Naufragés sur un radeau, Popeye et Olive arrivent sur une île où règnent en maîtres les animaux sauvages... Du travail en perspective pour le marin et ses épinards.
C'est brut de décoffrage, et décidément le style des fères Fleischer, tout en mouvement, est très singulier. Contrairement aux Betty Boop de la même période, ce film est assez court, et en dehors des crédits, dénués d'effets de relief... Il est surtout consacré à une sorte de rêve éveillé, et profondément hallucinatoire, dans lequel Popeye, méthodiquement, massacre tous les animaux qu'il croise: au point d'en faire une collection d'hiver de manteaux!
Un cas d'école... Bosko est le premier personnage de dessin animé qui ait compté à la Warner, un petit bonhomme de cartoon créé par Harman et Ising et quiest assez indistinct. C'est à lui que revint l'insigne honneur d'être le premier à prononcer That's all, folks!, la phrase signalant la fin des films. C'est également lui, bien sûr, qui a inauguré la série des Merrie Melodies, destinée à une longue et pretigieuse carrière...
Ce film est le meilleur que j'aie vu des aventures du petit Bosko, ici il est à la fois organiste dans un cinéma et le présentateur du spectacle de films qui est montré à un public qu'on ne verra jamais: un dispositif que reprendra Tex Avery en 1940 dans son dernier film en noir et blanc Porky's preview... On y voit donc une chanson (We're in the money, de Gold diggers of 1933) interprétée par Bosko avec l'aide du public, des actualités loufoques, un court de Haurel et Lardy, et un mélodrame dans lequel un Simon Legree de pacotille ("Dirty Dalton") menace une pure jeune femme... C'est rigolo, enlevé, et dynamique. L'animateur Friz Freleng fait admirablement son boulot...
...Ce ne sont pourtant pas ces multiples bonnes raisons qui ont fait passer ce film à la postérité: lorsqu'il voit "Dirty Dalton", Bosko éructe une interjection qui fera date: on ne sait pas exactement ce qu'il dit. Logiquement, il devrait dire par exemple "The dirty mug!". Il dit à un autre moment, The dirty cur, qui désignerai un chien bâtard, et le erme est d'ailleurs présent dans un intertitre.
Mais ce qu'on entend, c'est assez clairement "The dirty F...". Les historiens s'écharpent sur le sujet...
Letty Lynton, une jeune Américaine (Joan Crawford) réside en Amérique du Sud, et peine à quitter son amant Emile Renaul (Nils Asther). Sa seule solution est de partir et de quitter le pays... Elle embarque en compagnie de sa fidèle domestique Miranda (Louise Closser Hale), direction New York... Sans savoir qu'Emile l'a suivie et s'est, lui aussi, embarqué. Sur le bateau elle rencontre Jerry Darrow (Robert Montgomery), un riche héritier, et c'est le coup de foudre... Mais à l'arrivée, elle croise Emile...
Pour commencer, situons les choses, car on dit beaucoup de bêtises sur ce film: non, il n'a pas été censuré pendant 90 ans! Il a fait l'objet d'un procès en plagiat. Le script du film, bien que tiré d'un roman de Marie Belloc Lowndes (The Lodger, c'est à l'origine un de ses romans), était jugé trop proche de l'argument de la pièce Dishonored lady (1930) d'Edward Sheldon et Margaret Ayer Barnes. Un tribunal a fini par trancher en 1936 que le film devait être interdit de diffusion pendant 9 décennies... La sortie cette année d'un blu-ray d'une très belle copie restaurée chez Warner Archive est donc la fin d'un tunnel judiciaire embarrassant, et non comme on le dit parfois la restitution d'un film perdu. Il n'était pas perdu, il était rangé...
C'est un "véhicule" pour Joan Crawford, soit un film entièrement taillé à sa mesure et sa démesure, celle d'une actrice concurrente de Greta Garbo, dont les rôles étaient souvent l'occasion de composer des personnages de jeunes femmes de la classe ouvrière qui pouvaient s'élever par les rencontres avec les hommes. Dans Rain, de Lewis Milestone, elle allait d'ailleurs jusqu'à incarner une prostituée.
Ce n'est absolument pas le cas ici, mais omme souvent dans les films de Clarence Brown, le sous-texte est là et bien là. Il était très fort pour montrer avec une incroyable élégance des situations dont les coulisses étaient totlement scabreuses... On sait que Emile "tient" Letty en son pouvoir, sans pour autant savoir exactement de quelle manière il pourrait bien la faire chanter le moment venu... C'est un odieux personnage, qui est capable de lui dire "Tu ne me quittes pas, c'est moi qui te dis quand tu peux partir"... Nils Asther le joue avec toute l'onctuosité du parfait hypocrite... de cinéma! A côté, Robert Montgomery est un parfait Américain moyen, sain et plein d'humour.
Reste que le film, sous ses dehors élégants (et bien sûr, comme c'est souligné un peu partout, le costumier Adrian a particulièrement soigné la garde-robe de la star, voir la photo), est quand même consacré à de bien vilaines turpitudes. La possession sexuelle de Letty Lynton par Emile va aller jusqu'à un meurtre...
Pour finir, c'est amusant de constater les parallèles entre ce film maudit et le film pré-code mineur Mandalay de Michael Curtiz, avec Kay Francis hantée par le malfrat Ricardo Cortez, qui la suivait jusque sur un bateau...
Marian Martin (Joan Crawford) est ambitieuse, un euphémisme pour dire qu'elle souhaite s'en sortir: c'es la crise, elle est ouvrière et ses perspectives sont minables... Un fiancé qui ne la comblera certes pas (Wallace Ford) est des conditions de vie qui resteront misérables. Sur la recommandation d'un homme riche rencontré par hasard, et saoul par-dessus le marché, elle se rend à New York, où elle rencontre Mark Whitney (Clark Gable), un homme riche. Elle devient sa maîtresse...
Le film explore avec une certaine finesse les mécanismes un rien romancés des histoires de "gold digger", mais si il est toujours clair que Marian n'a que peu de limites à ses ambitions, elle sait éviter de tomber dans la prostitution. L'ambiguité s'arrête aux portes de la MGM, dont on sait que le patron de l'époque veillait aux bonnes moeurs. Aux équipes menées par Irving Thalberg de trouver le moyen de contourner cette censure interne et vague...
Avec Clarence Brown, le maître mot était toujours la classe: c'est un styliste, un cinéaste dont l'élégance devait souvent être le seul moyen, pour lui, d'éviter de s'ennuyer... Il le prouve occasionnellement dans ce film, à travers deux scènes en particulier: il n'avait pas son pareil pour donner du relief à des scènes qui autrement n'auraient pas été notables. On se souvient du duel en ombres chinoises dans Flesh and the devil! Il a donc imaginé une belle scène dans une gare qui montre la frustration de Joan Crawford, qui voit passer un train dont les compartiments lui montrent les diverses facettes de ce qu'elle ne vit pas: des gens qui vivent des histoires, des amoureux, des époux et des amants, dont le quotidien apparait comme sublimé par leur passage à ses côtés. Ailleurs, une très belle scène précède un sacrifice: Joan Crawford est chez son amant, dont tous les amis se sont invités chez lui pour le presser de se présenter à une élection pour devenir gouverneur: cachée dans une pièce non éclairée elle assiste à la conversation d'à côté à travers une porte-fenètre et comprend qu'elle va devoir se mettre de côté pour lui permettre de gagner...
Sans jamais se départir de son élégance, le cinéaste n'a décidément pas son pareil pour parler d'adultère, de relations hors mariage, et accessoirement de relations compliquées. Il trouve en ses deux interprètes une équipe totalement appropriée, cela va sans dire...
Dans une famille aisée, la jeune fille de la maison, Joyce (Marion Davies) est particulièrement excentrique et survoltée... Et surtout elle papillonne: d'un côté, elle s'affiche avec le collègue de son frère, et de l'autre elle est fiancée avec la patron des deux jeunes hommes... Jeune, lui, ne l'est pas. Ca irrite l'avocat de la famille, Steve (Sidney Blackmer). D'autant qu'il l'aime, mais voilà: il n'a jamais réussi à l'avouer!
Et puis la bonne, Annie (Marie Prevost) a fricoté avec le fils de la famille, et elle a un secret inavouable dans le tiroir. Quand elle l'apprend, Joyce contacte une sage-femme, et... la bonne société la soupçonne d'être enceinte...
Celle par qui le scandale arrive! On comprend, finalement, que le film soit resté invisible durant près de cent ans: certes, il y a des films bien pires en matière de scandales et autres turpitudes durant cette période dite pré-code, mais Marion Davies, quand même, avait d'une part un statut de comédienne, conquis de haute lutte, et ses films entendaient respirer la fantaisie plus que les provocations! Et on imagine aisément le père-la-pudeur Hearst s'étouffer en lisant l'argument du film! Pas de quoi fouetter un chat, ce qui je le rappelle est interdit.
C'est un film précurseur, à sa façon, des mécanismes et de l'ambiance de la "screwball comedy", et on imagine facilement une transposition avec Katharine Hepburn dans le rôle principal, une sorte de cousine de son personnage de Bringing up baby... En plus sage, car Leonard reste bien plus raisonnable que Hawks s'entend. Un autre atout du film, c'est bien sûr ses seconds rôles, Polly Moran en bonne scandinave, taiseuse et droite comme un i, ou encore James Gleason...
Ce film, l'un des tous premiers "silly Symphonies" de Disney, est la preuve d'une part qu'un film peut être franchement poilant, si vous me passez l'expression, et totalement, mais alors vraiment, politiquement incorrect, comme on dit. Dès le titre, nous voilà prévenus: il sera question ici, suivez mon regard, de "tribus Africaines sauvages", trois mots considérés comme synonymes, d'ailleurs, par tout le monde, aux Etats-Unis, en 1930... Des êtres humains saisis uniquement dans leur nature profonde telle qu'on l'appréhendaiit (et bien sûr on avait tort), sans aucune considération pour leur humanité, donc.
L'abstraction du design a beau être virtuose (même si lors de la danse initiale des personnages, on renvoie plus d'une fois à la fameuse Skeleton dance du film du même nom, sorti en 1929, et qui était le coup d'envoi de la série "Silly Symphonies"), le bât blesse quand même beaucoup ici, et au passage, il me semble qu'on n'a pas beaucoup de preuves du fait que les créatures présentées s'adonnent réellement au cannibalisme dans le film, car seul l'un d'entre eux tombe dans la grande marmite, où il trouvera d'ailleurs plusieurs fois refuge lors de l'arrivée d'un lion qui lui, sans aucune contestation, mange bien de l'homme...
Dans le bureau d'un patron de presse, un journaliste propose une idée: aller en Nouvelle-Guinée, où paraît-il on trouve une île dans laquelle les habitants vivent à la façon des ancêtres de l'humanité... Avec un confrère, ils s'y rendent, et le niveau d'intelligence du film baisse sérieusement.
Dans un technicolor pas trop exploité, les deux journalistes vont assister à des danses pas trop tribales, et c'est épouvantablement bavard et inutile. Le film est pourtant signé de Ray MacCarey, le frère de Leo, qui n'était pas forcément un manchot: on lui doit d'ailleurs deux films avec Laurel et Hardy.
Les courts métrages des années 30, à la MGM, étaient principalement des compléments de programme qui maintenaient les départements occupés, et prenaient sans doute la place de films bien plus intéressants (les courts métrages de Hal Roach, par exemple)... cela dit ils font parfois, aujourd'hui, de fascinants sous-produits complètement loufoques. C'est le cas de celui-ci, qui comme beaucoup d'autres, est en Technicolor...
Dans un grand magasin, le patron doit subir l'arrivée récurrente de ses meilleurs employés qui se plaignent de son fils. Il passe de département en département et accumule les idées effrayantes et dangereusement immorales: par exemple, il a imaginé un "vestiaire" des maris, où les clientes viennent déposer leurs moitiés dans les mains de chorus girls expertes! Le film propose un certain nombre de numéros musicaux et de gags idiots en 17 minutes...
Blackie Gallagher (Clark Gable) et Jim Wade (William Powell) ont grandi ensemble, en amis, dans l'adversité: leurs parents sont morts lors de l'incendie tragique d'un bateau à aubes, et leur père adoptif a été tué lors d'une émeute. Blackie deviendra un gangster, et Jim sera toujours du côté de la loi. Un autre lien entre eux sera la femme dont tous deux vont être amoureux, Eleanor Packer (Myrna Loy)... Elle sera d'abord la maîtresse de Blackie", mais lassée de son refus de s'amender, elle se rapprochera de Jim...
Ce film est sorti le 5 mai 1934, à la toute fin de l'époque dite "pré-code", qui précédait le renforcement d'un "code de production", soit d'une forme d'auto-censure par l'ensemble des studios Hollywoodiens. La MGM possédait déjà un filtre évident en son directeur Louis B. Mayer, qui n'avait pas voulu suivre la Warner dans la surenchère du film de gangsters (Little Caesar, Public Enemy), et considérait avant le Code qu'il fallait que le cinéma suive des préceptes familiaux et moraux. Comme pour réagir à l'atmosphère de fascination du crime (du moins tel que c'était ressenti), Mayer poussait ses équipes de production vers des spectacles plus oecuméniques... Mais Manhattan Melodrama, de fait, devient presque une synthèse entre le film de gangsters, dont il possède le style nerveux (ce montage exceptionnel dans les premières bobines, qui résument un début de siècle en quelques images extraordinairement ajustées), et le film policier plus traditionnel (dans lequel force reste à la loi): bref, en choisissant d'opposer le gangster Blackie Gallagher au vertueux James Wade, la MGM opère une synthèse visionnaire...
Car si le début des années 30 semble fêter l'image scandaleuse du gangster, c'est bien de ces films situés de l'autre côté de la loi que le cinéma allait bientôt devenir friand. En adoptant le ton du film criminel pour conter une histoire profondément morale, et en choisissant de ne pas faire de Blackie un double maléfique, mais bien une sorte d'étrange allié de Wade, on s'approche finalement beaucoup plus de la complexité de l'âme Américaine! Car quand Jim Wade devient procureur général, au lieu de lui déclarer la guerre, Blackie assure son ami de sa fierté à son égard... Un paradoxe qui rapproche le film de la comédie, ce qu'il n'est pas: et pourtant, l'alchimie entre Powell et Loy, qui sont pour la première fois confrontés l'un à l'autre, va également dans le même sens.
Ce qui est typiquement MGM, finalement: un film de gangsters dans lequel force reste à la loi, où la comédie l'emporte sur le drame, et le romantisme des personnages l'emporte sur tout le reste, c'est effectivement peu banal. Mais on ne pourra pas s'empêcher pour autant de constater qu'en choisissant de donner le rôle du criminel (et C'EST un criminel, il le prouve froidement ça et là) à Gable, le film nous oblige à le préférer à Powell. Et pourtant dans les années 20, William Powell n'a jamais été éloigné des rôles de sale type, mais ici, il est tellement vertueux... Donc sous le vernis moral, sous la vertu imposée par Mayer et le sentiment prudent que le cinéma en a fini avec les canailles, on reprend quand même un sacré tour de piste avec la fripouille sympathique, le meurtrier condamné à mort qu'on pardonnerait facilement tant il est à l'aise pour excuser son copain de l'avoir conduit à la chaise électrique... Sous ce Manhattan Meldrama, il y abeaucoup de la morale tordue, souterraine et fascinante du film noir qui ne tardera pas à sortir de sa marmite.
Woody Van Dyke est un cas rare dans le monde de la MGM: un réalisateur solide, certes, ce qui aurait pu suffire. Mais il avait la capacité de se rendre indispensable en tournant toujours à une vitesse impressionnante, en privilégiant l'urgence des premières prises (d'où son surnom de One-Take Woody!), dans un studio où la règle était toujours de raffiner en retournant les films déjà achevés! Et son style, foncièrement nerveux, vous saute au visage dans les scènes en mouvement. Ses trois acteurs accomplis, les uns coutumiers d'un cinéma raffiné et de comédies (Myrna Loy, William Powell), l'autre plus marqué par l'action et l'aventure (Gable), trouvent facilement leur place dans ce cadre où Van Dyke atteint à l'efficacité et la richesse d'un Curtiz, le baroque en moins...
Amusant de constater que ce film sera immédiatement suivi, 3 semaines plus tard, d'un autre chef d'oeuvre de Van Dyke! Mais en William Powell (déjà rompu aux rôles de détectives équivoques à la Warner et la Paramount) et Myrna Loy, le réalisateur avait trouvé les deux perles rares, pour les rôles superbes de Nick et Nora Charles dans The Thin Man!
Et encore plus troublant, comment oublier que ce film, dans lequel Clark gable incarne une vision romancée d'un gangster, est justement le film qu'a choisi de voir le criminel Dillinger, le jour où en sortant d'un cinéma il a été abattu par la police? On peut faire confiance au département publicité de la MGM, ils ne se sont pas privés d'exploiter ce fait...
Déjà, le titre... On sent bien qu'on n'est pas face à un chef d'oeuvre. Ce film est un complément de programme de la MGM, concocté non seulement pour boucher un trou dans les cinéma, mais aussi pour utiliser des segments, filmés pour des films déjà sortis, qui ne furent pas retenus dans le montage final. Les ballets ainsi recyclés étant en Technicolor, le reste du film se devait de l'être aussi.
En 16 minutes, on assiste donc à une comédie qui ne prend jamais le temps d'être drôle, dans laquelle trois personnages vulgaires et mal assortis (modelés sur les Stooges, et d'ailleurs l'un d'entre eux a fait partie de cette douteuse confrérie de comédiens dela concurrence) viennent dans un studio de première classe pour proposer une idée de film...
Et au-delà de ce plaisir toujours aussi étrange de voir un film en Technicolor deux bandes (cette fois avec une composante rose particulièrement affirmée), c'est d'une nullité affligeante...