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  • : Allen John's attic
  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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18 janvier 2026 7 18 /01 /janvier /2026 21:04

Avec son accent sur le merveilleux et le gothique, les possibilités de création d'un monde graphiquement innovateur et la participation d'une armée de décorateurs, dont certains ont travaillé sur Caligari, il est évident que ce film était considéré au départ par la Decla Bioscop d'Erich Pommer, déjà productrice du film novateur de Robert Wiene deux ans auparavant, comme la continuation de l'exploration de l'expressionnisme au cinéma. Mais c'est aussi et surtout, heureusement, le premier grand film de Fritz Lang, et sa première collaboration d'importance avec Thea Von harbou (Déjà sa collaboratrice sur Das Wandernde Bild, le scénario de Das Indische Grabmal pour Joe May et Kämpfende Herzen également connu sous le nom de Vier um die Frau).

Les trois lumières comme on l'appelait en France, ou Destiny selon son titre anglophone, est un film charnière de Lang, sa première réussite, et un film ambitieux qui dépasse contrairement aux oeuvres qui l'ont précédé le stade de l'anecdote mélodramatique ou du trop plein d'un serial... Et avec lui, on entre dans le territoire de Fritz Lang en s'installant dans la thématique de la mort (Der Müde Tod, c'est "la mort lasse", ce personnage de faucheur de vie fatigué de répandre la tristesse) et de la fatalité (Le titre Anglais, de son coté, est tout aussi explicite...). Le film ressemble un peu à Intolerance en multipliant les histoires, et beaucoup aux Pages arrachées du livre de Satan de Dreyer, dont il reprend la dynamique inhabituelle: à "la mort lasse" de Lang et Von harbou, le film de Dreyer oppose un Satan qui ne veut plus continuer à faire le travail de tentation imposé par Dieu...

L'argument principal tourne autour de la venue dans un village Allemand d'un couple insouciant (Lil Dagover et Walter Janssen), en même temps qu'un mystérieux étranger (Bernhard Goetzke). Celui-ci s'est porté acquéreur d'un terrain situé juste à coté du cimetière, et y fait ériger un mur impénétrable... Les amoureux ne se rendent pas compte de la menace, et un jour le jeune homme disparaît. Lorsqu'elle le recherche, la jeune femme découvre qu'il a été emporté par l'homme étrange; elle comprend qu'il est la mort et le gardien de l'au-delà, et elle absorbe du poison afin de tenter de négocier son retour parmi les vivants. Sans accéder directement à la proposition de la jeune femme, la Mort accepte au moins de lui donner une chance, en lui permettant d'intervenir sur trois morts situées à trois époques et trois endroits différents. Si elle sauve l'un des trois hommes, elle pourra gagner la vie sauve de son amant...

Trois époques, bien sûr, vont permettre à trois décorateurs et trois chef-opérateurs différents de composer un style qui accompagnera également un genre narratif spécifique. La première histoire, située en Orient, renvoie un peu aux "Araignées" (Die Spinnen), le fameux serial incomplet réalisé par Lang en 1919; on sait à quel point le metteur en scène a toujours été attentif aux codes narratifs de ce genre de film d'aventures. La deuxième est située dans la Venise de la Renaissance, et enfin le dernier conte se déroule dans une Chine de carton-pâte... Chaque histoire fait intervenir Lil Dagover et Walter Janssen, qui incarnent l'image même de l'amour, et Goetzke y est généralement l'exécuteur des basses oeuvres... Mais le film revient à la fin à l'histoire initiale, et la développe de façon intéressante, ne se contentant pas d'apporter une conclusion hâtive...

Quoi qu'il en soit, avant les oeuvres monumentales de Lang, ce film reste du domaine du divertissement formel, mais dans lequel le metteur en scène se garde bien de révolutionner quoi que ce soit; au contraire, il met les grand talent de ses décorateurs, la science de l'image de ses opérateurs et son sens particulier du timing au service d'une histoire fédératrice, qui montre de façon fort Germanique la présence de la mort et l'empreinte du destin, mais le fait à travers des motifs inoubliables... Le plus fort étant sans doute cette merveilleuse image de Goetzke seul devant son immense mur, qu'on croirait pouvoir toucher... On n'est pas prêt d'oublier non plus la grande salle de la mort, avec toutes les vies représentées par des cierges en train de se consumer.

 

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Published by François Massarelli - dans Fritz Lang Muet 1921 **
18 janvier 2026 7 18 /01 /janvier /2026 13:50

Dr Mabuse der Spieler a beau être trois fois plus long que ce film, il n'en reste pas moins d'un abord plus facile, tant Thea Von Harbou et son mari avaient du mal à être clairs, à cette époque reculée. Pourtant, ce petit film est intéressant à plus d'un titre.

Son intrigue tient du mélodrame compliqué: Harry Yquem (Ludwig Hartau), un homme jaloux, souhaite acheter à son épouse un bijou, pour lequel il a la mauvaise idée de contacter un receleur (Rudolf Klein-Rogge). Lors de l'entrevue, il rencontre un homme qu'il pense être l'ancien amant de son épouse Florence (Carola Toelle): Werner Kraft (Anton Edthofer). Celui-ci est en fait à la recherche de son frère jumeau William... Mais celui-ci a mal tourné. Les deux hommes sont dans les ennuis jusqu'au cou...

Mais le plus important est que cette intrigue cache une intrigue de dissimulation, de cachotteries de toute beauté, qui nous rappellent que Lang vient juste de trouver sa muse: il avait déjà tourné Das wandernde Bild sur un script de Thea Von Harbou, et il y en aurait d'autres...

Du coup, le film devient immanquablement contemporain du fameux "suicide" de Frau Lang, qui se serait tuée après avoir vu son mari dans les bras de sa scénariste toute nouvelle: une autre affaire brumeuse, de cachotteries et de traumatismes... Sinon, Lang donne ici enfin à Rudolf Klein-Rogge, son futur interprète de Mabuse, un rôle à sa mesure, celui d'un sous-fifre des bas-fonds, inquiétant et louche à souhait. Là aussi la suite sera des plus intéressantes.

Mais ce film, s'il est déjà un pur film de Lang, fait de chassé-croisés entre passé et présent, de gens qui regardent et soupçonnent, le tout tourné en studio, est encore un peu léger. On pourra au moins penser que derrière son inachèvement, il y a une répétition générale des feux d'artifices à venir: à ce titre, le début du film est sans appel... On y voit pour commencer un bar circulaire, autour duquel des clients louches consomment dans la fumée. Puis une rue (de studio, ça se voit tout de suite, d'autant que c'est un extérieur qui ressert encore et encore, la Decla-Bioscop n'ayant pas alloué un budget très conséquent) qui nous révèle son petit monde, parmi lesquels ses clochards aveugles, et un crieur de journaux qui s'avère être une petite main du banditisme; un homme qui est venu de nulle part s'égare dans une rue louche, et doit descendre dans une cave encore plus sordide afin d'y rencontrer un receleur... L'atmosphère de cette "taverne Upton" où Klein-Rogge règne en maître est fascinante. Dans l'univers de Lang, Mabuse et Spione sont en gestation.

 

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Published by François Massarelli - dans Muet Allemagne Fritz Lang 1921 *
16 décembre 2025 2 16 /12 /décembre /2025 21:58

C'est en 1921, soit la même année que ses deux superbes films Too wise wives et The blot, que Lois Weber a réalisé pour sa propre compagnie ce film, qui est sans aucun doute son chant du cygne: après What do men want?, pour Lois Weber, plus rien ne sera comme avant, et pour cause: ce film qui étudiait avec un ton acide, les moeurs des couples mariés en usant d'un certain réalisme, franchissait un certain nombre de limites qui n'étaient auparavant pas infranchissables, mais en fin 1921, après les affaires de moeurs qui avaient entaché Hollywood, c'en était fini. Paramount a donc refusé de distribuer le film, Weber s'est retrouvée plus ou moins black-listée. On a encore plus envie de voir le film par lequel le scandale est arrivé.

Deux femmes ont des parcours différents: l'une, Hallie, se marie avec son petit ami, et ils ont tout pour être heureux: il est aisé, il est beau, il a des idées et de la ressource. Elle est belle, évidemment. L'autre est plus mal lotie, son petit ami n'est pas sûr de ses sentiments, et il n'a pas autant de ressource. Elle va donc commettre une bêtise, le genre qui a des conséquences, avec lui, et... il va partir pour fuir la médiocrité de sa vie. Du coup, l'infortunée Bertha se jette dans le lac... Mais la réflexion que se fait Hallie (Claire Windsor) devant l'indifférence de plus en plus appuyée de son mari, c'est que l'une comme l'autre ont raté leur vie... 

C'est dur, et Lois Weber n'a pas son pareil pour peindre avec talent la petitesse tranquille de l'existence, en deux ou trois touches, dans un cadre si simplement proche de la vie. Et pourtant tout tient à une façon d'explorer le détail, le geste de l'un ou l'autre des protagonistes, et de lier les anecdotes entre elles par un thème. Ici, c'est vraiment le questionnement sur la motivation des hommes dans leur commerce avec les femmes: les posséder un soir, ou tout une vie? Les laisser refléter une jeunesse hypothétique, ou les laisser vous accompagner jusqu'au bout? Certains commentateurs de l'époque ont parlé à propos de ce film d'un prêchi-prêcha insupportable, mais bon: c'étaient des hommes, aussi! Et je ne peux pas plus parler du film, dont seules trois bobines sur six ont survécu (les deux premières et la dernière ont disparu!), si ce n'est en disant qu'une fois de plus on est confronté à une justesse de ton (Claire Windsor est magnifique de bout en bout), à une morale visuelle, et à un sens cinématographique uniques en leur genre.

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Published by François Massarelli - dans 1921 Lois Weber Muet **
16 décembre 2025 2 16 /12 /décembre /2025 21:58

C'est en 1921 que Lois Weber a réalisé son dernier film indépendant, que certains considèrent comme son meilleur... Pour ma part, je pense qu'en effet c'est le meilleur de ceux que j'ai vus. Pour bien se faire une idée, disons simplement que le film est de l'importance d'oeuvres, disons, comme Greed, Sunrise, Seventh Heaven, The Kid, Wings ou The last command. Ca calme! Mais soyons sérieux, laissons la distribution inutile de hochets aux nombreux pince-fesses estivaux et annuels, et concentrons-nous sur ce film essentiel, splendide, qui comme si souvent chez Weber, pose les problèmes sans faire semblant de les résoudre, et utilise pour cela le point de vue des meilleurs parmi les êtres humains: les femmes. Et plus particulièrement trois d'entre elles...

Pourtant, c'est paradoxal: elle fait semblant de commencer son film, qui explore les liens sociaux entre les membres d'une même communauté unis par des liens aussi ténus que l'éducation et le voisinage, avec une vision des hommes! Un intertitre, joliment décoré comme le sont beaucoup de cartons des copies en existence, nous dit que les hommes, finalement, ne sont que des garçons, qui ont grandi. Il précède la première séquence, assez cruelle, qui nous montre des étudiants qui ont tendance à chahuter leur professeur, surtout trois sales gosses de riches, qui contrairement à leur professeur mal payé, ont tout ce qu'ils veulent. Nous allons surtout nous intéresser à Phil West (Louis Calhern), un dandy, fils à papa, oisif notoire et coureur de jupons... Mais il y a un lien pourtant entre lui et son professeur, l'auguste M. Griggs (Philip Hubbard): celui-ci est le père de la très jolie Amelia (Claire Windsor), qui travaille à la bibliothèque, un lieu désormais fréquenté chaque jour par Phil, ce qui le change du reste beaucoup... En fréquentant la jeune femme, Phil remarque le dénuement de la famille Griggs, mais aussi le sacrifice d'Amelia qui doit travailler pour compléter la paie de son père. Il va aussi être amené à rencontrer son rival pour les affections de la jeune femme, le pasteur local. Il ne paie pas de mine, mais Phil est très étonné de trouver sa compagnie agréable: c'est que tous les deux ont un bon coup de crayon! Ils seront rivaux, tout en devenant amis. Et le pasteur va apprendre à Phil qu'on est plus heureux en donnant qu'en recevant... Une phrase qui sera cruciale dans la transformation du jeune homme en un adulte bien différent... Pour commencer, il viendra en aide à la famille Griggs.

Mais j'avais parlé de trois femmes. On pourrait en réalité en compter quatre, voire cinq si on compte les chats. Parmi les jeunes oisifs que fréquente Phil lors de soirées arrosées et bien fournies en nourritures chères, la belle Juanita Claredon est une fausse piste: elle est "l'autre femme", celle qui attendrait de devenir Mrs West, mais qui ne le sera pas. Les trois protagonistes importantes sont, outre Amelia, sa mère: Mrs Griggs (Margaret McWade), une femme austère et angoissée devant les difficultés financières, mais à la fierté inébranlable... Ou presque. Elle ne voit pas d'un mauvais oeil le riche West fréquenter sa fille, mais angoisse que leur statut social ne soit trop voyant. Sa seule frivolité est un beau chat, une femelle toujours flanquée de ses deux petits, qu'elle nourrit en fouillant... dans la poubelle du voisin. Et enfin, la troisième est Mrs Olsen, la voisine: son mari est devenu riche en confectionnant des souliers pour dames. Du coup, ils viennent d'acheter une voiture. Mais Mrs Olsen a un ressentiment très fort à l'égard de ses voisins, qu'elle accuse de la prendre de haut parce qu'elle n'est qu'une immigrante. Du coup, elle voit rouge quand un poulet a disparu: elle l'avait mis à la fenêtre dans le seul but d'être désagréable à sa voisine dont elle a deviné les ennuis d'argent. Donc, pour elle, ça ne fait aucun doute: le poulet a été volé par Mrs Griggs.

Le problème, c'est que c'est exactement ce qui est arrivé: sa fille étant malade, l'épouse du professeur d'université a été obligée de céder à cette tentation parce qu'elle craint qu'Amelia n'aggrave son cas. Nous l'avons donc vue voler le poulet, et nous ne sommes pas les seuls, car Amelia l'a vue elle aussi...

Le décor est planté, et comme dans d'autres films de Lois Weber, il s'agit des maisons plus ou moins bourgeoises de la banlieue d'une ville Américaine jamais nommée. Elle fait jouer avec bonheur les acteurs dans des rôles qui se jouent des stéréotypes: Louis Calhern aurait joué le même rôle comme un salaud dans tant de films, qu'on se prend à s'attacher à ce grand nigaud de fils de riche qui apprend à faire le bien sans le crier sur les toits. Et si la rude Mme Olsen a un tel ressentiment à l'égard des Griggs, d'une part elle semble avoir un vécu à cet égard, qui pourrait expliquer cela. Weber évite le piège pourtant si facile de la xénophobie ordinaire, et nous montre d'ailleurs son mari qui lui est ému parce qu'il a vu Mrs Griggs nourrir son chat à partir des poubelles. La mise en scène passe par un sens du détail, car chaque objet, geste, regard, décor, cadrage, comptent. A cet égard Weber est très proche de Stroheim qui ne gâchait aucun endroit de ses plans! Mais elle utilise aussi un symbolisme pédestre, pour inventer une expression! Les personnages mesurent parfois leur fatigue, leur statut social par le biais de leurs chaussures. Un détail qui comptait déjà dans Too wise wives, mais qui renvoie aussi à Shoes, un long métrage de 1916. Et n'oublions pas que M. Olsen fait dans la chaussure! Cet attribut domestique devient donc la mesure de l'état des finances: Amelia porte des souliers éculés, alors que le dernier né des Olsen joue avec des chaussures du stock de papa... C'est aussi un moyen de mesurer le rayonnement: le pasteur constate que ses souliers sont ternes, comparés à ceux de Phil West. Il cherche du cirage, mais n'en trouve pas... Il va appliquer de la graisse d'oie, avant de se rendre chez Amelia... Où une scène Chaplinienne se déroule, durant laquelle le pasteur essaie de garder son sérieux alors qu'un chaton veut absolument lui lécher les bottines!

Et puis Weber utilise avec bonheur le montage et le point de vue, en particulier quand il s'agit de montrer de quelle façon les voisins sont constamment en train de s'épier, qu'il s'en rendent compte ou non; c'est ainsi que nous verrons Amelia à sa fenêtre, puis sa mère s'approchant du poulet, et le prenant, et enfin la réaction horrifiée d'Amelia, qui s'éloigne de la fenêtre avant de quitter la pièce d'où elle a vu cette scène humiliante. Cette scène aura un écho: Amelia désirera s'excuser auprès de Mme Olsen, et la scène est traitée en champ (Amelia, qui craque et pleure) et contrechamp (Madame Olsen, d'abord hautaine et dure, puis adoucie et même transformée par l'aveu... auquel elle va ne pas prêter attention). Le film progresse avec toutes ces petites touches humaines, qui en 90 minutes le rendent si complet...

Phil West gagnera, et le pasteur, ainsi que le jeune Olsen, qui lui aussi en pinçait pour Amelia, seront relégués au second plan. La façon dont les gens se sont rapprochés est traitée humainement, avec chaleur. On voit même West se lancer dans une croisade auprès de son père pour le persuader d'influer sur l'administration de l'université, car il estime que les enseignants doivent être payés à leur juste valeur. C'est cette cause qui retient l'attention dans la dernière bobine, renvoyant aux films à message des années 10; ça me semble être plus une précaution oratoire qu'autre chose, Weber ayant surtout pris soin de se plonger, et nous avec, dans le quotidien de quelques Américains amenés à cohabiter, et qui trouvent de façon inattendue, des affinités et des terrais d'entente... Amelia a trouvé l'amour, le professeur la reconnaissance de ses élèves, et Mme Olsen et Mme Griggs sont devenues complices. Mais les deux hommes qui sont laissés sur le carreau peuvent en témoigner: il y a encore du chemin à parcourir, sans doute.

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Published by François Massarelli - dans Muet Lois Weber 1921 **
16 décembre 2025 2 16 /12 /décembre /2025 21:56

On hésite à employer le terme de comédie, car pour Lois Weber, qui a choisi comme principales protagonistes de son film les épouses, le chemin ici est balisé de tessons de bouteille... Et pourtant on est dans un cinéma de la subtilité; cousin de celui pratiqué par Cecil B DeMille depuis 1918, quoiqu'en plus subtil... Et ce film semble par bien des aspects anticiper sur des oeuvres aussi essentielles que les films de Lubitsch (Notamment The marriage circle, ou encore Lady Windermere's fan) et bien sûr l'admirable A woman of Paris de Chaplin...

Mr et Mrs David Graham sont mariés depuis peu, et Mrs, interprétée par Claire Windsor, a à coeur de tout faire pour conserver l'amour de son mari (Louis Calhern). En même temps il fait conserver à celui-ci un semblant de vie et d'effort, ce qui la pousse à constamment reconsidérer son rôle d'épouse. Ce qui n'est pas le cas de Mrs John Daly; celle-ci (Mona Lisa), mariée surtout pour pouvoir profiter de la rassurante protection de la fortune de son mari (Philipps Smalley), a pris l'habitude de ne lui dire que ce qu'il a envie d'entendre, et de garder la vérité pour elle. Les deux femmes évoluent dans le même cercle, mais Mrs Graham apprend que son mari et Madame Daly se connaissaient avant qu'elle-même n'entre dans la vie de David. et quand la belle ténébreuse les invite pour un week-end, elle pense que l'intrigante s'est décidée à tenter de reconquérir son ancien amant... Et elle a raison. mais rien ne va arriver comme prévu...

Deux couples, mariés de fraîche date, qui n'ont d'ailleurs pas encore d'enfant. Les dames votent depuis peu (c'est en 1918 qu'elles ont eu accès à cet avantage autrefois réservé aux hommes, mais à voir la façon dont les deux femmes "gèrent" leurs maris, on sent bien qu'elle savent depuis longtemps tirer les ficelles. Le chemin, pour les deux femmes (en particulier pour Claire Windsor) est parfois très douloureux, et la réalisatrice s'est ingéniée à tout le temps contraster les points de vue féminins et masculins, et les opposer sur le même théâtre des opérations... Et elle a choisi de montrer un week-end dans une immense maison, tellement immense, que la pièce change à chaque scène! Ainsi confrontées à un dédale de possibilités pour leur couple respectif, les deux femmes vont passer un week-end de conflit intérieur qui aurait pu être bien plus brutal... L'essentiel de la bataille va se faire autour d'une lettre parfumée. Faut-il l'ouvrir, ou pas?

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Published by François Massarelli - dans Muet 1921 Lois Weber **
31 octobre 2025 5 31 /10 /octobre /2025 13:53

C'est, selon toute vraisemblance, la première des quatre adaptations de romans de Dickens par Sandberg, et ça montre bien les ambitions du metteur en scène, qui cherchait à produire des films au Danemark qui rivaliseraient avec le meilleur du cinéma mondial et en particulier avec les quatre leaders de l'industrie, Italiens, Français, Américains et les Allemands revenus d'entre les morts, et qui étaient fortement présents au Danemark. Bref, le réalisateur de Klovnen cherchait à apporter sa contribution pour restaurer la toute-puissance Danoise d'avant 1914 en ce qui concerne le cinéma...

Dans ces conditions, le choix de Dickens peut paraître étonnant, mais la même année, Griffith aux Etats-Unis sortait Orphans of the storm, qui devait plus aux romans de Dickens qu'à la pièce qu'il adaptait! Pourtant, le film de Sandberg est très différent de ce que faisait Griffith...

L'intrigue du dernier roman de Dickens est touffue, et il semble que le film ait cherché à en adapter les moindres recoins, et à en reprendre toute la richesse des personnages, qui sont fort nombreux, et chacun d'entre eux apporte un nouvel élément de complication dans la première partie! Il est donc question d'un testament, celui d'un vieil homme dont l'unique héritier est retrouvé mort. Sa fortune est donc reprise par son valet, un brave homme un peu simplet, mais... Evidemment, tout le monde la convoite un peu; bien sûr, certains sont plus malhonnêtes que d'autres; bien sûr, les riches et les pauvres vont s'opposer, en particulier sur la morale; et enfin, pour couronner le tout... L'héritier est-il vraiment mort?

C'est emballant, car en dépit d'une fidélité au texte, à sa linéarité et à la naïveté mélodramatique de l'intrigue, Sandberg a évité les pièges d'une trop littérale adaptation. Il illustre, oui, mais en poussant les ambiances, pour faire de son Londres inquiétant quelque chose de plus fort encore que ce que voulait Dickens. Chaque personnage peu être lu de plusieurs façons grâce à des caractérisations plus cinématographiques que littéraires, et le metteur en scène utilise le montage à merveille pour alterner plans d'ensemble d'une grande richesse, et inserts vivants. Les acteurs incarnent totalement leur personnage, et comme c'est un film Danois les éclairages sont luxueux!

Après ce qui précède, on s'attend à un "mais...", et ça ne va pas pouvoir être évité: "...mais" le problème c'est que la deuxième partie est perdue, en tout cas de moitié, et n'a survécu que sous la forme de fragments disjoints. Au regard de la qualité photographique de la copie et de l'impeccable tenue de la première partie, c'est un crève-coeur... Cette adaptation sage mais très réussie donne envie de voir les autres films adaptés de l'écrivain par le décidément très intéressant metteur en scène, qui ne mérite absolument pas d'être tombé dans l'oubli.

 

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Published by François Massarelli - dans A.W. Sandberg Muet 1921
28 octobre 2025 2 28 /10 /octobre /2025 18:33

The Conquering Power est une adaptation pas si libre que ça, du roman de Balzac, Eugénie Grandet. Le film fait suite au succès mpressionnant du blockbuster de 1921, The four horsemen of the Apocalypse, et Ingram y retrouve ses deux stars (Rudolf Valentino et Alice Terry), le chef-opérateur John Seitz, et la scénariste June Mathis.

Rex Ingram, au milieu d'une oeuvre marquée par le roman feuilleton populaire (Vicente Blasco Ibanez, Anthony Hope, Rafael Sabatini), adaptant Balzac, ça a de quoi intriguer, forcément... Et pourtant, il y trouve une sorte d'idéal narratif, s'attachant à un récit marqué d'une étude de moeurs, d'une perspective ironique, et d'un sens du détail qui lui sont propres. cela étant, il ne faut pas s'attendre à une fidélité absolue au roman Eugénie Grandet avec ce film, mais si le récit trahit parfois le roman initial dans ses anecdotes (la fin notamment, mais ce n'est en aucun cas une surprise), Ingram a réussi à transcrire l'univers de Balzac dans son propre monde... 

Le jeune Charles Grandet (Rudolf Valentino) mène un grand train de vie, au mépris des convenances et des infortune de son papa... Celui-ci meurt et le laisse hériter de ses ennuis... Il a conseillé à son fils d'aller trouver son oncle, le Père (Félix) Grandet (Ralph Lewis), qui vit dans un petit village de la Loire. L'oncle a beaucoup d'argent, une tendance marquée à l'avarice, et une fille, Eugénie (Alice Terry) qui ne tarde pas à taper dans l'oeil du jeune homme... Si les deux jeunes hgens tombent vite amoureux l'un de l'autre, Le vieux Grandet fait tout non seulement pour éloigner son neveu, mais non content de faire vivre sa propre famille dans la misère, il tente de s'approproer l'héritage de Charles...

Le premier intertitre annonce qu'il a été décidé pour plaire au public de transposer l'intrigue dans le monde contemporain... C'est soit ironique, soit très naïf, car Ingram et son équipe ont décidé de situer l'histoire dans une France qui tient plus du XIXe siècle, que de l'époque moderne... C'est l'un des aspects baroques du film, et ça débouche sur la peinture d'un monde situé entre les moeurs du XXe siècle (notamment dans la partie "citadine" du préambule, avec les extravagances de la fiesta insolente dans laquelle Charles Grandet abandonne toute dignité... ), et une image d'Epinal de la France éternelle, vue d'Hollywood (ses sabots, ses échoppes, ses petits métiers et ses rues sales)! Mais au lieu de desservir le film, ça en cimente le caractère foncièrement baroque, si propre à Rex Ingram.

Celui-ci s'est plu à imaginer pour la famille Grandet une maison qui repire la pauvreté, le refus du luxe, mais qui porte en elle ses propres obsessions: des papiers partout, un intérieur miteux dans lequel le vieu Grandet cloître son épouse, leur fille et leur domestique. Le film s'accomplira dans une scène restée célèbre pour ses effets fantômatiques qui montrent que Rex Ingram ne reculait jamais devant les possibilités expressives du cinéma fantastique. Il l'avait prouvé avec The four horsemen, il le confirmait avec cette scène qui montre la mort du père Grandet dans une inspiration très Dickensienne, qui renvoie à Scrooge et ses fantômes dans The Christmas Carol...

Le film nous montre Ingram en pleine possession de ses moyens narratifs, entre Griffith et Stroheim. Je pense que ce dernier et lui étaient finalement faits du même moule, des conteurs obsédés par le détail, avec des points communs troublants... Au moment de camper un intérieur, tant de cinéastes Américains auraient laissé faire leurs décorateurs, pas eux: ici, on a le sentiment que chaque bougeoir, chaque bouteille, chaque brouette ont été posés là par le metteur en scène lui-même, en vue de maîtriser l'ensemble du processus narratif. Et l'influence de Rex Ingram sur Stroheim passe sans doute par ce film, avec les obsessions d'avare de Félix Grandet qui voit des mains émaciées et crochues, manipuler des pièces d'or, quelques années avant que le leitmotiv n'apparaisse dans Greed. Certes, en soi, ce sont des clichés, mais la façon de les mettre en oeuvre est l'un des caractériistiques des deux auteurs...

Peut-être ce film n'est-il pas le chef d'oeuvre de son réalisateur... Mais il porte sa marque, du début à la fin. C'est frappant dans la façon dont Ingram choisit de faire de Valentino à la fois un sympathique personnage, et un écervelé qui ne néglige pas les dames de son entourage, un adolescent attardé en même temps qu'un héros romantique, ou encore dans son traitement d'Alice Terry, à la fois une jeune femme pure qui doit rêver sans trop se plaindre du prince charmant, mais qui assume quand même d'éveiller le désir chez l'homme dont elle est amoureuse, d'autant que Charles, au moins, n'en a pas après son argent!

 

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Published by François Massarelli - dans Rex Ingram Rudolf Valentino 1921 Muet
26 octobre 2025 7 26 /10 /octobre /2025 23:23

Avant ces "quatre cavaliers" de 1921, Rex Ingram passe toutes ses premières années de réalisateur (1916 à 1920) à la Universal, à tourner des mélodrames, enchainés les uns aux autres... dont il ne reste rien, sinon une bobine de The reward of the faithless (1917). Si l'arrivée du réalisateur d'origine Irlandaise à la Metro est pour lui une chance incroyable, c'est en particulier à cette épopée délirante qu'il le doit: petit studio (Universal) ou grand studio (Metro), après tout, la différence dans le Hollywood de 1920 n'est pas si importante. Ce qui compte alors pour un réalisateur, c'est d'être arrivé, d'avoir un nom. L'age des studios commencera vraiment avec la fusion de Metro avec Goldwyn et Mayer en 1924; le producteur prendra vraiment le pas sur le réalisateur. C'est donc à un age d'or qu'Ingram commence sa carrière, à peu près au même moment que d'autres grands noms: Stroheim en 1919; Ford en 1917; Borzage comme lui en 1916... Ingram gardera sa conception d'être le seul auteur de ses films jusqu'à la fin, il s'y perdra d'ailleurs, comme tant d'autres artistes. Mais cette dimension est toute entière représentée dans son film spectaculaire et visionnaire de 1921, dont on a coutume de parler en raison de la présence d'un jeune premier qui va, enfin, exploser et devenir vite l'idole la plus significative des futiles années 20; Rudolf Valentino. C'est vrai, et cela fait partie intégrante de la légende du film, mais cela ne doit pas occulter le fait qu'avec ce film, son 15e, la carrière de Rex Ingram est elle aussi spectaculairement lancée...

Film-charnière, la superproduction (11 bobines, et une durée actuelle de 132 minutes) est une adaptation d'un roman de Vicente Blasco Ibanez, comme le sera plus tard Mare Nostrum. le film est une grande date du cinéma Américain, et se trouve à la frontière entre symbolisme (déja présent dans des oeuvres ambitieuses comme Intolerance de Griffith, ou Civilisation de Ince) et un certain réalisme du cinéma de genre, généralement privilégié par les cinéastes. Ingram, esthète du mélodrame, s'est plu ici à rester sur une ligne médiane... Prenant prétexte de la guerre qui vient de se dérouler, il laisse libre cours à son gout pour le spectacle et s'adonne comme un gosse au plaisir de jouer avec les moyens imposants qui lui sont alloués... D'une certaine façon, on a droit avec ce film de studio à une oeuvre d'auteur comme passée en contrebande: cette tendance allait devenir une habitude chez Ingram, avant qu'il ne quitte Hollywood pour l'Europe pour contrôler ses films de façon plus personnelle.

Le script est signé d'une grande dame, June Mathis, la forte personnalité qui dirigeait le département "Scénarios" de la Metro; à ce titre, elle allait suivre sa compagnie à la MGM, et être mélée à des films cruciaux, comme Greed ou Ben-Hur. L'histoire est celle d'une famille coupée en deux: immigré en Argentine, Madariaga a deux filles: l'une est mariée à un Français, Marcelo Desnoyers (Josef Swickard), un socialiste qui a fui la conscription en 1870, et l'autre est mariée à un Allemand, Karl Von Hartrott (Alan Hale). Celui-ci est amer: son ambition était de faire main basse sur la fortune du vieux Madariaga, et il espère que ses trois fils vont lui permettre au moins d'en tirer quelques bénéfices. mais Marcelo a un fils, qui sera forcément le premier à hériter: Julio (Valentino), hélas est un jeune homme vain, porté sur les plaisirs, égoïste et séducteur, le tout étant copieusement encouragé par son grand-père. Pourtant celui-ci ne choisira pas, il divise sa fortune par testament à ses deux filles. Après sa mort, les Desnoyers et les Hartrott retournent en Europe...Marcelo se construit un chateau au rabais, Julio devient peintre dans le but principal de s'entourer de jolies filles, et Karl ronge son frein, jusqu'à la déclaration de guerre, qui va bouleverser la France, le monde, et bien sur la descendance du vieux Madariaga, dont les uns vont se trouver à combattre les autres. Parallèlement à cette intrigue historico-familiale, on fait la connaissance de Marguerite Laurier (Alice Terry), une jeune femme mariée à un homme qu'elle n'aime pas, et qui tombe amoureuse de Julio. Celui-ci, confronté à l'amour, va changer, et Marguerite, dont le mari va s'engager, va découvrir le sens du devoir...

La mise en scène d'Ingram est impressionnante, le réalisateur ne se contentant pas de suivre avec sagesse l'intrigue. Il fait feu de tout bois, et chaque scène est pour lui l'occasion de passer constamment du récit au symbole. Il s'amuse à lier entre elles les scènes d'une façon fluide, et multiplie les niveaux de point de vue au sein d'une même scène. Par exemple, il fait avec la première apparition de valentino, la mythique scène du tango, la preuve  de sa maitrise, en partenariat avec son monteur, le fidèle Grant Whytock: il nous montre le café ou aiment à se retrouver le vieux Madariaga et son petit-fils, et on a une série de plans d'exposition, pris depuis les rangs des consommateurs alors qu'un couple s'essaie sans grand succès au tango. Julio commence à s'insérer dans la danse, et dès lors, Ingram nous gratifie d'un plan de sa partenaire qui manifeste son mécontentement. Il oscille ensuite entre le point de vue de Julio, celui du vieux, qui exulte de voir son petit-fils réussir sa séduction (la métaphore sexuelle est tout sauf voilée), et les plans d'ensemble. La scène est superbe, et a beaucoup contribué à la légende de Valentino... une autre séquence montre les rapports complexes entretenus entre les scènes, dans le flot narratif extrêmement cohérent: Marguerite est en visite dans le studio de Julio, et les deux sont en discussion: elle lui avoue qu'elle a le sentiment que leur relation  est juste, qu'elle n'aime pas son mari. il approuve, forcément. Ingram coupe, et on est chez un voisin, le mystique Tchernoff, sorte de prophète et philosophe; il parle à un ami de Julio en épluchant une pomme, et se met à disserter d'un air mystérieux sur le péché originel. la scène suivante montre l'impact sur la rue et ses gens de la déclaration de guerre. A la fin, Tchernoff et son ami, qui ont été témoins de l'émotion sucitée par la nouvelle, croisent marguerite qui  rentre chez elle. entre ces trois scènes, on a ainsi un écheveau clair d'intrigues: la guerre set déclarée, elle va séparer les deux amants. Et par ailleurs, Marguerite et Julio ont dépassé le stade de la relation platonique...

Le film est non seulement superbe visuellement, parfaitement servi par la photo de John Seitz (un autre partenaire systématique du metteur en scène) constamment envahi par le symbolisme, depuis le "centaure" Madariaga, dont les deux parties de la famille vont se déchirer jusqu'à se retrouver face à face sur le champ de bataille, jusqu'à la vision symbolique des quatre cavaliers évoqués par l'illuminé Tchernoff (Nigel de Brulier), figure christique volontiers floue. Rex Ingram semble, à l'imitation sans doute du roman, plaider pour l' internationalisme, d'ailleurs incarné par l'Amérique (Nord ou sud, peu importe), mais il cède quand même à la tentation de charger l'ennemi allemand, représenté dans son militarisme ridicule (un pléonasme, d'ailleurs),avec ses monocles, et sa tendance à se transformer en brute épaisse, avinée et violeuse, en temps de guerre. L'intrigue est centrée sur un personnage de jeune homme lâche et égoïste, dont la prise de conscience viendra tardivement, dans des circonstances tragiques. Ingram n'hésite pas, 6 ans avant Napoléon, à mettre en scène l'exaltation patriotique dans une scène de Marseillaise folle, teintée dans certaines copies en bleu, blanc et rouge... Le film, avec ses excès, se situe dans une ligne pas si éloignée du J'accuse de Gance. mais là ou Gance concentre son talent narratif sur le drame privé d'un triangle amoureux à tiroirs avant de passer à l'évocation des morts de la grande guerre, Ingram multiplie les personnages, Julio, Marguerite, Marcelo, Chichi la soeur de Julio, son fiancé André, Karl, ses trois fils... De cette accumulation maitrisée, un grand maelström d'images nait. Oui, diais-je, il y a des excès, des exagérations. Le mélodrame va trop loin en permanence, mais cette profusion d'émotion reste plus forte que la somme de ses défauts. Ce fim qui part dans toutes les directions porte en germe une oeuvre baroque et intense, proche de Stroheim (Un ami proche d'Ingram, qui lui confiera ainsi qu'à Grant Whytock le montage de Greed) par sa capacité à sonstruire une narration fleuvre cohérente, héritée de l'exemple de Griffith, mais louche déja du coté des esthètes fous du cinéma, que seront Sternberg, ou le disciple auto-proclamé, le génial Michael Powell... Contrairement à Stroheim chez qui chaque détail compte, et sera évoqué, ici le tout est un kaléïdoscope de détails dont l'accumulation fait sens. Vu dans de bonnes conditions, ce film tombé dans le domaine public, c'est à dire disponible dans d'ignobles copies, n'a pourtant rien perdu de sa capacité à vous clouer au sol.

 

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Published by François Massarelli - dans Rex Ingram Muet Première guerre mondiale 1921 **
8 juin 2025 7 08 /06 /juin /2025 14:16

Un garçon (Sonny Edward), un chien et un ours qui s'ennuie dans sa cage, ont tous en commun de s'ennuyer... Chacun de son côté, ils s'échappent, et vont se retrouver dans la même fugue...

Nell Shipman avait co-réalisé avec David Hartford l'un des premiers films Canadiens, Back to God's country, en 1919. Elle y retrouvait l'esprit des oeuvres de James Oliver Curwood (que le film adaptait d'ailleurs très officiellement), mais on finira par se rendre compte que ce qui l'avait principalement intéressée était... La présence d'un ours apprivoisé. Son deuxième long métrage, Something New (1920), qui manque singulièrement d'intérêt, la montrait aussi en compagnie d'un chien... 

Jamais deux sans trois? Ce troisième film, moins ambitieux (seulement trois bobines) est à nouveau une histoire de cohabitation et de complicité. Mais le film reste assez clairement un effort amateur, avec un héros mal défini (le june garçon) et des animaux plus ou moins bien dirigés...

 

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Published by François Massarelli - dans Muet ** Nell Shipman 1921 Wonder dogs
12 février 2025 3 12 /02 /février /2025 21:31

C'est la période du carnaval, et à Nice, le Marquis Octave de Granier (Ivan Mosjoukine) a pris l'habitude de rentrer tard... Ou plutôt au petit matin. Mais un de ces matins, justement, il trouve un cadeau inattendu sur le pas de sa porte: un bébé... Croyant qu'il s'agit d'un de ses enfants illégitimes, il l'adopte sur le champ et s'évertue à l'élever, aidé heureusement par son domestique, le fidèle Maître Philippe (Bartkevitch) qui est bien plus doué que lui...

La réalité est tout autre: les Dumont sont un couple Niçois, un ingénieur (Paul Ollivier) tombé en disgrâce suite à un scandale qui impliquait son frère, et son épouse: Yvonne (Natalie Lissenko). Quand son mari abandonne le domicile familial pour tenter de refaire fortune, elle n'a pas eu d'autre choix que d'abandonner son fils Paul sur le perron du manoir de Granier.

Mais tout ce petit monde va se retrouver à Paris, et Yvonne va se faire engager comme nourrice. Mais un jour, elle apprend que le bateau sur lequel son mari travaillait a fait naufrage...

Le personnage principal du film L'angoissante aventure, la première production de la future compagnie Albatros, s'appelait déjà Octave de Granier... Mosjoukine, qui s'est une fois de plus écrit le film pour l'interpréter, a repris le nom, la noblesse, et l'irresponsabilité du jeune Marquis. Mais son "nouveau" de Granier est sans aucun doute plus fripon que le précédent, comme tendrait à le prouver la première bobine, qui oppose fermement le destin tragique de Dumont et la tendance à la fiesta crapuleuse démontrée par Octave. A ce titre, un scène sera quasi intégralement reprise dans Casanova...

Mais justement, c'est ce mélange détonnant entre drame et comédie, entre le renoncement mélodramatique de Natalie Lissenko, et l'extravagance sauvage d'Ivan Mosjoukine; celui-ci est, pour la première fois, son propre metteur en scène, et il s'y entend. Je pense qu'il faisait partie des acteurs qu'un autre ne pouvait pas vraiment diriger, comme Keaton, Stan Laurel... ou Chaplin, bien entendu. A propos de ce dernier, il est tentant d'évoquer The kid, bien sûr; mais il est hors de question d'imaginer un plagiat de la part de l'auteur: sorti en France en Novembre 1921, le film de Chaplin est contemporain de celui-ci. Et Mosjoukine choisra une autre fin que celle du film Américain, en se rappelant ses origines Russes...

Avec ce film, ainsi que l'époustouflant serial La maison du mystère (1922), Mosjoukine et l'Albatros établissent un univers cinématographique bien à eux. L'acteur ne tournera qu'un seul autre film en tant que metteur en scène, l'extraordinaire Brasier ardent, l'un des sommets du cinéma muet Français.

 

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Published by François Massarelli - dans Albatros Ivan Mosjoukine Muet 1921