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  • : Allen John's attic
  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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21 mai 2026 4 21 /05 /mai /2026 07:17

Danemark, 1924: il fait froid! Carlo Morton, un peintre (Knud Almar) semble filer le parfait amour avec son modèle Helga (Karina Bell), une jeune femme bien comme il faut à laquelle il demande de figurer une paysanne Italienne, ce qui réchauffe... Mais le père (Viggo Wiehe) de la belle vient de revoir une vieille connaissance: Helder (Peter Marberg), l'ami d'enfance de sa fille, un ingénieur ferroviaire, le fils d'un ancien camarade de régiment... Il linvite à passer quelques jours chez eux, ce qui n'est oas du goût d'Helga: jugeant qu'on fat une offense à Carlo, elle fait un caprice et part rejoindre son artiste en Italie où il est supposé profiter de la beauté des lieux. C'est embêtant, puisqu'essentiellement il profite de la beauté de son modèle, la belle Teresa Lucani (Xenia Schroeder). Quand celle-ci voit arriver Helga, elle a le coeur brisé... De son côté, Helder a une idée derrière la tête et propose au père d'Helga d'aller à son tour en Italie pour tirer la jeune femme des griffes de l'abominable séducteur...

C'est une comédie, une vraie, avec un soupçon de l'excentricité bienvenue du film de 1923, le fameux Mystère de Park Hill également connu sous le nom de Nerfs brisés... Comme il le fera dans son mélodrame Fra Piazza del popolo l'année suivante, Sandberg est parti tourner son film en Italie et on le sent motivé par les beaux décors locaux... Ainsi que par les clichés locaux: venu retrouver Helga pour continuer à marquer des points auprès du père, Helder ne tarde pas à repérer le frère de Teresa qui cherche un moyen de venger sa soeur, et à eux deux ils vont monter un canular autour d'une mythique société secrète ("la main noire") qui protège les femmes Italiennes des ravages de séducteurs venus d'ailleurs! Ce qui va occasionner bien des gags et des péripéties... 

Sandberg multiplie les allusions aux différences de température entre le Danemark et l'Italie aussi, au point d'imaginer un gag visuel particulièrement farfelu: quand elle est prise de remords d'être partie sans prévenir son père, Helga imagine ce dernier l'attendant enfoui sous une solide couche de neige. Sandberg s'amusera aussi à rythmer sa dernière demi-heure de scènes montrant invariablement le père faisant les cent pas chez lui, avec  chaque fois un accoutrement différent, et s'emportant toujours... Ces scènes, invariablement, le montre recevant un télégramme d'Helder, loufoque, dans lquel celui-ci rapporte l'avancement de son "enquête" en termes de chasse.

Non content de parfaitement profiter de la photogénie de son décor, Sandberg demande et obtient de ses acteurs plus généralement rompus au drame de vraies performances de comédie, et c'est une révélation: Karina Bell en particulier est bien plus percutante que dans les drames qu'elle a interprétés pour lui (Notamment le plus emblématique, Klovnen, la version de 1926). Pour comparer, elle retrouvera ce ton en interprétant un personnage secondaire en 1928 dans Un mariage sous la terreur... C'était probablement une starlette un brin limitée, mais le metteur en scène fonctionnait en équipe, et sa présence allait de soi. Bon, admettons qu'Helga, bien que dotée d'un certain tempérament, reste quand même, dans le cadre presque obligatoire de la comédie sentimentale, une ravissante idiote! Puisqu'on parle de "l'équipe", ce long métrage est l'un des derniers dans lesquels Sandberg fait intervenir l'acteur Peter Malberg (qui va tourner la même année pour Gregers un rôle assez proche de celui d'Helder): Sandberg l'a utiisé comme second couteau, souvent préposé aux idiots, aux simplets, au poète effeminé (L'île d'amour), aux oncles excentriques (David Copperfield), voire aux assassins! Cette fois, il a le beau rôle et son personnage séduit enfin Karina Bell... leur alchimie, de fait, est évidente.

Sans temps morts, très distrayant, ce film miraculé de Sandberg est à nouveau une belle surprise, dans laquelle le metteur en scène recycle quelques idées glanées chez Harold Lloyd (Dr Jack, 1922), notamment toute la (fausse) terreur déclenchée par Helder afin de pousser Carlo le peintre à retourner auprès de Teresa...

 

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Published by François Massarelli - dans Comédie 1924 A.W. Sandberg
19 mai 2026 2 19 /05 /mai /2026 17:19

Ce film, une charmante comédie qui met en scène les deux acteurs de tant de comédies sentimentales, Gunnar Tolnaes et Karina Bell, sous la direction de Sandberg, est l'un des six films du réalisateur sortis entre février et décembre 1924...

L'intrigue, adaptée par sam Ask d'une pièce à succès, concerne l'arrivée d'une jeune fille de Vienne, Leni (Else Nielsen), à la suite de la débâcle des Autrichiens et des Allemands, au Danemark. Oubliée par son groupe d'enfants, elle est prise en charge par Jorgen (Gunnar Tolnaes), un brave homme qui est rentré récemment au pays pour visiter des amis, les Lassen, avec lesquels il souhaite se mettre en affaires. Il va également y retrouver la belle Edith (Karina Bell), qui l'aime depuis toujours mais est aussi tentée de céder aux charmes de "l'âge du jazz" en compagnie d'un séducteur à la petite semaine, le chorégraphe Charles Dupont (Nils Asther). La "petite Viennoise" va aider son petit monde, en usant de sa candeur et de sa clairvoyance d'une étonnante maturité...

D'autres acteurs viennent compléter la distribution: Lassen et son épouse sont interprétés par, respectivement, Gerhard Jessen et Karen Caspersen, et leur fils par Martin Herzberg, qu'on reconnait: il avait déjà joué dans deux filmsadaptés de Dickens, Pip (Les grandes espérances) et David Copperfield dans le film du même nom... Et à ma grande surprise, Peter Malberg est ici absent, mais d'une certane façon, sa place est prise par Nils Asther. L'acteur, bien que né à Copenhague, est Suédois, ce qui continue une politique d'ouverture du cinéma Danois à l'extérieur, pouvant permettre aux films d'être achetés à l'étranger. On retrouvera cette pratique avec Klovnen. S'il remplace efficacement Peter Malberg, Asther apporte une grande subtilité à son personnage, tout en en faisant un authentique caractère de comédie... Ce que Malberg n'aurait pas su si bien faire je pense! ...Malberg, qui d'ailleurs ne tournerait guère plus avec le metteur en scène.

C'est de toute façon, sur fonds de mélodrame, une comédie sentimentale très fleur bleue, dans laquelle tout ou presque est déjà crit: on n'a pas de doute, on sait qui finira avec qui. Sandberg était prévisible à force d'engager Tolnaes et Bell, et de faire d'eux des partenaires en amour dans ses films! une belle surprise, par contre, est le couple formé par Jessen et Caspersen en parents complètement loufoques... Sinon, détail étonnant et pas si insignifiant que ça: le jeune Martin Herzberg, qui a un pansement qui gonfle sa chaussette, a du se casser une jambe peu avant le tournage. Il utilise une canne en permanence et se déplace avec difficulté, ce qui n'est jamais souligné par les intertitres. Ca lui donne une vérité qui me rappelle comment Stroheim, d'un petit détail (le sparadrap au dessus de l'oeil de Lon Poff dans Greed) pouvait donner toute une vie potentielle à un personnage... Ici, la motivation était sans doute que Sandberg, qui avait constamment recours à sa "petite famille" de personnages, n'avait pas le coeur à remplacer le jeune Martin. C'est dire si à défaut d'être un des très grands génies du septième art, il avait sans doute une conception assez humaine de son métier.

 

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Published by François Massarelli - dans A.W. Sandberg Muet 1924
17 mai 2026 7 17 /05 /mai /2026 12:05

A Römersholm, la demeure d'une petite famille de la noblesse, Birthe (Edith Schou), la fille du châtelain, coule des jours heureux, entre son amie la fofolle Astrid (Karina Bell), et son petit ami Anders (Aage Fonss). Mais son père (Philip Bech), toujours en voyage, lui annonce s'être marié avec une cantatrice, et il revient au pays: entre Birthe et sa belle-mère, Elisa (Ebba Thomsen), les relations vont très vite être tendues. Quand cette dernière tente de séduire Anders, et que celui-ci la repousse, elle l'accuse d'avoir voulue la violer. Il est chassé... Mais suite à une discussion envenimée entre les deux femmes, on retrouve le corps de la cantatrice. Le procureur Falk (Gunnar Tolnaes) mène l'enquête, généralement assisté contre son gré par l'amie de Birthe: Astrid, qui lit tout le temps des romans policiers, a décidé qu'elle saurait trouver la clé du mystère...

A.W. Sandberg touchait à tous les genres du cinéma populaire, sauf pour ce qui est des années 20, à la farce. Il restait, globalement, dans les limites du raisonnable, et préférait une ligne plus franchement loufoque pour ses comédies, comme en atteste l'excellent Nerfs brisés de 1923. Il y a d'ailleurs des similitudes entre les deux films, avec l'idée d'une enquête qui semble être constamment en parallèle de la vraie vie: ici, Astrid se plante évidemment dans toutes ses tentatives de résoudre l'affaire, à laquelle elle n'a d'ailleurs pas compris grand chose... Mais elle est tolérée (pour des raisons extra-professionnelles) par le procureur, qu'elle a d'ailleurs rencontré dans le prologue! dans une scène qui aurait pu faire partie d'une screwball comedy, toutes proportions gardées, Astrid rencontre Falk alors qu'elle est juchée dans un arbre à lire un roman; quand elle fait tomber son livre, il va aller le repêcher... en tombant à l'eau.

C'est d'ailleurs cette propension à éviter les lourdeurs du whodunit (Peter Malberg fait partie de la distribution, donc on sait très vite qui, a priori, a tué!) en faisant tous les genres de film en une seule oeuvre qui fait qu'on retient ce film: du mélodrame bourgeois (la rivalité entre belle-mère et belle-fille), au mélodrame tout court (les amoureux empêchés de s'aimer), de l'enquête policière au marivaudage de la comédie, le film ratisse large... Et de fait il est plaisant.

 

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Published by François Massarelli - dans Muet A.W. Sandberg 1924
17 mai 2026 7 17 /05 /mai /2026 09:42

Au début de l'ère Victorienne, la rencontre entre un jeune homme de bonne famille et une jeune femme de la classe ouvrière, dont le père est un repris de justice, est compliquée par les convenances...

C'est le quatrième et dernier film de Sandberg consacré à une adaptation de Dickens, des films qui lui tenaient à coeur et pour lesquels la Nordisk mettait à sa disposition des moyens considérables... Chacun de ces films étaien un événement en soi, propore à raviver l'insoluble espoir de retrouver un jour au Danemark la grandeur passée, celle d'avant la guerre...

Il y a de nombreuses touches qui nous rappellent qu'on est clairement chez Dickens: une vaste galerie de personnages, d'où émrgen fatalement des farfelus hauts en couleurs (le père Dorrit, qui est en prison depuis 20 ans pour dettes, est un cousin de Micawber, et le jeune John Chivery, qui passe son temps à ruminer ses échecs présents en les sublimant, grâce à son imagination qui lui fait imaginer de délirantes pierres tombales), et un brin d'absurde: cette prison où tout Londres semble se relayer, et où outre la privation de liberté, les pensionnaires ne sont pas forcément trop mal lotis... Et en plus, il y a un vieux secret de famille. Sanberg a convoqué son équipe: Karina Bell, Karen Caspersen, et Gunnar Tolnaes sont bien présents, mais pas Peter Malberg. Une fois n'est pas coutume...

Mais ce n'est pas Les grandes espérances, qui est une réussite sur bien des points: non, d'une part le roman choisi est l'une de ces oeuvres à la thématique floue, dans lesquelles le romancier réglait des comptes personnels (son père a été lui aussi incarcéré dans les mêmes conditions que l'héroïne), et faisait plus ou moins semblant d'inscrire des revendications sociales pas toujours en cohérence avec le reste de son oeuvre mélodramatique, mais en plus il souffre d'être inscrit dans une intrigue qui passe par beaucoup trop de texte, ce qui pour un film muet est rédhibitoire. Et du coup les principaux personnages subissent trop l'action au lieu d'en être les véritables protagonistes. Un comble alors que Sandberg, qui souffrait lui aussi (le cinéma Danois avait un complexe sérieux à ce niveau!) d'une boulimie d'intertitres au début des années 20, commençait depuis Les grandes espérances à se calmer!

Il est probable d'ailleurs que ce film a longtemps été gardé en réserve, afin d'être livré au bon moment, ce qui expliquerait le délai assez important avant sa sortie, deux années après le dernier film consacré à Dickens: Notre ami commun était sorti en 1921, et David Copperfield et Les grandes espérances, quant à eux, en 1922.

Alors évidemment, les décors sont très soignés, les costumes très impressionnants de véracité, et une bonne part de l'interprétation (Sandberg a son équipe et des acteurs dévoués qui sont à l'écoute de sa direction qu'on disait patiente) est totalement dans la lignée de ce qu'on attendrait, mais on peine à se passionner pour ce long et assez statique drame dans lequel Karina Bell n'a peut-être pas les épaules assez solides pour soutenir l'intérêt du spectateur... Le roman est touffu, oui, mais il est aussi confus, et le film lui emboîte le pas.

 

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Published by François Massarelli - dans Muet A.W. Sandberg 1924
3 mai 2026 7 03 /05 /mai /2026 18:31

C'est amusant de constater que ce film, dont le titre Danois se traduit directement L'île d'amour (les Anglo-saxons le rebaptisèrent Honeymoon island, ce qui n'est pas stupide) est adapté d'un roman de Carl Muusmann, qui s'intitulait Djævleøen (L'île du diable)... J'imagine que l'adaptation en a sérieusement écorné toute prétention au diabolisme!

Charles et Grete Holm (Gunnar Tolnaes et Karina Bell) sont mariés, et ont tout pour être heureux: armateur, il est florissant, et il aime sa petite épouse. Elle le lui rend bien... Mais d'une part elle a du quitter une carrière dans la danse pour son mariage, et son mari est particulièrement peu féru de culture. D'autre part, il reproche à son épouse d'avoir des prétentions qui le dépassent. Et elle n'aime pas, mais alors pas du tout, le bruit de sa pipe! L'un et l'autre rêvent donc (et c'est transposé à l'écran) d'une version différente de l'être aimé...

Sauf que Grete s'affiche ouvertement, et de plus en plus, avec un insupportable poète, Lorens (Peter Malberg), qui est non seulement ridicule, il est surtout amoureux d'elle et ne s'en cache pas. Charles écoute donc l'idée de son ami Grøn (Philip Bech): celui-ci lui suggère en effet de partir en excursion avec un voilier, et de provoquer un faux naufrage, puis de se réfugier sur une île qu'il possède, en Mer du Nord. Seulement, le naufrage va s'effetuer non seulement pour le couple, mais aussi pour Lorens et deux matelots dévoués à l'armateur...

Ce dernier point n'est pas un ressort dramatique, et c'est la source d'un des points les plus faibles du film: il n'y a en réalité pas ou peu d'enjeu... Jamais Grete et Charles ne sont perdus, pas plus qu'ils ne sont seuls. Les trois autres protagonistes sur l'île fournissent essentiellement la comédie (et pas des plus légères, la composition de Malberg en poète étant tout sauf subtile!), et on attend bien sagement que Grete réalise qu'elle a surtout été capricieuse et que on mari n'est pas un rustre, juste un homme sensé... Non, le film n'a par ailleurs absolument rien de féministe!

C'est l'un des 6 films de Sandberg sortis en 1924, et même en ajoutant que souvent la compagnie Nordisk engrangeait tranquillement des films pour en retenir la distribution un an ou deux, le fait est que ça fait quand même beaucoup... C'est une comédie, mais contrairement à l'irrésistible et souvent plus que loufoque Nerfs brisés de 1923, il ne décolle jamais du tout-venant... A un moment, très tardif, Grete semble apte à prendre le pouvoi sur le film, en trouvant le moyen de laisser tout le monde en plan sur l'île pour rentrer à Copenhague (ce qui ne leur ferait pas trop de mal), mais... Karina Bell, comme souvent, joue ici une ravissante idiote, son rôle plus ou moins imposé depuis son appariton dans David Copperfield. Bref: Sandberg avait beaucoup mieux à faire, et ça tombe bien, il le ferait!

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Published by François Massarelli - dans A.W. Sandberg Muet 1924 Comédie
27 avril 2026 1 27 /04 /avril /2026 17:16

Un bien sombre drame que ce film de Sandberg, réalisé en pleine montagne, mais sans que jamais le metteur en scène laisse le lyrisme des paysages l'emporter. Au contraire, c'est la rudesse de la nature qui semble avoir été sa principale motivation pour y placer les protagonistes d'une histoire hautement mélodramatique:

Thor Brekanaes (Peter Nielsen), un fermier austère, s'est marié avec une femme (Karen Caspersen) à laquelle il reproche d'avoir eu un enfant naturel, juste avant son mariage. Et leur enfant commun, un garçon, est né avec des troubles mentaux... Du coup, la rancoeur du fermier pour son épouse va rejaillir sur Vasil, l'enfant illégitime... Mais la mère, comme elle l'avait prédit à son mari, se tue à la aissance de son deuxième fils, pour ne plus avoir à subir le joug de celui que les locaux appellent Lehnsmanden (en gros, le seigneur des lieux)...

Des années plus tard, alors qu'à la ferme Brekanaes Thor héberge de nombreuses personnes, dont une jeune femme, Thora (Karina Bell), Swein (Sigurd Langberg), qu'il a adoptée, mais aussi le fils d'un de ses employés qui fait office d'intendant à la ferme. Il rend souvent visite à la jeune femme qu'il projette d'épouser, avec l'assentiment de Thor. Thora est très appréciée de tous: en particulier, d'Alsak (Peter Malberg) le fils simple d'esprit de Thor. Mais la jeune femme est amoureuse de Vasil (Emmanuel Gregers), qui revient alors au payx pour annoncer à son père qu'il envisage de cesser ses études de droit pour se consacrer à l'écriture, et souhaite emmener Thora avec lui. Le père refuse, toujours sous le coup du dépit et de la rancune tenace qu'il garde envers son épouse décédée depuis longtemps... 

Quand quelques jours plus tard, Thor est retrouvé mort, assassiné d'un jet de pierre. Les soupçons se tournent vers Vasil, mais Swein est tout aussi potentiellement coupable que lui... C'est Thora qui découvrira la vérité...

Du mélodrame, disais-je, et du lourd. Mais si le film laisse l'introgue suivre son cours, il vaut mieux: d'une part, on doit avouer qu'une fois de plus le mystère ne vaut pas lourd: le "coupable" du "meurtre" sera vite trouvé, permettant une fin relativement heureuse, mais quand même assez sombre... Les acteurs dirigés par Sandberg sont parfois dans la ligne, dans la mesure où ils jouent des archétypes. Une mention spéciale est due à Peter Malberg qui compose un personnage "simple d'esprit", comme on dit, constamment sur la brèche et réussit à ne pas en faire trop (ce qu'il pouvait parfois se permettre, surtout dans ses nombreux rôles de "méchant" pour Sandberg... De même que le lien entre lui et Thora est joué avec tact par Karina Bell. cette dernière réussit dans les deux dernières bobines à élever son personnage au dessus de son simple statut de commodité... L'actrice, souvent employée pour la comédie, est meilleure dans le drame, où l'étrangeté de son visage est un atout précieux.

On est dans une atmosphère qui rappelle un peu les films "paysans" de Murnau, avec leurs lourds secrets du passé, et leurs intrigues qui mobilisent toute une tribu de membres de la famille et d'employés de ferme. Mais Sandberg, en jouant la carte du conflit habituel entre campagne et cité, entre tradition et modernité, se réfugie plus dans le mélo classique avec ses règles et ses coups de théâtre, que dans le symbolisme transgressif de Terre qui flambe ou City Girl... Le metteur en scène Danois reste, avec ce solide film campagnard, les pieds sur terre, ou plutôt dans la glaise. Il dépeint en vrai citadin, c'est à dire à distance, le jugement de deux hommes par l'ensemble d'une communauté pas spécialement encline à rigoler avec le péché... 

Il n'empêche, pour cette incursion Norvégienne, Sandberg semble se débarrasser un peu de sa tendance Dickensienne, qui prenait depuis quelques films toute la place depuis qu'il avait réalisé trois films (un quatrième, Little Dorrit, allait sortir en décembre 1924) adaptés du célèbre auteur anglais. En recentrant son univers sur la Scandinavie, il se renouvelle...

https://www.stumfilm.dk/en/stumfilm/streaming/film/moraenen

 

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Published by François Massarelli - dans A.W. Sandberg DFI Muet 1924
21 février 2026 6 21 /02 /février /2026 17:47

Ce film de 1924 est le témoin d'une rude époque: la Columbia était une minuscule compagnie, qui n'avait pas encore trouvé le moyen d'exister face aux géants du cinéma Américain, les Paramount, Fox, First National (qui n'avait pas encore été absorbée par la toute jeune compagnie Warner) et la toute nouvelle Metro-Goldwyn-Mayer... Devenue Columbia, après que Harry Cohn ait utilisé l'étiquette CBC (Cohn-Brandt-Cohn), ce long métrage mélodramatique est donc l'une de leurs premières productions.

Du tout venant, dans sa globalité, malgré un certain soin. On est en plein mélo: dans la famille Gower, la fille Mildred (Alma Rubens) est la personne raisonnable: à cause des frasques de sa mère (Eugenie Besserer), elle est obligée de se marier avec le riche (et vieux) Lemuel Sidall (William Welsh), qui lui mène une vie infernale... Elle aurait préféré le beau docteur Donald Keith (Frank Mayo)...

En une heure, le film nous fournit toute la tension mélodramatique nécessaire: l'attente face à un mariage qui menace d'être étouffant, les jalousies délirantes de Sidall (dont la santé fragile est une constante épée de Damoclès), la rencontre inopinée entre les tourtereaux, à quelques heures du mariage fatidique, et une croisière improvisée riche en rebondissements...

Le meilleur moment? Un plan inattendu lors de la nuit de noces, alors que William Welsh s'avance vers elle, on nous montre un beau gros plan d'Alma Rubens, en un éclair... Cette dernière, contrairement à la compagnie Columbia, n'en était pas à son coup d'essai...

 

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Published by François Massarelli - dans Muet 1924
26 janvier 2026 1 26 /01 /janvier /2026 16:36

En 1924, le succès de ce film concrétise finalement les ambitions de trois parties: Fritz Lang, qui venait déjà de réaliser deux films au succès insolent, arrivait enfin à prendre, ne serait-ce que momentanément, la place de plus important réalisateur du cinéma Allemand; son épouse Thea Von Harbou, associée à Lang dans leurs deux succès Der müde Tod (1921) et le diptyque Dr Mabuse, der Spieler (1922), parvenait enfin à mélanger sa verve feuilletoniste et les contes et légendes Germaniques, ce qui ne pouvait que satisfaire cette nationaliste aux amitiés déjà louches; enfin, la UFA mettait la main sur un metteur en scène, une équipe, et un film monumental, qui allaient lui apporter à n'en pas douter une assise mondiale, après les années de vaches maigres vécues par le cinéma Allemand, pointés du doigt après la guerre. De fait, on peut dire sans aucun problème que le film est sans doute le point culminant du cinéma allemand des années 20, en même temps que le plus impressionnant des signes extérieurs de richesse: Lang a demandé beaucoup à la UFA, et le studio lui a tout donné; le résultat est là, mais le film a quand même longtemps traîné une réputation sulfureuse, totalement injustifiée..

Dans un moyen-age légendaire, Siegfried (Paul Richter), fils du roi Siegmund, acquiert par la ruse et par sa propre assurance un statut de héros invincible: il a forgé la plus belle des épées, a déjoué le piège du nain Alberich (Georg John) et s'est emparé de l'impressionnant trésor des Nibelungen. Il a aussi triomphé d'un dragon, et s'est baigné dans son sang, devenant de fait invulnérable, sauf pour une petite partie de son dos, là où une feuille de frêne s'était posée durant son bain magique. Devenu très puissant, il ambitionne de devenir le mari de la belle Kriemhild (Margarete Schon), princesse Burgonde et soeur du roi Gunther (Theodor Loos). Celui-ci, conseillé par son vassal Hagen Tronje (Hans Adalbert Schlettow), pose une condition: afin de se rendre digne de la main de Kriemhild, Siegfried devra aider Gunther à conquérir la main de la reine Brunhild (Hanna Ralph), une redoutable amazone Islandaise. Usant de stratagèmes et de magie, Siegfried aide Gunther à parvenir à ses fins, mais la belle Brunhild apprend vite de la bouche de Kriemhild la vérité. Elle lance alors à son mari et son clan un défi: elle souhaite qu'on tue Siegfried. la suite des événements sera inévitablement faite de tricheries, combats, serments, coups-bas, loyauté mal placée, mort et trahison... 

La récupération par les nazis de ce film aura lieu de multiples façons, avant, pendant et après la montée au pouvoir d'Hitler: Celui-ci, ainsi que Goebbels, verront le film, en garderont un souvenir fort, et le réutiliseront d'abord sous la forme d'une ressortie au début du régime, accompagnée par une bande-son narrative qui va dans le sens de leur propagande. Les organisateurs des meetings des années 30, notamment le fameux rassemblement de Nuremberg, étudieront également la plastique très ordonnée de la première partie du film, s'inspirant des cérémoniaux des Burgondes, et en particulier de la belle ordonnance du chateau de Worms telle qu'elle est aperçue pour la première fois dans le film, via un narrateur qui conte à Siegfried exactement ce qu'il veut entendre... Mais le film n'est pas un film nazi, pas plus, si on veut, que le Faust de Murnau n'est un opéra: Wagner et Lang se sont abreuvés aux mêmes surces, celles de légendes Germaniques du XIIIe siècle, tout comme Gounod et Murnau ont conté la même histoire dans deux oeuvres différentes. Et du reste, si durant le règne des nazis Goebbels ne manquera pas une occasion de dire le bien qu'il pense du film, et si cette fameuse offre embarrassante de diriger le cinéma du régime a bien été faite à Lang en raison de sa participation à ce film, il suffit de le regarder pour voir que le caractère germanique tant vanté par les nazis était plutôt mis à mal par le film, une nouvelle variation sur l'idée de destin fatal tel que Lang le concevait; de plus, Siegfried, le fameux héros de la première partie de la saga, arrivait à sa puissance par la magie, par la ruse, mais aussi par la tromperie, l'intimidation, et une certaine dose de vantardise: Fairbanks ne s'y est pas trompé, lui qui a un peu 'emprunté' l'apparition du héros à la cour de Worms pour son Voleur de Bagdad: Siegfried sait se vendre, et utilise tous les moyens possibles et imaginables pour arriver à ses fins, à comencer par la magie qui est toujours synonyme chez lui de tricherie, dissimulation, et mensonge. Ajoutons à cela que si Siegfried est tant attiré par Worms, c'est parce qu'il a entendu les légendes sur la nomblesse des Burgondes: la première vision de la cour de Worms et ainsi tirée d'une narration interne, du récit qui en est fait à Siegfrid, de même que celui-ci devient connu à Worms, en particulier par la jeune Kriemhild, à partir du récit enjolivé qu'en fait le chevalier et barde Volker. Kriemhild confirmera dans un premier temps sa naïveté, en confiant un rêve prémonitoire (Réalisé en sable animé par Lotte Reiniger) qu'il est facile de lire, dans lequel deux oiseaux menaçants chassent une colombe. Les deux oiseaux renvoient bien sur à Hagen Tronje, vassal de Gunther mais véritable pouvoir derrière le régime, un homme qui ne reculera devant rien pour assoir sa domination. Et de fait, les comportements jusqu'au boutistes, reposant sur des codes d'honneur truqués, des trahisons, des égoïsmes radicaux, ne pourront au terme d'une sanglante deuxième partie, mener qu'au chaos, et à la mort de tous les protagonistes, ou presque: c'est le destin, encore et toujours... Mais ce qui frappe aussi, c'est que ce film fait suite avec un passé mythique, à une oeuvre qui se situait dans le présent imaginaire mais ô combien réel, de l'Allemagne en crise. Plus encore, Die Nibelungen sera suivi d'un film (Metropolis) qui explorera de nouveau un mythe, celui du futur, et un futur miné par une certaine vision de la fatalité. Alors une bonne fois pour toutes, qu'on arrête d'assimiler ce film à l'idéologie Nazie. Lang s'est totalement approprié le film, et il a imprimé sa marque si personnelle, on l'a vu, à ces histoires antédiluviennes...

Le film est donc une longue oeuvre avoisinant les cinq heures, divisée en deux parties sorties séparément, comme Dr Mabuse der spieler en 1922. Et une fois de plus, les deux parties possèdent leur structure interne en même temps que de nombreux échos de l'une vers l'autre. Chacune est divisée en sept chants, plutôt que des "actes" (le terme consacré pour les films Allemands de l'époque)... Les moyens énormes dont Lang a disposé lui ont permis la confection d'un somptueux ensemble d'images toutes plus belles les unes que les autres; il a su faire une synthèse entre l'héritage de l'expérience de l'expressionnisme cinématographique, et d'une esthétique plus traditionnelle héritée du romantisme. Les aspects techniques du film ont inspiré jusqu'au cinéma américain (Thief of Bagdad), et sont encore admirables aujourd'hui; le jeu des acteurs est habité, sincère et sans ambiguité, vaguement inspiré de la tradition japonaise du théâtre Kabuki. Le film a donc eu du succès, mais pas autant qu'on aurait pu l'espérer. les deux parties étant sorties séparément, Siegfrieds Tod (la mort de Siegfried) s'en est beaucoup mieux tiré que la suite Kriemhilds Rache (la vengeance de Kriemhild); du coup, à l'étranger, de nombreux distributeurs ont choisi de ne sortir que la première partie. Remonté, coupé, réarrangé, le film a vécu les mêmes types de transformation que Metropolis ou d'autres films spectaculaires de l'époque. C'est donc un miracle qu'il nous soit parvenu en des copies complètes, comme en témoigne la nouvelle restauration des magiciens de l'institut Murnau, et le BluRay Masters of Cinema, qui est une merveille de plus...

 

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Published by François Massarelli - dans Fritz Lang Muet 1924 **
7 janvier 2026 3 07 /01 /janvier /2026 11:00

Mr (Jack Mulhall) et Mrs Blaine (Billie Dove) sont mariés et parfaitement heureux, jusqu'au jour où Monsieur annonce à Madame qu'ils vont recevoir Ridgeway, un très gros client de sa firme... Madame est intéressée, d'autant plus que ce Ridgeway (John Sainpolis) a une certaine réputation: il collectionne les perles, dit-on, et pas que les perles... Quand il vient, il est subjugué par l'épouse de son collaborateur, et les invite à participer à une soirée puis un week-end de croisière sur un yacht... La jeune femme, naïve, va-t-elle succomber au charme de l'homme qui voudrait la couvrir de bijoux? Et de son côté, son mari va-t-il se laisser entraîner dans les bras de l'amie de Ridgeway, la jeune veuve Mrs Howard (Betty Blythe)?

Vous le saurez en voyant ce film, qui a l'air de partir dans toutes les directions (ce n'est pas qu'une impression), mais qui a surtout le bon goût de ne pas se prendre au sérieux, sans parler du fait qu'il est assez court. En six bobines, on a donc d'une part une comédie légère un peu leste qui s'amuse de nous montrer une fiesta extravagante pour laquelle Ridgeway a engagé des jeunes femmes qui virevoltent avec ou sans voiles autour des convives éberlués... Puis propose un rêve édifiant, dans lequel Madame Blaine prend enfin conscience de sa vanité, en visitant le royaume de Neptune!

Derrière cette sombre histoire de bijou, de vraies ou fausses perles, c'est d'un côté l'attaque sur la vertu de Mrs Blaine qui est en jeu, ainsi qu'une très grossière assimilation de l'épouse à une incorrigible enfant entêtée...

La Fox tatonne, en cette période, et le studio qui a toujours été le lieu de toutes les aventures (les films sociaux ou musclés de raoul Walsh, les vignettes Américaines de Ford depuis 1920 et les westerns de Tom Mix) est aussi l'endroit où les films épiques, antiques et déshabillés de J. Gordon Edwards (Cleopatra, The Queen of Sheba, Salome)  avec Betty Blythe ou Theda Bara, ont été tournés... A ce titre, l'association entre le britannique Maurice Elvey, en charge de la partie la plus raisonnable du film, et Henry Otto (qui a mis en scène le rêve délirant) se justifie...

Otto vient de sortir le film Dante's Inferno où il s'est déjà livré à la confection d'étranges images un rien prétentieuses, qui illustraient la Divine Comédie avec moult figurantes en costumes légers, et il semble bien qu'il ait été assigné sur ce film pour aller à peu près dans la même direction onirique... Impossible après ça, je le répète, de voir comme un drame raisonnable ce film qui se situe un peu dans la lignée des productions contemporaines de Cecil B. DeMille, en moins sérieux, non?

 

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Published by François Massarelli - dans Muet 1924 Maurice Elvey
19 juin 2025 4 19 /06 /juin /2025 22:15

Un train roule vers l'ouest... A son bord, une jeune voyageuse a confié ses deux chiens à l'équipage du véhicule, dont un homme, Dan Angus (George bancroft), qui déteste les bêtes... Durant le trajet, ivre, il brutalise les deux animaux, et tue l'un d'entre eux, avant de jeter sa dépouille au dehors. L'autre chien se jette pour veiller son camarade... Le lendemain, il est trouvé par Dave Deering (Tom Mix), un brave cow-boy. La jeune femme (Lucy Fox) qui a perdu ses animaux s'est lancée à leur recherche, et Dan Angus, dont les actions l'ont grillé auprès de ses supérieurs, rôde...

C'est un petit film de complément de programme, particulièrement soigné par Blystone. Les films de Tom Mix pouvaient être un peu ridicules (le costume de cow-boy avec le "10 gallon hat", le côté justicier propre et bien coiffé) mais ils pouvaient aussi, clairement, proposer en moins d'une heure une impressionnante dose d'action western, du suspense, et tous les atouts du mélo, utilisés à bon escient. C'est exactement ce que propose ce film superbement joué, et qui vous tient en haleine du début à la fin, jusqu'à un incendie très réel...

 

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Published by François Massarelli - dans Muet ** 1924 Western Wonder dogs