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  • : Allen John's attic
  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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17 janvier 2026 6 17 /01 /janvier /2026 14:22

Die Spinnen était un film décérébré, qui singeait Feuillade en surface mais qui n'allait nulle part si ce n'est pour commencer un long flirt avec les tunnels et autres souterrains pour le cinéaste. Harakiri, film pour rien, sombrait dans le ridicule le plus hilarant en grimant Lil Dagover et Georg John en Japonais... Mais ce film change tout. Lang y travaille pour la première fois avec deux personnes qui compteront énormément dans la décennie qui s'annonce, et quitte les villes Allemandes pour aller tourner en Montagne. Dans les Alpes Bavaroises, le cinéaste va trouver un monde à sa démesure, et va se laisser aller au mélodrame le plus concentré: excessif et compliqué, certes, mais aussi glorieusement improbable, fait de coïncidences toutes plus hallucinantes les unes que les autres, et tout entier dirigé vers un final qui transcende le ridicule pour toucher à la poésie la plus exquise. 

Et pourtant ce n'était pas gagné au vu du script, et de sa star: Irmgard (Mia May) fuit une situation compliquée, qui semble faire d'elle la veuve d'un homme, Georg Vanderheit, en même temps que la légitime épouse du frère de celui-ci, John (Hans Marr)! Il y a une histoire d'héritage, forcément, et un jeune homme, Wil Brand (Rudolf Klein-Rogge), le neveu de Georg, a pour mission de tirer ça au clair. Mais lorsqu'il rencontre Irmgard, il tombe instantanément amoureux d'elle. C'est dans un train en partance pour les Alpes, mais ce qu'il ne sait pas, c'est que John va chercher Irmgard lui aussi, dans le but de la supprimer, car elle en sait trop sur lui, et le seul moyen pour le frère félon de récupérer l'héritage est de supprimer la jeune femme. Et la montagne, avec ses dangers, est pour lui le meilleur moyen...

Vous avez dit compliqué? Et encore, ce qui précède n'est qu'une tentative de résumer, en simplifiant, une intrigue qui se paie en prime le luxe d'ajouter des ramifications en flash-back! Mais ce script de Thea Von Harbou, le premier pour Lang, est surtout un prétexte à coups de théâtre, à surprises improbables ("Quoi, Georg? Vous êtes donc encore vivant?") qui donnent des coups d'accélérateur, et qui vont faire passer cette pauvre Irmgard par toutes les couleurs du spectre!

Mais la montagne Bavaroise, avec cette montée de l'héroïne vers son destin, et sa statue énigmatique qui donne son titre au film (L'image vagabonde: il est question d'un serment qui est effectué par Georg qui promet de revenir vers le monde si la statue de la Madone qui est située à quelques pas de son chalet se met à marcher...) permettent à Lang et au chef-opérateur Guido Seeber de donner le meilleur d'eux-mêmes, à des années-lumière de toute tentation expressionniste. Lang tire aussi bénéfice d'une avalanche de cailloux, qui lui permet, au moins pour un instant, d'ensevelir ses deux héros qui vont, enfin, pouvoir chacun livrer leur vérité.

Bref: passionnant, stimulant, et prometteur, ce pourrait bien être la naissance du Lang que nous aimons et admirons, en compagnie de ses complices Klein-Rogge (Bien en retrait toutefois) et Von Harbou.

 

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Published by François Massarelli - dans Fritz Lang Muet 1920 **
27 octobre 2025 1 27 /10 /octobre /2025 08:53

Bien que le copyright du film indique la date de 1920, le film est sorti à l'automne de 1921, alors que le cinéma Danois se remettait encore avec difficulté de la mort de Valdemar Psilander (que Sandberg avait dirigé en 1917 dans son film Klovnen peu de temps avant son décès prématuré)... C'est donc Gunnar Tolnaes, qui avait plus ou moins pris la place de la star disparue, qui interprète le rôle principal aux côtés de l'acteur Philip Bech, et de Kate Riise. Cette dernière, qui incarne une artiste de music-hall, avait exigé d'apparaître sous un nom d'emprunt, car le rôle exigeait d'elle des scènes en petite tenue (en l'occurrence un justeaucorps et des collants pour les scènes situées dans les coulisses, des vêtements jugés trop suggestifs par l'actrice)...

Le titre, qui signifie "Les yeux peuvent-ils mentir?", trouve dès l'ouverture, un écho: en effet le film commence par un plan très clair, celui des yeux d'une jeune femme aux cheveux blonds, qui nous regardent de façon très aguichante... Une façon comme une autre de placer le sujet de ce mélodrame: Egil, un riche héritier (Tolnaes) est amoureux d'une artiste (Riise), et la séduit. Ils veulent se marier mais la famille n'a pas confiance en elle. Alors que le mariage se profile à l'horizon, la jeune femme disparaît. Quand elle revient, elle apprend à son fiancé qu'elle est mariée, et qu'elle a fui son mari violent, le comte Mirko. Mais elle est bien vite accusée d'avoir tué son mari...

Un (mélo) drame dans la noblesse, des traditions bousculées, des codes amoureux dictés par les conventions, un mariage en dépit de la désapprobation des parents, une figure féminine sur lequel le doute (celui des protagonistes aussi bien que celui des spectateurs) plane avec insistance, des personnages mystérieux, une mort suspecte, et enfin des secrets compliqués voire inavouables... On est en plein mélodrame établi, étanche et à l'épreuve des balles. Mais Sandberg démontre une fois de plus son métier et sa filiation avec les grands noms du cinéma Danois des années 10, Blom, Holger-Madsen, Gad et Christensen en tête: son utilisation des lumières et de l'ombre, sa scénographie des intérieurs bourgeois (particulièrement luxueux), le jeu souvent très retenu des acteurs, tout fonctionne très bien. Le cinéaste prend un certain plaisir à détailler à travers tous les univers aperçu (les coulisses d'un théâtre fréquentés par les héritiers en haut-de-forme qui viennent fréquenter les danseuses, un salon austère dans lequel la famille tient conseil, des galeries imposantes de manoirs tout aussi peu discrets...) tout le luxe mais aussi la vanité d'un monde qui semble bien loin de ce que devait être le quotidien des gens qui fréquentaient les salles de cinéma à l'époque. Car cet art consommé du mélodrame est un art populaire par définition, qui se doit de raconter et d'aller d'un point A à un point Z...

Le film fait la part belle aux gros plans dynamiques, pas de décrochage idéaliste à la façon d'un Griffith: chaque plan a une fonction rigoureuse dans la continuité... Et cette histoire certes un rien éventée plus d'un siècle plus tard se déroule tranquillement sous nos yeux, dans un style qui ne fait certes pas de vagues, mais donc l'eficacité n'est plus à  démontrer... C'est un film qui ressemble beaucoup, donc, à ceux que Sandberg allait réaliser durant toute la décennie, et Sandberg aime à questionner les apparences dans une narration certes sage, et dans laquelle à la fin, tout conduit au bonheur de ces nobliaux d'un autre âge...

Le film, comme tant d'autres de son auteur, est disponible sur le site de plus en plus fourni du Danske Filminstitut, mais comme pour la plupart des oeuvres disponibles, ce sera avec des intertitres danois sans traduction...

https://www.stumfilm.dk/stumfilm/streaming/film/kan-disse-ojne-lyve

 

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Published by François Massarelli - dans Muet A.W. Sandberg 1920
19 juillet 2025 6 19 /07 /juillet /2025 00:03

Les Quatre Diables, des acrobates, sont deux garçons et deux filles, issus de deux fratries différentes, et élevés jusqu'à devenir des artistes talentueux par un père adoptif particulièrement pointilleux... Ils sont très unis, mais avec l'arrivée de l'âge adulte, les ennuis commencent: l'une des deux jeunes femmes, Aimée (Margarethe Schlegel), ressent un amour d'autant plus troublant pour Frederick (Ernest Winar), qu'il ne semble pas se soucier d'elle. Par contre, il est tombé amoureux d'une comtesse qui ne rate pas une seule des représentations, et qui l'a invité à la rejoindre dans sa maison... Frederick en revient épuisé par l'amour, mais commence lors des entraînements à ressentir un vertige qui l'inquiète beaucoup, et ses partenaires également: c'est que pour une soirée de charité très en vue, ils vont effectuer leur numéro de trompe-la-mort sans aucune protection... 

Sandberg est en délicatesse avec la compagnie Nordisk Film de Copenhague au moment où il effectue ce film, tourné à Leipzig et à Berlin pour un distributeur Allemand. Il vient de compléter son film le plus ambitieux (tourné en 1918, monté en 1919, et qui ne sortira qu'en 1921), une adaptation de Our mutual friend de Dickens, et doit batailler sur le montage, l'exploitation et tout un tas d'autres choses. On remet en cause sa position au sein de la compagnie, qui lui permettait de mettre en scène des grands sujets sans interférences... Le choix du film tourné en Allemagne est assez ironique, puisque Les quatre diables avait déjà été un énorme succès en Europe en 1911, sous pavillon Danois! C'était une production de Robert Dinesen, adaptée du roman de Hermann Bang, et qui allait ensuite fournir la base d'un film de Murnau aujourd'hui disparu, réalisé à la Fox en 1928...

Mais Sandberg, dont le style passe-partout s'adaptait assez bien à tous les environnements, en fait un film totalement nocturne, dans lequel il focalise toute son intrigue sur l'âge adulte de ses protagonistes, contrairement aux deux autres adaptations qui proposent l'histoire en séquence, en commençant par la jeunesse difficile sous la protection mais aussi la férule du clown Cecchi... L'intrigue est vraiment centrée sur ces deux personnages, plus évidemment celui de la comtesse, qui est essentiellement un type de femme fatale assez fréquent dans le cinéma Européen de cette époque. On retrouve la patte de Sandberg dans l'attention portée aux coulisses du spectacle, saisies dans une volonté de naturalisme qui parfois tranche singulièrement avec le traitement mélodramatique du drame des personnages principaux... Et la main du destin prend la forme, clin d'oeil très itonique, du dessin d'un diable sur un costume de scène, qui est visible dans le miroir lors de la présentation d'Aimée: nous ne voyons, d'ailleurs, que ce diable grimaçant, avant de la voir elle...

C'est sans doute une certaine forme de dépit qui a poussé le metteur en scène à quitter le Danemark momentanément, pour y faire ce film. Il n'empêche, il y est très à l'aise: il y trouve le même ton ironique, caché derrière le mélo, que dans ses deux adaptations du Clown, celle de 1917, mais aussi et surtout sa version de 1926 qui est probablement son plus grand film... Comme ce fameux remake, ces Quatre Diables 1921 ne se contentent pas d'être une nouvelle version d'un film passé de mode (la première version, de 1911, réalisée par Robert Dinesen et Alfred Lind): Sandberg y continue son exploration des coulisses de l'art, des hommes voués par leur aveuglement à l'échec amoureux, et à travers le mélodrame expose une vision noire du monde, parfois baignée de flash-backs qui nous renvoient à la fois à Dickens (dont il venait d'effectuer une adaptation, comme je le disais plus haut) et au feuilleton... C'est donc un film qui lui ressemble! 

Et si ce film a été longtemps visible dans des copies incomplètes (notamment une, trouvée en Uruguay, qui réduisait le film à 40% de sa durée, et qui éliminait les flash-backs), et de mauvaise qualité: celle actuellement disponible (pas visible, cependant, sur le site du DFI consacré au fonds muet de la cinémathèque danoise... Sans doute parce qu'il s'agit d'abord et avant tout d'un film allemand!) est superbe, dominée, scènes nocturnes obligent, par un teintage bleu. Elle n'est semble-t-il pas complète non plus, puisqu'on passe abruptement de a fin du troisième acte au sixième... il y a une évidente ellipse, avec une évolution des rapports entre les quatre artistes, mais le "grand final" est là, presqu'intact. Un saut de la mort particulièrement littéral...

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Published by François Massarelli - dans A.W. Sandberg Muet 1920
18 juillet 2025 5 18 /07 /juillet /2025 14:46

La Comtesse Evelyn (Clara Wieth) est sur le point d'accéder à sa majorité, le moment pour elle de commencer à gérer elle-même le budget d'une maison, qu'elle a eu tendance jusqu'à présent, par son insouciance, à laisser dans le rouge. Un administrateur a dépéché un agent (Gunnar Tolnaes)pour établir si les comptes on besoin d'être resserrés ou pas. Ca tourne au bras de fer entre la jeune femme volage, et l'ombrageux fonctionnaire... Sur fond de révolte des employés de la ferme!

C'est le troisième film  de Sandberg avec Clara Wieth, et elle commence clairement à passer l'âge de jouer les jeunes premières, mais la grande comédienne s'est prétée au jeu de la comédie sentimentale avec une certaine énergie. Le film est d'ailleurs strictement une comédie, sans jamais s'éloigner d'une dynamique légère: il n'est pas compliqué de deviner très tôt dans le film, dans sa première séquence (un bal masqué lors duquel la jeune femme rencontre, derrière un loup noir, son futur administrateur), que les deux protagonistes vont finir ensemble. Sandberg est sans doute moins à l'aise dans ce genre, sans les noirceurs du drame et du mélodrame, les deux genres dans lesquels il s'est illiustré.

Tout est dans l'ordre, dans un raisonnable revendiqué, avec un petit trait assez fréquent toutefois: quand une révolte des ouvriers et des employés se déclenche (suite à un accident provoqué par la comtesse), l'agent de l'administrateur et la Comtesse se réfugient à l'écart, dans une cabane au fond du parc, où elle va devoir apprendre l'humilité... C'est lors de cette cohabitation forcée entre deux fort caractères, à l'écart du monde, que leur relation va vraiment se révéler... Comme dans d'autres escapades, dans des films ultérieurs de Sandberg (Lasse Månsson fra Skaane, de 1923, ou Kærligheds-øen, de 1924).

 

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Published by François Massarelli - dans 1920 A.W. Sandberg Muet
25 janvier 2025 6 25 /01 /janvier /2025 18:01

Ce film particulier est le fruit d'un voyage de noces, qui fut sans aucun doute significatif: Douglas Fairbanks et Mary Pickford étaient partis en Europe pour vivre enfin leur union au grand jour, et l'heure, probablement, était à l'euphorie. Frances Marion, scénariste et amùie personnelle du couple, les avait accompagnés, et ce qui n'aurait du être qu'une période sabbatique s'était transformé pour Mary Pickford en la préparation d'un film, mais qui tranchait de façon spectaculaire sur le reste de son oeuvre, telle qu'elle avait commencé à la piloter depuis son accession à l'indépendance totale avec la création de United Artists...

C'est vrai: il y avait déjà eu pour elle des rôles de femmes plutôt que de jeunes filles. Ils étaient le plus souvent dus à d'autres, notamment Cecil B. DeMille pour les deux longs métrages qu'il avait tournés avec elle, ou même Griffith qui n'avait pas cherché (contrairement à ce qu'il imposerait à Mae Marsh) à la cantonner dans des personnages juvéniles. Mais depuis 1919 elle s'était tenue à des rôles d'enfants ou éventuellement d'adolescentes, et sa petite taille en même temps que son sens des affaires la rendait prudente. Si ça marchait, pourquoi s'en priver...

Mais voilà, le soleil d'Italie aidant, l'atmosphère particulière de cet après-guerre, et l'insouciance d'une vie maritale qui pour l'heure n'était sans doute pas propice à la morosité ni à la pridence, justement, quand France Marion est arrivée avec ce projet de film, qui faisait de Mary une femme, une femme qui souffre, se marie et enfante, elle n'a pas pu résister... Et a fait en sorte de produire un film délirant, excessif, presque enfantin dans ses égarements, ce que la critique n'a pas omis de lui reprocher!

1914, en Italie, dans un petit village côtier, vivent les Carlotti: une grande soeur, Angela (Mary Pickford) et ses deux frères, Antonio et Mario, espiègles mais foncièrement de bons coeurs: ils ne s'opposent absolument pas à la cour faite à leur grande soeur par le beau Giovanni (Raymond Bloomer)... Mais la guerre arrive, et Giovanni et les deux frères vont tous partir pour le front. On annonce bientôt à Angela la mort d'Antonio, alors que Mario part. La jeune femme est en charge, pendant le conflit, du phare local, et un jour elle recueille un marin échoué, Joseph (Fred Thomson). Il se présente comme un Américain, mais souhaite se cacher car il est, dit-il, un déserteur. Angela l'installe chez elle, en secret, et elle tombe amoureuse... Seul le prêtre local sait à quoi s'en tenir et il les unit. Mais un jour, Angela surprend son mari au réveil, qui parle Allemand...

Le film est assez étonnant, sur bien des points: mais le plus étonnant, j'en ai peur, est son incohérence mélodramatique... Mary Pickford est assez à l'aise, mais le film est tellement ancré sur cette envie folle de réaliser un film qui évoque un écho de la beauté des côtes Italiennes (recréées, cela va de soi, en Californie!), qu'on a oublié de donner la moindre solidité à cette intrigue qui part dans tous les sens. C'est d'autant plus dommage, que le film est basé sur une forte envie de réaliser un film qui puisse être un mélodrame délirant. On imagine que dans les mains d'un autre réalisateur, il aurait pu être suffisamment baroque (DeMille), flamboyant (Ingram), voire totalement sublime (Borzage)... Mais d'une part c'est la toute première réalisation de Frances Marion, et d'autre part, l'effort visuel est tel qu'on est enclin à une vraie indulgence en raison du fait que le film est vraiment extrêmement beau à voir... Et par moments (l'arrivée du marin chez Angela, la révélation de son identité) le film atteint malgré tout des moments d'une vraie intensité.

 

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Published by François Massarelli - dans Mary Pickford Frances Marion Muet ** 1920 Première guerre mondiale
25 mai 2024 6 25 /05 /mai /2024 23:19

La descente aux enfers d'un caissier (Ernst Deutsch), qui a été subjugué par une cliente de sa banque (Erna Morena) et qui est poursuivi par une figure de la mort (Roma Bahn), qui l'a poussé a suivre son destin... Pour commencer, il a pillé sa banque, et est désormais en fuite.

C'est une adaptation d'un roman qui suivait la vogue de l'expressionnisme... mais le film, lui-même, était dans la lignée du Cabinet du Dr Caligari, de Robert Wiene, un film avant-gardiste qui ferait presque pâle figure devant celui-ci! Martin, complètement investi dans son sujet (qu'il signe en se faisant appeler Kunstler, et non Regisseur, comme si son art était au dessus de la mise en scène de cinéma), a en effet demandé à ses acteurs et décorateurs un jeu et un film expressionnistes, mais contrairement à Caligari qui repose finalement sur assez peu d'effets spéciaux, celui-ci regorge de tentatives: surimpressions, fondus, arrêts de caméra, on verra dans cette évocation d'une nuit de cauchemar un grand panel de techniques qui seront bien sûr toutes des constantes du cinéma Allemand des années 20, y compris (j'aime à le rappeler) quand il n'aura plus rien à voir avec l'expressionnisme.

A tout ceux qui confondent cinéma Allemand de Weimar et expressionnisme, ceci c'est le vrai! Un style fou, basé sur des décors distordus et une présence visible de la scène théâtrale: derrière le décor en carton-pâte, impossible de ne pas voir qu'on est en studio! Le fiml est outrageusement exagéré, et ne manque pas d'humour... ni de petites scories énervantes, typiques du cinéma de l'époque. Difficile de le prendre tellement au sérieux, pourtant, et à mon avis, aussi bien le réalisateur, que les acteurs (Erna Morena, à la plastique impeccable, qui assume des poses très "caligariennes", ou encore les maquillages outranciers...), se sont bien amusés, tout en délivrant, genre oblige, de sombres messages, sur la condition humaine, condamnée au lucre, au stupre et à la fuite en avant vers les tréfonds des enfers! Bien sûr, l'amusement a ses limites, et le film aussi, qui part parfois dans un peu toutes les directions. ...Mais tête baissée.

 

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Published by François Massarelli - dans 1920 Muet * ...Jusqu'à l'aube
4 octobre 2023 3 04 /10 /octobre /2023 18:24

Le film nous présente une organisation criminelle tentaculaire, celle de "Sapphire" Mike Wilson (Wade Botteler): un véritable syndicat du crime comme le début des rutilantes années 20 les imaginait... On s'apprête à fêter le retour de Roger Moran (Lloyd Hughes), qui a fait de la prison. En particulier, Betty Palmer (Enid Bennett) se réjouit de retrouver son petit ami. Mais ce dernier, qui a beaucoup pris le temps de réfléchir en prison, a pris en particulier la décision de sortir de l'organisation... Il quitte donc la bande, lors d'une soirée où tout le monde, dégoûté, le prend désormais pour un traître... Y compris Betty.

Le temps passe, et Roger a trouvé un lieu où se refaire, et un emploi: il aide un vieux couple, un banquier et sa femme, dans une petite communauté rurale à l'Est. Mais la bande, comme dans tout bon mélodrame, a des vues sur la banque, précisément, de cette petite ville, et Betty et une amie viennent passer quelques jours. Elles tombent nez à nez avec leur ancien condisciple...

C'est un film réalisé pour le stuio de Thomas Ince, qui était très industrieux à cette époque dorée. Le film populaire (aventures, mélodrame, western et comédie) y sont les principales denrées... Niblo y était un metteur en scène à tout faire, en particulier le mélodrame. Avant donc de se trouner vers l'aventure avec un grand A avec des films réalisés pour Fairbanks (The mark of Zorro, The three musketeers) qui montreront une autre facette de son talent (académique) il développe donc une intrigue forteent morale qui n'aurait que peu d'intérêt si d'une part, il n'y racontait une histoire qui est un cheminement paradoxal. Une fois un coup fait, un personnage rangé fait la trajectoire inverse et réussit à changer le cours des choses en provoquant un simulacre de casse... 

Le film est soigné, quelques moments montrent, sinon du talent, au moins du savoir-faire, et Enid Bennett en femme qui a fait des mauvais choix et que l'amour fait évoluer vers le doute, est plutôt intéressante... Pour finir, le montage est truffé de petits moments de correspondances entre les scènes, qui font un peu penser à la façon dont Lang utilisait les images pour commenter l'action avec ironie. Quand les deux femmes qui sont à la campagne sous un prétexte prétendent s'éloigner "pour affaires", un plan nous montre l'inquiétant patron de l'organisation criminelle...

 

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Published by François Massarelli - dans Muet 1920 Fred Niblo *
27 mai 2023 6 27 /05 /mai /2023 11:26

Déjà responsable pour partie d'une adaptation d'un récit de James Oliver Curwood, Back to God's country, l'année précédente, Hartford récidive, toujours sous la supervision de Curwood, avec un film qui reprend beaucoup de la recette... Mais sans l'actrice nell Shipman.

Dans le grand nord Canadien, en pleine forêt, un drame se joue: alors que Nanette Legrand (Betty Blythe), la fille d'un pionnier malade, attend le retour de son fiancé Raoul (Lon Chaney), le principal employeur de la région décide de céder au caprice de son fils, qui veut épouser la jeune femme. En tout cas, il la veut, tout court, et il est prêt à tous les stratagèmes, y compris à prétendre avec un copain que ce dernier aurait assisté à la mort de Raoul... La mort dans l'âme, elle se résigne à épouser l'affreux rejeton (Francis McDonald), mais c'est le moment qu'a choisi raoul pour revenir...

Il va y avoir de la bagarre en effet, et Raoul tuera involontairement un des hommes qui lui ont fait du tort, permettant l'irruption dans l'intrigue d'un officier de la police montée (Lewis Stone): amoureux de Nanette, lui aussi, mais au moins c'est un brave homme... Outre la police montée, absolument toutes les cases attendues sont cochées, à l'exception de la neige, qui jouait un rôle spectaculaire dans Back to God's country: cabanes en rondins, grands lacs, canots d'inspiration amérindienne, ours, mocassins, chemises à carreaux... Lon Chaney joue un rôle relativement secondaire qui donne parfois l'impression d'avoir artificiellement gonflé au montage, ce qui nous rappelle qu'il était en pleine ascension...

Betty Blythe n'est pas Nell Shipman, et elle n'a pas un rôle très gratifiant: d'une part elle qui était habituée aux rôles "historiques" (les guillemets ont leur importance) et aux costumes (et parfois absences de) de reines antiques, est assez peu crédible en fille de la forêt, mais elle a au moins une scène dans laquelle elle prend en main son destin et c'est sans doute le meilleur moment du film, qui pour le reste est du mélodrame sans grande imagination, qui tend à répéter la formule du film cité plus haut... Lon Chaney, quant à lui, est d'ailleurs peu convaincant en brave trappeur, avec, je tremble de l'écrire, un sourire niais: un personnage fade qui reviendra dans The Trap.

 

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Published by François Massarelli - dans Muet 1920 Lon Chaney *
12 octobre 2022 3 12 /10 /octobre /2022 17:29

Quel étrange film... Un drame westernien, situé en plein Arizona, et avec un shérif valeureux, interprété par... Roscoe Arbuckle, dans un rôle à peine teinté de comédie. Et pour couronner le tout, le film a été son plus grand succès critique, avant d'être retiré de la circulation pour cause de scandale...

Jack Payson trahit son meilleur ami, Dick, qui est parti faire fortune en laissant sa petite amie Echo derrière lui, car il veut faire fortune pour l'épouser. Jack dit à Echo que Dick est mort, tué par les Indiens... Quand a lieu le mariage, Dick revient et comprend en regardant par la fenêtre, il disparaît sans laisser de traces. 

Dans le cadre d'une enquête, le Shérif Slim (Roscoe Arbuckle) est aiguillé vers son ami Jack par un témoin plus que louche, et avant de se rendre à la police, Jack révèle la vérité à Echo... Puis il s'enfuit pour retrouver Dick, poursuivi par Slim et un posse imposant, ainsi qu'une troupe de renégats menée par le témoin qui souhaite se débarrasser de Jack!

Ouf, pas simple, tout ça... Tout se passe comme si le scénario de Tom Forman (futur réalisateur de Shadows avec Lon Chaney, et d'ailleurs il joue un rôle important ici) essayait d'accumuler autour de la star désignée Rocsoe Arbuckle toutes les péripéties western possibles et imaginables! Et on finit par ne plus trop s'intéresser à l'histoire, mais plutôt à la façon dont Arbuckle semble s'installer presque en contrebande dans le rôle d'un shérif efficace et valeureux, extrêmement bon camarade mais très malheureux en amour. Sinon, il y un indien qui fait, à un moment, une cascade tellement spectaculaire qu'on jurerait qu'il s'agit de Buster Keaton.

 

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Published by François Massarelli - dans Roscoe Arbuckle 1920 Muet Western Comédie **
27 juillet 2021 2 27 /07 /juillet /2021 11:45

Une aventurière-auteure, April Poole, raconte une nouvelle intrigue qui la voit voler au secours d'une jeune noble Canadienne, Lady Diana, qui craint pour la sauvegarde d'un bijou qu'elle doit donner à sa tante. Lors de la croisière qui l'amène de Montréal jusqu'en Afrique du Sud, elle va devoir contrer les plans louches d'un aventurier qui a repéré la substitution, d'un détective un peu crétin, d'un beau jeune homme aux principes un peu compliqués, et d'une rombière qui voit de l'immoralité partout...

C'est léger, à tous les sens du terme, hélas... On sent que le scénario pouvait partir en deux directions distinctes, soit rester fermement sur le plan d'un mélodrame, soit dévier vers la comédie plus franchement, ce qu'il ne fait jamais. On a donc un petit sentiment de trop peu... Marion Davies le joue avec efficacité, suit sans trop barguigner la voie probablement tracée par W.R. Hearst, qui ne souhaitait pas la voir s'abaisser vers la comédie trop directe. Reste une mise en scène très fonctionnelle, qui est parfois enluminée par une photo impeccable. 

La copie rescapée du film, propriété de la Bibliothèque du Congrès, est amputée de sa première bobine, qui possédait un scène de bal masqué, probablement le clou du spectacle cher à Hearst dans les films de Marion Davies de l'époque. Seul un tout petit fragment de plan de cette séquence a survécu, hélas.

 

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Published by François Massarelli - dans Comédie Muet 1920 Marion Davies **