Overblog Tous les blogs Top blogs Films, TV & Vidéos Tous les blogs Films, TV & Vidéos
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Présentation

  • : Allen John's attic
  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
  • Contact

Recherche

Catégories

25 juin 2026 4 25 /06 /juin /2026 06:35

Marian Martin (Joan Crawford) est ambitieuse, un euphémisme pour dire qu'elle souhaite s'en sortir: c'es la crise, elle est ouvrière et ses perspectives sont minables... Un fiancé qui ne la comblera certes pas (Wallace Ford) est des conditions de vie qui resteront misérables. Sur la recommandation d'un homme riche rencontré par hasard, et saoul par-dessus le marché, elle se rend à New York, où elle rencontre Mark Whitney (Clark Gable), un homme riche. Elle devient sa maîtresse...

Le film explore avec une certaine finesse les mécanismes un rien romancés des histoires de "gold digger", mais si il est toujours clair que Marian n'a que peu de limites à ses ambitions, elle sait éviter de tomber dans la prostitution. L'ambiguité s'arrête aux portes de la MGM, dont on sait que le patron de l'époque veillait aux bonnes moeurs. Aux équipes menées par Irving Thalberg de trouver le moyen de contourner cette censure interne et vague... 

Avec Clarence Brown, le maître mot était toujours la classe: c'est un styliste, un cinéaste dont l'élégance devait souvent être le seul moyen, pour lui, d'éviter de s'ennuyer... Il le prouve occasionnellement dans ce film, à travers deux scènes en particulier: il n'avait pas son pareil pour donner du relief à des scènes qui autrement n'auraient pas été notables. On se souvient du duel en ombres chinoises dans Flesh and the devil! Il a donc imaginé une belle scène dans une gare qui montre la frustration de Joan Crawford, qui voit passer un train dont les compartiments lui montrent les diverses facettes de ce qu'elle ne vit pas: des gens qui vivent des histoires, des amoureux, des époux et des amants, dont le quotidien apparait comme sublimé par leur passage à ses côtés. Ailleurs, une très belle scène précède un sacrifice: Joan Crawford est chez son amant, dont tous les amis se sont invités chez lui pour le presser de se présenter à une élection pour devenir gouverneur: cachée dans une pièce non éclairée elle assiste à la conversation d'à côté à travers une porte-fenètre et comprend qu'elle va devoir se mettre de côté pour lui permettre de gagner...

Sans jamais se départir de son élégance, le cinéaste n'a décidément pas son pareil pour parler d'adultère, de relations hors mariage, et accessoirement de relations compliquées. Il trouve en ses deux interprètes une équipe totalement appropriée, cela va sans dire...

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Clarence Brown Pre-code
11 juin 2026 4 11 /06 /juin /2026 20:35

Dans une famille aisée, la jeune fille de la maison, Joyce (Marion Davies) est particulièrement excentrique et survoltée... Et surtout elle papillonne: d'un côté, elle s'affiche avec le collègue de son frère, et de l'autre elle est fiancée avec la patron des deux jeunes hommes... Jeune, lui, ne l'est pas. Ca irrite l'avocat de la famille, Steve (Sidney Blackmer). D'autant qu'il l'aime, mais voilà: il n'a jamais réussi à l'avouer!

Et puis la bonne, Annie (Marie Prevost) a fricoté avec le fils de la famille, et elle a un secret inavouable dans le tiroir. Quand elle l'apprend, Joyce contacte une sage-femme, et... la bonne société la soupçonne d'être enceinte...

Celle par qui le scandale arrive! On comprend, finalement, que le film soit resté invisible durant près de cent ans: certes, il y a des films bien pires en matière de scandales et autres turpitudes durant cette période dite pré-code, mais Marion Davies, quand même, avait d'une part un statut de comédienne, conquis de haute lutte, et ses films entendaient respirer la fantaisie plus que les provocations! Et on imagine aisément le père-la-pudeur Hearst s'étouffer en lisant l'argument du film! Pas de quoi fouetter un chat, ce qui je le rappelle est interdit.

C'est un film précurseur, à sa façon, des mécanismes et de l'ambiance de la "screwball comedy", et on imagine facilement une transposition avec Katharine Hepburn dans le rôle principal, une sorte de cousine de son personnage de Bringing up baby... En plus sage, car Leonard reste bien plus raisonnable que Hawks s'entend. Un autre atout du film, c'est bien sûr ses seconds rôles, Polly Moran en bonne scandinave, taiseuse et droite comme un i, ou encore James Gleason...

 

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Pre-code Marion Davies
3 mai 2026 7 03 /05 /mai /2026 21:13

Ce film, l'un des tous premiers "silly Symphonies" de Disney, est la preuve d'une part qu'un film peut être franchement poilant, si vous me passez l'expression, et totalement, mais alors vraiment, politiquement incorrect, comme on dit. Dès le titre, nous voilà prévenus: il sera question ici, suivez mon regard, de "tribus Africaines sauvages", trois mots considérés comme synonymes, d'ailleurs, par tout le monde, aux Etats-Unis, en 1930... Des êtres humains saisis uniquement dans leur nature profonde telle qu'on l'appréhendaiit (et bien sûr on avait tort), sans aucune considération pour leur humanité, donc. 

L'abstraction du design a beau être virtuose (même si lors de la danse initiale des personnages, on renvoie plus d'une fois à la fameuse Skeleton dance du film du même nom, sorti en 1929, et qui était le coup d'envoi de la série "Silly Symphonies"), le bât blesse quand même beaucoup ici, et au passage, il me semble qu'on n'a pas beaucoup de preuves du fait que les créatures présentées s'adonnent réellement au cannibalisme dans le film, car seul l'un d'entre eux tombe dans la grande marmite, où il trouvera d'ailleurs plusieurs fois refuge lors de l'arrivée d'un lion qui lui, sans aucune contestation, mange bien de l'homme...

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Disney Pre-code Animation Silly symphonies
19 février 2026 4 19 /02 /février /2026 15:07

Dans le bureau d'un patron de presse, un journaliste propose une idée: aller en Nouvelle-Guinée, où paraît-il on trouve une île dans laquelle les habitants vivent à la façon des ancêtres de l'humanité... Avec un confrère, ils s'y rendent, et le niveau d'intelligence du film baisse sérieusement.

Dans un technicolor pas trop exploité, les deux journalistes vont assister à des danses pas trop tribales, et c'est épouvantablement bavard et inutile. Le film est pourtant signé de Ray MacCarey, le frère de Leo, qui n'était pas forcément un manchot: on lui doit d'ailleurs deux films avec Laurel et Hardy. 

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Pre-code Technicolor
19 février 2026 4 19 /02 /février /2026 14:59

Les courts métrages des années 30, à la MGM, étaient principalement des compléments de programme qui maintenaient les départements occupés, et prenaient sans doute la place de films bien plus intéressants (les courts métrages de Hal Roach, par exemple)... cela dit ils font parfois, aujourd'hui, de fascinants sous-produits complètement loufoques. C'est le cas de celui-ci, qui comme beaucoup d'autres, est en Technicolor...

Dans un grand magasin, le patron doit subir l'arrivée récurrente de ses meilleurs employés qui se plaignent de son fils. Il passe de département en département et accumule les idées effrayantes et dangereusement immorales: par exemple, il a imaginé un "vestiaire" des maris, où les clientes viennent déposer leurs moitiés dans les mains de chorus girls expertes! Le film propose un certain nombre de numéros musicaux et de gags idiots en 17 minutes...

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Pre-code Technicolor
19 novembre 2025 3 19 /11 /novembre /2025 21:44

Blackie Gallagher (Clark Gable) et Jim Wade (William Powell) ont grandi ensemble, en amis, dans l'adversité: leurs parents sont morts lors de l'incendie tragique d'un bateau à aubes, et leur père adoptif a été tué lors d'une émeute. Blackie deviendra un gangster, et Jim sera toujours du côté de la loi. Un autre lien entre eux sera la femme dont tous deux vont être amoureux, Eleanor Packer (Myrna Loy)... Elle sera d'abord la maîtresse de Blackie", mais lassée de son refus de s'amender, elle se rapprochera de Jim... 

Ce film est sorti le 5 mai 1934, à la toute fin de l'époque dite "pré-code", qui précédait le renforcement d'un "code de production", soit d'une forme d'auto-censure par l'ensemble des studios Hollywoodiens. La MGM possédait déjà un filtre évident en son directeur Louis B. Mayer, qui n'avait pas voulu suivre la Warner dans la surenchère du film de gangsters (Little Caesar, Public Enemy), et considérait avant le Code qu'il fallait que le cinéma suive des préceptes familiaux et moraux. Comme pour réagir à l'atmosphère de fascination du crime (du moins tel que c'était ressenti), Mayer poussait ses équipes de production vers des spectacles plus oecuméniques... Mais Manhattan Melodrama, de fait, devient presque une synthèse entre le film de gangsters, dont il possède le style nerveux (ce montage exceptionnel dans les premières bobines, qui résument un début de siècle en quelques images extraordinairement ajustées), et le film policier plus traditionnel (dans lequel force reste à la loi): bref, en choisissant d'opposer le gangster Blackie Gallagher au vertueux James Wade, la MGM opère une synthèse visionnaire... 

Car si le début des années 30 semble fêter l'image scandaleuse du gangster, c'est bien de ces films situés de l'autre côté de la loi que le cinéma allait bientôt devenir friand. En adoptant le ton du film criminel pour conter une histoire profondément morale, et en choisissant de ne pas faire de Blackie un double maléfique, mais bien une sorte d'étrange allié de Wade, on s'approche finalement beaucoup plus de la complexité de l'âme Américaine! Car quand Jim Wade devient procureur général, au lieu de lui déclarer la guerre, Blackie assure son ami de sa fierté à son égard... Un paradoxe qui rapproche le film de la comédie, ce qu'il n'est pas: et pourtant, l'alchimie entre Powell et Loy, qui sont pour la première fois confrontés l'un à l'autre, va également dans le même sens. 

Ce qui est typiquement MGM, finalement: un film de gangsters dans lequel force reste à la loi, où la comédie l'emporte sur le drame, et le romantisme des personnages l'emporte sur tout le reste, c'est effectivement peu banal. Mais on ne pourra pas s'empêcher pour autant de constater qu'en choisissant de donner le rôle du criminel (et C'EST un criminel, il le prouve froidement ça et là) à Gable, le film nous oblige à le préférer à Powell. Et pourtant dans les années 20, William Powell n'a jamais été éloigné des rôles de sale type, mais ici, il est tellement vertueux... Donc sous le vernis moral, sous la vertu imposée par Mayer et le sentiment prudent que le cinéma en a fini avec les canailles, on reprend quand même un sacré tour de piste avec la fripouille sympathique, le meurtrier condamné à mort qu'on pardonnerait facilement tant il est à l'aise pour excuser son copain de l'avoir conduit à la chaise électrique... Sous ce Manhattan Meldrama, il y abeaucoup de la morale tordue, souterraine et fascinante du film noir qui ne tardera pas à sortir de sa marmite.

Woody Van Dyke est un cas rare dans le monde de la MGM: un réalisateur solide, certes, ce qui aurait pu suffire. Mais il  avait la capacité de se rendre indispensable en tournant toujours à une vitesse impressionnante, en privilégiant l'urgence des premières prises (d'où son surnom de One-Take Woody!), dans un studio où la règle était toujours de raffiner en retournant les films déjà achevés! Et son style, foncièrement nerveux, vous saute au visage dans les scènes en mouvement. Ses trois acteurs accomplis, les uns coutumiers d'un cinéma raffiné et de comédies (Myrna Loy, William Powell), l'autre plus marqué par l'action et l'aventure (Gable), trouvent facilement leur place dans ce cadre où Van Dyke atteint à l'efficacité et la richesse d'un Curtiz, le baroque en moins... 

Amusant de constater que ce film sera immédiatement suivi, 3 semaines plus tard, d'un autre chef d'oeuvre de Van Dyke! Mais en William Powell (déjà rompu aux rôles de détectives équivoques à la Warner et la Paramount) et Myrna Loy, le réalisateur avait trouvé les deux perles rares, pour les rôles superbes de Nick et Nora Charles dans The Thin Man

Et encore plus troublant, comment oublier que ce film, dans lequel Clark gable incarne une vision romancée d'un gangster, est justement le film qu'a choisi de voir le criminel Dillinger, le jour où en sortant d'un cinéma il a été abattu par la police? On peut faire confiance au département publicité de la MGM, ils ne se sont pas privés d'exploiter ce fait...

 

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Pre-code Woody Van Dyke
16 novembre 2025 7 16 /11 /novembre /2025 14:20

Déjà, le titre... On sent bien qu'on n'est pas face à un chef d'oeuvre. Ce film est un complément de programme de la MGM, concocté non seulement pour boucher un trou dans les cinéma, mais aussi pour utiliser des segments, filmés pour des films déjà sortis, qui ne furent pas retenus dans le montage final. Les ballets ainsi recyclés étant en Technicolor, le reste du film se devait de l'être aussi.

En 16 minutes, on assiste donc à une comédie qui ne prend jamais le temps d'être drôle, dans laquelle trois personnages vulgaires et mal assortis (modelés sur les Stooges, et d'ailleurs l'un d'entre eux a fait partie de cette douteuse confrérie de comédiens dela concurrence) viennent dans un studio de première classe pour proposer une idée de film...

Et au-delà de ce plaisir toujours aussi étrange de voir un film en Technicolor deux bandes (cette fois avec une composante rose particulièrement affirmée), c'est d'une nullité affligeante...

 

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Pre-code Technicolor
8 octobre 2025 3 08 /10 /octobre /2025 18:55

La "Bête" du titre, c'est bien sûr la criminalité galopante, celle qu'on hésitait encore à nommer la Mafia.

Les frères Fitzpatrick, Jim (Walter Huston) et Ed (Wallace Ford), sont deux policiers exemplaires. Le premier, l'aîné, a un poste à responsabilités et un désir particulièrement affirmé de résoudre les problèmes de criminalité dans sa ville; le deuxième, plus jeune, est impatient de monter en grade. Dans leur lutte contre l'organisation de Sam Belmonte (Jean Hersholt), ils vont se frotter à forte partie, surtout à partir du moment où Ed commencera à fricoter avec la petite amie de ce dernier (Jean Harlow). Jim, pris entre son devoir et sa famille, va devoir prendre une décision dramatique...

Le film est une rareté à la MGM, qui laissait le plus souvent à la Warner les films de gangsters. Néanmoins, en institution conservatrice, le studio prend ici, dès le générique, fait et cause pour la police, réclamant à travers une citation du président Hoover des pouvoirs accrus, le soutien du public et bien sûr de la machine judiciaire pour la police. Il est vrai qu'en février 1932, Hoover n'était pas encore totalement lessivé!

C'est un film impressionnant, dont le rythme est bien différent des films Warner, justement parce qu'en suivant en priorité le personnage de Jim, au départ, on inscrit la progression dans les pas d'un père de famille, et non des gangsters. La complicité des deux frères sera mise à mal, et de fait ils sont opposés dès le départ par leur situation maritale, un célibataire contre un père qui est souvent montré dans la chaleur du foyer... Bref, rien ne nous prépare pour la brutalité du final.

C'est l'un des films singuliers et passionnants de cette époque étrange dans lesquels Walter Huston joue le rôle principal, les autres étant bien sûr The criminal code, de Hawks pour la Columbia, American madness de Capra (également pour la Columbia), et le très étrange Gabriel over the White House, réalisé à la fin de cette même année 1932 pour la MGM par Gregory La Cava...

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Pre-code
1 mai 2025 4 01 /05 /mai /2025 11:04

La journée d'un dentiste (W.C. Fields) entre ses envies de jouer au golf, ses patients, et sa gestion d'une crise familiale: sa fille (Babe Kane) souhaite voir son petit ami (Arnold Gray) qui livre des pains de glace, il le lui interdit...

C'est l'un des quatre films avec Fields produits par Sennett pour Paramount au début des années 30. C'est sans doute le plus spectaculaire... Pour commencer, il semble suivre une journée vide qui ne se remplit que d'incidents routiniers, tous affublés de double-sens plus salaces les uns que les autres: par exemple, Fields découvre que sa fille a un galant en entrant dans une pièce et en lui tapotant sur le fessier pour attirer son attention sur un article (un geste paternel d'un autre temps, nous en conviendrons), ce qui fait que la jeune femme croit que le livreur de glace est arrivé.

La scène la plus célèbre du film implique une gestuelle digne du cinéma muet... ou de films d'un tout autre genre: une cliente grande et sculpturale (Elise Cavanna) vient trouver le dentiste pour un problème de douleur particulièrement importante, et commence alors une lutte frénétique entre le praticien et la dent... Qui finit par déboucher sur des poses d'une intimité embarrassante. Mais la force du film est de ne rien faire de cet embarras, qui devient alors l'affaire du spectateur et du spectateur seul... Photo à l'appui:

 

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans W.C. Fields Pre-code Mack Sennett
8 avril 2025 2 08 /04 /avril /2025 23:24

1933: un nouveau président est inauguré à la Maison Blanche... Après de beaux discours, Judson Hammond (Walter Huston) entend bien faire comme tous ses prédécesseurs, et s'en payer une bonne tranche. Mais alors qu'il exécute un caprice de gamin (conduire sa voiture présidentielle en commettant un excès de vitesse monumental), il a un grave accident. Il ne s'en remettra pas, pense-t-on... Mais il s'en remet finalement, et change du tout au tout: il considérait le leader populiste d'une "armée de chômeurs" comme un agitateur anarchiste, il va désormais les traiter avec humanité. Il ne souhaitait pas s'attaquer au gangstérisme, il va régler le problème par la force. Hammond provoque l'admiration des uns, l'espoir des autres et la crainte des corrompus... Et intrigue ceux qui l'ont soutenu: en particulier sa maîtresse, Pendie Molloy (Karen Morley), et son secrétaire particulier, Beekman (Franchot Tone)...

L'image du président des Etats-Unis au cinéma a toujours été un cas spécial, un joker presque: une façon généralement de passer outre tout soupçon de vulgarité ou d'excès de légèreté pour la comédie (The American President de Rob Reiner n'est pas une comédie sentimentale comme les autres), un laisser-passer vers l'exceptionnel (Civil war, Garland), le grandiose (Abraham Lincoln, Griffith) ou le très bizarre (Gabriel over the White House)... Ca a nourri les films de Capra (The State of the Union), voire de Preminger (Advise and consent)... et donné au cinéma quelques biopics parfois douteux (Wilson, de henry King, ou encore LBJ de Rob Reiner)...

Pourtant aucun autre film ne ressemble à cette parabole, on écrirait volontiers qu'aucun autre film n'oserait y ressembler, tant ce film est étrange, voire gênant. A plus forte raison maintenant, sans doute... Car on est prêt à tout écrire: un film profondément différent, populiste en diable, voire fasciste, provocateur, unique car exessif pour ne pas dire que ce serait plutôt un film à ne pas faire!

La crise est sans doute la première explication pour la présence de cette oeuvre unique en son genre, tournée en 1932, alors qu'on pressentait la victoire de Roosevelt, un démocrate qui rassemblait finalement tous les espoirs: les chômeurs même dubitatifs ont fini par se dire que cet "aristocrate" de l'est, élevé avec une cuillère en or dans la bouche, ne ferait de toute façon pas pire que son adversaire le président sortant Hoover; les élites (William Randolph Hearst en tête) voyaient en lui l'homme fort qui leur permettrait d'avoir leur propre Mussolini... Oui, donc, la crise a inspiré cet étonnante histoire, parue sous la forme d'un roman de Thomas Tweed, avant de devenir un script de Carey Wilson sous l'impulsion du producteur Walter Wanger. On peut s'interroger de la présence de Gregory La Cava dans une telle production, mais l'auteur de comédies qu'il était avait déjà fait la preuve de son indéniable originalité, et allait quelques années plus tard sortir l'un des films majeurs concernant la crise vue du point de vue du peuple avec My man Godfrey...

Au-delà du souvenir de Lincoln, omniprésent dans le film que ce soit en image (les portraits à la maison blanche) ou en chansons (John Brown's body entonnée avec insistance par "l'armée des sans emploi" renvoie à la guerre civile, du côté de l'union et du président à chapeau), le film semble partir d'un postulat simple: à la présidence des Etats-Unis, un opportuniste chasse l'autre, qu'il soit Républicain (et Jud Hammond, clairement, est Républicain, puisqu'il reprend à son compte la fameuse phrase de poudre aux yeux du malheureux président Hoover, "Prosperity is around the corner", qui lui a sans doute coûté la présidence en 1932; de plus, sa façon de se défiler sur toutes les questions embarrassantes en renvoyant aux responsabilités locales est totalement républicaine!), ou Démocrate. Jud Hammond, on le comprend très vite, ne fera rien d'autre que de se servir lui-même, ou comme c'est dit suvent dans le premier quart d'heure, "servir le Parti". Un constat amer qui nous fait anticiper une comédie grinçante...

Nous sommes pourtant confrontés à toute autre chose: car ce film est un cas unique dans l'histoire du cinéma, il ose se rendre sur un terrain extrème, en semblant prôner symboliquement de mettre en pause toute diplomatie inutile, de se livrer à une justice expéditive, et de cesser de payer pour le monde entier (tiens donc...). Il prône l'assassinat par cour martiale improvisée de tous les gangsters, et le recrutement dans une "armée de la construction" de tous les chômeurs, afin de redresser le pays... Judson Hammond, habité par l'archange Gabriel (ce qu'une conversation maladroite entre Karen Morley et Franchot Tone nous vend maladroitement, le reste du film est plus, disons, subtil... un rideau qui se soulève, une lumière qui s'allume...) s'empare des Etats-Unis, pour les redresser à coup de barre à mine...

Comme c'est du cinéma, ça passe... On rigole certes bien moins en 2025 compte tenu de ce qui est en train de se passer. Mais justement, avec Trump à la Maison Blanche, qui lui est un corrompu, un danger, un gangster (34 chefs d'inculpation et une condamnation pour chacun d'entre eux), un fasciste avéré, un raciste patenté, et un dangereux autocrate crain par tous, est en fait une version parodique de ce film. Film qui est un exemple, ou un contre-exemple parfait, des extrêmes auxquels la politique peut mener! uUn film habité, passionnant, grinçant, qui va plus loin que Capra n'a jamais été, même si l'autre cinéaste Italo-Américain avait, finalement, les mêmes aspirations que ce film de La Cava, il diluait son radicalisme, de Deeds en Smith et de Smith en Doe, dans un certain réalisme, et affichait la tentation d'une politique musclée, tout en traitant régulièrement Roosevelt... de dictateur fasciste, ou de communiste, selon l'humeur.

Bref: Gabriel over the White House était sans doute le film à ne pas faire... Mais puisqu'il existe et qu'il est extraordinairement différent, autant se jeter dessus et ne pas bouder son plaisir, fut-il coupable, devant un film où Walter Huston obtient de tous les pays autres que les Etats-Unis qu'ils paient leur dette... en les menaçant de les bombarder.

 

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Pre-code Gregory La Cava