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14 janvier 2026 3 14 /01 /janvier /2026 21:07

Avec son quatrième film (Situé entre Hara Kiri, son adaptation de Mme Butterfly tournée en 1919 et Das wandernde Bild de 1920) Fritz Lang abat ses cartes: il aime furieusement le serial, en particulier les films de Feuillade dont Fantômas et Les Vampires l'ont sérieusement tourneboulé, et il entend bien y puiser les épices secrètes d'un cinéma cher à son coeur... C'est surtout ça qu'il faut aujourd'hui aller chercher dans ce film en deux épisodes. ...Qui a bien failli en compter plus, car Lang avait déjà la matière pour aller jusqu'à quatre! Mais le destin et le studio Decla (Deutsch Eclair) en ont décidé autrement...

D'ailleurs le contexte de la sortie de ce film est assez rocambolesque: Lang devat avoir à coeur de réaliser "son" serial, et semblait vouloir alterner les épisodes avec ses films plus classiques; la sortie (octobre 1919) du premier épisode Der Goldene See est antérieure à celle de Harakiri (décembre de la même année) qui elle-même se situait avant la sortie du deuxième épisode Das Brillantenschiff en février 1920.

L'intrigue fort rocambolesque de ce film d'aventures de taille respectable (Les deux épisodes forment presque un film de trois heures) part d'une rivalité d'abord sportive entre l'aventurier Kay Hoog (Carl de Vogt), sorte de pré-Indiana Jones qui ne serait, lui, pas professeur à l'université, mais plutôt richissime play-boy surtout intéressé par le sport, et dans l'autre camp Lio Cha (Ressel Oria), la mystérieuse intrigante qui mène une bande de brigands internationaux, les Araignées, qui lui obéissent au doigt et à l'oeil... Leurs aventures les emmènent des Etats-Unis au Pérou, puis en Inde en passant par Chinatown.

Le premier épisode établit cette compétition qui se termine dans une lutte presque commune entre les deux ennemis, contre un groupe d'incas qui tentent de sacrifier Lio Cha au dieu Soleil... Mais Kay Hoog, noble jusqu'au bout des ongles, ne peut laisser faire cela... Il reviendra des Andes avec une jolie prêtresse (Lil Dagover) mais ce ne sera pas du goût de l'aventurière. Dès ce diptyque, Lang s'intéresse à la structure de ses films, dont il aime à articuler les deux parties autour de la mort: on se souvient de la façon dont Die Nibelungen est entièrement articulé autour de la mort de Siegfried, justifiant ainsi la revanche de Kriemhilde (les titres des deux parties étant précisément en ces termes)... Ici, c'est le même principe.

Sinon les Araignées, comme une certain groupe de vampires, aiment à s'habiller en collant noir... Et Lio Cha est clairement inspirée directement d'Irma Vep. Mais ce qui frappe, dans ces deux films de jeunesse, c'est de voir que Lang a contrairement à Feuillade, tout préparé: les films Gaumont du metteur en scène Français étaient le plus souvent improvisés d'un épisode à l'autre, et les personnages y développaient en fonction des besoins des dons extraordinaires... Mais dans Les Araignées, cette impression de joyeux bazar est en réalité programmée.

Et Lang de se révéler un peu plus en montrant, déjà, son obsession pour les souterrains, égouts, grottes, et autres passages secrets... On ne se refait pas, on le sait, et tous ces trous resteront une ressource constante de son oeuvre jusqu'à la fin. Mais au-delà de cet intérêt archéologique, on peut quand même trouver à redire en matière de clarté, de continuité, voire de portée tout simplement. Die Spinnen était une oeuvre de jeunesse pour un esthète du mélodrame, qui réalisait un rêve en mettant ses pas dans ceux d'un maître du feuilleton populaire, mais il lui devait décidément beaucoup trop... Lang n'allait pas tarder à prouver qu'il avait mieux à dire et mieux à faire qu'un travail sous influence...

 

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Published by François Massarelli - dans Muet Fritz Lang Cinéma allemand 1919 **
14 janvier 2026 3 14 /01 /janvier /2026 17:01

 

 

 

Peu de temps après la sortie du premier épisode de Die Spinnen, son premier film conservé, Lang signe ce curieux film, adaptation statique et ampoulée de l’opéra Madame Butterfly. Sur un scénario de Max Jungk, il raconte comment une jeune Japonaise (Lil Dagover), jusqu'alors protégée par son père, un notable local, tombe sous la coupe d'un prêtre Bouddhiste (Georg John) qui va essayer de l'assujettir faute de pouvoir la posséder. Mais elle trouve une échappatoire en la personne d'un occidental, Olaf Anderson (Niels Prin) avec lequel elle file le parfait amour. Mais quand il part, pour rejoindre sa légitime épouse, elle reste seule, et... enceinte.

Décoratif, esthétique, mais mortellement ennuyeux, le principal intérêt est qu’on ait retrouvé ce film, réputé perdu pendant des décennies… Lang y sacrifie à une mode exotique et orientaliste qui était également un peu présente dans Les araignées, et tourne ses scènes dans des jardins japonais plus pittoresques encore que les vrais. Mais comment le prendre au sérieux? Georg John, en prêtre Vouddhiste, a du mal à nous faire oublier que le crâne rasé qu'il arbore est un bout de plastique mal ajusté... La vision du bouddhisme est hallucinante de stupidité, et le Japon y est certes décoratif, mais à peu près aussi Japonais que Bourg-en Bresse.

Bref, réjouissons-nous: on a retrouvé un film, et on a pu le voir et constater qu'il n'a pas grand intérêt, si ce n'est en le comparant avec les épisodes "exotiques" et décoratifs de Die Spinnen et Der müde Tod. La situation de Harakiri est par contre paradoxale: le film est sorti en décembre 1919, soit deux mois après la première partie des Spinnen (Les araignées), dont la deuxième partie ne sortirait qu'en février 1920... 

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Published by François Massarelli - dans Muet Fritz Lang Allemagne 1919 *
13 janvier 2026 2 13 /01 /janvier /2026 22:24

A Florence, avant la renaissance, une courtisane (Marga Von Kierska) subjugue les uns par sa beauté, et pousse les autres à s'interoger sur sa moralité, à commencer par le gouverneur local (Otto Mannstädt), sous l'influence de l'église. ...Ce qui ne l'empêche pas, enhardi par la sensualité de la dame, de tenter sa chance. Mais comme elle refuse, il est décidé qu'elle a une âme impure, et on vient pour l'arrêter. Amoureux, Lorenzo (Anders Wikmann), le fils de Cesare le gouverneur, tue ce dernier. Désormais il va diriger la ville tout en vivant ses amours avec Julia la courtisane...

Celle-ci continue à subjuguer tous les hommes, jusqu'à un ermite local, Medardus (Theodor Becker). Ce dernier tente de montrer à Julia le poids de son péché, mais tombe fou amoureux à son tour, et comme ça devient clairement l'habitude, il tue Lorenzo...

Sombre, profondément ironique, le film n'en est pas moins mécanique. Il a le redoutable privilège d'être tiré d'une nouvelle d'Edgar Allan Poe, The mask of the read death, et en prime basé sur un script de Fritz Lang... Rippert, le metteur en scène, est ancré profondément dans le style ampoulé et pondéral du cinéma Allemand des années 10, comme en témoigne une tendance à privilégier les longs plans d'ensemble, perdant à mon sens plus d'une occasion de cadrer sur les turpitudes (bien tièdes, le nombre de fois qu'un intertitre nous annonce que la ville sombre dans la luxure, pour ensuite qu'on nous montre des jeunes gens en train de se courir après en levant les bras au ciel, une coupe de vin à la main...)... Il semble qu'une des missions confiées au metteur en scène a été de bien cadrer les décors, il est vrai assez impressionnants. Certains aspects (la reconstitution de Florence, le triangle entre Julia, Lorenzo et Cesare, l'ironie du destin) nous feraient presque croire en une préfiguration de Der Müde Tod, ce qui nous pousse à pousser la question suivante: et si Fritz Lang avait tourné le film lui-même?

...Disons qu'il ne faut peut-être pas s'emballer trop vite, j'ai vu Hara Kiri et Les Araignées, tournés cette même année 1919.

Ce film aurait-il bénéficié d'un tel effort de restauration s'il n'avait été incidemment scénarisé par Fritz Lang? J'en doute. Cela dit, on retrouve, plus ou moins dans tout le film, sa patte, non seulement à travers cette préfiguration, comme je le disais plus haut, d'un de ses premiers films imoprtants, mais aussi à travers la noirceur globale, jusqu'aux souterrains par lesquels Medardus s'échappe de la ville en voie de destruction complète par l'effet du châtiment divin de la peste, mais aussi et surtout par la cohabitation étrange entre un monde tangible, et l'inquiétant monde des esprits, un trait qu'on trouvait déjà dans le film Hilde Warren und der Tod.

 

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Published by François Massarelli - dans Muet 1919 Fritz Lang **
9 novembre 2025 7 09 /11 /novembre /2025 21:12

La Nordisk a fait un énorme carton avec Marahadjahens Yndlingshustru de Robert Dinesen, qui présentait Gunnar Tolnaes et Lilly Jacobsson en amants de deux traditions différentes: le maharajah et la fille de militaires danois... Le mélodrame classique et aux fausses apparences de raffinnement avait plu aux fans d'un cinéma Européen pooulaire, privés de films Français, Italiens ou Américains du fait de la guerre et de l'impossibilité d'accéder aux films par les circuits de distribution qui dépendaient des Allemands...

Le royaume continue sa petite vie: Elly (Lilly Jacobsson), la jeune épouse danoise du Maharajah (Gunnar Tolnaes), a accepté son statut d'épouse favorite plutôt qu'unique. Le Danemark a besoin, pourtant, de faire affaire avec le prince, et Armine Robert (Carl Worm), un député Danois plénipotentiaire est chargé des négociations. Il vient, persuadé qu'il va pouvoir changer l'avis de la jeune femme et la ramener avec lui... Des comploteurs qui trament de sombres desseins dans l'ombre du prince décident de profiter de l'occasion...

Blom restait un grand nom du cinéma danois, mais il était aussi un vétéran. Ca se voit: son film est assez plat, film sans grande originalité. On apprécie le soin de ne jamais diaboliser le héros, mais après tout, n'est-il pas joué par Gunnar Tolnaes? Ce dernier, une vedette confirmée du cinéma Scandinave, d'origine Norvégienne, semble parfois à peine jouer... Mais c'est du grand n'importe quoi, un mélodrame exotique sans queue ni tête, qui fait bien pâle figure à côté de ce qui se trame en Allemagne en 1919, ou aux Etats-Unis. Reste à voir ce que A. W. Sandberg, un réalisateur populaire mais plus moderne que son aîné Blom, a fait de cette histoire rocambolesque en 1926, quand il a effectué un remake du film de Dinesen.

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Published by François Massarelli - dans August Blom Muet 1919
18 juillet 2025 5 18 /07 /juillet /2025 14:46

Un couple (Aage Fønss et Clara Wieth-Pontopiddan) se marie... mais le fils est appelé en urgence auprès de son père (Albrecht Schmidt) malade, qui a quelque chose d'important à lui dire: aucune femme ne doit entrer dans sa maison, qui est maudite. Pour appuyer ses dires, il lui raconte une histoire lointaine, une légende de famille...

C'est alors qu'un flash-back nous conte cette légende (qui concerne une ancètre qui a trompé son mari violent, seigneur du château: pour la punir, il l'emmure vivante) que le film s'arrête, réduit à la dimension d'une seule bobine... Il promettait d'être un solide mélodrame à caractère mystérieux, comme Sandberg en a fait quelques-un: on se souvient en particulier du très esthétique Kaerlighedens Almagt sorti quelques mois auparavant...

Donc c'est a priori un film superbe esthétiquement, dont l'intrigue ou du moins celle du flashback rappelle le court métrage de 1909 The sealed room, de Griffith, lui-même une variation sur les nouvelles de Poe dans lesquelles une personne est emmurée vivante... Mais il n'en reste hélas que 11 minutes. Elles sont disponibles (avec des intertitres en Anglais sous-titrés en Danois) sur le site Stumfilm, de la cinémathèque danoise, consacré intégralement aux films muets préservés par l'organisme.

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Published by François Massarelli - dans Muet A.W. Sandberg 1919
6 juillet 2025 7 06 /07 /juillet /2025 10:33

Le film commence un peu comme La nuit vengeresse de Benjamin Christensen, avec des plans nocturnes d'un homme qui s'approche d'une maison, la nuit, où vivent deux personnes: une dame âgée, alitée, est mourante, et sa fille (Clara Wieth) s'occupe d'elle; l'homme (Peter Fjelstrup) réclame à manger, et il est manifestement en fuite. le lendemain, il se re-manifeste, et elle lui donne à manger, puis le suit: elle découvre qu'il habite une cabane dans les bois...

Quand le médecin passe pour surveiller l'état de la mère, il est direct: elle va mourir si on ne lui prodigue pas de soins le plus vite possible. En bon instrument du destin, le docteur attire aussi l'attention de la jeune femme sur une affichette qu'il a ramassée: un avis de recherche, au nom de Carl Weldon, recherché pour meurtre. Bien sûr, c'est l'homme aperçu par Nina la nuit précédente et qu'elle a suivi jusque chez lui. Elle se rend au poste de police, et les choses se précipitent: les éléments du mélodrame se mettent en place les uns à la suite des autres. D'une part, Nina reçoit sa récompense avec laquelle elle espère pouvoir payer des soins à sa mère; d'autre part, deux protagonistes importants se manifestent, l'un est le neveu de la victime du meurtre Pedro (Peter Malberg), qui souhaite féliciter la jeune femme... Et plus si affinités, car le gandin est plutôt bavard voire beau-parleur. L'autre personne qui intervient au poste de police, le Dr Weldon (Carlo Wieth), est le fils du suspect qu'on vient d'arrêter, et qui bien sûr clame l'innocence de son père. Si contrairement à moi, vous n'avez pas encore trouvé le vrai coupable, voyez le film. Sinon... voyez-le quand même!

Car ce n'est pas par ses qualités de whodunit que ce long métrage vaut la peine d'être vu. Le film est entièrement assujetti au point de vue de Nina, qui est interprété avec un souffle impressionnant par l'une des divas de l'écran Danois muet. Le mot n'est d'ailleurs pas choisi au hasard: elle réussit par un jeu d'une constante subtilité, à faire passer les mêmes émotions, les mêmes passions que les divas Italiennes, Francesca Bertini en tête. Mais Bertini avec un sens de l'économie, si c'était possible. Et Clara Wieth-Pontopiddan joue en subtilité, mais de tout son être...

Autour d'elle, un casting solide, et surtout un metteur en scène qui est inspiré du début à la fin. Sa mission est double, finalement: d'un côté, livrer clés en mains au public un divertissement parfait, avec un script personnel et généralement très clair; de l'autre, suivre les doutes et les sentiments de culpabilité d'une héroïne qui non seulement réalise qu'elle a commis une erreur en acceptant de l'argent sur la tête d'un homme, mais surtout souffre de cacher la vérité à l'homme qu'elle aime, car bien évidemment, elle va tomber amoureuse du bon docteur et même l'épouser...

Sandberg utilise du début à la fin de son film les scènes nocturnes avec une maestria confondante, et c'est là sans doute que la référence au film de Christensen fait sens: Avec son art du clair-obscur, son sens de la composition et du cadrage en plus de sa direction d'acteurs impeccable, Sandberg peut sans problème se placer en droite ligne dans la même classe que le réalisateur de L'X mystérieux et La nuit vengeresse... Comme Le Clown (1926) ou Nerfs Brisés (1923), ce film de Sandberg place le mélodrame Danois à a lisière des cinématographies du monde, car comme chez Dreyer, l'austérité des Danois cache de bien sombres turpitudes (surtout Peter Malberg, qui allait comme de juste bien vite être abonné des rôles de types louches), mais avec Sandberg, on commence à trouver les moyens de la mettre en scène de façon moins suggestive, plus directe. Ce qui nous fait un film esthétique, mais aussi excitant, à plus forte raison dans un dénouement très physique pour les principaux personnages.

https://www.stumfilm.dk/en/stumfilm/streaming/film/kaerlighedens-almagt

 

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Published by François Massarelli - dans A.W. Sandberg DFI Muet 1919
2 janvier 2025 4 02 /01 /janvier /2025 08:09

Vicenta (Musidora) est une jeune femme du Pays Basque, qui est séduite par le prince Morano... Elle s'imagine qu'il l'épousera et s'enfuit avec ui, mais d'une part il a d'autres chats à fouetter, notamment un mariage lucratif en vue, et d'autre part les gens du village décident de partir la chercher...

Il ne reste qu'une bobine de ce film, la deuxième: difficile à partir de là de le juger au delà de ces éléments qui n'invitent pas à imaginer un film très inventif, loin de là! Amenée à travailler en tant que réalisatrice, l'actrice fait ses gammes, aidée par quelques collègues, dont Jean, le frère aîné de Sacha Guitry.

Comme la plupart de ses réalisations, ce film (qui devait totaliser 5 bobines au départ) a été tourné entre Paris et le Pays Basque, que Musidora avaitélu comme son pays de coeur.

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Published by François Massarelli - dans Musidora Muet 1919
25 octobre 2024 5 25 /10 /octobre /2024 18:30

Dans le prologue, on fait la connaissance de quatre amis: les deux soeurs Kate (Helen Eddy) et Mary (Pauline Curley) sont toutes deux amoureuses: Mary d'un beau jeune homme bien sous tous rapports, Jimmy (John Gilbert), et Kate d'un jeune scientifique Indien (Sessue Hayakawa): les deux jeunes hommes se sont connus à l'université... Mais les conventions de l'époque, ainsi que son romantisme un peu morbide, empêchent Kate d'assumer cet amour, et Ashuter doit retourner en Inde, pendant que Jimmy et Mary se fiancent... 

Mais Jimmy, qui a souhaité prouver à Mary qu'il pouvait se débrouiller, est tombé sous la coupe d'une secte de malfaiteurs, et il est dans l'obligation de commettre un meurtre pour eux... Ashuter décide de tenter le tout pour le tout pour sauver son ami.

C'est du mélodrame, du bon du gros, avec un sous-texte plus que surprenant, mais assez courant dans les films de Sessue hayakawa: car quel que soit le rôle qui lui échoit, il est condamné à ne pouvoir, selon les lois en vigueur, convoler en justes noces avec une jeune Américaine! On appellait ce genre de mariage de la miscégénation aux Etats-Unis, où c'était passible de gros ennuis, selon les états (ça pouvait aller jusqu'au meurtre, bien entendu)...

Le film a donc la bonne idée de faire reposer la dynamique de l'intrigue en partie sur cet état de fait, pourtant bien insatisfaisant pour les personnages. Etant obligés de ne pas s'aimer, l'amour de Kate et Ashuter devient sublime... Et ça marche assez bien, d'autant qu'helen Eddy s'en sort avec les honneurs en dépit de la charge élodramatique de son personnage.

Et tant qu'on est sur les us et coutumes de cette période ô combien reculée, et ô combien fascinante, comment peut-on passer sous silence cette manie qu'avaient les mélodrames de l'époque de tourner autour du pot, en montrant des groupes d'agités du bocal, politiques et terroristes à la fois, à la pratique sectaire? C'est sans doute ainsi que les Américains moyens de 1919 se représentaient la proverbiale "menace Bolchevik"... 

Reste un film atypique, plaisant, avec un jeune et fringant John Gilbert, et un thème sous-jacent qui en ferait presque un plaidoyer pour l'intégration, face à ce Dr Ashuter, le plus civilisé des hommes, bien plus armé pour la vie, qu'elle soit à l'ombre ou à la lumière, que son copain un rien inutile, qui est né avec une cuillère en argent dans la bouche (ou ailleurs) et auquel on donnerait probablement, comme on dit, le Bon Dieu sans confession!

Il suffit donc d'accepter que Sessue Hayakawa soit natif d'inde.

 

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Published by François Massarelli - dans Muet 1919 **
7 octobre 2024 1 07 /10 /octobre /2024 17:42

Tatsu (Sessue Hayakawa) est un homme semi-sauvage, qui vit dans une sorte de rêve éveillé depuis des années, dans la montagne. Il est obsédé par une princesse qui lui serait promise, kidnappée par un dragon, et tant qu'elle ne lui revient pas il s'obstine à dessiner encore et toujours des images de dragon... Ses dessins parviennent sous les yeux d'Indara (Edward Peil) un peintre génial et reconnu, qui cherche à passer le flambeau. Il reconnait dans les oeuvres de Tatsu la patte d'un successeur, et le fait venir... Mais pour obtenir quoique ce soit de lui, il va devoir faire passer sa fille Umé-Ko (Tsuru Aoki) pour la princesse...

C'est un des films réalisés à Hollywood autour de Sessue Hayakawa, un acteur Japonais qui avait été engag par Thomas Ince, et autour duquel un culte s'était construit. Mais ce film, contrairement à beaucoup d'autres (en particulier ceux de Ince, justement), a l'avantage delaisser l'acteur composer un personnage qui puisse évoluer dans un cadre Japonais...

Sa fréquente partenaire Tsuru Aoki était venue à la fin de la première décennie aux Etats-Unis, après avoir été découverte par David Belasco. Si le troisième rôle le plus important était tenu par un acteur Anglo-saxon dévolu aux rôles orientaux (il interprète Evil Eye dans Broken Blossoms de Griffith par exemple), on remarque que le Japon "Californien" qui nous est présenté bénéficie grandement de sa distribution où les acteurs Nippons dominent...

Le film est d'ailleurs assez étrange, il ne ressemble pas tant qu'on aurait pu le croire à un film Américain, derrière son aspect de conte philosophique... Mesuré, mais quand même suffisamment excentrique pour trancher sérieusement sur la production ambiante. La narration est un peu lente, mais le film ne cherche pas à éviter d'apparaître extravagant, en étant même grâce au décalage entre la brutalité enfantine de Tatsu et les manières policées d'Indara, presque comique par endroits... Le drame pointe quand même le bout de son nez, avant un happy-ending inévitable...

Et pour finir, on ne s'étonnera pas que le film soit très décoratif, profitant pleinement de montagnes parfois allègrement peintes, et parfois de vues plus authentiques... mais Californiennes.

 

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Published by François Massarelli - dans ** Muet 1919
29 mai 2024 3 29 /05 /mai /2024 19:06

On n'a pas conservé beaucoup des premiers films de Germaine Dulac... Par exemple, il ne restait jusqu'à 2020 plus que deux séquences à peu près cohérentes de ce film, premier script de Louis Delluc. C'était une grande perte si j'en crois Henri Langlois, grand admirateur du film et qui lui l'avait vu en entier. Aujourd'hui, depuis la découverte d'une copies fragmentaire, on en possède le tiers, et la Cinémathèque Française a pu enfin en donner à voir une continuité, sur 26 minutes, qui restituent l'argument principal ainsi que son style si particulier.

Eve Francis y interprète une femme, Soledad. Elle est danseuse, et s'est plus ou moins retirée, et deux hommes, deux propriétaires terriens (Gaston Modot et Jean Toulout) sont très amis mais l'un comme l'autre sont aussi fous amoureux de la mystérieuse danseuse. Pendant qu'ils s'entretuent dans un geste aussi chevaleresque qu'absurde, elle se laisse séduire par un jeune homme qu'elle a subjugué...

Le film est d'une impressionnante amertume, incarnée en particulier par la lassitude d'Eve Francis qui se retrouve en chaînon manquant entre Asta Nielsen (la danse chaloupée, qui renvoie à L'abîme d'Urban Gad) et d'un coté les divas Italiennes, les Francesca Bertini et Pina Menichelli, et de l'autre les futures stars Greta Garbo ou Marlene Dietrich... La quête romantique ultime ("Puisque nous sommes amis et que nous l'aimons tous deux, massacrons-nous mutuellement") est raillée par une fin d'une méchanceté particulièrement notable. Le scénario de Louis dellux, servi par la réalisation de Germaine Dulac, joue une partition forte et provocante. Le voir ainsi enfin un tant soit peu représenté de façon plus continue, dans un cadre impeccable (ces plans nocturnes du duel), est essentiel...

Le film a l'air de bénéficier de plans "volés" lors de véritables célébrations populaires, et semble anticiper toute la vague dite "impressionniste" du cinéma Français: Delluc bien sur, mais aussi Epstein. Dans le fragment auparavant disponible, ces éléments prenaient toute la place, ce n'est heureusement plus le cas... Et on est devant un foisonnement à des années-lumières de la rigueur sage de La cigarette, l'autre film conservé réalisé par Mme Dulac en 1919. On comprend que ce fut un classique. Il ne nous est pas restitué, mais on peut commencer à en deviner les contours...

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Published by François Massarelli - dans Muet Germaine Dulac 1919 *