C'est un conte médiéval, raconté presque sans une parole... Deux jumeaux sont nés dans un château, mais un maraudeur s'introduit pour les prendre, et ne réussit qu'à en emmener un seul. Sur la route, il le perd et s'enfuit sans demander son reste. Le petit est sauvé par... un cochon.
Les deux jumeaux grandissent à quelques centaines de mètres l'un de l'autre, l'un en oisif dans son château, l'autre en trimant aux côtés de son copain le cochon... Mais quand la guerre se déclare, l'un va se trouver obligé de se battre pour l'autre alors que l'autre, pendant que "ses gens" se battent pour lui, va se défiler...
Reste l'inévitable question: quand vont-ils se rendre compte qu'ils sont frères?
Dans un Disney, ce erait pertinent, mais ici, si quelqu'un s'en aperçoit effectivement, ça ne joue pas en la faveur de la réputation de celui des deux qui a de la richesse... Le film joue souvent sur des split-screens, avec une certaine adresse, et se terminera malgré tout par une morale, mais ce ne sera pas "et ils vécurent riches et en bonne harmonie"...
En apparence, un programme typique de ce que la BBC a toujours su concocter pour les pré-scolaires: deux personnages fantaisistes, aux noms volontairement courts et simples, et une voix de narratrice qui énonce clairement et simplifie pour la compréhension des petits l'action qui est présentée à l'écran.
Sauf que l'action en question, c'est une rivalité vicieuse entre les deux bestioles, ce qui donne parfois des moments de grand décalage: "mais qu'est-ce que Pib a derrière son dos? Pog aimerait bien le savoir... Mais oui, c'est bien un baquet d'acide sulphurique!! Les coups, les horions et bosses sont de plus en plus violents au fur et à mesure du déroulement du film...
Je dois admettre que mon moment préféré implique un tapis de fakir avec de très gros clous. ...Ou comment des animateurs inspirés (les équipes de Aardman, donc) peuvent se permettre de rouler dans la farine le "style BBC"... Par contre la fin en forme de sortie de fiction ne me semblait pas forcément du plus grand intérêt...
On s'apprête à organiser, à Tottington Hall, une compétition du plus beau légume géant, à laquelle participent beaucoup dans la population, dont le pasteur local ou encore Lady Tottington elle-même... Ainsi que Gromit. Avec son homme, Wallace, celui-ci a créé Anti-Pesto, une force d'intervention de choc dont la population apprécie la façon de protéger leurs carottes, courgettes et potirons contre la vermine rongeuse de tout poil, principalement des lapins...
Alors que Wallace et Gromit interviennent chez Lady Tottington (devant laquelle Wallace n'est pas de marbre) pour la débarrasser d'une trentaine de lapins, un conflit se fait jour entre la dame et son fiancé, Lord Victor Quatermaine: alors que la propriétaire des lieux souhaite se débarrasser des lapins en douceur, et sans les tuer, Quatermaine, chasseur (donc on l'aura compris, c'est lui le méchant) ne voit pas d'autre solution que de se débarrasser d'eux en satisfiant ses bas instincts de massacreur... Mais Wallace, toujours en quête de solutions technologiques, trouve une solution simple, et décide de la raffiner plus avant en cherchant à priver les lapins de tout goût pour les légumes... Une invention génialement idiote qui aura des conséquences... Et quelques temps plus tard, un lapin géant (identifié par le pasteur comme étant un lapin-garou) décime désormais les cultures de tout le quartier... Wallace, Gromit et bien sûr l'affreux Quatermaine se mettent en tête d'agir...
Dès le départ, le film adopte la structure et la dynamique d'un film d'horreur, sans céder le moindre pouce de terrain sur le fait que Wallace et Gromit restent destinés à un public familial... Ca peut paraître difficile en soi mais c'est le défi du film, un défi parfaitement relevé. J'ai coutume de penser que Wallace et Gromit dans leurs films ne font que pointer du doigt une réalité de la Grande-Bretagne, mais surtout de l'Angleterre: l'obsession est un trait tellement Britannique... Depuis l'obsession de Wallace pour le fromage ou les inventions, jusqu'à celle de nos protagonistes pour les légumes, de Quatermaine pour le fait de zigouiller les bêtes à plumes ou à poils, en passant par les pâtisseries dans A matter of loaf and death... C'est donc illustré dans ce film à travers le fait que toute vie semble soumise à la préparation d'une compétition de légumes, un fait qui devient plus important que tout, et qui obsède la population. Cela donne évidemment un enjeu au film, ce que le spectateur peut comprendre, et a un côté tellement farfelu qu'il est impossible de le prendre soi-même au sérieux. C'est de la même façon que dans The lady vanishes, Hitchcock rendait les deux personnages de Charters et Caldicott parfaitement loufoques à cause de leur obsession pour le cricket...
Le "lapin-garou", donc, est une bestiole drôle, énorme, visuellement très réussie... et obsédée par les légumes, plus que n'importe quel personnage du reste, et ça il fallait le faire... Ca a aussi permis à l'équipe de se surpasser dans la gestuelle, notamment lors de transformations hilarantes, dont il faut rappeler qu'elles ont du être animées images par images... Oui, il faut le rappeler tant on a tendance à l'oublier! Le film nous le rappelle d'ailleurs constamment, car contrairement à la décision prise pour Chicken Run, à l'exigence des commanditaires de Dreamworks (même si ça reste une impeccable réussite), ici Nick Park n'a pas cherché à gommer l'imperfection visible du travail de la plasticine, un détail qui fait partie intégrante des aventures de Wallace et Gromit... Comme pour enfoncer le clou, Nick park se livre à une parodie de King Kong (1933), qui ne fut pas le premier film en "stop-motion", mais qui reste quand même un étendard du genre...
Le film fait donc semblant de fournir du frisson et le fait bien, car comme d'habitude la mise en scène de Nick Park est absolument excellente, parfait équilibre entre le récit et ses à-côtés, entre une certaine science du gag et une caractérisation complète des personnages... Nick Park a prouvé depuis The wrong trousers en 1993 qu'il maîtrisait les codes, le rythme particulier du film noir et du film à suspense, et n'a jamais peur de réaliser des séquences d'action (dont l'animation prend sans doute environ une année pour quelques minutes): ici, il n'est pas en reste... Ajoutons à ça le travail des voix, de Peters Sallis (Wallace) d'abord, mais aussi de Ralph Fiennes (Quatermaine) et Helena Bonham-Carter excellente en Lady Tottington. Ces voix renforcent le côté essentiellement Anglais, sorte de dernier rempart d'une Albion pas si perfide, mais ô combien éternelle. Peter Sallis, d'ailleurs, se voit donner une occasion de se livrer à une auto-parodie amusante en effectuant également, mais avec une voix accélérée, le doublage du lapin "Hutch" que je vous laisse découvrir.
Bref, l'Angleterre éternelle, vue du côté des potagers et des fromageries, au volant d'une Austin A 35, puisque la Ford Anglia était déjà prise par la saga Harry Potter... L'Angleterre des pasteurs louches (et qui comme de juste, comme le premier Van Helsing venu, ont dans leur bibliothèque un ouvrage qui détaille les créatures maléfiques auxquelles ils pourraient être confrontés), des dents proéminentes, des concours ruraux idiots, du thé et des cardigans, bref: de Wallace et Gromit.
Connu aux Etats-Unis sous le titre (plus explicite d'ailleurs) de The pirates! In an adventure with scientists! -le ponctuation est d'origine-, ce film est bien évidemment doté d'un titre Français qui est comme toujours à côté de la plaque: Les pirates! Bons à rien, mauvais en tout... Il nous vient des studios Aardman, qui furent un temps le garant (Européen) d'une animation en volumes, et qui obtinrent de grands succès avec plusieurs films de Wallace et Gromit, mais aussi avec Chicken Run en 2001. Peter Lord, le principal fondateur du studio, est d'ailleurs intervenu sur les films, souvent mieux cotés, de Nick Park, le créateur des personnages fétiches de la troupe...
Sous le règne (qui a subi un traitement drastique d'élasticité temporelle qui débouche sur un certain nombre d'anachronismes tellement gros qu'ils en deviennent réjouissants) de Victoria (Imelda Staunton), on chasse plus le pirate que le moustique en grande-Bretagne. La Reine semble sérieusement prendre ombrage du fait que le pays, bien qu'il ait réussi à étendre sa somination sur les océans de la terre entièredoit composer avec des pirates qui échappent bien sûr à toute loi...
Nous faisons donc la connaissance d'une joyeuse bande de pirates, menés par un capitaine qui est justement nommé "le capitaine des pirates" (Hugh Grant)... Tous ses compagnons sont nommés de façon assez arbitraire, le second (Martin Freeman) étant par exemple doté du sobriquet "Number 2", et on verra même dans la bande un pirate doté d'une fausse barbe qui est nommé "Surprisingly curvaceous pirate" ("pirate aux courbes étonnamment voluptueuses"... Ashley Jensen)... Ces pirates ne sont effectivement pas très efficaces, mais ils décident, en tout cas leur capitaine en prend la décision, de participer au concours annuel du meilleur pirate... Le capitaine ayant perdu toutes les compétitions depuis 20 ans, et la concurrence y étant rude, l'équipage n'y croit pas plus que ça.
Le concours est basé sur le butin, les pirates se mettent donc en quête d'un bateau à piller, mais redoublent (voire retriplent) de malchance. A la fin ils attaquent un vaisseau qui transporte Charles Darwin (David Tennant) et s'apprêtent à se débarrasser de lui par le très rigolo supplice de la planche, mais il aperçoit alors le perroquet du capitaine et se rend compte qu'il s'agit...
...D'un dodo. Sous la pression de Darwin, le capitaine se motive donc pour un nouveau concours, et va présenter une contribution à une compétition Londonienne de découvertes scientifiques...
C'est particulièrement tordu, donc, et irrévérencieux au possible. Peter Lord, dans Chicken run, était plutôt le responsable des gags et du rythme par opposition à Nick Park qui veillait sur les personnages et l'intrigue. Ici, en roue libre le réalisateur peaufine clairement la dose de rigolade avant tout, d'où un parti-pris de ne rien laisser de côté. Le film ne fait donc pas toujours dans la dentelle... Mais c'est partie intégrante de son charme, et comme en prime les acteurs engagés pour fournir les voix sont particulièrement intéressants (ajoutez à ceux déjà cités, les noms de Brian Blessed en "roi des pirates", Salma Hayek en une concurrente du Capitaine, et de Brendan Gleeson qui incarne l'un des pirates du bateau qui nous intéresse), on passe un très bon moment loufoque à condition de ne pas être obsédé par la rigueur historique.
En vrac: mêler Victoria avec des pirates qui sont visuellement inspirés du XVIIe et XVIIIe siècles, faire de Victoria une obsédée de la mainmise maritimie (qui lui a été servie sur un plateau) alors que justement ça aurait plutôt été le cas de l'angleterre du siècle précédent, et enfin faire se croiser dans le même fuseau temporel John Merrick, Napoléon, Jane Austen... Il fallait l'oser. C'est donc tout pour les gags, on l'aura compris, donc ce n'est pas grave. Un esprit joyeusement frondeur règne sur l'ensemble, et ça va loin: de façon particulièrement dramatisée, on nous présente une sorte de société secrète, qui regroupe des dirigeants (Napoléon et Victoria en tête!) et qui consomment la viande d'animaux en voie de disparition, dans ce film, ce qui va donner un enjeu délirant à son dernier acte. C'est quand même basé sur une auhentique confrérie d'étudiants de Cambridge, le "Glutton Club", dont faisait partie...
...Charles Darwin.
Pour finir, le film précise en toute fin de pellicule que le tournage ne porte aucune responsabilité dans l'extinction des dodos. Voilà qui est rassurant...
Cinquième (et pour l'heure, dernière) histoire de Wallace et Gromit, A matter of loaf and death (un jeu de mots autour du titre d'un chef d'oeuvre de Michael Powell, et de Loaf, le mot qui désigne une miche en anglais) retourne après The curse of the were-rabbit au court métrage de trente minutes, un format qui sied particulièrement à l'univers des deux héros. On y retrouve donc les habitudes: le chien et son homme se sont lancés dans une nouvelle entreprise, cette fois ils sont boulangers-pâtissiers; et c'est une assez mauvaise idée car un cereal-killer, qui exécute un à un tous les boulangers, rôde... C'est le moment qu'a (mal) choisi Wallace pour tomber amoureux d'une femme qu'il a reconnue comme étant l'ancienne actrice qui incarnait une publicité pour une farine légère...
Mise en scène à la précision diabolique, "englishness" jusqu'au bout des doigts, supériorité affichée de l'animal muet sur l'adulte bavard et fromageovore, jeu permanent sur l'univers choisi (ici la confection de pain, et les animateurs n'en perdent pas une miette), et un script solide, c'est en tous points une réussite certaine, qui réjouira de la même façon que les films de court métrage précédents, tout en offrant une atmosphère parfois franchement surréaliste dans certaines scènes...
Le sixième long métrage d'animation des studios Aardman prend sa source dans une série d'animation pour la télévision Britannique, qui est elle-même une petite merveille... Mais Shaun the sheep, en réalité, est un spin-off. Rappelons-nous la fin du moyen métrage Wallace & Gromit: A close shave, de Nick Park (1995): un mouton plus intelligent que ses congénères fait son apparition, et Wallace le baptise Shaun... Mais cette série évolue dans un autre univers, toujours aussi Britannique, dans lequel Shaun est le mouton qui mène par son intelligence le troupeau d'une petite ferme, sous la responsabilité d'un fermier, lui, pas vraiment intelligent! Ces aventures qui ne dépassent pas une dizaine de minutes sont remarquables pour leur humour muet, basé sur une observation tendre du quotidien de la petite ferme... Pourtant, le film quitte justement cet environnement bucolique pour amener Shaun et sa troupe (Les moutons, mais aussi le chien Bitzer, et bien sur le fermier improbablement humain) dans une grande ville, qui s'appelle justement The Big City.
Le film commence par une évocation de la jeunesse de Shaun et Bitzer, nés à la même période, et leurs débuts dans la vie semblent marqués par une camaraderie, et une joie de vivre, qui fait défaut avec le temps: la routine s'est installée, et les moutons ne supportent plus leur fermier. Shaun se dit qu'il serait bon de pouvoir se reposer, il imagine un stratagème, par lequel les moutons endorment leur fermier, le posent dans une caravane, et prennent possession de la maison... Mais ça va être un fiasco, d'autant que la caravane part toute seule avec l'infortuné fermier, vers la grande ville... Où les moutons vont se rendre pour le récupérer, mais ça ne va pas être facile: il est amnésique, suite à un accident survenu à son réveil, et la ville, où patrouille un dangereux psychopathe de la fourrière, n'est pas un endroit confortable pour une troupe de moutons...
L'animation est impeccable, comment aurait-il pu en être autrement... Mais la mise en scène de ce film obéit d'abord à une série de règles rigoureuses, toute respectées à la lettre: pas de dialogues, juste des borborygmes indicateurs de communication. Les gags s'enchaînent à un rythme soutenu, sans pour autant étouffer le spectateur, et l'humour y est multiple: de situation, d'observation, jamais vulgaire, toujours inventif. L'impression d'assister à un concentré d'Angleterre, qui fait le charme des films du studio depuis les années 90, est toujours là, sans aucun des clichés du genre: contrairement à Wallace & Gromit, Shaun le campagnard vit dans l'Angleterre d'aujourd'hui, et le film se moque gentiment de nos travers actuels, avec tendresse mais impitoyablement! Et surtout le film est visuel, comme les burlesques muets, comme les films de Tati, et c'est un bonheur, qui plus est à partager en famille... Bref, une merveille.