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  • : Allen John's attic
  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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27 septembre 2026 7 27 /09 /septembre /2026 16:16

Sonoko (Kyoko Kishida), une épouse assez traditionnelle, se confie à un homme âgé, un romancier... Elle lui raconte par le menu sa rencontre avec Mitsuko (Ayako Wakao), une jeune femme assez libre, qui la fascine. Elles instaurent l'une avec l'autre un jeu de domination érotique mutuelle... Le mari de Sonoko, Kotaro (Eiji Funakoshi) s'interroge et commence à se plaindre, il dit qu'il essaie de comprendre la relation des deux femmes. Mais très vite, il se révèle que non seulement les deux jeunes femmes manipulent le mari, mais en prime, Sonoko se sent manipulée par Mitsuko, et même par d'autres...

Le film, orné de couleurs fabuleuses, se situe dans une oeuvre, celle de Masumura, qui a toujours entremêlé une certaine tendance à l'érotisme sous contrôle et des intrigues poisseuses de domination baroque. A ce titre, la domination ici, semble être celle de Mitsuko sur Sonoko, et bien sûr le témoignage qui lance le film, l'ensemble de l'intrigue étant un flash-back, va nous donner l'impression que Sonoko a besoin d'aide... Il était sans doute gonflé pour un film de se lancer dans une exploration des amours lesbiennes de deux femmes, en 1964, même si il eut sans doute été bien plus difficile à faire passer, au Japon à l'époque (mais aussi dans le reste du monde!) une intrigue entre deux hommes... 

Et pourtant, dans cette intrigue folle, où virages, tromperies, mensonges, et autres traîtrises, s'enchaînent à cent à l'heure, cette lecture d'un amour fou entre deux femmes n'est sans doute que l'élément le plus simple, le plus facile même, à avaler!

Car d'une part dans son témoignage, Sonoko nous donne à voir la façon dont chaque manipulation mène à une autre, à travers une mise en scène qui se joue du montage comme d'un rien: les champs-contrechamps, en particulier, donnent à voir un ialogue entre trois ou quatre personnes: un plan en champ nous montre Sonoko parler au romancier, le contrechamp nous montre son mari qui lui répond, et parle... ensuite au lieu de Sonoko, désormais c'est Mitsuko. Au lieu de semer la confusion, le dispositof souligne admirablement les enchaînements de manipulation.

D'autre part, cette intrigue dont Sonoko prétend être la victime, une intrigue qui se finit dans la mort inattendue de certains protagonistes, c'est, après tout, elle qui a survécu. C'est elle, aussi qui la raconte... alors?

 

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Published by François Massarelli - dans Yasuzo Masumura
24 août 2021 2 24 /08 /août /2021 09:09

Une jeune modèle (Midori Mako) présente une exposition de photographies: elle avoue avoir outrepassé un peu les limites de son bon vouloir pour prendre des poses érotiques, enchaînée, livrée à la caméra; elle rencontre un homme aveugle (Eiji Funakoshi) qui inspecte avec les doigts chaque recoin d'une statue la représentant, posée dans le lieu de l'exposition. Plus tard, elle veut se faire masser: le masseur qui vient pour elle est le même homme. Il la drogue, la kidnappe, et la séquestre avec l'aide de sa maman dévouée (Noriko Sengoku). Il pense qu'elle a un corps parfait et a décidé de la sculpter...

Pour bien qu'on comprenne l'implication dans cette dernière info, je rappelle donc que le protagoniste dont il vient d'être question est aveugle. Pour lui, "voir" le corps de la jeune femme implique de le toucher, afin d'en reproduire les contours. Et le studio dans lequel il va la sculpter est un endroit monstrueux, impossible, une sorte d'immense atelier dans lequel la décoration est faite de corps féminins entièrement nus, gigantesques, et de myriades de détails, nez, yeux, seins, mains, en grappes sur les murs: c'est très perturbant. 

Le film nous conte, avec trois personnages, la possession artistique. D'un modèle par l'artiste, mais aussi le contraire. Le geste artistique y est un acte de violence barbare, contre le gré de la jeune modèle. On tourne assez rapidement autour de la notion de viol, parce que dès leur première entrevue, le sculpteur confond l'acte technique de reconnaissance (le toucher) et l'expression de son désir. Et le modèle ne tarde pas à le suivre dans cette direction...

Il faut donc s'accrocher, d'autant que le geste artistique dont je parlais tout à l'heure, finit par dégénérer en fiesta un peu cannibale, ce qui était peut-être attendu, mais reste quand même un peu lourd à digérer. Peut-être cela passera-t-il mieux avec une solide dose d'humour...?

 

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Published by François Massarelli - dans Mettons-nous tous tout nus Yasuzo Masumura
24 juin 2021 4 24 /06 /juin /2021 09:11

Otsuya, fille d'un marchand, décide de fuir le domicile familial avec son bien-aimé Shinsuke, l'apprenti de son père... Il est vrai qu'elle n'en fait qu'à sa tête, parce que ce n'est sans doute pas ce pauvre Shinsuke qui aurait pu y penser tout seul! Ils se réfugient chez un "ami", Gonji: mais ça va très mal se passer, d'une part parce que Gonji va tenter de la violer, ensuite parce que ce dernier, pour détourner l'agacement bien compréhensible de son épouse, va finalement vendre Otsuya à un proxénète, et tenter de tuer Kinshuso.

Avant de pouvoir commencer à recevoir des clients, Otsuya doit passer par les mains du tatoueur Seikichi: celui-ci lui dessine une gigantesque araignée-femme assoiffée de sang sur le dos... Et au vu des conséquences, ce n'était pas une très bonne idée...

C'est par la scène du tatouage que le film commence, permettant d'assumer tout de suite l'importance considérable du tatouage dans l'intrigue. Si le film n'est jamais ouvertement un film fantastique, le doute reste permis... Occasionnellement, Otsuya va d'ailleurs le dire: ce n'est pas moi, c'est l'araignée... Pourtant dans le film son personnage assume sa volonté et sa puissance, ainsi que son effet sur les hommes. Désir, sexualité, meurtre, tout se confond dans une intrigue qui ne se départit jamais totalement d'une certaine ironie. Le script est dû à Kaneto Shindo, qui s'est inspiré d'un roman de 1910 de Jun'chiro Tanizaki; de fait, ce film sur une meurtrière singulière militante malgré elle d'une certaine forme extrême de féminisme, est un peu dans le prolongement de son célèbre Onibaba...

Mais Masumura, contrairement à Shindo, n'ancre pas son film dans une vision naturaliste exacerbée; pour commencer, il utilise la couleur, avec une maîtrise impressionnante, en donnant à chaque scène un aspect inoubliable, favorisant ça et là des grandes giclées de rouge (ben tiens!), de bleu, de jaune... Les couleurs primaires ne sont pas les seules convoquées pour ces compositions, mais elle sont un peu les arbitres de la confrontation! Et chaque geste, chaque mouvement, dans une mise en scène de grande précision, acquiert un statut de rituel particulièrement défini... A commencer bien sûr par le tatouage qui donne son nom au film, mais aussi les déshabillages fréquents.

Une constante, c'est l'exposition du dos nu de l'actrice Ayako Wakao, répété et sacralisé, un dos montré au détriment de toute autre partie du corps, comme un semblant de promesse, mais qui finit par prendre toute la place et exclut toute fin heureuse au commerce de la chair, comme l'araignée en quelque sorte, qui a tendance à régler leur compte à tous les hommes qui s'aventurent... Un dos laiteux, filmé au plus près de la peau, voilà l'image qui ressort le plus souvent de ce film baroque et hautement recommandable...

 

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Published by François Massarelli - dans Yasuzo Masumura