et ces deux acteurs en sont parmi les experts...Moins farfelu que The thin man, ce film est quand même une excellente façon de pasesr du temps en leur compagnie...
Blackie Gallagher (Clark Gable) et Jim Wade (William Powell) ont grandi ensemble, en amis, dans l'adversité: leurs parents sont morts lors de l'incendie tragique d'un bateau à aubes, et leur père adoptif a été tué lors d'une émeute. Blackie deviendra un gangster, et Jim sera toujours du côté de la loi. Un autre lien entre eux sera la femme dont tous deux vont être amoureux, Eleanor Packer (Myrna Loy)... Elle sera d'abord la maîtresse de Blackie", mais lassée de son refus de s'amender, elle se rapprochera de Jim...
Ce film est sorti le 5 mai 1934, à la toute fin de l'époque dite "pré-code", qui précédait le renforcement d'un "code de production", soit d'une forme d'auto-censure par l'ensemble des studios Hollywoodiens. La MGM possédait déjà un filtre évident en son directeur Louis B. Mayer, qui n'avait pas voulu suivre la Warner dans la surenchère du film de gangsters (Little Caesar, Public Enemy), et considérait avant le Code qu'il fallait que le cinéma suive des préceptes familiaux et moraux. Comme pour réagir à l'atmosphère de fascination du crime (du moins tel que c'était ressenti), Mayer poussait ses équipes de production vers des spectacles plus oecuméniques... Mais Manhattan Melodrama, de fait, devient presque une synthèse entre le film de gangsters, dont il possède le style nerveux (ce montage exceptionnel dans les premières bobines, qui résument un début de siècle en quelques images extraordinairement ajustées), et le film policier plus traditionnel (dans lequel force reste à la loi): bref, en choisissant d'opposer le gangster Blackie Gallagher au vertueux James Wade, la MGM opère une synthèse visionnaire...
Car si le début des années 30 semble fêter l'image scandaleuse du gangster, c'est bien de ces films situés de l'autre côté de la loi que le cinéma allait bientôt devenir friand. En adoptant le ton du film criminel pour conter une histoire profondément morale, et en choisissant de ne pas faire de Blackie un double maléfique, mais bien une sorte d'étrange allié de Wade, on s'approche finalement beaucoup plus de la complexité de l'âme Américaine! Car quand Jim Wade devient procureur général, au lieu de lui déclarer la guerre, Blackie assure son ami de sa fierté à son égard... Un paradoxe qui rapproche le film de la comédie, ce qu'il n'est pas: et pourtant, l'alchimie entre Powell et Loy, qui sont pour la première fois confrontés l'un à l'autre, va également dans le même sens.
Ce qui est typiquement MGM, finalement: un film de gangsters dans lequel force reste à la loi, où la comédie l'emporte sur le drame, et le romantisme des personnages l'emporte sur tout le reste, c'est effectivement peu banal. Mais on ne pourra pas s'empêcher pour autant de constater qu'en choisissant de donner le rôle du criminel (et C'EST un criminel, il le prouve froidement ça et là) à Gable, le film nous oblige à le préférer à Powell. Et pourtant dans les années 20, William Powell n'a jamais été éloigné des rôles de sale type, mais ici, il est tellement vertueux... Donc sous le vernis moral, sous la vertu imposée par Mayer et le sentiment prudent que le cinéma en a fini avec les canailles, on reprend quand même un sacré tour de piste avec la fripouille sympathique, le meurtrier condamné à mort qu'on pardonnerait facilement tant il est à l'aise pour excuser son copain de l'avoir conduit à la chaise électrique... Sous ce Manhattan Meldrama, il y abeaucoup de la morale tordue, souterraine et fascinante du film noir qui ne tardera pas à sortir de sa marmite.
Woody Van Dyke est un cas rare dans le monde de la MGM: un réalisateur solide, certes, ce qui aurait pu suffire. Mais il avait la capacité de se rendre indispensable en tournant toujours à une vitesse impressionnante, en privilégiant l'urgence des premières prises (d'où son surnom de One-Take Woody!), dans un studio où la règle était toujours de raffiner en retournant les films déjà achevés! Et son style, foncièrement nerveux, vous saute au visage dans les scènes en mouvement. Ses trois acteurs accomplis, les uns coutumiers d'un cinéma raffiné et de comédies (Myrna Loy, William Powell), l'autre plus marqué par l'action et l'aventure (Gable), trouvent facilement leur place dans ce cadre où Van Dyke atteint à l'efficacité et la richesse d'un Curtiz, le baroque en moins...
Amusant de constater que ce film sera immédiatement suivi, 3 semaines plus tard, d'un autre chef d'oeuvre de Van Dyke! Mais en William Powell (déjà rompu aux rôles de détectives équivoques à la Warner et la Paramount) et Myrna Loy, le réalisateur avait trouvé les deux perles rares, pour les rôles superbes de Nick et Nora Charles dans The Thin Man!
Et encore plus troublant, comment oublier que ce film, dans lequel Clark gable incarne une vision romancée d'un gangster, est justement le film qu'a choisi de voir le criminel Dillinger, le jour où en sortant d'un cinéma il a été abattu par la police? On peut faire confiance au département publicité de la MGM, ils ne se sont pas privés d'exploiter ce fait...
Dans aucun des romans, dans aucune des nouvelles écrites par Sir Arthur Conan Doyle, Sherlock Holmes n'a jamais dit "Elementary my dear watson", pas plus que "Elémentaire mon cher Watson". C'est comme ça, c'est une légende tenace, mais c'est tellement associé au personnage, qu'on a fini par l'y associer.
Me Tarzan, you Jane, c'est pareil: ni dans le livre, ni dans les bédés, ni surtout dans ce film. Ne cherchez pas, oubliez cette andouille de Christophe Lambert, le (pourtant chouette) dessin animé Disney, les livres la bédé, etc... Tarzan, c'est celui-ci: Johnny Weissmuller, accompagné de Maureen O'Sullivan, sans fils, sans langage ou presque, sans encombrant héritage Greystoke: brut de décoffrage, nu, pas dépourvu devant les dames, il ne lui faut pas longtemps pour comprendre (Et lui faire comprendre sans trop la brusquer) que sa compatibilité avec Jane est inéluctable et ne passe pas nécessairement par une grammaire parfaite.
Le projet revient de loin, totalement assujetti à la présence de tonnes de pellicule ramenées d'Afrique où le réalisateur Woody S. Van Dyke a tourné une partie de Trader Horn. La façon dont les images "authentiques" ont été intégrées à l'intrigue et au découpage de ce film par ailleurs totalement tourné aux Etats-Unis est l'un des étranges mais fascinants témoignages de ce qu'était la MGM lors de son âge d'or. Le film est une construction impressionnante, faite d'aventure sous sa forme la plus classique, dont les héros sont totalement Anglais, de fascination pour l'ailleurs exotique symbolisé par l'Afrique et ses mystères, mais aussi de notations discrètes mais insistantes sur l'esprit colonial: chacun, d'une certaine manière, y trouvera son compte: on pourra pester devant cette tendance à montrer les noirs assujettis qui se réfugient derrière le bwana pour qu'il les protège, tout comme on pourra noter que Jane Parker, qui représente une autre vision de la modernité, se tient à l'écart des comportements ouvertement racistes et apparaît plus ouverte à la différence...
Woody S. van Dyke a probablement ressenti comme une certaine forme de régression en tournant ce film de studio après son équipée délirante en Afrique. Mais en tant que responsable des kilomètres de rushes de Trader Horn, et en tant que véritable baroudeur, il n'avait pas son pareil pour mêler le factice et l'aventure: White shadows in the South Seas était là pour en témoigner. Et il a pu diriger avec une efficacité légendaire le film, qui fonctionne encore plus de quatre-vingts ans après... Les dialogues d'Ivor Novello sont impressionnants, par leur intemporalité toute Britannique, et le jeu permanent avec le non-dit... Sans parler de la simplicité des échanges entre une Anglaise qui se rend compte qu'elle n'a plus à sacrifier aux faux-semblants, face à un bon sauvage qui a tout à coup une soif d'apprendre particulièrement claire.
Et puis on joue avec le mythe, du début à la fin: les membres de l'expédition, venus chercher le cimetière des éléphants, la passe infranchissable qu'il faut ne serait-ce qu'atteindre, parce qu'elle est est tabou dans la région, les tribus versées dans le sadisme le plus cru, et enfin le bon sauvage, qui contrairement à son homologue de bande dessinée, n'est pas un lord Anglais et ne parle pas: il est nu, cru, brut. Et il représente pour Jane qui a l'âge approprié (et tout le matériel nécessaire, ce que Tarzan ne manquera pas de remarquer) l'état de nature le plus idéal qui soit. Un appel criant à la transgression... Jane abandonne tout pour le suivre (Y compris dans les peaux de bêtes de sa tanière), nous aussi. Après, on fera les lectures qu'on voudra de cette recréation d'un mythe ô combien occidental, mais peu importe: il est éternel.
Réjouissons-nous que la Warner vienne de sortir en HD une édition complète de ce film, juste introduite par un rappel: "autre temps, autre moeurs", etc... Bref: prenant les spectateurs pour des adultes responsables, ils ont sorti un film qui est inscrit dans la mémoire de beaucoup, et qui profite particulièrement bien du lifting...
En Afrique, l'aventurier Aloysius 'Trader' Horn (Harry Carey) voyage de jungle en forêt inextricable en compagnie de Peru, le fils (Duncan Renaldo) d'un vieil ami, qui ne connaît ni l'aventure ni le continent, et de Rancharo (Mutia Omulu), son fidèle assistant. Ils rencontrent une vieille excentrique (Olive Golden Carey) qui parcourt l'Afrique pour retrouver sa fille qui lui a été enlevée des années auparavant. Mais quelques jours plus tard, ils vont retrouver le cadavre de la dame, et faire beaucoup de mauvaises rencontres...
Bien que le film soit basé sur un livre, lui-même inspiré de faits réels et d'un personnage authentique et haut en couleurs, on navigue constamment entre romance, aventure, réalisme, et... délire mélodramatique. Bien sûr qu'on croisera la fille perdue, seule blanche à la chevelure dorée à mener une inquiétante tribu à la baguette et préfiguration évidente d'un autre personnage qui sera l'année suivant confiée aux mains expertes de Woody Van Dyke. Mais ce dernier n'a probablement accepté la mission donnée par la MGM que parce qu'elle lui permettait de se rendre en Afrique et d'y tourner le premier film de fiction de l'histoire du continent.
Et quelque improbable que soit le résultat final, il bénéficie grandement de cet état de fait, le metteur en scène, qui avait déjà arpenté l'Ouest sauvage en long, en large et en travers dans d'innombrables westerns, qui avait mené deux tournages à succès dans les mers du sud, et qui n'attendrait pas longtemps à partir pour les solitudes frileuses du Nord du contient Américain, rêvait d'un tel défi! Un défi propre à faire ramener au cinéaste des kilomètres de pellicule quasi-documentaires, souvent présentées dans le film dans le cadre d'un dialogue entre le maître (Carey) et son élève (Renaldo), qui découvre en état d'extase permanente la beauté de l'Afrique et surtout sa faune. Les images ramenées serviront aussi de stock-shots à tous les Tarzan de la MGM, pour dix ans au moins.
Alors maintenant, on peut le dire: n'attendez pas un plaidoyer anti-raciste, ou un film très novateur. Les blancs, ici se comportent en blancs, Anglo-saxons, et la plupart des Africains y sont au mieux assujettis, au pire des sauvages. Il n'empêche, le personnage de Horn échappe quand même à cet aspect, lui qui affiche une tristesse profonde devant la perte d'un ami. Cet ami était noir, et Africain. Un détail, mais c'est toujours ça...
Quand à Edwina Booth, elle a un rôle assez inattendu, à la fois décoratif, culotté, ridicule et humiliant... Elle a par-dessus le marché ramené un certain nombre de maladies du tournage, et je ne parle pas d'un rhume (oui, elle a à peu près le même costume que Tarzan): Trader Horn est donc le film qui a à la fois commencé, et terminé sa carrière.
Dans une île du Pacifique, un métis, Henry Shoesmith (Ramon Novarro), fait de sa vie une sieste sans fin, encouragé dans l'indolence par un climat paradisiaque. Mais les colonisateurs ne voient pas les choses de la même façon, et quand l'Américain Henry Slater (Donald Crisp) débarque, il va essayer de raisonner Shoesmith. En vain, jusqu'à ce que le jeune homme réalise que la pupille de l'autre homme est cette merveilleuse créature (Dorothy Janis) qu'il a vue dans son bateau... Sous l'oeil désabusé de la prostituée Madge (Renée Adorée), qui en pince pour Henry, celui-ci s'essaie à faire des affaires à l'occidentale pour "séduire" celui qu'il aimerait transformer en son futur beau-père... Mais ce n'est pas ce que Slater a décidé pour sa pupille.
De prime abord, ce film tardif de l'époque muette ressemble d'une part à une exploitation pure et simple de quelques thèmes de White shadows in the south seas, du même réalisateur, qui avait eu u certain succès. Le script fait tout pour opposer l'indolence et la douceur de vivre polynésienne, à la rapacité des occidentaux, incarnés à travers la formidable performance de Donald Crisp. D'autre part, c'est aussi sans doute une forme de cadeau fait à Van Dyke qui n'aimait rien tant que de conduire des tournages le plus loin possible du studio, dans des conditions hasardeuses. Le film a été tourné en Polynésie et ça se voit! L'expédition MGM suivante allait le conduire en Afrique pour tourner Trader Horn et des kilomètres de pellicule qui seraient recyclés dans les Tarzan des années 30, dont il a réalisé le premier. Bref: une sorte de petit film pour pas grand chose, qui rendait tout le monde content...
Mais ça va plus loin. Certes, The Pagan n'est pas White Shadows, et les revendications du premier film sont de l'histoire ancienne. La Polynésie du film est sous un contrôle Sino-Occidental bien assumé, et le paradis n'existe plus que dans les têtes, notamment dans celle d'Henry. Novarro est intéressant, parce qu'il joue avec une relaxation évidente un personnage dont la force est précisément son calme et sa philosophie... mais aussi son humour, partagé avec Madge: le personnage de prostituée de René Adorée, qui est formidable dans le rôle, est une clé du film: il y est, en effet, question de sexualité, de sexe et de désir. Dès la première séquence, elle aborde Slater qui lui répond par l'indifférence: on n'a pas l'échange, mais un intertitre seul nous permet de recoller les morceaux de leur conversation hautement censurable: "c'est ça, garde ton argent"... Madge est pour Slater la pire combinaison possible: une blanche qui vend son corps... Car il est raciste.
Le film aussi, vaguement, comme le sont tous ces films Américains situés dans des zones exotiques et qui prennent à témoins les spectateurs, du fait qu'un "blanc" et un polynésien, ce n'est pas la même chose. Pour Slater, Henry a beau être métis, il n'est pas et ne sera pas blanc. Mais dans sa logique, il préfère afin d'éviter que sa pupille ne se marie avec un métis, l'épouser lui-même... Et plus si affinités. Dans une scène très violente, Van Dyke se souvient de Crisp en Battling Burrows, qui assassinait littéralement sa fille (Lillian Gish) à coups de ceinture dans Broken Blossoms de Griffith... Et il joue de l'extraordinaire puissance de l'acteur, qui va lui permettre une superbe ellipse. Slater, c'est le mal, un mal qui se cache derrière un alibi très équivoque: à ceux qui lui demandent si la jeune femme est safille, il répond qu'elle est "son devoir de chrétien"... Mouais.. Elle est surtout une feme polynésienne qu'il a décidé de "blanchir" coûte que coûte! Mais dans ce film, le message du "maverick" Van Dyke est clair: si Henry et Tito, son amoureuse, ont décidé de s'aimer sans passer par l'église, sous le haut patronage d'une prostituée, alors pourquoi pas?
Rien que pour cette largeur d'esprit, on veut bien se coltiner une bande-son qui use et abuse d'une chanson insipide chantée sans conviction par Novarro. Celui-ci, magnifiquement dirigé, est splendide. Dorothy Janis, qui disparaîtra avec le muet l'année suivante, est très bien. Quant à Adorée (elle a vu Sadie Thompson!!) et Crisp, que voulez-vous, ils sont d'une catégorie hors-concours... On apprécier aussi la photo lumineuse de Clyde de Vinna, le complice du cinéaste sur son film précédent.
Quand on aime on ne compte pas? Disons que pour la troisième apparition de Nick et Nora Charles à l'écran, toujours interprétés par William Powell et Myrna Loy, si on excepte le fait que le couple est désormais doté d'un bambin qui promet et qui s'appelle Nick Junior (le père explique l'arrivée du fiston en disant que le chien avait peur de s'ennuyer), il n'y a ici rien de nouveau...
Donc il y a une intrigue, totalement accessoire et joyeusement alambiquée, un nombre phénoménal d'occasions de boire en bon alcoolique mondain pour Nick, des fausses querelles, de l'humour et une réalisation totalement impeccable. On pourra regretter que la machine à broyer de Louis B. Mayer ait commencé à faire son oeuvre en demandant aux scénaristes un peu de mesure dans le subversif, mais ça reste un spectacle très agréable...
Comme son titre l'indique sans prendre trop de gants, ce film est l'inévitable suite du film de 1934 The thin man qui introduisait les personnages de Dashiell Hammett, Nick et Nora Charles. C'est la première de cinq suites, qui sont bien dans l'esprit des "franchises" développées par la MGM de Louis B. Mayer entre les années 30 et 40: Dr Kildare, Tarzan...
L'intrigue est de nouveau l'occasion de fouiller dans les squelettes familiaux d'une bande de personnages traités avec la dent dure d'une comédie de situation assez corrosive, même si l'accent, deux années après l'introduction du code de production, est porté sur la respectabilité de la famille, cette fois, plus que sur ses turpitudes... On cherchait autrefois le meurtrier du père divorcé, on cherche cette fois à trouver qui a commis l'assassinat du mari dissolu... dont pas une occasion ne manque pour souligner le fait qu'il ne manquera décidément à personne!
En parlant de famille: deux indices insistent sur le fait que la série est devenue une vraie occasion de sortir en famille: un épisode situé dans l'introduction du film, met en vedette Asta, le chien des Charles, un vrai cabotin. Un intermède certainement destiné à attirer les enfants vers la série... mais l'anecdote montre quand même qu'Asta, lui, a aussi de sérieux problème conjugaux en même temps qu'une impressionnante descendance...
L'un des intérêts, au-delà du plaisir constamment renouvelé de retrouver Nick, Nora, et leur consommation déroutante de produits liquides (qui tourne à l'avantage de Nick, partant du principe qu'un alcoolique masculin fait toujours plus rire qu'une alcoolique, fut-elle interprétée par Myrna Loy), reste le rôle confié à James Stewart, sur lequel j'aurais beaucoup de choses à dire... si je ne craignais d'en révéler trop. Disons en tout cas que parmi ces gens comme il faut, des oisifs richissimes, David est celui qui a choisi d'admirer les arts, si j'en crois sa collection entrevue chez lui. Et il n'est décidément pas comme les autres: il y a du message subliminal dans l'air, un peu rance, mais bien de son époque.
Pour le reste, disons que le film, en étant clairement un peu moins bon, reste du divertissement impeccable de fort bon niveau...
Al Jennings (1863-1961) était un bandit. Du moins, entre le printemps et l'automne de 1897: révolté après la mort de son frère l'avocat Ed Jennings, lui et son frère se sont mis à attaquer des banques et des trains, avant d'être capturés en novembre, et envoyés au pénitencier. Libérés par le président McKinley et réhabilités par le président Roosevelt (Theodore), les deux hommes auraient pu se fondre dans la masse et se faire oublier...
Ce serait beaucoup demander à Al Jennings: celui-ci avait des histoires à raconter, et pour commencer la sienne, ou du moins les versions qu'il lui plaisait de colporter... Car dans son optique, leur cavale miteuse devenait systématiquement épique, et de deux sales gosses attardés, en colère ou en rébellion plus ou moins circonstancielle contre la société, on passait volontiers à une relecture de Robin des Bois, en plus flamboyant encore... Après quelques tentatives malheureuses d'entrer en politique, Jennings a profité de sa notoriété acquise avec un article du Saturday Evening Post, pour... entrer en cinéma!
Le premier de ses films, Beating back, a eu un certain succès; il est aujourd'hui perdu... Mais le deuxième long métrage d'importance associé à Jennings, celui qui a la réputation d'être le meilleur, c'est ce film de cinq bobines produit par l'ex-bandit lui même, et qui le fait revivre un épisode marquant de sa (courte) carrière d'outlaw... Mis en scène par un jeune réalisateur, qui avait un peu traîné sur les plateaux de Griffith, c'est plus un témoignage sans concession sur la vie à la dure de la Frontière, qu'une aventure de ce pauvre Jennings, qui traverse le film en se faisant beaucoup moins voir que son frère Frank...
Al et Frank Jennings font un coup dans une petite ville, et cherchent à échapper à leurs poursuivants: ils se réfugient dans le désert auprès d'une jeune femme et de son fils. Elle vit dans une extrême misère, dans une cabane creusée à même le sol, et n'a plus rien à manger. Les deux frères décident de lui venir en aide, et pour ça vont organiser un casse de la banque qui l'a mise sur la paille...
Je vous le disais: Robin des Bois! Mais l'intérêt est vraiment ailleurs, dans la façon dont Van Dyke se réfugie dans un naturalisme jamais excessif et tellement plus efficace que le romantisme louche de William Hart, et dans la poésie rugueuse qui se dégage de ces décors plus authentiques que jamais. La vie à la dure fascinait déjà le jeune metteur en scène, et l'inspirait...
Quant à ce pauvre Al Jennings, il est sans doute bien plus intéressant en tant que conteur qu'en tant que bandit... Ca peut, et The lady of the dugout en est la preuve, faire un bon film!
Dans le flot impressionnant des films de la MGM des années 30, qui il faut bien le dire avaient tendance à se ressembler furieusement, se trouve parfois une pépite inattendue, et les ex-nageurs olympiques n'y sont pas forcément forcés de grimper aux arbres... Ce film est une merveille, de bout en bout: Nick et Nora Charles viennent de se marier, et le détective va donc se ranger. Mais c'est compter sans le destin: une jeune amie (Maureen O'Sullivan) de la famille a perdu son père, et l'instinct de limier de Nick Charles ne peut pas s'empêcher de se mettre en route... Surtout qu'il y est poussé par son héritière d'épouse qui entre deux (ou trois, ou quatre) cocktails, s'ennuie un peu.
Les enquêtes de Nick (et Nora Charles) ont un petit je ne sais quoi de suranné, d'Herculepoirotien qui devrait être répulsif: il s'agit de whodunits classiques, dans lesquels on aura beau faire, le spectateur ne trouvera pas la solution de l'énigme. Elle nous sera donnée par Nick (William Powell), triomphal, au cours d'un repas bien arrosé. Et une fois le coupable du crime trouvé, on l'oubliera aussitôt. Non, l'essentiel, c'est bien sur le comportement gentiment asocial de Nick et Nora (Myrna Loy), et le fait que, flanqués de leur chien poltron Asta, ils se promènent de palace en palace en maintenant une soûlographie exemplaire: à ce titre, la première vision de Nora, en robe du soir, digne et belle (Je le redis, c'est Myrna Loy!!!!) demandant à Nick combien de Martinis il a bu afin de rattraper son retard, donne le ton.
Dans ces obscures histoires de meurtres en famille, marqués par une ambiance pas éloignée du film noir, on est à l'affût des échanges pleins de double-sens salaces entre les deux tourtereaux, et de leur manie de commencer, partout ou ils arrivent, par vider le contenu de tous les verres présents.
Et Woody Van Dyke, l'un des metteurs en scène les plus efficaces et économiques de la planète cinéma, réussit à assumer un tournage parfaitement cohérent, en privilégiant systématiquement des scènes domestiques: car l'essentiel du propos, un brin subversif (et qui sera maintenu dans les films suivants une fois le filon devenu une franchise rentable) est de fouiller dans des placards de familles en apparence dignes, mais les dits placards sont bien sûr remplis de squelettes. Face à cette débauche, seuls remparts de la dignité humaine, Nick et Nora, invitations vivantes à une vie entière consacrée aux vices combinés de la drague et de l'alcool mondain, font donc figure d'exemples à suivre...
C'est curieux de voir à quel point ce film, pourtant servi par des personnalités de premier plan, et non des moindres, n'a pas bonne presse... C'est vrai qu'aujourd'hui on tend à préférer les films antérieurs de Claudette Colbert, et les films postérieurs de James Stewart. Et Van Dyke, qui toute sa carrière a mérité le surnom de One-take Woody, car il tâchait toujours de ne faire qu'une prise de chaque plan, ce qui le rendait systématiquement efficace, est toujours plus ou moins soupçonné de bâcler ses films, ce qu'on pourrait accuser John Ford (Qui l'a d'ailleurs souvent fait, et sciemment) d'avoir fait aussi... Les hypothèses pour expliquer ce désamour persistant sont nombreuses: Le mélange des genres? Un James Stewart pas vraiment conforme à l'idée qu'on se fait de lui? L'idée fausse que Van Dyke n'était pas doué pour la comédie? des soucis de vraisemblance dans le scénario? une année particulièrement encombrée en matière de films importants ce qui expliquerait qu'on soit particulièrement exigeant?
Le film nous conte une intrigue qui est d'abord celle d'un film policier: un milliardaire récemment marié est soupçonné du meurtre de sa maîtresse, mais c'est précisément un piège organisé par sa nouvelle épouse qui n'attend rien d'autre que l'exécution de son cher époux pour rafler la mise. Un détective, Guy Johnson (James Stewart), un détective assigné à la protection du milliardaire, se doute qu'il y a une machination derrière tout cela, et bien qu'il soit lui aussi en état d'arrestation pour avoir tenté d'aider son employeur à fuir, s'évade dans le but de prouver l'innocence de son client. Il va faire une rencontre, qui va être déterminante bien sur, celle d'une femme, Edwina Corday (Claudette Colbert), poétesse farfelue, qui tombera très vite amoureuse de lui, et va tout faire pour l'aider... Provoquant quelquefois des catastrophes...
La star du film, si on en croit l'ordre dans lequel les noms sont mentionnés au générique, c'est bien sur Claudette Colbert, et Stewart était encore dans ses années d'apprentissage. Ce dernier avait déjà tourné avec Van Dyke, et interprète ici un rôle de détective dur et pas vraiment sympathique, mais le film va vite, et on apprécie assez rapidement le personnage, d'autant que Edwina Corday est une gaffeuse de première! Par contre, la rapidité avec laquelle le personnage formule des intuitions qu'il me semble malaisé à motiver, et qui correspondent point par point à la réalité de l'affaire, est parfois embarrassante. Van Dyke, qui avait l'habitude avec sa série des "Thin man" (Dont il a réalisé quatre des six films) de mélanger adroitement intrigue policière et comédie farfelue, semble avoir ici trouvé la bonne formule dans ce film: la première demi-heure expose toute l'intrigue, les personnages et leurs rapports, permettant aux deux tiers restants de plonger avec bonheur dans le loufoque. On retiendra en particulier les séquences dans lesquelles Stewart se déguise en scout myope, ou il est assez proche d'un Cary Grant. Et le casting est celui d'une comédie, avec en particulier l'aide de Edgar Kennedy, et de Guy Kibbee, deux spécialistes du genre. Le film est séduisant, avec sa situation qui n'est pas sans rappeler une sorte de It happened one night qui serait mâtiné de The 39 steps, et ça, franchement, c'est quand même une bonne incitation à vouloir voir ce film... non?